A la rencontre de Dieu en dedans et en dehors de nous
Notre manière de prier dépend pour une part de nos représentations de Dieu, mais aussi de la relation qu’il a avec nous et avec le monde. De plus en plus, nous percevons aujourd’hui la réalité dans une perspective d’interrelation, d’interconnection. Cette perspective s’appuie sur des convergences scientifiques (1). Elle se manifeste sur le plan spirituel. Tout se tient (2). Et aujourd’hui, par rapport à d’anciens clivages, elle s’inscrit dans une pensée théologique comme celle de Jürgen Moltmann qui développe une pensée holistique, particulièrement dans son livre : « L’Esprit qui donne la vie » (3). Tout simplement, « En Dieu, nous avons la vie, le mouvement et l’Etre » (Actes 17.27).
Très tôt, dès la fin de la première moitié du XXè siècle, puisque son livre le plus diffusé : « The Healing Light » date de 1957, Agnès Sanford (4), pionnière de la prière de guérison, a anticipé cette perspective holistique. Ce livre nous montre comment l’énergie divine suscite la guérison dans tout notre être si nous nous ouvrons à Dieu et faisons appel à lui. Cependant, ce n’est pas ce thème qui retient ici notre attention. Nous voulons seulement mettre en évidence comment Agnès Sanford reconnaît la présence de Dieu et en quoi cette reconnaissance oriente sa prière. Pour cela, nous avons extrait de son livre deux textes significatifs (5
« Nous vivons en Dieu, c’est en lui que nous respirons. Que nous le voulions ou non, il en est ainsi. Mais nous absorbons plus ou moins de sa force de vie selon que nos âmes sont plus ou moins réceptives. Trop souvent, nous fermons nos ouïes spirituelles, sans les laisser, ou si peu, pénétrer par cette force, et notre chair demeure sans vie et semble comme se rétracter…. ». Ce processus d’affaiblissement et de rigidification a des conséquences pour notre santé.
« Le remède à tout cela, c’est plus de vie, plus de lumière.Et c’est là précisément ce que nous apportent nos prières pour la santé et nos actes de pardon, un afflux de lumière et de vie. Cette vie spirituelle stimule la circulation, libère dans le corps l’énergie naturelle. Elle accroit aussi la vigueur de notre pensée, elle la rend plus calme, forte de cette paix qui naît d’une activité non pas ralentie, mais augmentée. Et elle accroît aussi notre réceptivité spirituelle, en nous rendant sensible à l’action divine, non seulement au dedans de notre corps, mais dans le monde qui nous entoure ».
« A mesure que nos prières, jointes à notre discipline mentale et à nos actes de pardon, créent en nous le sentiment toujours plus vivant et plus assuré de la présence de Dieu en nous, nous sommes toujours plus sûrs de posséder une source intérieure où nous pouvons puiser à volonté et nous sommes toujours plus conscient aussi qu’il existe en dehors de nous une source de puissance ; c’est une influence qui nous protège et nous guide, qui enveloppe de sa bénédiction notre travail de chaque jour et qui conduit nos pas sur le chemin de la paix.
Comme on l’a dit : Dieu est à la fois transcendant et immanent. Et son immanence est la clé de sa transcendance. En d’autres termes, la lumière de Dieu brille en nous et hors de nous et c’est en apprenant à la recevoir en nous que nous commençons à l’apercevoir hors de nous.
Puisqu’il en est ainsi, cherchons le avec joie en dehors et au dedans. Comme chaque matin, nous sommes inondés de sa lumière, remplissons de même nos journées de sa suprême direction, de son secours, de sa protection. Rendons grâce de ce que sa puissance est à l’œuvre non seulement en nous, mais dans le monde qui nous entoure. Soyons reconnaissant pour la journée qui est devant nous et plaçons-la d’avance dans la lumière de l’amour divin… ».
Ainsi, pour Agnès Sanford, il y a interrelation entre Dieu et l’homme, et, en l’être humain, entre l’esprit et le corps. Quelques décennies plus tard, cette vision intégrée est éclairée par l’approche théologique de Jürgen Moltmann.. Dieu n’est pas éloigné et distant de notre expérience. Il est proche de nous, actif en nous et dans le monde. « Il y a immanence de Dieu dans l’expérience humaine et transcendance de l’homme en Dieu ». Dans le christianisme, « L’Esprit de Dieu est la puissance de vie de la résurrection qui, à partir de Pâques, est répandue sur toute chair pour la rendre vivante à jamais… le corps devient « le temple de l’Esprit Saint ». Comme Agnès Sanford, Jürgen Moltmann voit en Dieu une force agissante, une force de vie. « L’expérience de l’Esprit de Dieu est comme l’inspiration de l’air. L’Esprit de Dieu est le champ vibrant et vivifiant des énergies de la vie. Nous sommes en Dieu et Dieu est en nous. Les mouvements de notre vie sont ressentis par Dieu et nous ressentons les énergies vitales de Dieu »
Ainsi, lorsque nous prenons conscience de la présence de Dieu dans tout notre être, Christ en nous, nous pouvons prier non seulement en regardant à Dieu au delà de nous–même, mais aussi à partir de sa présence transformatrice en nous. Comme l’écrit, Agnès Sanford, « nous cherchons Dieu en dehors et en dedans ». Et nous recevons de Lui une vie abondante.
J H
(1 Dans une préface au livre majeur de Jean Staune : Staune (Jean). Notre existence a-t-elle un sens ? Presses de la Renaissance, 2007, l’astrophysicien, Trinh Xuan Thuanh, écrit : « En physique, après avoir dominé la pensée occidentale pendant trois cent ans, la vision newtonienne d’un monde fragmenté, mécaniste, déterministe a fait place à celle d’un monde holistique, indéterminé et débordant de créativité ». On pourra voir, entre autres : « La dynamique de la conscience et de l’esprit humain. Un nouvel horizon scientifique. D’après le livre de Mario Beauregard : « Brain wars », traduit en français : « les pouvoirs de la conscience » (2013) : http://www.temoins.com/la-dynamique-de-la-conscience-et-de-lesprit-humain-un-nouvel-horizon-scientifique-dapres-le-livre-de-mario-beauregard-l-brain-wars-r/
« Vers une nouvelle médecine du corps et de l’esprit. Guérir autrement : Thierry Janssen. La solution intérieure. Fayard, 2006) :
(2) « Assez curieusement, ma foi en notre Dieu, qui est puissance de vie, s’est développée à travers la découverte des nouvelles approches scientifiques qui transforment notre représentation du monde. Dans cette nouvelle perspective, j’ai compris que tout se relie à tout et que chaque chose influence l’ensemble. Tout se tient. Tout se relie. Pour moi, l’action de Dieu s’exerce dans une interrelation. Dans cette représentation, Dieu reste le même toujours présent et agissant à travers le temps (Odile Hassenforder. Sa présence dans ma vie »). Voir : « Dieu, puissance de vie » : https://vivreetesperer.com/?p=1405
(3) Moltmann (Jürgen). L’Esprit qui donne la vie. Cerf , 1999. Citations présentées dans cet article : p 24 et 123. Introduction à la pensée théologique de Jürgen Moltmann sur le blog : « L’Esprit qui donne la vie » : https://lire-moltmann.com
(4) Dans la dernière édition du livre : « The Healing Light », Agnès Sanford est présentée en ces termes : « Agnès Sanford apparaît comme une enseignante et une praticienne majeure du ministère de guérison au sein de l’Eglise. Son message est même encore plus actuel aujourd’hui comme le don de guérison a gagné une large reconnaissance dans la communauté chrétienne toute entière. Ses écrits ont eu une grande influence sur le développement de ministères de guérison tels que ceux de Francis MacNutt et Ruth Carter Stapleton… ». On a pu la considérer comme « la grand-mère du mouvement de guérison ». On pourra consulter le site qui lui est dédié : http://heyjoi.tripod.com
(5) Sanford (Agnès). The Healing Light. Ballantine, 1983. Quelques années après sa première parution en 1947, le livre a été traduit en français : Sanford (Agnès). La lumière qui guérit. Delachaux et Niestlé, 1955 (Cette édition est épuisée , mais parfois accessible en occasion). Les deux citations : p 62 et 66 dans « The Healing light » ; p 66 et 70 dans « La lumière qui guérit » (Nous avons repris cette traduction).
Sur le blog : « L’Esprit qui donne la vie », on pourra voir aussi :
« Quelle est notre représentation de l’être humain » :
« A la recherche du désir de Dieu au plus profond et au plus vivant de mon désir ».
#
Aujourd’hui, les croyances, qui prédominaient jusqu’ici,nesont plus fondées sur une évidence sociale. Les uns et les autres nous sommes appelés à nous interroger personnellement sur le sens de notre existence. Et, en réponse à cette recherche, si la foi chrétienne garde toute sa pertinence, les formes dans lesquelles elle s’exprime, sont à réexaminer, car elles sont parfois marquées par des représentations perturbantes issues d’un héritage social et culturel, elles-mêmes en décalage ou en contradiction par rapport à la dynamique originelle de cette foi.
Ainsi, une analyse de nos représentations s’impose. « Notre vie spirituelle, notre mode de relation avec Dieu, dépendent pour une part de nos représentations, et, évidemment, en premier lieu de notre représentation de Dieu. Et à cet égard, un discernement s’impose… Selon les milieux, selon les époques,des représentations collectives circulent. Elles viennent parfois d’un passé lointain et sont issues de la culture correspondante. Elles sont codées, reproduites, diffusées à travers des systèmes de pensées. Les historiens peuvent nous dire que certaines de ces croyances ont eu pour effet la peur, la domination, et, en retour, par opposition, des réactions parfois excessives jusqu’à l’incrédulité et à l’athéisme » (1a). Sur ce blog,nous cherchons à répondre aux questions correspondantes en ayant recours à différentes ressources, comme la pensée théologique de Jürgen Moltmann (1).
Nous avons découvert dans le blog : « Au bonheur de Dieu »réalisé par Sœur Michèle (2), une prise en compte analogue de l’importance des représentations dans la vie spirituelle et une recherche pour développer des représentations à même d’engendrer la joie et la paix, les bons fruits à travers lesquels on reconnaît le bon arbre.Dans un article publié sur son blog (3), Sœur Michèle nous rapporte une rencontre organisée au Centre Spirituel du Cénacle quimet en évidence combien il est indispensable de développer une bonne image de Dieu. Nos inconscients sont souvent imprégnés à leur insu par des représentations négatives issues du passé et qui s’expriment jusque dans notre interprétation des textes bibliques. Ainsi, les propos de Sœur Michèle sont particulièrement bienvenus et ils touchent notre cœur parce qu’ils répondent à nos aspirations profondes dans lesquelles l’Esprit de Dieu se manifeste.
Vendredi dernier, au Centre Spirituel du Cénacle de Versailles, nous avons proposé une soirée pour des étudiants et des jeunes pro, pour écouter le témoignage de Thierry Bizot. Il est l’auteur du livre : « Catholique anonyme » d’où a été tiré le film : « Qui a envie d’être aimé ? » (4)
Ce fut une superbe soirée. J’ai été particulièrement intéressée par une de ses réflexions, car elle rejoint ma propre expérience. Thierry Bizot pose la question suivante : le succès du livre et du film montre bien que beaucoup sont travaillé-es par la question de Dieu. Pourquoi si peu font-ils le pas de la conversion ? A cette question, il répond : « Parce que les gens ont peur de Dieu. ». Peur d’un Dieu qui demanderait forcément des choses à l’opposé de leurs désirs. Donc, on reste à distance pour ne pas entrer dans cette opposition.
Thyerry Bizot répond que cette image est fausse. Dieu est au contraire celui qui nous aide à découvrir et à réaliser nos vrais désirs. Je signe mille fois cette réponse.
C’est cela que j’ai découvert en faisant les Exercices spirituels de St Ignace de Loyola. Cette expérience m’a permis de libérer mon désir profond. Ensuite, je n’ai pas cessé d’aider les gens que j’accompagne dans des retraites ou dans la vie, à découvrir cela.
Cela rejoint la question de la fausse compréhension de la volonté de Dieu. Elle n’est pas à rechercher en dehors de soi. Comme si Dieu aurait écrit dans un grand livre ce que je dois faire. C’est terrible cette image, car comment découvrir ce qui y serait écrit ? Mais aussi quelle image de Dieu cela véhicule !: Un tyran qui décide à notre place.
Non, l’expérience de Dieu m’aide à aller au plus profond de moi pour découvrir ce qui me fera le plus vivre à plein, libère les désirs les plus profonds, les plus humains, les plus vivants qui vont me permettre de bâtir ma vie.
Ce n’est donc pas un conflit entre mon désir et le désir de Dieu, mais la recherche du désir de Dieu auplus profond, au plus fort et au plus vivant de mon désir.
Un épisode de l’Evangile le montre très bien. C’est en Marc au chapitre 1 verset 40 à 45. Un lépreux vient vers Jésus et lui dit : « Si tu le veux, tu peux me guérir » et Jésus répond : « Je le veux, sois guéri ». Le désir de Jésus est le même que le désir de cet homme.
#
Sœur Michèle
#
(1)Un blog permettant d’accéder à la pensée théologique de Jürgen Moltmann : L’Esprit qui donne la viehttp://www.lespritquidonnelavie.com/. La citation est empruntée à la présentation de ce blog : http://www.lespritquidonnelavie.com/?page_id=641Dans le même sens, nous faisons également appel au témoignage et à la réflexion d’Odile Hassenforder dans son livre : « Sa présence dans ma vie » (Empreinte, 2011. Voir sur ce blog : « Confiance ! Le message est passé » : https://vivreetesperer.com/?p=1246
(2)aubonheurdedieu-soeurmichele http://aubonheurdedieu-soeurmichele.over-blog.com/ En présentant des pistes de lecture et des commentaires à propos de textes évangélique, souvent utilisés pour une animation de retraites, ce blog nous apparaît comme un lieu de ressourcement dans une dynamique de Vie. Ainsi, commentant la parole de Marthe à Jésus, Sœur Michèle écrit : « L’écouter, le regarder pour qu’il nous soit donné de quitter nos fausses images de nous-même et de Dieu et pouvoir confesser que Dieu est Seigneur de vie et de liberté »
(3)sur le blog aubonheurdedieu-soeurmichele : jeudi 16 février 2012
L’éclairage apporté par la pensée théologique de Jürgen Moltmann.
L’expérience se définit, dans les termes du dictionnaire Petit Robert comme « le fait d’éprouver quelque chose ». Ainsi, à travers la perception et le ressenti que comporte l’expérience, nous nous ouvrons à une réalité qui se présente à nous. Au delà des perceptions sensibles de la vie courante qui n’attirent pas l’attention, l’expérience ressort dans la vie de la conscience et elle contribue à son élargissement. Notre vie est ponctuée et marquée par des expériences dont certaines ont un grand impact dans notre manière de voir et de sentir. Ce sont là des expériences fondamentales, des expériences spirituelles.
Si nous croyons « qu’en Dieu, nous avons la vie, le mouvement et l’être » (Actes 7.27), alors nous pensons que ce Dieu là est proche de nous et se manifeste à travers notre expérience. Cependant, la reconnaissance de la présence de Dieu dépend, pour une part, de nos représentations. Si, au départ, en fonctions des idées reçues, nous ne croyons pas en la réalité de Dieu, alors nous aurons plus de mal à reconnaître sa présence. De même, cette reconnaissance requiert une ouverture, un désir de notre part, et ce désir lui-même est conditionné par notre état d’âme, mais aussi par la représentation que nous avons de Dieu. Si, dans un registre socio-culturel ou psychologique, nous avons peur de Dieu, évidemment nous ne chercherons pas à reconnaître sa présence, et même nous ferons barrage. C’est dire le mal causé par certaines formes religieuses qui communiquent l’image d’un Dieu plus ou moins redoutable. Quelle différence si nous croyons que Dieu est bonté et amour (1 Jean 16) !
Quelles représentations théologiques ?
Mais d’une façon moins criante, les obstacles peuvent venir également de certaines représentations théologiques. Aussi, suivons nous ici le fil conducteur que nous apporte Jürgen Moltmann dans son livre : « L’Esprit qui donne la vie » (1).
Certains théologiens, nous explique-t-il, ont affirmé « une discontinuité entre l’Esprit de Dieu et l’esprit de l’homme » (p 22). Dieu leur apparaît si grand, si puissant qu’il est hors de portée et se manifeste à distance. Par exemple, Karl Barth appelle l’Esprit Saint : « l’Esprit de la promesse, parce qu’il place l’homme dans l’attente du « Tout Autre », de Celui dont, pour cette raison, il n’est jamais possible de faire l’expérience » (p 29). Mais, comme écrit Moltmann, pourquoi opposer la révélation de Dieu à des hommes et l’expérience de Dieu faite par des hommes ? « Comment un homme pourrait-il parler de Dieu, si Dieu ne se révèle pas ? Comment pourrait-il parler d’un Dieu dont il n’existe aucune expérience humaine ? » (p 22). La réalité, c’est « l’immanence de Dieu dans l’expérience humaine et la transcendance de l’homme en Dieu ». « Parce que l’Esprit de Dieu est en l’homme, l’esprit de l’homme, dans son autotranscendance, est orienté vers Dieu » (p 24). La Bible ne rapporte-t-elle pas des expériences humaines qui manifestent l’œuvre de Dieu et à travers lesquelles Dieu nous parle ?
Et, par ailleurs, on observe dans l’histoire la prétention des « religieux » à restreindre l’œuvre de l’Esprit à ce qui relève de leur univers. « Dans la théologie et la piété protestante comme dans la théologie et la piété catholique, il existe une tendance à concevoir l’Esprit Saint uniquement comme l’Esprit de la rédemption dont le lieu est l’Eglise et qui donne aux hommes la certitude de la béatitude éternelle de leurs âmes. Cet Esprit sauveur est mis à l’écart de la vie corporelle comme de la vie naturelle » (p 25). Ainsi dans un ouvrage jadis consacré à l’Esprit Saint par le grand théologien, Yves Congar, la présentation de l’Esprit créateur et de l’Esprit de recréation de toutes choses est presque totalement absente » (p 26). C’est méconnaître que l’Esprit n’est pas seulement l’Esprit de la rédemption, mais aussi l’Esprit de la création, constamment à l’œuvre dans celle-ci.
Et, comme le souligne un autre théologien, William R. Davies (2), l’Esprit de Dieu est sans limite (« Spirit without measure »). Il est à l’œuvre dans tous les hommes et ne se laisse pas enfermer dans des catégories.
Comme l’écrit Moltmann, « Les hommes ne font pas l’expérience de l’Esprit, de façon extérieure seulement dans leur communauté ecclésiale, mais aussi de façon intérieure, dans l’expérience qu’ils font d’eux mêmes, à savoir dans le fait que « l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint » (Romains 5.5). Cette expérience de l’Esprit, beaucoup de personnes l’expriment par ces simples mots : « Dieu m’aime ». Dans cette expérience de Dieu, elles font l’expérience de leur propre dignité, indestructible, inaliénable de sorte qu’elles peuvent se remettre debout… » (p 18). De nombreux témoignages rapportent ce vécu. (3)
Un éclairage théologique sur l’expérience spirituelle.
Moltmann nous propose une théologie de l’expérience qui échappe à l’emprise des spécialistes et se situe en résonance avec le vécu de tous. « En parlant d’expérience de l’Esprit, j’entends par là une perception de Dieu, dans, avec et sous l’expérience de la vie qui nous donne la certitude de la communion de l’amitié et de l’amour de Dieu » (p 37).
C’est une vision très ouverte. « L’expérience de l’Esprit de Dieu n’est pas limitée à l’expérience de soi du sujet humain », telle qu’on peut parfois l’envisager dans une polarisation sur la destinée de notre âme. (p 130-131). « Elle est aussi un élément constitutif dans l’expérience du Tu, dans l’expérience communautaire et dans l’expérience de la nature ». La conscience d’une présence transcendante se fonde sur « la possibilité de reconnaître Dieu en toutes choses et toutes choses en Dieu, à travers la compréhension de l’Esprit de Dieu comme puissance de la création et comme source de vie… « C’est le souffle de Dieu qui m’a fait, l’inspiration du Puissant qui me fait vivre » dit Job (Job 33.4) (p 60). Ainsi, toute expérience qui nous advient ou que nous faisons, peut avoir une face intérieure transcendante. Jürgen Moltmann met en évidence une unité de l’agir de Dieu dans la création, la rédemption et la sanctification de toutes choses » (p 21). C’est là une vision globale : « L’expérience de la puissance de la résurrection et la relation à cette puissance divine ne conduisent pas à une spiritualité qui exclut les sens, qui est tournée vers l’intérieur, hostile au corps et séparée du monde, mais à une vitalité nouvelle de l’amour de la vie » (p 17).
A une époque où on reconnaît l’importance majeure de l’expérience dans la vie spirituelle (4), la vision de Jürgen Moltmann est particulièrement éclairante. L’homme a besoin à la fois d’exprimer et de comprendre ces expériences. « Ces expériences sont tributaires des représentations et des concepts à l’aide desquelles nous cherchons à les saisir, car des expériences non comprises sont comme des expériences qu’on n’aurait pas faites ». Et de même, « sans expression adéquate, une expérience reste en quelque sorte bloquée en l’homme » (p 39). « Les expériences sans expression sont aveugles. Des expressions sans expérience sont vides. C’est dans l’expression que réside la puissance créatrice de la vie » (p 40).
Dans la communion de l’Esprit, nous pouvons percevoir la présence de Dieu sur des registres différents et dans une grande variété de situations. C’est bien dans cet esprit que l’expérience tient une grande place sur ce blog.
J H
(1) Moltmann (Jürgen). L’Esprit qui donne la vie. Cerf, 1999. La pensée de Moltmann est présentée sur le blog : « L’Esprit quidonne la vie » http://www.lespritquidonnelavie.com/ On y trouvera un article sur le thème de l’expérience : « Vivre l’expérience de la présence de Dieu » http://www.lespritquidonnelavie.com/?p=864
(3) Parmi d’autres, le témoignage d’Odile Hassenforder dans son livre : « Sa présence dans ma vie » rapporte combien elle a été marquée par le ressenti de l’amour de Dieu accompagnant la réception de sa guérison. On pourra lire sur ce blog un récit de sa guérison. https://vivreetesperer.com/?p=746
(4) Cette importance de l’expérience dans la vie spirituelle est mise en valeur par David Hay dans son livre : « Something there » : Hay (David). Something there. Darton, Longman, Todd, 2006. Sur ce blog : « Expériences de plénitude » https://vivreetesperer.com/?p=231. Des livres récents : « The future of faith », par Harvey Cox, et « Christianity after religion », par Diana Butler Bass, mettent l’accent sur le développement d’une foi expérientielle. http://www.lespritquidonnelavie.com/?p=864
Bien connue, n’est-ce pas la parole de Jésus, rapportée dans l’évangile de Matthieu (7.1-5) : « Pourquoi regardes-tu la paille dans l’oeil de ton frère et ne remarques-tu pas la poutre qui est dans le tien ? » C’est un appel à ne pas juger, à ne pas condamner l’autre. Mais dans quel esprit allons-nous entendre cette parole ? Avec quelle grille de lecture ? Dans un milieu porté lui-même à juger, à condamner, cette parole pourra engendre un transfert : passer de la condamnation de l’autre à sa propre condamnation. Et, comment enlever soi-même la poutre de son œil ?
En écoutant le commentaire de Luc Olivier Bosset (1), la situation s’éclaire. Parce que cette parole est entendue dans un esprit d’amour et de bienveillance, elle nous ôte toute culpabilisation et nous engage dans une relation constructive. Ainsi, nous dit-il, ôter la poutre qui est dans notre œil, c’est sortir de ce qui nous pèse, de notre propre malaise : « Prend le temps de sortir de ton malaise, de ton agacement, alors tu seras dans de bonnes dispositions d’esprit pour aider l’autre à sortir de sa paille ». Et puis pour comprendre l’autre, n’a-t-on pas besoin d’être soi-même empli de bienveillance, une bienveillance encouragée et nourrie par la bienveillance qui nous est portée et que l’on reçoit. « Lorsqu’on se sent aimé, nous sommes prêt à accueillir différemment les aspérités, les défauts du caractère de l’autre ».
Dans l’amour de Dieu, « remplis ton réservoir ! », nous dit Luc Olivier Bosset…
Vivre et espérer, c’est une vie en mouvement. Nous en ressentons les bienfaits. Lorsque la confiance est là, le courant passe. Parce qu’il y a un horizon, les impasses ne sont pas définitives. Le flux de la vie passe sans appréhension. La créativité s’exprime en terme de projet. Dans l’espérance, on ne regarde pas en arrière, mais en avant. Les impasses ne sont pas définitives. Il y a toujours un recommencement.
Cette vision de la vie peut apparaître comme un beau rêve, sans consistance. Lorsque nous sommes confrontés à la réalité du mal, l’ombre peut nous cacher la lumière. De fait, à certains moments, nous sommes assaillis. Face à la mort ou à la maladie, nous sommes tenté de baisser les bras. Et d’ailleurs, à terme, le destin collectif de l’humanité peut nous apparaître lui-même voué à l’impasse. Dans les apparences, c’est, à tout coup, la mort qui gagne. La solution est-elle dans l’abandon ou dans la fuite ? Ou bien, n’y a-t-il pas déjà dans la vie elle-même un refus de l’absurde ? De fait, vivre ne va pas sans espérer. La vie requiert une espérance, un horizon, un avenir.
Si, dans le passé, pour certains, la religion a pu apparaître comme une source d’enfermement et de peur, nous sommes là en présence d’une perversion du message divin. La spiritualité a pu être définie comme une « conscience relationnelle » (1). Notre vie dépend de la qualité des relations dans laquelle elle s’inscrit. Nous partageons ici notre conviction que selon une foi chrétienne bien entendue, Dieu est lui-même un Dieu de bonté, un Dieu relationnel, communion d’amour entre les personnes divines , qui vient à notre rencontre. Ce Dieu créateur et sauveur est puissance de vie. La Résurrection de Christ a engagé le processus d’une création nouvelle dans laquelle Dieu sera tout en tous. Comme l’écrit le théologien Jürgen Moltmann (2), la foi chrétienne se caractérise par l’espérance. En Dieu, personnellement et collectivement, nous avons un avenir. Nous ne nous trouvons pas devant un mur infranchissable . Dieu nous accompagne dans nos difficultés. Il nous renouvelle et il nous ouvre à son avenir. Ainsi, dans la confiance que Dieu désire nous communiquer, pouvons nous goûter la vie et la vivre dans la reconnaissance pour tout ce qui est bon et beau.
Ce blog veut donc être un espace pour tous ceux qui désirent y partager une tonalité positive. Cette tonalité positive a une influence bénéfique sur nos comportements personnels ou collectifs. Elle peut prendre des formes diverses : observations, narrations, poèmes, études, enquêtes, interviews. Elle exclut, bien entendu, le « béni oui oui » et elle inclue les interpellations et les questionnements. Elle appelle le discernement. Elle peut se manifester sur des registres différents d’une humeur paisible à la gageure d’un défi personnel. L’animateur de ce blog cherchera donc à mettre en évidence les expressions, les réflexions qui concourent à ce projet et, en particulier, celles avec lesquelles il est déjà familier (3).
Ensemble, vivre et espérer ! Il y a dans cette expression une intensité de vie. L’Esprit nous conduira. En termes chrétiens, « Que le Dieu de l’Espérance nous remplisse de joie et de paix dans la confiance en Lui » (5). Ce blog appelle à un partage convivial et à la participation. C’est un lieu de rencontre. Ensemble, vivre et espérer !
Jean Hassenforder
(1) La vie spirituelle comme une « conscience relationnelle ». Une recherche de David Hay sur la spiritualité d’aujourd’hui. Voir : www.temoins.com rubrique : études