Une vie d’aide-soignante

Léo est aide-soignante de nuit dans un Ehpad

Dans sa veille de nuit, elle ne passe pas inaperçue, car, c’est dans une relation chaleureuse qu’elle prend soin des résidents. Aussi, nous lui avons demandé comment elle en était venue là

Une force m’a poussé à aider mon prochain avec amour

« J’ai choisi très tôt de devenir aide-soignante parce que je me sens naturellement proche des gens vulnérables. J’ai beaucoup de sensibilité et d’empathie pour mon prochain. Depuis toute petite, j’ai toujours été animée par une force qui me poussait à aider mon prochain avec amour. Alors, dans toute ma vie, que ce soit dans le travail, mes occupations, ou tout simplement, je fais tout avec le cœur. Je me souviens, qu’à l’âge de 16 ans, j’ai regardé un documentaire qui m’a complètement bouleversée. Ce documentaire portait sur l’aide aux personnes malades et cela a été pour moi une révélation. De là, j’ai voulu travailler dans le secteur socio-médical, l’aide à la personne.  Je me trouve à ma place, proche des gens.

 

Une formation exigeante

J’ai choisi de m’orienter vers la profession d’aide-soignante. J’ai donc passé des concours d’entrée pour pouvoir intégrer un IFAS (institut de formation d’aide-soignante). C’était un écrit et un oral Je suis entré en formation le 5 janvier 2009 et j’ai terminé diplômée le 4 décembre 2009. Cette formation m’a donné les premiers acquis pour affronter le terrain, car l’expérience s’acquiert sur le long terme.  A l’époque, la formation était très stricte. Nous avions huit compétences à valider sous forme de modules. La non réussite à certains modules pouvait être éliminatoire. Le stress était constamment présent, mais j’ai réussi à tout valider. Après l’obtention du diplôme, j’ai immédiatement travaillé en faisant le choix d’être intérimaire, ce qui m’a permis d’acquérir de l’expérience plus rapidement avec une grande polyvalence.

 

Apprendre la pratique

J’ai donc travaillé exclusivement en intérim dans le but de pouvoir accroitre mes connaissances dans plusieurs services. Le rôle propre de l’aide-soignante est toujours le même, mais les compétences exercées varient en changeant d’un service à l’autre. Il y a des services où on apprend plus que dans d’autres et où on a beaucoup plus de responsabilités. Dans certains services, l’aide-soignante peut être en binôme avec l’infirmière. Le rôle de l’aide-soignante, c’est d’apporter des soins, soins de confort, soins d’hygiène et beaucoup de soutien psychologique. Dans ce contexte, dans certaines situations, on fait face à beaucoup de misère et de souffrance. Nous sommes des oreilles qui écoutent. On doit faire face à des situations de conflit. Ne pas prendre pour soi l’agressivité. Gérer le conflit et faire preuve de bienveillance

 

Expériences

J’ai travaillé pendant près de deux ans dans un Ehpad médicalisé proche de mon domicile où je me suis senti très bien. Il y avait beaucoup d’amour dans cette maison, une atmosphère familiale. Chacun trouvait sa place. Chaque personne venait avec son lot de vécu. Les résidents étaient soignés correctement et respectés à leur juste valeur.  Les soignants étaient écoutés et respectés. Ma venue était souvent attendue, car je liais une relation de confiance soignant-soigné. Les résidents se confiaient facilement à moi. J’ai quitté cette structure à contre-cœur et laissé derrière moi des personnes attristées par mon absence.

Autres souvenirs : Pendant trois ans, en aide à domicile, j’ai eu la charge d’une femme qui était sourde, muette et aveugle, élevée à l’assistance publique. De plus, cette femme avait été abandonnée à la naissance. Je communiquais avec elle par la main et ainsi, je l’orientais. Autre situation, dans un Ehpad, j’ai ressenti un conflit entre fils et mère. Il y avait là deux copines d’enfance qui vivaient face à face. L’une d’elle avait un enfant, mais lorsque celui-ci venait, il l’ignorait en parlant seulement à sa copine. Car il disait avoir souffert de sa mère et lui reprochait d’être cruelle. Cette femme rejetait sa haine sur nous. Lorsque la copine est décédée, le fils n’est plus revenu. La mère est décédée sans avoir jamais revu son fils.  Pour les aides-soignantes, cette situation a été difficile à supporter. Pour ma part, j’ai respecté ces personnes.

Au total, j’ai travaillé dans des endroits différents, souvent comme intérimaire avec de bonnes comme de mauvaises expériences. La vie d’aide-soignante n’est pas toujours rose, car on est souvent sous-estimée et dévalorisée.

 

Dynamique de vie. Dynamique de travail

A partir du moment où l’on piétine en allant au boulot, il faut changer de métier. J’aime ce que je fais, mais j’aime surtout les gens. Et j’aime me rendre utile. Car, ne l’oublions pas, à un moment ou l’autre, nous arriverons à l’âge de la vieillesse. Une assistance ne sera pas négligeable. Nous sommes de petites mains, car sans aides-soignantes, on ne pourrait pas fonctionner.

Aujourd’hui, quand je réfléchis à mon passé, j’ai le sentiment qu’une force m’a poussé à aimer mon prochain, égayer la vie des gens par ma présence, mon naturel, mais surtout mon accessibilité. La communication fait partie intégrante de mon travail, la compréhension de l’autre.  Je suis une personne qui apprécie les gens. Je ne suis pas dans le jugement. Je vois les défauts des gens, mais je ne m’arrête pas là. Je regarde le meilleur de ce qui peut ressortir de l’autre et je l’encourage toujours.  J’analyse, j’observe, j’encourage. Je vois le potentiel de ce qu’elle peut réaliser. Je les pousse toujours à se surpasser. C’est ma devise. Ces traits de caractère font que les gens s’attachent à moi facilement. C’est dans la confiance et le contentement que je vis ces relations réciproques.

Léo

 

 

 

 

 

 

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