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Une voix différente

Pour une société du care

Un regard nouveau

Nous voici déstabilisés par le pandémie. Nous savons la part de souffrance qu’elle a suscité et suscite encore. Nous entendons l’expression de cette souffrance, l’expression de la peur. C’est alors que nous prenons conscience du rôle salvateur de tous ceux qui ont fait ou font face à cette épidémie et en particulier les soignants dans toute leur diversité. Bref, il y a des mots qui portent aujourd’hui : soin et sollicitude. C’est le moment où une pratique nouvelle et le concept qui l’accompagne : le « care », le prendre soin peuvent apparaître au grand jour après un parcours marqué par des obstacles de mentalité.

Désormais, le « Care » n’est plus seulement la prise de conscience ouverte par le livre de Carol Gilligan : « In a different voice », « Une voix différente » (1) qui met en évidence une approche relationnelle de la morale majoritaire en milieu féminin, méconnue jusque là, et dans le même mouvement, une approche de sollicitude envers tous les êtres vulnérables. A partir de là, va naitre une « éthique du care » exposée notamment par Fabienne Brugère (2). Ouverte à l’actualité, celle-ci a donc pu écrire récemment dans la revue « Etudes », un article : « Pour une société du care » (3) : « La pandémie fait valoir un fait anthropologique majeur oublié, au moins dans les pays les plus riches : nous sommes vulnérables… les vies viables sont des vies pourtant vulnérables. Chaque vie déploie un monde qu’il s’agit de maintenir, de développer et de réparer. L’individu est relationnel et non pas isolé » (p 63). En regard, construire éthiquement et politiquement le « prendre soin » demande une volonté. Le soin est une construction éthique, politique et sociale » (p 67). Ainsi la prise de conscience ouverte par Carol Gilligan, la mise en évidence d’une autre manière de penser et d’agir, débouche sur un mouvement social et la vision d’une autre société. C’est un regard nouveau. Comme tous les regards nouveaux, il induit un changement de mentalité et, par la suite, un changement des pratiques sociales. On peut revisiter l’histoire dans ce sens en évoquant les regards nouveaux qui ont changé l’état du monde. Et aujourd’hui encore, face aux tourments que nous rencontrons, de nouvelles visions sont porteuses d’espérance. Le « care » compte parmi ces visions. Reconnaître « une voix différente » requiert écoute et respect. C’est une ouverture spirituelle. C’est geste démocratique.

 

« Une voix différente »

C’est bien l’écoute qui a permis à Carol Gilligan de découvrir une réalité méconnue : « Voici dix ans que je suis à l’écoute des gens. Je les écoute parler de la morale et d’eux-mêmes. Il y cinq ans, j’ai commencé à percevoir des différences entre toutes les voix, à discerner deux façons de parler de morale et de décrire les rapports entre l’autre et soi… » (1) (p 7). A partir de cette écoute, au travers de ses enquêtes, Carol Gilligan découvre que les voix des femmes ne correspondent pas aux descriptions psychologiques de l’identité du développement qu’elle même avait lues et enseignées pendant des années. « A partir de cet instant, les difficultés récurrentes soulevées par l’interprétation du développement féminin attirèrent mon attention. Je commençais à établir un rapport entre ces problèmes et l’exclusion systématique des femmes des travaux permettant de construire les théories cruciales de la recherche en psychologie. Ce livre décrit les différentes manières de concevoir les relations avec autrui et leurs liens avec la tonalité des voix masculines et féminines… On peut envisager une hypothèse : Les difficultés qu’éprouvent les femmes à se conformer aux modèles établis de développement humain indique peut-être qu’il existe un problème de représentation, une conception incomplète de la condition humaine, un oubli de certaines vérités concernant la vie » (1) (p 7-8).

Carol Gilligan ne débouche pas sur une catégorisation absolue. « la voix différente que je décris, n’est pas caractérisée par son genre, mais par son thème. Les voix masculines et les voix féminines ont été mises en contraste ici afin de souligner les distinctions qui existent entre deux modes de pensée et d’élucider un problème d’interprétation. Je ne cherche pas à établir une généralisation quelconque sur l’un ou l’autre sexe ». Ce qui m’intéresse, c’est l’influence réciproque de l’expérience et de la pensée, les différences entre les voix et le dialogue qu’elles engendrent, la manière dont nous nous écoutons et dont nous écoutons autrui et ce que nous racontons sur nos propres vies » (1) (p 1-4).

La traduction française du livre de Carol Gilligan est précédée par des présentations de chercheurs français qui en montrent toute la portée. Ainsi, dans un entretien préliminaire, Fabienne Bruguère nous en montre l’originalité. Carol Gilligan interpelle la théorie dominante du développement humain et les catégories d’interprétation morale de Kohlberg : «  La morale a un genre : une morale masculine qui se veut rationnelle, imprégnée de lois et de principes étouffe une morale relationnelle nourrie par le contexte social et l’attachement aux autres » (p III). Mais, bien plus encore, elle promeut une nouvelle éthique « qui est un résultat de la clinique, un équilibre nouveau entre souci de soi et souci des autres. L’éthique est alors une manière de se constituer un point de vue » (p II). Et, dans le même mouvement, sans figer des oppositions, elle exprime un nouveau féminisme : « Gilligan ne préconise pas un féminisme de la guerre des femmes contre les hommes, mais de la relation, laquelle est aussi la relation entre sphère publique et sphère privée, raison et affects, éthique et politique, amour de soi et amour des autres. Ce sera le féminisme du XXIè siècle. L’émancipation des femmes ne se fera pas sans celle des hommes, sans l’égalité des voix, sans la démocratie comme modèle de vie désirable ou encore sans une reconnaissance de l’importance du « care » (p VI).

 

Une éthique du care

Dans l’inspiration de Carol Gilligan, Fabienne Brugère publie un livre : « L’éthique du care ». La « voix différente » de Carol Gilligan, nous dit-elle, « inaugure un problème, à la fois philosophique, psychologique, sociologique et politique, celui du « care »… Il existe une « caring attitude », une façon de renouveler le problème du lien social par l’attention aux autres, le « prendre soin », le « soin mutuel », la sollicitude et le souci des autres. Ces comportements adossés à des politiques, à des collectifs ou à des institutions s’inscrivent dans une nouvelle anthropologie qui combine la vulnérabilité et la relationalité, cette dernière devant être comprise avec son double versant de la dépendance et de l’interdépendance » (2) (p 3).

Ce mouvement est accompagné par l’apparition et le développement d’une éthique nouvelle. « L’éthique du care surgit comme la découverte d’une nouvelle morale dont il faut reconnaître la voix dans le monde qui ne dispose pas du langage adéquat pour exprimer et faire reconnaître tout ce qui relève du travail de « prendre soin » (2) (p 7).

L’éthique du care s’affirme en opposition à une démarche individualiste. « Les tâches du care sont un sérieux antidote à une psychologie qui ne prend en compte que l’intérêt personnel des individus à agir ou à la construction du moi autonome refermé sur lui-même. La théorie du care est d’abord élaboré comme une éthique relationnelle structurée par l’attention aux autres (2) (p7). L’éthique du care s’affirme dans le concret de la vie et non à travers des principes moraux abstraits. Alors que pour Kohlberg, il existe une morale supérieur ancrée dans le raisonnement logique généralement produit par les hommes, Gilligan affirme que les femmes construisent le problème moral différemment en centrant le développement moral sur la compréhension des responsabilités partagées et des rapports humains (2) (p 19). Plus que simplement une morale différente, l’approche du care induit une éthique. « Utiliser l’arsenal théorique du care revient à mettre entre parenthèses le raisonnement moral au profit de ce qui particularise les conduites au nom des besoins des autres et de la force sociale des situations » (2) (p 32). « Alors que la morale est « prescriptive, corrective et autoritaire », l’éthique est « du coté de l’enquête empirique qui propose une détermination des normes à partir des situations vécues » (2) (p 35). Carol Gilligan décrit les cheminements de la pensée qui induisent des décisions. « Il s’agit de cheminer vers une décision qui se révèle possible à même le contexte de toutes les interdépendances en jeu… la résolution a à faire avec une humanité vulnérable, avec des situations de grande fragilité à certains moments de la vie où il faut prendre des décisions… L’éthique est associée au souci, souci de soi et souci des autres… » (2) (p 38).

 

Pour une société du care

La pandémie du Covid 19 a suscité une prise de conscience de notre vulnérabilité individuelle et collective. Elle a suscité un besoin d’aide et de soin. Dès lors, le care peut accéder à la conscience sociale. C’est bien le moment d’évoquer une société s’inspirant de l’éthique du care. C’est le thème d’un article de Fabienne Brugère dans la revue : Etudes (3). « Ce qui semble fonctionner dans cette crise sanitaire relève d’une logique d’entraide très proche de ce que préconise Joan Tronto dans : « Caring democracy » où l’accent est porté sur un élément essentiel des politiques de soin : « l’être avec », c’est à dire les relations de solidarité et de mise en commun (3) (p 66). Cependant, au delà de la conjoncture, c’est une nouvelle vision de la société et de sa gouvernance qui apparaît. « Le présupposé individualiste conçoit les être humains à travers une injonction à l’autonomie comme si les êtres humains étaient à tout moment de leur vie maîtres et possesseurs d’eux-mêmes. Insister sur l’interdépendance généralisée des vies revient à promouvoir une autre conception du vivre ensemble à travers la primauté d’un lien démocratique soucieux de ne pas exclure celles et ceux qui sont confrontés à des situations de vulnérabilité » (2) (p 84). Dans le contexte actuel, nous comprenons mieux les enjeux. « L’éthique du care nous met en garde contre les dérives conjointement marchandes et bureaucratique de nos sociétés. En reconnaissant collectivement la nécessité de mettre en œuvre plus de justice sociale, elle vaut comme une alternative à un néolibéralisme mondialisé et homogène qui laisse de plus en plus de monde sur la route… Déployer une éthique du care, c’est rappeler qu’un projet de société ne saurait se rapporter qu’à celles et ceux qui rêvent de performance individuelle, d’argent et de pouvoir. Il doit également faire face avec des destins individuels différents qui expriment le désir d’autres formes de réussite de la vie. Il a à rendre possible le soutien des individus au nom d’un bien-être à la fois collectif et individuel… L’éthique du care mène à une politique du care… » (2) (p 123-124).

Le mouvement du care s’inscrit dans les transformations actuelle des mentalités et l’apparition conjuguée d’idées nouvelles. Le livre de Fabienne Brugère relève la complexité de cette situation dans laquelle nous ne sommes pas entré ici. En faisant apparaître et reconnaitre la diversité des points de vue, Carol Gilligan inaugure un féminisme nouveau qui porte un mouvement social, le mouvement du care. Il est bon de rappeler ici combien le féminisme peut engendrer des prises de conscience par rapport aux pratiques d’un monde encore patriarcal. A l’époque, la même exigence apparaît dans la théologie féministe. On en trouve un aspect dans le dialogue entre Elisabeth MoltmannWendel et son mari, tous deux théologiens, en 1981, dans une rencontre organisée par le Conseil mondial des Eglises (4) : « Nous voulons une vie pleine qui joigne le corps, l’âme et l’esprit, une vie qui ne soit plus divisée entre la sphère publique et la sphère privée et qui nous remplisse de confiance et d’espoir par delà la mort biologique », interpelle Elisabeth.

Nous voyons bien aujourd’hui les tempêtes et qui agitent le monde et les menaces qui nous environnent. Mais il apparait aussi des mouvements porteurs d’espoir qu’il faut reconnaître et soutenir comme le care, la communication non violente et le mouvement écologique . Essayons de prendre du recul. Dans son livre : « Darwin, Bonaparte et le samaritain » (5), Michel Serres perçoit une inflexion dans le cours de l’histoire, au sortir de massacres séculaires, un âge plus doux. A l’encontre de la violence meurtrière, la figure du  samaritain est emblématique de la compassion et du soin. Ne peut-on pas envisager le mouvement du care comme une étape dans ce parcours ? Dans une rétrospective de long cours, on doit rappeler combien l’inspiration de l’Evangile a été anticipatrice 6). Qu’on se rappelle non seulement la parabole du bon samaritain, l’épisode évangélique du lavement de pieds, la répudiation des puissants. « Ceux que l’on regarde comme chefs des nations, les commandent en maitre. Les grands leur font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi… » (Marc 10. 42-44). Dans tout cela, ce qui est en cause au cours de l’histoire, n’est-ce pas la volonté de puissances et ses conséquences ? En regard, on perçoit tout l’apport du « care ».

J H

  1. Carol Gilligan. Une voix différente. La morale a-t-elle un sexe ? présentation de Sandra Laugier et Patricia Paperman. Précédé d’un entretien avec Fabienne  Brugère. Champs essais, 2019
  2. Fabienne Brugère. L’éthique du care 3è éd Presses universitaires de France, 2020 (Que sais-je ?). L’éthique du care présentée par Fabienne Bruguère sur Youtube (2016) : https://www.youtube.com/watch?v=hBBSb-ujdXI
  3. Fabienne Bruguère. Pour une société du care. Etudes, juillet-aout 2020, p 61-72
  4. Une philosophie de l’histoire par Michel Serres : http://vivreetesperer.com/une-philosophie-de-lhistoire-par-michel-serres/
  5. Hommes et femmes en coresponsabilité dans l’Eglise. Dialogue théologique entre Elisabeth Moltmann-Wendel et Jürgen Moltmann : https://www.temoins.com/femmes-et-hommes-en-coresponsabilite-dans-leglise/
  6. Comment l’Esprit de l’Evangile a imprégné les mentalités et, quoiqu’on dise, reste actif aujourd’hui (Tom Holland) : http://vivreetesperer.com/comment-lesprit-de-levangile-a-impregne-les-mentalites-occidentales-et-quoiquon-dise-reste-actif-aujourdhui/

Réinventer les aurores (1)

https://images2.medimops.eu/product/4124ad/M02213713006-large.jpgSelon Haïm Korsia

« C’est par la faille que jaillit la lumière ». Cette phrase fut prononcée par, Haïm Korsia, grand rabbin de France, au cours d’une émission de grande écoute, qui énumérait les innombrables épreuves que la France traverse en cette période de pandémie. L’incurie de nos gouvernants était fortement évoquée.

Sa parole lumineuse et forte fait écho à toute une tradition judéo-chrétienne qui porte en elle cette certitude multiséculaire : la crise que nous traversons révèle notre faiblesse mais c’est peut-être là que se trouve la source d’une eau vive et d’une croissance intérieure inattendue.  Pour Albert Camus aussi, la souffrance est un trou et la lumière vient de ce trou.

C’est aussi ce que dit, en chantant, le grand Leonard Cohen : « There is a crack in everything. That’s how the light gets in » De même, c’est ce qu’exprime Pierre Soulages avec l’outrenoir, ses grands tableaux couverts d’aplats de noirs qui jouent avec la lumière. À 100 ans, il offre la couverture de ce livre à son ami Haïm.

Il suffit parfois d’un angle de vue pour changer de monde et le monde. C’est à cela que nous invite Haïm Korsia. Il s’agit, nous dit-il, de reconstituer, maille après maille, le tissu de la société menacée par tout ce qui la délite, de la peur à la haine. Il nous invite à faire appel aux forces de l’imaginaire alliées à celles de la raison pour réinventer une société plus juste, réinventer les aurores. Il y a là, comme un manifeste contre l’indifférence, un plaidoyer pour la fraternité. En des termes simples et forts, il nous aide à penser une politique de la jubilation et du bonheur retrouvé.

Son projet politique pour aujourd’hui, est bien celui du retour à l’espérance. Nous y avons notre place : l’État ne peut pas tout. Il ne peut que ce que les citoyens sont prêts à faire. Le rêve d’une société heureuse implique des efforts collectifs et individuels.

Réinventer les aurores de la République.  C’est bien de cela qu’il s’agit dans cet ouvrage qu’on a plaisir à lire. La langue est belle, simple et lumineuse. Ses propos reposent sur une connaissance fine, précise et lucide de la France d’aujourd’hui, celle qui souffre de la pandémie et du confinement, celle des Gilets jaunes et autres événements qui marquent notre quotidien aujourd’hui. Car, on se doit de « penser ce moment pour ce qu’il dit. Il y a là, un immense questionnement sur notre société, sur notre modèle, sur notre rapport à l’étranger, au pauvre, au réfugié, sur la violence des impératifs de performance et de rentabilité qui s’exercent sur nous et sur les autres au quotidien, sur le sens de notre existence. »

Si l’on refuse la passivité,  au cœur de la nuit, il y a une espérance, une ouverture. C’est alors que des personnes différentes, d’horizons et de cultures différents, se sentent invitées à participer à une intelligence collective, enrichie de toutes ses pépites uniques et ainsi de refaire société. Il s’agit, en effet, d’échanger pour retrouver notre capacité à inventer de nouveaux possibles.

Son idée de la République est éclairée par son judaïsme profondément ouvert aux autres formes de spiritualité et de cultures. « Ce n’est pas le livre d’un Juif pour les Juifs, dit-il, mais la réflexion que peut offrir un homme porteur de la part juive de la France, s’adressant à l’ensemble de ses concitoyens. » Il nous donne, ainsi, sa vision de textes fondamentaux qui ouvrent sur une espérance active pour aujourd’hui. Grâce à lui, l’Exode, les Hébreux dans le désert, Moïse, prennent vie et nous éclairent.

Le rêve est au cœur du judaïsme, nous dit-il. Juif ou non juif, nous nous retrouvons tous à écouter sa parole, parce qu’elle repose sur un regard lucide, exigeant sur notre actualité. Son espérance nous incite à partir à sa suite, pour retrouver notre capacité à inventer de nouveaux possibles, notre rêve commun, un socle et un idéal, grâce auxquels, chacun accepte de rogner un tout petit peu sur ses propres privilèges – les farouches critiques de l’État diraient sur les libertés – au profit du bien commun.

L’erreur souvent est de ne voir que notre passé. « Il y a là, comme un vieillissement de l’âme, un manque de confiance d’une société dans son avenir. Ouvrons-nous aux nouvelles idées, aux nouveaux possibles. Car, il s’agit bien de trouver le souffle des premiers matins de la République. L’essentiel se joue dans la définition de notre désir commun de faire société. »

Le seul combat qui vaille est celui qui vise à un monde plus juste, plus ouvert sur l’altérité, en faisant appel aux forces de l’imaginaire alliées à celles de la raison pour réinventer une telle société. Il faut pour cela, «  rassembler les étincelles de lumière de tous les peuples. » Il s’agit de permettre à des personnes différentes, d’horizons et de cultures différents de participer. Il est vital de multiplier les opinions, d’encourager une pensée divergente qui tourne le dos au nivellement par le bas de l’opinion publique.

Il faut oser imaginer un autre monde que celui qui nous est imposé. Le véritable enjeu de notre présent, c’est la réappropriation, par chacun, de son pouvoir. « Tout ce qui descend du haut vers le bas, sans consentement ni participation, sans explication ni tendresse, apparaît inacceptable. » Haïm Korsia encourage alors des pensées divergentes, militantes, comme celles de ce merveilleux film documentaire « Demain » de Cyril Dion et Mélanie qui présente de nombreuses initiatives dans le monde, répondant aux grandes questions sociales et écologiques du moment. « C’est local dans sa mondialité, optimiste, vivant, jouissif, parce que porteur d’espoir et de bonheur. »

Geneviève Patte

  • Haïm Korsia. Réinventer les aurores. Fayard, 2020

 

Voir aussi :

« Le film demain » : http://vivreetesperer.com/le-film-demain/

« Pour des oasis de fraternité : http://vivreetesperer.com/pour-des-oasis-de-fraternite/

« Appel à la fraternité » :

http://vivreetesperer.com/appel-a-la-fraternite/

« Penser à l’avenir, selon Jean Viard »

http://vivreetesperer.com/penser-a-lavenir-selon-jean-viard/

 

Sauver la beauté du monde

GUILLEBAUD-Sauver-la-beaute-du-mondeEnthousiasme de la beauté. Enthousiasme de la vie

Un nouveau livre de Jean-Claude Guillebaud

« Sauver la bonté du monde » (1), c’est le titre d’un nouveau livre de Jean-Claude Guillebaud. Nous savons aujourd’hui combien la nature et l’humanité sont conjointement menacées par les désordres engendrés par les excès humains. Le milieu urbain s’est éloigné de la nature. Les équilibres naturels sont déréglés. La pollution défigure les paysages. Allons-nous perdre de vue la beauté de la nature ? Nous les humains, nous participons au monde vivant. Si nous nous reconnaissons dans le mouvement de la création, nous percevons l’harmonie du monde, nous sommes mus et transportés par sa beauté. Alors, oui, si quelque part, cette beauté là est menacée, notre premier devoir, c’est de proclamer combien elle nous est précieuse, indispensable. Ensuite nous pourrons la défendre. C’est dans cet esprit que nous entendons l’appel de Jean-Claude Guillebaud : Sauver la beauté du monde.

Certes, pour sauver la planète du désastre, conjurer la fin du monde, « une énorme machinerie diplomatique et scientifique est au travail » (p 15). Et, on le sait, il est nécessaire d’accélérer le mouvement. Une grande mobilisation est en train de se mettre en route. Cependant, si la peur vient nous avertir, elle n’est pas à même de nous entrainer positivement. Alors, Jean-Claude Guillebaud est à même de nous le rappeler : « Si l’on veut mobiliser les terriens, il faut partir de l’émerveillement. Serait-ce naïf ? Bien sur que non. C’est un Eveil » (p 17). L’émerveillement, ce n’est pas un concept. C’est une expérience. L’auteur sait nous en parler dans un mouvement d’enthousiasme. « Chaque émerveillement me remet debout sur mes jambes, heureux d’être vivant. La beauté fait lever en nous tous une exaltation ravie qui ressemble au bonheur. Et, qu’on ne s’y trompe pas. Beaucoup de savants, parmi les plus grands, ont parlé de ces moments radieux. Oui d’abord s’émerveiller. C’est sur cet émerveillement continuel qu’il fait tabler si l’on veut sauver la beauté du monde… » (p 18-19).

Jean-Claude Guillebaud est bien la personne adéquate pour nous adresser cet appel (2). Dans ses missions de journaliste, correspondant de guerre pour de grands journaux, il connait la face sombre de l’humanité et le poids de la souffrance et de la mort. Résidant, dans sa vie quotidienne au plus près de la nature, dans un village de Charente à Bunzac, il sait se nourrir de la beauté qui transparait de la présence du vivant. Et enfin, éditeur, familier de grands chercheurs, c’est un homme de savoir et il sait traduire cet émerveillement dans les termes d’une pensée construite. A partir de 1995, à travers une série d’essais, face au désarroi contemporain, il a su faire le point en alliant les savoirs issus des sciences humaines et une réflexion humaniste. Effectivement, pour ce faire, il a pu puiser à de très bonnes sources : « Plus j’avance en âge, mieux je comprend ce que je dois à de grandes figures de l’histoire de la pensée : Jacques Ellul, René Girard, Edgar Morin, Cornelius Castoriadis et Maurice Bellet » (p 227). Chez Jean-Claude Guillebaud, la dimension humaniste se joint à une dimension spirituelle. En 2007, il en décrit un mouvement : « Comment je suis redevenu chrétien ».

Dans ce contexte, ce livre de J C Guillebaud nous apparaît comme un témoignage personnel dans une grande diversité de registre. L’auteur rend hommage à la nature, mais pas seulement. Sauver la beauté du monde, c’est aussi reconnaître les grandes œuvres de l’humanité, la puissance de la créativité qui s’y manifeste. Ainsi dans cette dizaine de chapitres, Jean-Claude Guillebaud nous parle des nouveaux moyens de communication au service de la découverte du monde (« Un monde « augmenté »), du mystère de l’art préhistorique (« La beauté inaugurale », du « grand secret des cathédrales ». D’autres chapitres explorent les visages de l’humain.

 

Les belles personnes

Son expérience de la vie l’amène à consacrer un chapitre sur « les belles personnes ». « C’est un être humain qui irradie je ne sais quelle douceur pacifiée, une trêve dans la grande bagarre de la vie » (p 207). « C’est une disposition de l’âme énigmatique comme la beauté elle-même » (p 208). L’auteur nous en trace des portraits très divers. Face aux cyniques, au déni des autres et de soi-même, Jean-Claude Guillebaud milite pour la reconnaissance des qualités humaines. Et il peut s’appuyer sur une littérature scientifique toute nouvelle. « Plaisir de donner, préférence pour l’aide bénévole, choix productif de la confiance, dispositions empathiques du cerveau, stratégies altruistes et réciprocités coopératives : on découvre dans l’être humain des paramètres qui remettent en cause la vision noire de l’être humain… » (p 217). Il y a là un nouveau paradigme qui nous inspire et que nous mettons en évidence sur ce blog (3).

 

Les passions humaines

L’auteur se risque à parler des passions humaines. « Un homme sans passions est un roi sans sujets (Vauvenargues). Mais c’est là un sujet ambigu. Il y a bien des passions mauvaises. Le titre du chapitre reconnaît cette disparité : « la dangereuse beauté des passions humaines ». Mais il y a aussi dans la passion une force motrice qui porte de grandes causes pour le plus grand bien. Jean-Claude Guillebaud envisage les passions comme des « écrins » (p 253). Face au calcul et à une excessive prudence, il met en évidence des passions pour le bien. « On ne cite presque jamais certains élans alors qu’ils sont en tous points admirables » (p 254). « La générosité et le souci de l’autre conjugués avec le courage du partage, de toute évidence, composent la plus irremplaçable des passions humaines » (p 239).

 

Un hymne à la nature.

Cependant, le parcours de ce livre a bien commencé par un hymne à la nature. Et cet hymne peut être entonné parce qu’il est la résultante d’un choix de vie. Au chapitre 2 : « Heureux comme à Bunzac », Jean-Claude Guillebaud nous raconte comment, depuis plusieurs décennies, il a choisi, avec son épouse Catherine, de partager sa vie, chaque semaine, entre Paris (deux jours) et un village de Charente (cinq jours), Bunzac où il s’est installé dans une grande maison familiale. Et il sait nous parler avec enthousiasme de la vie des champs et des bois, des multiples rencontres avec des animaux sauvages sur les petites routes de cette campagne. « Un essayiste assure que tous ces animaux, petits ou grands, représentent la part sauvage de nous-même. L’expression est belle… C’est cette part sauvage que depuis des années, j’essaie de mettre à l’abri, autour de ce que nous appelons avec Catherine, ma femme, la grande Maison devant la forêt » (p 30). C’est le choix d’un genre de vie, où le temps a une autre épaisseur et où l’année est ponctuée par le rythme des saisons. « Mon idée de bonheur est liée à un instant très fugitif du mois d’avril où les lilas s’épanouissent et se fanent en deux semaines. Ce qui m’émeut, c’est l’agencement rigoureux des dates, des floraisons… ».

 

Sauver la beauté du monde

Sauver la beauté du monde : c’est qu’aujourd’hui elle est menacée. L’avant dernier chapitre intitulé : « Quand la Terre pleure » est introduit par une citation de Thich Nhat Han : « Ce dont nous avons le plus besoin, c’est d’écouter en nous les échos de la Terre qui pleure » (p 261). Les menaces abondent. Parmi elles, Jean-Claude Guillebaud cite l’enlaidissement. Lecteur engagé d’Albert Camus, il raconte comment celui-ci « venu du grand soleil d’Algérie, a découvert avec effroi la laideur des banlieues d’Europe ». Revenu meurtri d’Europe, Albert Camus raconte son retour à Tipisa, un site sur le rivage de la Méditerranée… (p 267). Jean-Claude Guillebaud évoque à ce sujet quelques lignes d’Albert Camus dans « l’Eté » : « Je redécouvrais à Tipisa qu’il fallait garder intactes en soi une fraicheur, une source de joie, aimer le jour qui échappe à l’injustice, et retourner au combat avec cette lumière conquise… J’avais toujours su que les ruines de Tipisa étaient plus jeunes que nos chantiers ou nos décombres. Le monde y recommençait tous les jours dans une lumière toujours neuve. Ce recours dernier était aussi le nôtre… Au milieu de l’hiver, j’apprenais enfin qu’il y avait en moi un été invincible » (p 268). Visitant ce lieu, Jean-Claude Guillebaud en est impressionné. « Grâce à Camus, j’avais l’impression d’être tenu debout par la beauté du monde. Ou ce qu’il en reste » (p 269).

Face à un « enlaidissement du monde qui s’accélère » (p 270), le chapitre se poursuit par un questionnement de l’auteur sur la manière de remédier aux méfaits du capitalisme. Cependant le problème n’est pas seulement économique, politique et social, il est aussi culturel et spirituel, l’auteur explore cette question éminemment complexe.

 

Changer de regard

Au terme de ce voyage dans l’espace et dans le temps, Jean-Claude Guillebaud s’emploie à répondre à son questionnement initial. Et si il nous fallait changer de regard et « avoir d’autres yeux ».

« Le seul véritable voyage, le seul bain de Jouvence, ce ne serait pas d’aller vers de nouveaux paysages, mais d’avoir d’autres yeux » (Marcel Proust) (p 293). « Cette citation », nous dit l’auteur, « m’émeut toujours… Elle signifie, au bout du compte, que la beauté est – aussi – une grâce humaine. C’est elle qui enchante, désenchante et réenchante le monde. Un des proches conseillers de Nicolas Hulot, le philosophe Dominique Bourg, rejoignait Proust quand il affirmait que le seul choix qui nous reste, était de repenser notre manière de voir le monde, c’est à dire d’être au monde » (p 296).

Et « changer notre manière d’être au monde, d’avoir d’autres yeux, implique une révolution intérieure… » (p 296). Appel à une mystique (Pape François), à un nouveau récit personnel (Cyril Dion ). « Yann Arthus Bertrand a cent fois raison quand il dit que la révolution écologique sera spirituelle » (p 297). « Avec le monde en danger, nous devons accéder à une véritable conscience amoureuse », nous dit Jean-Claude Guillebaud, rappelant qu’il avait intitulé le premier chapitre de ce livre : « Une déclaration d’amour à la terre » (p 297). Et ceci implique et induit des changements de comportements face à un consumérisme à tout-va.

En fin de compte, sauver la beauté du monde, c’est aussi la reconnaître, et donc vivre l’émerveillement. C’est un enthousiasme. « Le marquis de Vauvenargue est l’auteur d’un aphorisme : « C’est un grand signe de médiocrité que de louer toujours modérément ». Cette maxime a du faire son chemin au plus profond de moi au point de me constituer. S’émerveiller– du monde, de la vie, des humains – me semble aujourd’hui la moindre des choses  » (p 305).

 

Une dynamique de vie

Le monde est en crise. Devant la menace climatique, le péril est déclaré. C’est dans ce contexte que Jean-Claude Guillebaud écrit ce livre : « Sauver la beauté du monde ». Il y participe aux alarmes et aux interrogations concernant l’avenir de l’humanité. Le trouble est sensible aujourd’hui. Sans boussole, le voyageur se perd. Nous avons besoin de comprendre et d’espérer. Il y a donc lieu de rappeler qu’en 2012, Jean-Claude Guillebaud a écrit un livre intitulé : « Une autre vie est possible. Comment retrouver l’espérance ? » (4). Si le péril nous semble plus grand aujourd’hui qu’hier, il reste que cet ouvrage nous paraît toujours d’actualité. Et, déjà à l’époque, il y avait en France une propension au négatif. « Depuis longtemps, l’optimisme n’est pas tendance. On lui préfère le catastrophisme déclamatoire ou la dérision ». Ce livre nous aide à mesurer « la mutation anthropologique » dans laquelle nous sommes engagés sur plusieurs registres à la fois. Mais, en même temps, des chemins nouveaux commencent à apparaître : « Partant de nous, autour de nous, un monde germe. Un autre monde respire déjà ».

Nous nous retrouvons sur ce blog dans le même esprit. Aujourd’hui, une civilisation écologique commence à germer. Ce sera nécessairement, une civilisation relationnelle. C’est dans ce sens que nous sommes appelés à avancer. Comme l’écrit Jürgen Moltmann, « Sil y a une éthique de crainte pour nous avertir, il y a une éthique d’espérance pour nous libérer » (5). Nous voici en mouvement. « Les sociétés fermées s’enrichissent aux dépens des sociétés à venir. Les sociétés ouvertes sont participatives et elles anticipent. Elles voient leur futur, dans le futur de Dieu, le futur de la vie, le futur de la création éternelle » (6)

Il y a dans ce monde des voix qui anticipent et nous ouvrent un chemin. Parmi elles, on compte Joanne Macy, militante écologiste américaine engagée depuis plus de cinquante ans pour la paix, la justice et la protection de la terre et chercheuse associant plusieurs approches et inspirations. Labor et Fides vient de publier un de ses livres : « L’espérance en mouvement » (7), coécrit avec Chris Johnstone et préfacé par Michel Maxime Egger. Il y a là une démarche qui contribue à baliser le chemin. « L’humanité se trouve à un moment crucial où elle doit faire le choix entre trois manières de donner du sens à l’évolution du monde : le « on fait comme d’habitude », la grande désintégration,  ou le « changement de cap ». Cette dernière histoire est « la transition d’une société qui détruit la vie vers une société qui la soutient à travers des relations plus harmonieuses avec tous les êtres, humains et autres qu’humains ». Engagée dans une approche de partage et de formation, Joanne Macy ouvre le champ de vision à travers la gratitude, l’acceptation de la souffrance pour le monde, la reliance… Sur ce blog, on retrouve cette dimension d’ouverture et de mise en relation dans la vision théologique de Jürgen Moltmann (6) et de Richard Rohr (8).

Une intelligence éclairée, multidimensionnelle vient également à notre secours. C’est la démarche de Jérémy Rifkin dans son livre : « Le New Deal Vert mondial » (9) qui nous montre comment l’expansion des énergies renouvelables va  réduire la pression du CO2 et contribuer à l’avènement d’une civilisation écologique.

Comme l’a écrit Jean-Claude Guillebaud, «  Changer notre manière d’être au monde implique une révolution intérieure », il y a bien un profond mouvement en ce sens. Ainsi, Bertrand Vergely a écrit un livre sur l’émerveillement (10) : « C’est beau de s’émerveiller… Qui s’émerveille n’est pas indifférent. Il est ouvert au monde, à l’humanité, à l’existence. Il rend possible un lien entre euxTout part de la beauté. Le monde est beau, l’humanité qui fait effort pour vivre avec courage et dignité est belle, le fond de l’existence qui nous habite est beau… Quand on vit cette beauté, on fait un avec le monde. On expérimente le réel comme tout vivant. On se sent vivre et on s’émerveille de vivre… Beauté du monde, mais aussi beauté des êtres humains, autre émerveillement… Beauté des être humains témoignant d’une beauté autre. Quelque chose nous tient en vie. Une force de vie, la force de la vie. Une force venue d’un désir de vie originel. Personne ne vivrait si cette force n’existait pas. Cela donne du sens à Dieu, source ineffable de vie… » (p 9-11). Le livre de Jean-Claude Guillebaud nous dit comment on peut vivre cet émerveillement dans la vie d’aujourd’hui. C’est un hymne à la beauté. Il ya chez lui, un enthousiasme, enthousiasme de la beauté, enthousiasme de la vie. Et, par là, comme l’écrit Bertrand Vergely, il y a une force qui s’exprime. Dans un contexte anxiogène, Jean-Claude Guillebaud nous permet de respirer. Il ouvre un espace où nous engager avec lui, dans une dynamique de vie et d’espérance.

J H

 

  1. Jean-Claude Guillebaud. Sauver la beauté du monde. L’Iconoclaste, 2019-10-13
  2. Biographie et bibliographie : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Claude_Guillebaud
  3. « Empathie et bienveillance : révolution ou effet de mode ? » : http://vivreetesperer.com/empathie-et-bienveillance-revolution-ou-effet-de-mode/
  4. Jean-Claude Guillebaud. Une autre vie est possible. Choisir l’espérance. L’Iconoclaste, 2012 « Quel avenir pour le monde et pour la France ? » : http://vivreetesperer.com/2012/10/
  5. « Agir et espérer. Espérer et agir » : http://vivreetesperer.com/agir-et-esperer-esperer-et-agir/
  6. « Le Dieu vivant et la plénitude de vie. Eclairages apportés par la pensée de Jürgen Moltmann » : http://vivreetesperer.com/le-dieu-vivant-et-la-plenitude-de-vie/
  7. Joanna Macy et Chris Johnstone. Préface de Michel Maxime Egger. L’espérance en mouvement. Labor et Fides, 2018Une vidéo de Michel Maxime Egger présente la formation mise en œuvre par Joanna Macy : le travail qui relie : https://www.youtube.com/watch?v=CRk5dpvoUDQ
  8. Reconnaître et vivre la présence d’un Dieu relationnel. Extraits du livre de Richard Rohr : « The divine dance » : http://vivreetesperer.com/reconnaitre-et-vivre-la-presence-dun-dieu-relationnel/
  9. Jeremie Rifkin. « Le New Deal Vert mondial ». Pourquoi la civilisation fossile va s’effondrer d’ici 2028. Le plan économique pour sauver la vie sur la terre. Les liens qui libèrent, 2019
  10. Bertrand Vergely. Retour à l’émerveillement. Albin Michel, 2010 (Format de poche : 2017). « Le miracle de l’existence » : http://vivreetesperer.com/le-miracle-de-lexistence/

La course pour la terre

L’enjeu américain

Le réchauffement climatique induit aujourd’hui une conscience de l’urgence de la réduction du CO2, dans l’atmosphère c’est à dire une transformation de tout ce qui engendre cette émission, un changement technique, économique et social. De fait, nous prenons conscience que l’écosystème de la vie, notre « planète bleue », sont en en danger. Les données scientifiques se pressent pour nous dire ce danger. Des mobilisations citoyennes se mettent en route.

Cependant, nous savons en même temps que le problème est mondial. Nous sommes tous concernés. L’aveuglement d’un président induit un retard qui nous affecte tous. C’est le cas du président actuel des Etats-Unis. C’est pourquoi nous rapportons ici un article de Thomas Friedman paru dans le New York Times (1). Journaliste dans ce quotidien , Thomas Friedman, au fil des années, est devenu un expert des questions techniques, économiques et sociales à l’échelle du monde. Ses livres successifs nous ont permis de comprendre la transformation accéléré du monde actuel. Nous avons rapporté sur ce blog les analyses et les conclusions de son dernier livre : « Thank you for being late. An optimist’s guide to thriving in the age of accelérations » (2).

Chroniqueur au New York Times (3), Thomas Friedman écrit chaque semaine un article de fond sur la politique internationale (3). Conscient de l’enjeu écologique, il vient d’alerter l’opinion américaine dans un article où il place cet enjeu au cœur de la prochaine élection présidentielle américaine. Ce sujet ne nous paraît pas anecdotique. C’est pourquoi nous croyons bon de rapporter ici son analyse.

Dans une campagne électorale, il y, bien sûr, une diversité dans les questions abordées. Face à l’inconscience du président actuel, Thomas Friedman appelle le pari démocrate à mettre l’enjeu écologique au centre du débat. Il montre combien les décisions qui ont été prises par ce président sont dangereuses et contreproductives au point que cela peut apparaître clairement aux yeux des électeurs ; « Dans les années 1960, John F Kennedy dynamisa le pays dans une « course pour l’espace ». Les démocrates doivent faire campagne contre Donald Trump dans une « course pour la terre » (Earth race)

Le président actuel « a aboli plus de 80 règles et normes protégeant l’air pur, l’eau, le climat, les parcs nationaux.. ». Qui pourrait l’approuver ? « Notre mère terre s’impose dans ce débat ». la mobilisation en cours dans le monde entier commence à s’étendre aux Etats-Unis. La course pour la terre apparaît désormais comme un enjeu central, car il y a là « une opportunité économique, un impératif de la sécurité nationale, un besoin majeur de la santé, une urgence environnementale et une obligation morale ».

« Trump nous parle de rendre sa grandeur à l’Amérique… C’est ridicule puisqu’il ne prête aucune attention à l’industrie automobile et à ses filières d’approvisionnement. Il essaie de forcer la Californie et d’autres états à affaiblir les règles concernant la consommation kilométrique et la pollution si bien que nos entreprises – qui ne réclament même pas ces mesures –  pourront fabriquer des gouffres d’essence et ne plus produire de voitures qui réduisent la consommation d’essence aussi bien que ce qui se fait au Japon et aussi en Chine à travers le développement de voitures électriques … La dernière fois où notre industrie s’est laissé aller vers le bas dans le domaine des normes de consommation et de pollution, cela a été catastrophique… Aujourd’hui, il y a 42 grandes entreprises chinoises qui fabriquent et vendent des voitures électriques . En Chine, à Shenzhen, une grande ville de 12 millions d’habitants, 18000 bus électriques circulent aujourd’hui. 99% des taxis fonctionnent avec des batteries électriques »

« Donald Trump nous dit qu’il est probusiness. C’est ridicule parce qu’il essaie de développer l’usage d’un charbon polluant alors que, en beaucoup de lieux, l’énergie éolienne et l’énergie solaire sont maintenant meilleur marché. Le Los Angeles Time rapporte que le  prix de l’énergie éolienne a baissé de 50% et celui de l’énergie solaire de 85% depuis 2010. Selon l’agence de recherche Bloomberg NEF, dans les 2/3 du monde, ces énergies sont maintenant meilleur marché que celles issues des nouvelles centrales à charbon ou à gaz ».

 Malgré l’aveuglement présidentiel, les Etats-Unis sont cependant déjà en marche. C’est une bonne nouvelle ! Une nouvelle politique ne requiert donc pas un effort démesuré. Elle demande d’encourager et de généraliser ce qui est déjà en route. En effet, il y a déjà 24 états, de la Californie au Nouveau Mexique, qui ont déjà mis en place, à des degrés divers, des normes concernant les voitures, les maisons et les immeubles, des normes en train de progresser. On en mesure déjà l’impact. « A cause de normes comme celles-là, l’usage global des ressources est maintenant en train de diminuer alors que notre économie continue à grandir ». « Il suffirait donc d’inviter l’ensemble des états, les 50 états à imposer des normes dans ce vaste domaine. Alors l’économie de marché produirait des solutions innovantes . Ce serait une explosion d’innovations qui créeraient des milliers de produits nouveaux disponibles aussi pour l’exportation… »

Ce serait une victoire  dans la lutte contre le réchauffement climatique à l’échelle mondiale. Thomas Friedman a également écrit, il y a quelques années, un livre de fond sur la question écologique : « Hot, flat and crowded » (4).  En regard, notre analyse ne porte ici que sur un article ponctuel. Alors pourquoi lui accorder cette attention ? Dans ses limites, ce texte nous apporte deux informations importantes. Conjoncturellement, une nouvelle politique peut l’emporter. Mais il y a déjà une évolution en cours qui s’avère favorable au changement. Le monde entier commence à bouger. Les Etats-Unis participe à ce processus

J H.

 

 

 

Comment dimension écologique et égalité hommes-femmes vont de pair et appellent une nouvelle vision théologique

Une approche de Jürgen Moltmann

La crise actuelle va de pair avec une crise sociale et écologique. De fait, on prend conscience qu’elle révèle l’inadéquation croissante d’un ordre établi de longue date. C’est un changement de civilisation qui s’annonce et se dessine. L’ordre patriarcal ancien est en train de s’affaisser. Or, au cours des derniers siècles, cet ordre avait privilégié un modèle mécanique autour de la fabrication des biens. Aujourd’hui, on prend conscience que ce monde allait de pair avec la conception d’un Dieu éminemment transcendant et dominant. Très tôt, dans les années 1980, Jürgen Moltmann, à travers un livre : « Dieu dans la création » (1), a su analyser cette situation et proposer un traité écologique de la création » . Nous reprenons brièvement ici un aspect éclairant de la prise de conscience qui nous est proposée (2) avec les conséquences libératrices qui en découlent.

 

La manière de se représenter le monde.

« Le monde , nous dit Jürgen Moltmann, a été perçu à travers un certain nombre de symboles. La pensée biblique, la pensée théologique sont entrées en dialogue avec ces symboles en intégrant certains éléments. Jürgen Moltmann énumère ainsi différents symboles advenus au cours du temps : la mère du monde ; la terre mère ; les symboles de la fête, de la danse, du théâtre, de la musique et du jeu ; le symbole du monde comme ouvrage et comme machine.

Lorsque le monde est conçu comme ouvrage et comme machine, Dieu est envisagé comme un maitre d’ouvrage. « L’imaginaire de ce  symbole comprend le monde de l’action, du travail et des œuvres. C’est, avant tout, le monde de l’homme au sens masculin ». « Un enfant surgit dans le ventre de sa mère et est enfanté par elle. Mais l’homme travaille sur quelque chose qui est extérieur et crée une œuvre qui subsiste en dehors de lui. Il connaît la distance qui le sépare de « l’œuvre de ses mains »…Le « monde comme ouvrage divin » reflète, malgré toute la différence, la vision du monde de l’homme travailleur. Là où cette vision s’impose… elle repousse les mythes humains de la mère du monde, de la terre mère et de la fête du ciel et de la terre » (p 387-398). A partir du symbole du monde comme ouvrage divin, se sont développés à l’époque des Lumières, les symboles modernes du monde :  le monde comme machine, le monde comme atelier, le monde comme expérience » ( p 398).

 

Les impasses d’une théologie fondée sur une représentation du monde comme ouvrage et comme machine

A partir d’une analyse historique, Jürgen Moltmann peut mettre en évidence l’impasse où nous a entrainé un monothéisme étroit, une pensée théologique fondée sur une vision du monde comme ouvrage et comme machine. « Au terme d’une longue histoire de la culture et de l’esprit, la vision du monde comme  « entente secrète », la métaphysique des puissances vitales, de leurs accords et de leurs désaccords, a été détruite, et cela, d’une part, par le monothéisme, et, d’autre part, par le mécanisme scientifico-technique, par lequel, d’ailleurs, le monothéisme a conquis la place, en désacralisant et en désenchantant la nature. Dieu et la machine ont survécu au monde archaïque et se rencontrent maintenant seuls » (A Gehlen). Si ceci devait être le but du développement, ce serait aussi, en raison de la destruction de la nature, la fin de l’homme » ( p  401). En regard, Moltmann nous propose une autre vision théologique. « La foi chrétienne de la création est la foi messianique en la création. La foi messianique en la création est une connaissance du monde et de l’homme dans la lumière messianique de leur avenir de salut »  (p 402).  Nous sommes engagés dans « une histoire cosmique inachevée » (p 254).

Les différents symboles du monde  énumérés par Moltmann peuvent nous permettre d’y percevoir la présence d’un Dieu immanent. Seul, le symbole du monde comme ouvrage et comme machine, débouche sur une transcendance de Dieu sans partage. « Le monothéisme du Dieu transcendant et  la mécanisation du monde suppriment toutes les représentations d’une immanence divine. Avec ce développement , a commencé le démembrement du divin du monde de l’homme. Le  déisme a fait de Dieu un Dieu lointain. L’athéisme devait suivre, car il faut que cette machine du monde fonctionne aussi par elle-même sans Dieu » (p 403)

Le déclin du patriarcat

« Une seconde comparaison s’attache aux intérêts et aux expériences humaines qui sont liés à ces symboles du monde. C’est pourquoi on peut reconnaître dans leur histoire le passage du matriarcat des civilisations primitives au patriarcat des civilisations historiques.  A l’apparition des symboles patriarcaux du monde est liée la prise de pouvoir et de possession par les hommes » (p 404).

En regard de la domination patriarcale, « est né le messianisme, c’est à dire le messianisme de l’enfant .« En vérité, je vous le dis, si vous ne retournez à l’état d’enfant,  vous ne pourrez entrer dans le royaume des cieux » (Matthieu 18.3). Les visions messianiques de l’avenir surmontent la puissance des symboles archaïque et rendent les hommes libres » (p 405). «  Le don messianique de l’Esprit, qui surmontent la primauté religieuse de l’homme ou de la femme, est symbolisé, en christianisme, par le  baptême des hommes et des femmes, qui remplacent la circoncision purement masculine d’Israël ». ( p 406).

 

Vers une civilisation nouvelle : écologie et égalité des genres 

Nous assistons aujourd’hui à une transformation profonde de la société qui peut être interprétée en terme d’un mouvement vers une civilisation écologique. La pression des évènements va dans ce sens et les mentalités évoluent en profondeur. Or, au  même moment, d’autres changements interviennent. Ainsi se manifeste un mouvement en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes. On pourrait se demander en quoi ce mouvement a-t-il un lien avec la mobilisation écologique. L’analyse de Moltmann nous apporte une réponse.

« Il paraît raisonnable de chercher à remplacer la vision mécaniste du monde, car c’est image marquée d’une façon unilatérale par le patriarcat. Le passage à une vision écologique du monde fait davantage justice, non seulement aux environnements naturels du monde humain, mais au caractère naturel de ce monde humain lui-même – hommes et femmes.  C’est pourquoi il implique de nouvelles formes égalitaires de communauté, dans laquelle la domination patriarcale est abolie et une communauté fraternelle est construite. Les centralisations de la conception mécaniste du monde cèdent le pas à des ententes dans le réseau des relations réciproques… » (p 409).

 

Une nouvelle expression chrétienne

Un changement de civilisation induit de nouvelles exigences, de nouvelles attentes, de nouvelles aspirations. Il appelle en regard une nouvelle dimension spirituelle. Ici, la reconnaissance du Vivant évoque respect, émerveillement, dépassement. Nous voici en demande  d’un renouvellement des pratiques et des représentations religieuses.

Les églises qui s’attarderont dans un style patriarcal, en subiront les conséquences. Cependant, l’enjeu majeur, c’est bien une transformation de la vision théologique. Dès les années 1980, Jürgen Moltmann a esquissé une réponse : une théologie écologique. Son livre : « Dieu dans la création » est présenté en ces termes : « Dans ce traité écologique de la création, Jürgen Moltmann formule, de façon nouvelle, la foi chrétienne en la création de telle sorte que celle-ci ne continue pas à être elle-même  un facteur de la crise, mais devienne un facteur de paix avec la nature.  Il s’agit d’une doctrine chrétienne de la création, c’est à dire qu’elle prend au sérieux le temps messianique qui a commencé avec Jésus et qui tend vers la libération des hommes, la pacification de la nature et la délivrance de notre environnement à l’égard des puissances du négatif et de la mort. Il s’agit d’une doctrine trinitaire de la création (un Dieu communion). L’insistance sur la création dans l’Esprit et pas seulement par la parole, nous invite à dépasser une conception typiquement moderne de la subjectivité  et de la domination mécanique du monde. Ecologie signifie le monde de la « maison » (oikos). Une telle doctrine de la création est une théologie de l’inhabitation de Dieu par son Esprit dans l’ensemble de la création ». Si la récente encyclique du pape François : « Laudato si’ » converge (3), il reste du chemin à faire : reconnaitre et accompagner l’œuvre de l’Esprit dans cette sortie de la civilisation patriarcale, l’entrée dans la dimension écologique, la confrontation avec les menaces assorties au changement,  le chemin vers une nouveauté de vie .

J H

  1. Jürgen Moltmann. Dieu dans la création. Traité écologique de la création . Traduit de l’allemand par Morand Kleiber. Cerf, 1988 (édition originale en 1985).   Voir aussi sur le blog : « L’Esprit qui donne la vie » : « Dieu dans la création » : https://lire-moltmann.com/dieu-dans-la-creation/                 Sur ce blog, la pensée de Jürgen Moltmann est très présente : http://vivreetesperer.com/?s=Moltmann+&et_pb_searchform_submit=et_search_proccess&et_pb_include_posts=yes&et_pb_include_pages=yes
  2. L’analyse de la succession des symboles du monde n’est qu’un aspect de l’évolution générale de la manière de concevoir les rapports entre l’homme et la nature dans le contexte de la relation entre science et théologie. Jürgen Moltmann met en évidence l’évolution de la représentation de Dieu depuis la Renaissance : « L’omnipotence est devenu un attribut prééminent de la Divinité… Comme image de Dieu sur terre, l’être humain a été amené à se voir lui-même en correspondance comme maître et seigneur et à s’élever au dessus du monde et à le subjuguer ». http://vivreetesperer.com/vivre-en-harmonie-avec-la-nature/ La remise en cause de cette domination se poursuit aujourd’hui. Ainsi, au « Center for action and contemplation », Richard Rohr rapporte qu’au Moyen Age, l’univers était perçu comme centré autour de l’homme et de la terre. C’était une conception anthropocentrique. Dieu comme le monde était envisagé dans un ordre stable et hiérarchique. Evidemment, notre représentation de l’univers a complètement changé. « Nous ne sommes plus au centre de rien . Nous avons besoin d’une cosmologie et d’une vision du monde entièrement nouvelle »  ( 26 août 2019)                     https://cac.org/a-new-cosmology-2019-08-26/
  3. « Convergences écologiques : Jean Bastaire, Jürgen Moltmann, pape François et Edgar Morin » : http://vivreetesperer.com/convergences-ecologiques-jean-bastaire-jurgen-moltmann-pape-francois-et-edgar-morin/

Voir aussi
« Comment entendre les principes de la vie cosmique pour entrer en harmonie »
http://vivreetesperer.com/comment-entendre-les-principes-de-la-vie-cosmique-pour-entrer-en-harmonie/

« Vers une économie symbiotique »
http://vivreetesperer.com/vers-une-economie-symbiotique/

Animer une émission de radio

« Paroles d’écriture » de Michel Bernard

 Michel Bernard, anime une émission culturelle dans une radio locale: « Paroles d’écriture » sur la radio:  « Agora Cote d’azur »

Nous lui avons posé quelques questions.

  1. En quoi consiste cette émission: « Paroles d’écriture »? Quelle est en est la finalité?

Cette émission, que j’ai conçue en 2011, et qui a été acceptée immédiatement par Agora Côte d’Azur, est centrée sur les livres et leur auteur. Je dirai, pour être précis, d’abord sur l’auteur, et ensuite sur le livre. La finalité est de donner le désir de lire et de découvrir des auteurs. Je pense qu’au delà le livre, il y a un être humain qui, mieux connu, provoquera le désir de lire ce qu’il écrit.

 

  1. Tu as créé cette émission en 2011. Dans quel contexte as-tu rencontré cette radio?

Alors, je prends conscience de l’importance de vulgariser, au sens le plus noble du terme, de sensibiliser, le plus de gens possible à la lecture et à l’écriture. Ma référence, qui reste toujours inscrite dans tous les documents, reste la suivante : c’est une phrase de Louis Lavelle (1883-1951) : « La corruption de la parole et de l’écriture est la marque de toutes les autres corruptions. »

Face à cette citation, je réponds : « La renaissance de la parole et de l’écriture est le témoignage de toutes les autres renaissances « 

Dans cet esprit, une émission radio est un  média de qualité. Dont l’influence est beaucoup plus grande que nous le pensons. Ainsi, outre les auditeurs régionaux de l’émission, elle est ensuite mise sur mon site, et entendue dans le monde entier par environ 60 000 personnes.

 

  1. Quel a été ton parcours de vie? Dans quelle mesure ce parcours t’a préparé à réaliser cette émission?

Un parcours de vie, unique certes, comme chaque parcours de vie. Après l’école primaire, mon père refusant la poursuite de mes études, j’entre en pharmacie et passe mon CAP et mon Brevet Professionnel de préparateur en Pharmacie (équivalent à un B.T.S). Puis après plus de 10 ans de travail, je reprends mes études par correspondance, grâce au C.N.T.E (Centre National de Télé-Enseignement, devenu le C.N.E.D, Centre National d’Enseignement à Distance), pour préparer l’examen d’entrée à l’université. Je réussis. Alors tout en travaillant, je fais des études universitaires dans plusieurs disciplines, puis le doctorat troisième cycle, et le doctorat d’état. Je travaille successivement, comme chargé d’études, puis conseillé professionnel au ministère du travail. Puis directeur adjoint à l’ANPE ( Association Nationale pour l’Emploi), qui se créait alors. Et Bertrand SCHWARTZ me demande de travailler avec lui sur un projet que tout le monde semble avoir oublié : les A.U.R.E.F.A : Association Universitaire Régionale d’Education et de Formation d’Adultes. Mais après 68, ce projet est annulé. Alors j’entre comme maître de conférence associé à l’IUT de Nantes pour créer un département. Ensuite, je deviens professeur et créais 5 DESS (Diplôme d’Etudes Supérieures Spécialisées). Le dernier, sur la distance, sera créé à Paris II, où je suis affecté. Si alors, j’avais accepté de résider à Paris, ma carrière aurait encore évolué. Mais les évènements de la vie me conduisent vers d’autres décisions. Ce passage par une activité professionnelle avant de devenir universitaire, ainsi que la culture de l’artisan, transmise  par mon père, m’ont profondément marqué.

Alors, plus que l’université, j’envisageais l’aménagement du territoire ou le journalisme. Ainsi je peux dire que la conception et la réalisation de cette émission ont mis en valeur des compétences et des valeurs en sommeil.

 

Comment se réalise le choix des sujets et des personnes interviewées?

Je dispose d’une totale liberté pour le choix des auteurs et des livres. Ainsi, par exemple, j’accueille Edgar Morin, Boris Cyrulnik, Bertrand Vergely, ou des auteurs moins connus, mais de grande qualité, selon moi. A cela j’ajouterai que depuis 2018/2019, je prends un thème annuel. En 2018-2019 : Ce monde où va-t-il? En 2019-2020 : Explorer notre quotidien.

 

Au fil des années, quelles lignes de force émergent de ce travail?

Je retiendrai plus précisément les trois lignes force suivantes:

1 – La qualité et la disponibilité des personnes que je sollicite. Il en résulte des liens étroits.

2 – De la part des auditeurs, découverte, surprise et encouragement.

3 – Pour moi, un nouvel apprentissage et au sens concret du terme : Vivre le Nouvel Esprit Educatif (titre de l’un de mes livres).

 

Peux-tu rapporter quelques rencontres qui ont été marquantes pour toi?

Chaque rencontre est singulière et marquante. Mais je retiendrai peut être, outre les auteurs par ailleurs très connus : Geneviève Callerot (centenaire), Danièle Baudot-Laksine, la plus grande écrivaine du pays de Grasse et morte prématurément, Stéphane Udovitch , pianiste remarquable, Zarina Khan, une femme au parcours international, ou encore l’entretien avec ma fille Ana Paola.

 

Comment  cette ressource est-elle mise en valeur? Quel est le rôle du site dédié: « Arts Culture, Education tout au long de la vie »?

Cette émission est mise en valeur par une radio locale de grande qualité, Agora Côte d’Azur, puis sur mon site www.artscultureseducation.fr  A cela s’ajoute maintenant, directement sur mon site, quatre autres séries d’émissions. Un projet devrait voir le jour à la rentrée : 9 penseurs oubliés du 20ème siècle à connaître pour le 21ème siècle. J’étudie aussi actuellement la possibilité de contribuer à une banque  d’émissions radio pour l’Afrique.

Enfin, mon site ne comporte pas que ces émissions, il comporte également plusieurs rubriques, dont une récente : « Les Nouveaux Colibris ». Il s’agit de brèves notes de lecture, intégrant parfois, une émission radio. Il y aura 50 notes à la fin 2019 et 100 à la fin 2020.

 

Comment l’audience a-t-elle évolué?  Quelles relations?

L’audience évolue surtout de bouche-à-oreille car aucune autre publicité n’est faite par ailleurs. Et j’essaie le plus possible, par l’intermédiaire d’un mail, d’entrer en contact avec les auditeurs.

 

Michel, je te remercie de cet entretien et de ces réponses spontanées, as-tu quelque chose à rajouter? 

Oui Jean, Je veux d’abord rendre hommage, à tout ce que tu fais, à ton site, « vivre et espérer », à la qualité de tes notes de lecture. Toi comme moi, continuons d’agir en retrait de notre profession antérieure, mais avec le soucis constant de donner, d’offrir, de créer, jusqu’à notre dernier souffle.

C’est dans cette perspective que j’ai créé en septembre 2018 le collège international de sénior. Harmattan (site : cis-h.org).

Merci Michel. C’est une amitié réciproque. Ton nouveau site est véritablement un centre de ressources à l’oral bien sûr à travers le lien avec les émissions, et aussi à l’écrit. C’est une belle ouverture culturelle. Nous nous rejoignons dans un désir de compréhension et de partage

J H