par jean | Juil 22, 2026 | ARTICLES, Vision et sens |
Selon John V Taylor et Robert K Johnston
Comme des êtres appelés à la relation, les rencontres ont un rôle majeur dans nos vies. Il se trouve qu’un être, une réalité retient notre attention, notre reconnaissance, qu’une relation apparait, qu’une rencontre s’établit. Un esprit commun advient. Une attraction s’est exercée Et on peut imaginer qu’à travers elle, une force motrice s’est exercée. Un intermédiaire serait intervenu. Dans la foi chrétienne, nous reconnaissons la présence divine à l’œuvre dans le monde en la personne du Saint Esprit. En 1972, un missionnaire anglican, bientôt évêque, John V Taylor (1), a écrit un livre éclairant au sujet du Saint Esprit : « The Go-between God. The Holy Spirit and the Christian Mission » , un texte demeuré classique. Robert K Johnston en commente l’apport dans son livre : « God’s Wider Presence » (2).et il s’attache tout particulièrement à la fonction de «go-between », d’intermédiaire, d’incitateur de rencontre, attribuée à L’Esprit Saint. Dans son livre, John Taylor « comprend la mission de l’Eglise comme celle de discerner ce que l’Esprit créateur est en train de faire dans le monde et ainsi de l’accompagner. Il commence son étude en évoquant l’œuvre d’annonciation de l’Esprit ».
La rencontre, l’Esprit go-between
selon John V Taylor
La pensée de John Taylor nous est rapportée ainsi (3) :
: « L’auteur évoque l’esprit de l’homme : cet esprit n’est pas uniquement à moi comme mon corps, mon individualité. Il réside dans une relation, ‘génère une certaine qualité d’intensité qui, de temps en temps, marque la relation de l’homme avec le monde autour de lui, et avec quelque réalité que ce soit qui se tient à l’intérieur ou derrière le monde’ Quelquefois, quelque chose parait devenir vivant, pour être pris en compte de quelque façon – de telle façon que ce qui arrive n’est pas une vue, mais une rencontre.
‘Le fait est que quelque chose ou quelqu’un soudainement là devient important’. ‘Au lieu d’être simplement une partie du paysage ou une partie de l’existence, il se présente lui-même, il devient présent, il commande l’attention’. Cela arrive quand nous tombons amoureux ; mais alors d’une manière où nous tombons amoureux à chaque tournant de la route – par exemple « Le Prélude » de Wordsworth. Le coeur de ces expériences est la reconnaissance mutuelle de qui voit et de ce qui est vu. Je les appelle pour le mieux des ‘annonciations’ – comme l’annonciation à Marie. Ce qui arrive est ceci : ‘ la montagne ou l’arbre que je suis en train de regarder cessent d’être simplement un objet que j’observe et deviennent des sujets existant dans leur propre vie et me disant quelque chose à moi – on pourrait presque dire me saluant comme dans la complicité d’une conspiration (private conspiracy). L’expérience vraiment numineuse n’est pas marquée seulement par une ‘awe’ (4) en face de l’inconnu ou de la toute puissance, mais elle advient aussi devant quelque chose d’aussi ordinaire qu’un enfant qui dort , aussi simple et objectif qu’une fleur qui commande soudain l’attention.
A partir d’une multitude de telles expériences, nous en arrivons à comprendre que la source de cette profonde réponse de reconnaissance, de joie et d’émerveillement n’est pas la personne qui répond, moi-même, mais la présence à laquelle je répond. Ce que nous appelons l’objet de notre réponse est en réalité le sujet et l’activateur.
Ou, pour le dire d’une autre manière, la ligne que nous aimons tracer entre le sujet et l’objet, entre ce qui appelle et ce qui répond, faiblit et finalement disparait. Aussitôt que ‘l’être’ devient ‘présence’, il est déjà devenu une partie de ce à quoi il est présent.
Voyez Martin Buber : le Je et le Tu ( I and Thou), où il parle du don mutuel entre vous et ce que vous percevez exister autour de vous – à travers ses allées et venues, il vous mène au loin, au Tu – dans lequel les lignes de relation se rencontrent ; cela ne vous aide pas à vous maintenir en vie, cela vous aide seulement à entrevoir l’éternité. ‘Mais quelle est la force qui me provoque à voir d’une manière dans laquelle je n’ai pas vu. Qu’est ce qui fait qu’un paysage, une personne ou une idée vient en vie pour moi te devient une présence envers laquelle je me livre, Je reconnais, je répond, je tombe amoureux, j’adore – cependant ce n‘est pas moi qui ait fait le premier pas. En chacune de telles rencontres, il y a eu un tiers anonyme qui introduit, agit comme un intermédiaire actif, un « go-between », rend deux êtres conscients l’un de l’autre, suscite un courant de communication entre eux. Ce qui est encore davantage, ce go-between invisible ne se tient pas seulement entre nous, mais il active chacun de nous de l’intérieur. Moïse approchant le buisson ardent n’est pas un observateur scientifique ; la même essence fougueuse brule aussi dans son propre cœur. Lui et le buisson d’épine sont attrapés et tenus ensemble comme si c’était dans le même champ magnétique.
J’ai déjà commencé à parler de cette force d’influence en termes très personnels. Je suis contraint à le faire parce que l’effet de cette puissance est toujours d’amener un simple objet dans une relation personnelle avec moi.
Aussi les chrétiens trouvent tout à fait naturel de donner un nom personnel à ce courant de communication, cet invisible go-between. Ils l’appellent le Saint Esprit, l’Esprit de Dieu. Ils disent que c’était l’Esprit qui a saisi et dominé l’homme Jésus-Christ, le rendant l’être humain le plus conscient, le plus sensible, le plus ouvert qui ai jamais vécu – sans cesse conscient de Dieu au point qu’il l’appelait presque familièrement, Père et fantastiquement conscient de chaque personne qui croisait sa route, spécialement ceux que personne d’autre ne remarquait. C’est l’Esprit qu’il a promis d’envoyer à ses amis
Et au jour de la Pentecôte, c’est l’Esprit qui est venu et qui a pris possession d’eux comme il avait pris possession de Jésus. Et quel a été le premier résultat de cette venue ? La communication. La conscience. Ils prêchaient et cette foule cosmopolite les entendaient prêcher chacun en son propre langage.
Chaque fois que m’est donnée cette conscience inattendue envers quelque autre créature et que je ressens ce courant de communication entre nous, je suis touché et mu par quelque chose qui vient du cœur fougueux de l’amour divin, le regard éternel du Père envers son fils et du Fils envers son Père.
Le prérequis pour ce genre de connaissance est l’attention… Une vraie attention est un vrai abandon de soi à l’objet de l’attention. L’enfant qui est absorbé est tout à fait détendu. L’esprit de l’adulte aussi doit être sans effort, réceptif, en attente avant qu’il n’y ait quelque intuition créative. A nouveau et à nouveau, c’est l’état d’esprit dans lequel une nouvelle vérité éclote…. L’attention signifie être en attente. C‘est la reconnaissance d’une présence réelle de l’autre tout à fait en dehors de son propre soi ou de son propre processus mental. Etre ‘dans l’esprit’, c’est être vivement conscient de tout ce que le moment contient, les brindilles du buisson d’épine aussi bien que la présence de Dieu
Le Saint Esprit est le tiers invisible qui se tient entre moi et l’autre, nous rendant mutuellement conscient. En premier et suprêmement, il ouvre mes yeux à Christ. Mais il ouvre aussi mes yeux au frère…..Il est le donateur de cette vision sans laquelle le peuple périt. Nous parlons communément de lui comme la source du pouvoir. Mais, en fait, il nous rend capable d’être surnaturellement fort en ouvrant nos yeux ».
La rencontre comme signe de la présence divine
Robert J Johnston commente l’apport de John V Taylor
Dans son livre : « God’s wider presence », Robert K Johnston consacre un chapitre à l’Esprit Saint et à la manière dont il opère. Et là, entre autres, il aborde le thème de la rencontre à partir de la pensée de John V Taylor que nous venons de rapporter ( p 160-164). « Comme avec C.S .Lewis, Taylor commence sa réflexion sur l’Esprit et la mission de l’Eglise en rappelant ce qu’il a appris de ses propres expériences d’enfance. Il raconte qu’âgé de dix ans, confiné lors d’une rougeole, il se mit à écouter un gramophone pendant des heures en vue de s’amuser. Taylor dit qu’il fut surpris de découvrir qu’une musique pouvait « parler » Il ne savait pas qu’un tel langage puisse exister. Mais un
court passage musical, plus tard jugé trivial par Taylor adulte, néanmoins avait provoqué chez lui « un choc d’excitation ». Utilisant les catégories de Martin Buber, Taylor se dit que ce qui s’était passé à l’époque, c’est qu’une expérience de « Je-cela (I-it ») était devenue pour lui une rencontre Je-toi (« I-Thou »). Plus tard dans sa vie, le même type d’expérience personnelle lui arriva lorsque Taylor aperçut le Kilimandjaro brillant au-dessus de la ligne des nuages en Tanzanie. Il dit : « le fait que quelque chose ou quelqu’un était ‘là’ devint soudain important ». La montagne n’était plus simplement une partie du paysage, mais elle se présentait elle-même, devenait présente, exigeait l’attention. Une telle expérience, réfléchit-il, arrive aussi bien quand on tombe amoureux .. mais cela arrive aussi dans l’ordinaire de la vie quotidienne. « D’une certaine manière, nous tombons amoureux à chaque coin de rue, avec un troupeau dans les collines, la brume au dessus d’un lac, les étoiles enchevêtrées dans les branches nues, la chaise jaune au soleil, un vieux chant au coin du feu d’un paysan. .. Taylor illustre sa thèse par des citations des poètes Edwin Muir et Wordsworth. Taylor dit que la meilleure manière de nommer de telles expériences – des rencontres également décrites par Robert K Johnston dans son livre, est de les appeler des ’annonciations’. En utilisant ce terme, il dit qu’il n’essaie pas de les limiter ou de les rétrécir à des expériences spécifiquement ‘religieuses’. Plutôt, il désire y inclure aussi, juste de la même manière que Johnston, des évènements courants, non religieux. Son intérêt réside dans ce qui peut être dit de ces expériences lorsqu’une montagne ou un arbre cessent d’être un objet et deviennent un sujet « me saluant de la tête en connivence (« nodding to me in a private conspiracy »)…. De telles annonciations, de tels saluts, nous forcent à reconnaitre la réalité de l’autre, de ce à quoi on est en train de regarder – quelque chose que nous avons déjà rencontré dans les écrits de Tillich et Schleirmacher, Lewis, Hay (5). Il y a là une source d’émerveillement (‘wonder’). Ce qui a été simplement un objet devient le spectateur dans son authenticité. Taylor : « Je fais face à sa vérité, pas seulemnt à la vérité à son sujet ».
Comme ce fut le cas avec Lewis, Taylor a trouvé que la répétition de telles expériences l’amenait à réaliser que la source d’une telle joie et d’un tel émerveillement n’était pas lui-même, mais une P/présence à laquelle il répondait.. Citant Martin Buber, Taylor écrit à propos des annonciations : « A travers la grâce de leur venue et la tristesse solennelle de leur départ, cela vous amène loin vers le Tu (Thou). Cela vous aide à percevoir l’éternité ». Ce que nous pourrions être enclin à appeler l’objet de notre réponse est en réalité son sujet, son activateur, pense Taylor. Mais d’un autre côté, il réalise que ce n’est pas tout à fait juste. Car ce qui fait qu’un paysage ou une personne vient en vie pour une autre personne et devient une présence à laquelle on se rend (quand il la reconnait, y répond, l’adore, en tombe amoureux) est plus exactement « un troisième parti anonyme, qui introduit, qui agit comme un go-between, un intermédiaire, rend deux êtres conscients l’un de l’autre, suscite un courant de communication entre eux. Ce qui est plus, le go-between invisible ne se tient pas seulement entre nous, mais il active chacun de nous de l’intérieur. ». Parler du go-between en ces termes, est en parler « en terme très personnels », conclut Taylor.. C’est inévitable, car l’effet de la P/puissance est toujours d’amener une relation personnelle.
Taylor conclut : « Ainsi les chrétiens trouvent tout à fait naturel de donner un nom personnel à ce courant de communication, cet invisible go-between. Ils l’appellent le Saint Esprit, l’Esprit de Dieu ». C’est le moment pour Robert Johnston de rappeler la communion du Saint-Esprit présente dans la bénédiction finale de la deuxième épitre aux Corinthiens. « Taylor conclut que l’Esprit de Dieu est la puissance de communion qui permet à chaque réalité et à Dieu qui est à l’intérieur et au delà de ces réalités, d’être présent à nous ».
Cependant Johnston pose alors la question : « Taylor, comme moi-même ne sommes-nous pas trop inclusifs ? « Pouvons-nous vraiment dire que dans chaque expérience de ‘Je-Tu’ est une rencontre avec Dieu ? Taylor laisse la question ouverte, mais il croit qu’un intérêt passionné pour toutes choses humaines est néanmoins le bon point de départ. Il en est de même pour la croyance enracinée dans l’expérience et l’Ecriture que l’Esprit de Vie est présent dans l’ordinaire et pas seulement dans l’extraordinaire. Mais s’il en est ainsi, alors comment reconnaissez-vous la Présence de l’Esprit – la communion de l’Esprit. Taylor est inspiré lorsqu’il suggère que la clé est notre ‘attention’ à la matière – une attention totale à quelque chose ou quelqu’un, nos pensées extérieures étant temporairement arrêtées. Une telle attention advient spontanément et est un abandon de soi involontaire, mais paradoxalement, c’est toujours avec le sens en même temps que nous choisissons librement. Et le résultat est signifiant – la rencontre fait une différence, se prouve être à un tournant, comme nos anciennes idées sont mises en cause et que nous sommes forcés de prendre une nouvelle direction ».
A nouveau, Johnston évoque la pensée de C.S. Lewis. « Dieu est présent en toutes choses ». Comme Lewis l’écrit : « Chaque terre est sainte… » Mais bien que la Présence divine déborde dans le monde, Lewis croit aussi que l’Esprit chemine dans l’incognito en respectant notre liberté. Et bien que cet incognito ne soit pas toujours difficile à pénétrer, il demande de ‘l’attention’. Nous devons rester éveillés. Cependant, quand nous le sommes, la communion de l’Esprit se révèle un tournant. .Voilà une description presque identique à celle de Taylor ».
La rencontre au cœur
Etres en relation, nous vivons à travers des rencontres et nous en vivons constamment. Il est donc important de veiller à la qualité de ces rencontres. A cet égard, la pensée de Martin Buber à laquelle se réfère John V Taylor est particulièrement éclairante. Nous pouvons vivre nos relations dans l’indifférence aux autres les considérant comme des choses ou bien dans une relation communicante entre deux personnes. La qualité de nos relations dépend également de notre attention. Ceci vaut pour nos relations dans le monde humain. Aujourd’hui, notre conscience du vivant s’élargit et notre relation consciente s’étend.
Au cours des dernières décennies, depuis le début du XXIè siècle, une prise de conscience s’est opérée, celle de l’existence de rencontres particulièrement intenses, nous ouvrant à un au-delà de notre vie quotidienne. Cette prise de conscience est apparue dans la recherche psychologique (4). On y a reconnu une dimension spirituelle (5) et, dans ce texte, une réflexion théologique apparait. Le livre de Dacher Keltner a fait le point sur le caractère révolutionnaire de la mise en évidence des expériences s’inscrivant dans le phénomène la ‘awe’. Ainsi a-t-il mené une grande enquête internationale où il a rassemblé 2600 récits de personnes décrivant une expérience de ‘awe’ selon la définition choisie : « être en présence de quelque chose de vaste et mystérieux qui transcende notre compréhension habituelle du monde » David Hay avait mis en valeur la portée spirituelle d’expériences où se manifestait la rencontre avec une dimension transcendante. Robert K Johnston (2) met en évidence « une plus grande présence de Dieu » en s’appuyant sur des expériences comparables. C’est lui qui nous a permis de découvrir la réflexion précoce de John V Taylor, une vision théologique de la rencontre. Il y fait apparaitre le rôle de l’Esprit Saint comme moteur de rencontres où les barrières s’effacent
L’Esprit joue un rôle d’intermédiaire, de go-between. Il active aussi. Notre attention est requise Nous devons rester éveillés.
J H
- John V Taylor : https://en.wikipedia.org/wiki/John_Taylor_(bishop_of_Winchester)
- Un tournant vers le spirituel : https://vivreetesperer.com/un-tournant-vers-le-spirituel/
- John V Taylor The Go-between God. The Holy Spirit and the Christian Mission (traduction non professionnelle) alisonmorgan.co.uk
- Comment la reconnaissance et la manifestation de l’admiration et de l’émerveillement exprimées par le terme : « awe », peut transformer nos vies : https://vivreetesperer.com/comment-la-reconnaissance-et-la-manifestation-de-ladmiration-et-de-lemerveillement-exprimees-par-le-terme-awe-peut-transformer-nos-vies/
- La vie spirituelle comme une conscience relationnelle. Une recherche de David Hay sur la spiritualité d’aujourd’hui : https://www.temoins.com/la-vie-spirituelle-comme-une-l-conscience-relationnelle-r/
Voir aussi : Une plus grande présence de Dieu : https://www.temoins.com/une-plus-grande-presence-de-dieu/
par jean | Juil 22, 2026 | ARTICLES, Vision et sens |
Le défi de la philosophie africaine au réductionnisme occidental
Les grandes menaces qui compromettent aujourd’hui l’avenir du monde : la crise écologique, une expansion incontrôlée d l’intelligence artificielle sont toutes liées à l’individualisme et eu matérialisme qui prospèrent actuellement en Occident. L’entente avec la nature a été rompue. Le désenchantement du monde a prévalu. La philosophie de la déconstruction a contesté les fondements transcendants. Cependant, la science elle-même remet en valeur l’interconnexion . Une attention se porte sur la conscience (1). Un courant post-matérialiste émerge (2). Une spiritualité écologique est apparue (3). Par ailleurs, les équilibres mondiaux se sont modifiés. La décolonisation s‘est imposée (4). La voix de grandes civilisations peut se faire partout entendre . Et c’est bien le cas lorsque l’apport de la civilisation africaine est reconnue. Nous avions déjà mis en valeur l’apport de l’« Ubuntu » (5). On lira ici avec une particulière attention la contribution de Elvis Imafidon, nigerian, directeur de l’Ecole d’histoire, de religion et de philosophie de SOAS (université de Londres) (6) : « Le défi de la philosophie africaine au réductionnisme occidental » (7).
L’article est présenté ainsi : « La société occidentale expose souvent les systèmes – des sociétés aux écosystèmes – en les brisant en morceaux – atomes, pierres, arbres, individus isolés. Mais beaucoup de philosophies africaines comme l’Ubuntu (5) contestent l’idée d’entités isolées, prédéfinies formant des ensembles plus vastes. Le philosophe, Elvis Imafidon argumente que les relations ne connectent pas des individus préexistants, plutôt toutes les chose deviennent ce qu’elles sont à travers leurs relations avec d’autres choses. De cette compréhension relationnelle de l’être, un thème dominant dans la philosophie africaine est une éthique particulière centrée sur la communauté qui accorde une valeur égale à la fois aux aspects humains et non humains de la réalité ».
Comment envisageons-nous le sens de l’existence ?
« Il y a une question qui a tenu la philosophie en activité pendant des milliers d’années, c’est la question existentielle de l’humain : Qu’est ce qui donne un sens à l’existence humaine ? Cette question est en quelque sorte différente de celle des origines : Qu’est-ce qui rend l’existence humaine possible ? Tandis que la dernière suscite un intérêt partagé à travers différentes disciplines, de l’anthropologie et de la biologie à la philosophie, la première sur la signification de l’existence humaine est souvent en premier sous le radar de la philosophie et des disciplines sœurs telles que la théologie. Mais ces questions ont aussi des frontières partagées, une préoccupation métaphysique commune. La réponse que nous donnons à la question de l’origine de l’existence humaine a une influence significative sur notre compréhension du sens de l’expérience humaine. La manière dont que nous comprenons le sens comme venant totalement de l’intérieur du monde ou de quelque source transcendante, d’un autre monde, sera influencée par selon ce que nous croyons que la vie vient uniquement de substances matérielles ou de quelque chose de transcendant et de spirituel. L’entrelacement de ces deux questions se poursuivra dans cet essai, même quand le sujet central sera la signification de l’existence humaine ».
Sur quoi s’appuie l’existentialisme et qu’est-ce qu’il nous dit sur l’existence humaine,
Elvis Imafidon s’interroge alors sur une philosophie répandue aujourd’hui : l’existentialisme. « Les incidences de l’existentialisme pour la signification de l’existence, lesquelles reflètent aujourd’hui beaucoup de notre pensée sur le sujet, sont qu’une existence qui a du sens est à la fois anthropocentrique (centrée sur l’humain) et subjective (définie par le soi).
« il est facile de déchiffrer comment l’expérience des deux guerres mondiales pendant la première moitié du XXè siècle, parfois semblant dépourvues de sens, ont intimé aux philosophes de penser plus concrètement sur le sens. Ce qui peut n’être pas facile à déchiffrer est que le mouvement existentialiste qui a grandi dans cette période a été aussi un déplacement radical d’une compréhension transcendante, d’un autre monde d’une existence humaine pleine de sens à une perspective mondaine. Dans ce déplacement, l’idée que l’essence et la signification précède ou transcende cette existence d’ici-bas est rejetée et remplacée par l’idée que l’être humain existe d’abord et seulement dans ce monde, et puis graduellement forge et organise sa propre essence et signification. C’est pourquoi, pour Friedrich Nietzsche : « Dieu ou la tradition religieuse et morale de l’Europe doivent mourir d’abord pour que le ‘surhomme’, avec la volonté de créer son propre sens et sa propre moralité, émerge. Et cela explique pourquoi dans l’ontologie existentielle de Martin Heidegger, toute compréhension de l’être et de l’existence doit commencer et se centrer à partir du sujet humain :’ Dasein ‘.
Ainsi, au cœur de l’existentialisme, est l’idée, populaire aujourd’hui, que je suis une entité indépendante créant son propre sens à travers une vie authentique et auto-gouvernée….Selon l’existentialisme, une existence qui a du sens est à la fois anthropocentrique (centrée sur l’humain) et subjective (définie par le soi) ». Elvis Imafidon s’interroge à ce sujet : « Dans quelle mesure cela saisit notre vraie manière d’être, d’exister et de créer du sens ? Est-ce que nos qualités individuelles de rationalité, d’autonomie et de liberté sont suffisantes pour garantir une existence qui a du sens ? Quelle est la place des autres êtres humains et des êtres autres qu’humain dans la poursuite du sens ? »
En regard, la tradition philosophique de l’Afrique sub-saharienne
Elvis Imafidon ne se sentait pas à l’aise dans ce contexte et il s’est alors tourné vers sa culture d’origine, la culture africaine. « Mon sentiment que la perspective anthropocentrique et subjective ne répondait pas particulièrement à ces questions m’a conduit à explorer la perspective métaphysique relationnelle qui émerge de mon héritage, la tradition philosophique de l’Afrique sub-saharienne. Comme j’argumente dans mon nouveau livre : « Doing african philosophie », pendant des générations, cette tradition a été préservée dans des ressources à la fois textuelles et non textuelles (orales et symbolique). Dans cette tradition, il y a une compréhension portée dans des langues, des proverbes, des énigmes, des adages et des paroles énigmatiques, des symboles et des formes conventionnelles et non conventionnelles d’écrire que la réalité est composée de plusieurs entités, visibles et invisibles, qui partagent, participent à et sont collectivement responsables d’ une essence commune – une aura, une énergie ou force. Une vie qui a du sens pour une identité dans cet écosystème d’entités est essentiellement dépendante pas seulement de qualités qui lui sont propres comme la rationalité et l’instinct, mais d’une relation soutenue avec d’autres membres de la communauté et d’un effort collectif pour préserver la communauté dans laquelle chaque entité a pour but de prospérer. Les membres de la communauté qui sont activement en relation les uns avec les autres et créant en collaboration du sens et de l’existence incluent les êtres humains, les arbres, les animaux, les corps aquatiques et les êtres invisibles tels que les ancêtres et les déités.
Tout se tient
Dans cette communauté, les entités, soit possèdent une forme active de force vitale partagée, rendant possible pour eux d’agir ou d’être agi, soit de posséder une forme passive de cette force vitale partagée de telle manière qu’ils requièrent un autre être pour agir sur eux pour émettre leur énergie. Par exemple, un être humain (une entité avec une force vitale active), quelque part en Afrique occidentale, peut bouillir ou presser la plante venomia amygdalina, appelé communément feuilles amères (une entité avec une force vitale passive) pour extraire le jus afin de guérir une maladie en vue de poursuivre une vie pleine de sens et de bien-être. A la fois, l’entité humaine et l’entité non humaine sont ainsi fondamentales pour permettre à la communauté ainsi qu’à ses membres individuels de prospérer. Ainsi il n’est pas rare dans les sociétés africaines de voir des soignants et des professionnels de santé indigènes parler avec une plante, un arbre ou un corps aquatique comme ils le feraient avec un être humain durant le processus de guérison ». L’auteur évoque également les usage des noix de kola dans de nombreuses régions d’Afrique occidentale « Des cérémonies telles que des mariages, le don d’un nom à un enfant, des funérailles et le commencement de nouvelles saisons débutent avec le cérémonial de briser la noix de kola avec un accompagnement de prières et de bénédictions. Tandis que la noix de kola est tenue en main pour être brisée, une des déclarations clé est : « la personne qui apporte le kola apporte la vie ». Les noix de kola sont alors brisées par l’ancien et partagées avec tous ceux qui suivent la cérémonie. La déclaration que celui qui apporte le kola apporte la vie, affirme le potentiel du don de vie et de l’apport de sens des noix de kola en terme de ses bénéfices de santé et signifie l’impact profondément relationnel de l’hospitalité dans la réalisation du sens et du bien-être. Dans la communauté africaine, les entités humaines et non humaines viennent en existence en participant à la force vitale partagée et prospèrent et développent le sens à travers les relations avec d’autres êtres dans un échange réciproque d’énergie ».
L’Ubuntu
« L’Ubuntu (avec son origine dans le langage Zulu Xhosa), est devenu un concept africain populaire parce qu’il saisit cette métaphysique relationnelle. La philosophie de l’Ubuntu se traduit simplement comme « une personne est une personne à travers d’autres personnes ». C’est une philosophie afro-communautarienne ontologique et existentielle de la relation, de la solidarité, de la co-dépendance et de la coopération qui tient qu’une personne devient ainsi pleine et signifiante à travers les relations (5). Nous pouvons facilement pointer à d’autres concepts similaires dans différents langages africains. Dans ma langue (esan du Nigéria du sud), le mot ‘akomen’ (« Nous sommes mieux ensemble » ou « on trouve le sens collectivement » saisit également cette métaphysique relationnelle. Tous les êtres, l’humain, l’environnement, les ancêtres, les déités etc forment un tissu solidaire de relations tel qu’un écart entre le soi humain, le mort physiquement, le monde phénoménal, et les déités intangibles n’est ni possible, ni désirable. Les entités existantes ont besoin les unes des autre pour prospérer et mener une vie qui a du sens. Ainsi la quête de solidarité et d’harmonie et essentielle et non négociable pour le bien-être. Par exemple, les ancêtres sont des membres humains d’une communauté africaine qui ont quitté convenablement le royaume physique de l’existence pour un état non physique. Ce sont ceux qui ont achevé la part physique de leur cours de vie et ont pris des formes plus élevées d’être, une plus intense énergie. Une fois qu’un être humain devient un ancêtre, il reste intrinsèquement relié avec ses proches. L’existence d’un ancêtre devient cruciale pour une explication causale des évènements dans la famille que l’ancêtre a quitté physiquement, aussi bien que dans la communauté plus large.
Les apports d’une métaphysique relationnelle
Une métaphysique relationnelle a au moins deux implications importantes pour la manière dont nous vivons une vie qui a du sens.
D’abord, les communautés ne sont pas seulement des arrangements sociaux et politiques, mais des réalités métaphysiques. Par la nature même de la réalité, nous sommes entrelacés avec d’autres entités, humaines et non humaines. Les humains ne peuvent pas exister et prospérer sans d’autres humains, les plantes, le soleil, la lune, les animaux, la pluie, etc. Penser à nous-même comme prospérant grâce nos seules qualités, c’est s’efforcer de lutter contre notre propre essence ontologique comme entités relationnelles. Les feuilles nous disent quand c’est l’automne. Les nuages nous parlent au sujet de la pluie.
Et des avertissements globaux nous disent combien nous avons perturbé notre relation avec des entités non humaines.
Deuxièmement, la reconnaissance de et la relation avec les énergies et les forces invisibles et cependant réelles dans la communauté, telles que les ancêtres, est pertinente pour notre prospérité et notre construction de sens. Nous ne pouvons pas expliquer le présent et le sens que nous y voyons ou pas, sans reconnaitre le passé. Par exemple, une personne humaine dans une communauté africaine subsaharienne (yoruba) ne peut pas trouver un sens à son expérience de présence en déconnection de ses parents qui peuvent déjà être morts. Ainsi, tandis qu’un parent peut avoir vécu dans le passé, il reste réel et présent dans le maintenant sous forme d’un transfert d’énergie, de traits de caractère, de comportement et de mémoire ». L’auteur en donne un exemple dans la manière d’affecter des prénoms
« Dans un monde si focalisé sur les humains, leur autonomie et leur non-dépendance, une métaphysique relationnelle nous rappelle que notre existence est attachée à l’existence d’autres entités humaines et non humaines. Pour mon bien-être et pour une vie pleine de sens, il est contre-productif de prendre soin seulement de mes droits et de mon bien-être et non également des droits, du bien-être et de la survie des autres entités.
De nouveaux courants de pensée rejoignent la vision relationnelle africaine
Dans un monde où les idées circulent, il est bon que Elvis Imafidon évoque « le défi de la philosophie africaine au réductionnisme occidental ». Si ce réductionnisme a dominé et persiste encore dans certains milieux, il est de plus en plus contesté dans le mouvement des idées et une dynamique relationnelle est affirmée dans la prise de conscience écologique, le tout se manifestant dans une nouvelle théologie trinitaire.
Un nouveau sujet d’inquiétude apparait aujourd’hui. C’est le développement accéléré de l’intelligence artificielle dans un contexte où l’individualisme prévaut. Dans un livre intitulé : « le péril IA », (8) un expert français du numérique, Gilles Babinet met l’accent sur la nécessité de ne pas oublier un aspect de la culture humaine découlant du temps long dans laquelle elle s’est développée et qui a été caractérisé « par un univers symbolique, structuré par le mythe, les rites, les récits archétypaux, bien plus que par la rationalité abstraite » ( p 124). Et il rejoint Elvis Imafidon en mettant l’accent sur les conséquences néfastes d’une existence dénuée de transcendance. Gilles Babinet évoque « un malaise civilisationnel profond – largement documenté, mais toujours non résolu. Ce malaise est d’autant plus insoluble qu’il repose sur une fracture philosophique fondamental entre deux grandes familles de pensée. D’un côté, une école qui accompagne le monde technologique et qui s’ancre dans une double dynamique ; celle de la déconstruction, inaugurée par Nietsche, prolongée par Foucault, Derrida ou Deleuze. Cette pensée refuse l’idée de lois naturelles, elle conteste les fondements transcendants ou éternels du politique, de l’éthique, voire du langage. Elle s’aligne ainsi avec l’ontologie même des technologies contemporaines, des machines qui ne pensent plus selon des règles, mais selon des modèle statistiques…… sans ancrage métaphysique, sans référent stable… Si tout est calcul, alors rien n’est sacré » ( p 126).
De même, le défi écologique nous appelle à une prise de conscience qui implique un nouvelle vision des rapports entre les différentes composantes du vivant. Dans son livre : « Les Lumière à l’âge du vivant » (9), la philosophe Corinne Pelluchon constate la dérive qui entaché l’apport des Lumières en l’attribuant à « une raison se réduisant à une rationalité instrumentale, oubliant d’accorder son attention à la dimension des fins : ce qui vaut et un dualisme séparant l’humain du vivant ». Corinne Pelluchon prend en compte les différentes composantes du vivant : « Notre capacité à relever le défi climatique et promouvoir plus de justice envers les autres, y compris les animaux, suppose un remaniement profond de l’humain dans la nature…. L’écologie, la cause animale et le respect ais personnes vulnérables sont indissociables et la conscience du lien qui nous unit aux vivant fait naitre en nous le désir de réparer le monde ».
Si la pensée communautaire africaine fait ressortir, en contraste, les dissociations régnant dans les sociétés occidentales, un mouvement s’y lève pour y remédier. C’est ainsi qu’un livre collectif est paru sous le titre : « Relions-nous ! La constitutions des liens » (10). Ce livre se présente ainsi : « Nous vivons une vraie crise de représentation et donc une crise politique.. Nous continuons à interpréter le monde selon des concept dépassés. Aujourd’hui, le coeur des savoirs n’est plus la séparabilité, mais à l’inverse, les liens, les interdépendances, les cohabitations…. Cinquante des plus éminents philosophes, économistes, historiens, anthropologies, médecins, juristes, historiens, chacun dans leur domaine, éclairent magistralement cette transition à l’œuvre… » .
Rappelons ici les grands traits de la communauté africaine selon Elvis Imafidon : « Dans la communauté africaine, les entités humaines et non humaines viennent en existence en participant à la force vitale partagée et prospèrent et développent le sens à travers les relations avec d’autres êtres dans un échange réciproque d’énergie ». Ce texte nous parle de force vitale, une réalité fortement évoquée par Bergson dans son concept d’élan vital. Il n’est pas alors étonnant que le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne, dans son livre : « Bergson postcolonial » (11) montre les affinités entre l’écrivain et le politique Léopold Sedar Senghor et Bergson, ce dernier ouvert à la pensée du scientifique visionnaire que fut Teilhard de Chardin.
« Senghor suivra Bergson pour entreprendre la tâche de retrouver une approche du réel hors du cours de la pensée philosophique tel qu’il a été orienté par Aristote et tel qu’il a culminé dans la pensée mécanicienne de Descartes. Cette approche non mécanicienne lui parait la signification même que porte l’art africain où il voit une compréhension du réel qu’il entend comme un accès à la sous-réalité des choses visibles… ». D’autre part, la philosophie politique de Bergson s’inscrit dans la continuité de sa pensée vitaliste, née de la rencontre qu’il organise entre la philosophie de « l’évolution créatrice et la vision du monde qu’il lit dans les rel1gions africaines ». « Cette philosophie vitaliste de Senghor est l’effet d’une rencontre entre une ontologie de forces qui est au principe de religions de différents terroirs africains et la pensée bergsonienne de l’élan vital ».
Selon Elvis Imafidon, « Les membres de la communauté qui sont activement en relation les uns avec les autres et créant en collaboration du sens et de l’existence incluent les êtres humains, les arbres, les animaux, les corps aquatiques et les êtres invisibles tels que les ancêtres et les déités ». Cette conception de l’existence de différentes entités en relations les unes avec les autres et créant du sens et de l’existence nous parait pouvoir être éclairée par une recherche contemporaine qui met en évidence l’élargissement du champ de la conscience dont une certaine présence apparait chez des animaux et chez des plantes. De même, à travers de d nombreuse expériences, il apparait que la mort des humains n’entrainent pas une extinction de leur conscience. Le titre du nouveau livre de Patrice Van Eersel est à cet égard très significatif en se portant à l’extrème : « Le soleil est-il conscient ? Et les dauphins ? Et les baobabs, Et l’IA, Et vous-même ? ». Le bas de la couverture explicite l’intention de l’auteur : « élucider le mystère de la conscience » (1) Une vision nouvelle s’ouvre : « Cela parait fou, mais les faits sont là. La conscience parait habiter le monde entier. Dans toutes les cultures anciennes, la conscience habite l’intégralité des êtres de l’univers. Les monothéismes, puis les modernes l’ont progressivement réduit à une exclusivité humaine … Aujourd’hui, ce monopole craque de tous les côtés ».
Une approche théologique
Comme son titre l‘indique, Le texte d’Elvis Imafidon s’inscrit dans le champ philosophique. Il n’entre pas dans des considérations religieuses. Cependant, nous sommes informé par ailleurs sur l’état des religions en Afrique et le rapport qu’elles entretiennent avec la culture qui nous a été décrite par Elvis Imafidon. En ce qui concerne les religions traditionnelles africaines, on pourra trouver un article substantiel sur Wikipedia ( 12). On peut y lire que ces religions « sont monothéistes, caractérisée par la croyance en un Dieu suprême créateur de toutes choses, mais qu’on n’invoque pas, et dont les manifestations sont nombreuses en formes ». Gans l’article sur l’Ubuntu (5), nous avons montré la manière dont la culture relationnelle africaine pouvait être en phase avec la foi chrétienne comme ce fut le cas dans le ministère de justice restaurative de l’archevêque Desmond Tutu
Cependant, il y a bien eu, et peut-être encore des formes de christianisme dominatrices centrée sur l’annonce d’un salut individualiste Aujourd’hui, notamment à travers certains théologiens comme Jürgen Moltmann, Dieu apparait comme un Dieu actif dans sa création et comme un Dieu trinitaire en constante communion et la répandant à travers l’Esprit Saint, une réalité et une image particulièrement en phase avec une vision relationnelle de la société. Dans son livre : « The living God and the fullness of life » (13), Moltmann conjugue trois thèmes : dans la communion de la vie divine ; dans la communion entre les vivants et ls morts ; dans la communion avec la terre. Sachant la place donnée aux ancêtres dans la culture africaine, on notera au passage l’attention porté à cette question par Moltmann : « Les sociétés traditionnelles, en particulier, celles d’Extrême-Orient ont quelque chose à nous rappeler… Les êtres humains participent à une communauté des vivants et des morts même s’ils n’en ont pas toujours conscience »
Nous rapporterons ici la recherche de deux théologiens africains, Kucipa Nalwamba et Teddy Chalwe Sakupapa qui propose une étude théologique en phase avec la culture relationnelle africaine, l’une sur la théologie de la création, l’autre sur une théologie de l’Esprit, tous deux s’appuyant notamment sur la pensée de Moltmann
Kuzipa Nalwamba, théologienne zambienne, (14) s’inspire de la vision trinitaire de Dieu comme Dieu en relation communautaire qui ouvre la voie à une vision non hiérarchique de la création. Dans sa réinterprétation de Genèse 1, Kuzipa Nalwamba s’inspire de la cosmogonie zambienne qui s’inscrit dans celle du monde bantou. Elle envisage un « univers interconnecté qui commence avec la Créateur et se poursuit dans le reste de la création ». Ces nouvelles perspectives sur la création et l’identité humaine ouvrent « un espace interprétatif qui pourraient situer les êtres humains dans un continuum avec le reste de la création et ouvrir une piste pour un éthos alternatif du maintien de la création ».
Teddy Chalwe Sakupapa, théologien à l’Université » du Cap ouest (15) nous introduit dans une théologie de l’Esprit en en montrant l’importance fondamentale dans le contexte de la culture africaine. Ainsi, montre-t-il que « la manière dont la théologie africaine peut contribuer au développement d’un ethos écologique dans le christianisme africain, réside dans l’appropriation du cadre conceptuel de la notion africaine de force vitale en articulation avec la pneumatologie, la théologie de l’Esprit, dans le contexte de la théologie africaine ». La force vitale est une conception majeure dans la culture africaine, mais elle est reconnue sous des appellations différentes dans d’autres cultures comme le ‘chi’ parml les chinois, le ‘prana’ chez les indiens… Teddy Chalwe Sakupapa avance qu’on peut interpréter que « la force vitale est l’Esprit de Dieu comme principe de vie et facilitateur de la communion au sein de la création ». La vision de la relationalité inspire l’ensemble de cette théologie tant dans « la compréhension trinitaire de la communalité de l’être de Dieu » que dans la présence de l’Esprit dans l’ensemble de la création en terme panenthéiste ».
Au terme de ce parcours, on peut constater combien la prise en compte des visions de cultures trop souvent méconnues peut nous aider à rééquilibrer des conceptions qui prévalent encore en Occident et ouvrir un nouvel horizon. A cet égard, l’article de Elvis Imafidon : « Le défi de la philosophie africaine au réductionnisme occidental » nous parait exemplaire. Cela vaut également pour la théologie. On peut constater par exemple les récentes avancées de la théologie autochtone (16). Teddy Chalwe Sakupapa met remarquablement en valeur l’importance des rencontres théologique à une échelle interculturelle :
« il peut y avoir une contribution significative au développement de la théologie chrétienne dans un contexte culturel à partir d’une interaction avec des théologies développées dans d’autres contextes culturels ».
Dans ce monde en transformation, cet article nous montre l’importance d’une écoute tous azimuts
J H
- Elucider le mystère de la conscience : https://vivreetesperer.com/elucider-le-mystere-de-la-conscience/
- Pour une science post-matérialiste : https://vivreetesperer.com/la-nouvelle-science-de-la-conscience/
- Ecospîritualité : https://vivreetesperer.com/ecospiritualite/
- Universaliser : https://vivreetesperer.com/universaliser/
- Ubuntu : https://vivreetesperer.com/ubuntu-une-vision-du-monde-relationnelle/
- Elvis Imafidon Wikipedia : https://en.wikipedia.org/wiki/Elvis_Imafidon
- African’s philosophy challenge to Western reductionism ( traduction non professionnelle) : https://iai.tv/articles/african-philosophys-challenge-to-western-reductionism-auid-3525?fbclid=IwY2xjawSUipdleHRuA2FlbQIxMABicmlkETBuMTBXdjJXS1FJbmFmajBxc3J0YwZhcHBfaWQQMjIyMDM5MTc4ODIwMDg5MgABHlDUajYvJRcVqg7T-v_qWoMs_SSJ976Hiho0faBxRbvkFMOcbjAfieRv7a9v_aem_tDYjzq_Z_G1dLwfsk48BqQ
- Gilles Babinet. Le péril IA. Le passeur, 2026
- Les Lumières à l’âge du vivant : https://vivreetesperer.com/des-lumieres-a-lage-du-vivant/
- Tout se tient : https://vivreetesperer.com/tout-se-tient/
- Bergson postcolonial. Une nouvelle vision du monde : https://vivreetesperer.com/une-nouvelle-vision-du-monde/
- Les religions traditionnelles africaines : https://fr.wikipedia.org/wiki/Religions_traditionnelles_africaines#:~:text=La%20dénomination%20de%20religions%20traditionnelles,abrahamiques%20importées%20%3A%20christianisme%20et%20islam.
- Le Dieu vivant et la plénitude de vie : https://vivreetesperer.com/le-dieu-vivant-et-la-plenitude-de-vie-2/
- Une théologie de la création : https://www.temoins.com/une-theologie-de-la-creation/
- Esprit et Ecologie dans le contexte de la théologie africaine : https://www.temoins.com/esprit-et-ecologie-dans-le-contexte-de-la-theologie-africaine/
- Un théologie autochtone et l’avenir du christianisme : https://www.temoins.com/la-theologie-autochtone-et-lavenir-du-christianisme/
par jean | Juin 9, 2026 | ARTICLES, Vision et sens |
Comment une idéologie mécaniste, elle-même conséquence d’une étroitesse monothéiste, engendre la crise désastreuse du monde actuel
Ilia Delio est une sœur franciscaine, théologienne américaine spécialisée dans le domaine de la science et de la religion, s’intéressant à l’évolution, à la physique, aux neurosciences et à leur importance pour la théologie. Elle se réfère tout particulièrement à la pensée de Pierre Teilhard de Chardin. Ilia Delio a écrit de nombreux livres et elle dirige le ‘Center for Christogenesis’, le Center for Christogenesis est un centre de recherche et de formation orienté vers le futur. Nous cherchons à intégrer la religion, la science et la technologie en vue d’orienter l’évolution humaine vers une plus grande unité à travers renouveau et convergence au plan religieux. Ensemble, nous pouvons éveiller un esprit de la terre, nouveau et responsable ». Sur le site correspondant ‘Christogenesis’, Ilia Delio publie régulièrement des essais.
À plusieurs reprises, nous avons présenté des textes d’Ilia Delio sur ‘Vivre et espérer’ (1). Aujourd’hui, nous rapporterons un essai récent (19 février 2026), ‘The Unraveling. How monotheism severe humanity from its cosmic roots’ (2). Comme ce texte aborde une histoire complexe, ce titre a besoin d’être explicité. Quel est le mouvement de ce texte ? Au départ, Ilia Delio s’étonne du contraste entre la compréhension nouvelle de l’univers, en y montrant toutes les interrelations et, en regard, les conflits violents et ravageurs de notre époque. C’est alors qu’elle s’interroge sur les conséquences d’un modèle de séparation induit par un monothéisme étroit et ayant débouché, au cours des derniers siècles sur une idéologie mécaniste à laquelle elle impute de grandes catastrophes humaines. « Nous sommes appelé à choisir entre persister dans une théologie de la séparation – que ce soit dans sa forme religieuse ou technologique – ou embrasser nos racines cosmiques et construire notre civilisation en conséquence. Aujourd’hui, la science nous apporte de nouvelles connaissances et de nouvelles perspectives. Que nous puissions avoir la sagesse et le courage de nous en inspirer est une question déterminante pour notre temps ».
Comment pouvons-nous éprouver une telle crise alors que certaines conditions sont pourtant favorables ?
Ilia Delio se demande pourquoi nous éprouvons une telle crise ? « Comment est ce que nous – une société avec un accès sans précédent à l’éducation, à l’information et à la connaissance scientifique – nous nous trouvons entrainés à vivre dans les conditions d’une barbarie croissante ? Nous pouvons séquencer les génomes, fragmenter les atomes et photographier des galaxies lointaines et cependant nous ne pouvons pas empêcher la montée des démagogues, la propagation de mensonges honteux, et la descente dans un tribalisme politique qui traite ses opposants en ennemis à détruire plutôt qu’en citoyens à persuader ». Il y a un écart terrible entre le potentiel ouvert par nos connaissances et des réalités désastreuses.
Que s’est-il passé ? A quoi cela tient-il ? « Où avons-nous manqué le coche ? Ce n’est pas simplement une question d’échec de politiques ou d’une éducation inadéquate, ou de l’influence corruptrice de l’argent en politique, bien que tout cela compte. J’avance que notre crise est bien plus profonde, aux fondements mêmes de comment notre civilisation occidentale a compris la relation entre les humains, le cosmos et le sacré. Nous récoltons les conséquences des semences conceptuelles plantées il y a des siècles, des assomptions philosophiques et théologiques si profondément intériorisées que nous ne les percevons plus comme des choix mais comme des fatalités ».
Cependant Ilia Delio s’appuie sur la nouvelle vision issue de l’actuelle révolution scientifique pour rejeter la déconnection actuelle. « Le chaos de notre âge – le dysfonctionnement politique, l’épidémie de mensonge et de tromperie, la violence, la réduction des humains à de simples données jetables au service des systèmes – reflète une déconnection fondamentale malgré tout ce que la science nous apprend. En dépit de tout ce que la science nous dit au sujet et notre profonde interconnexion entre les uns et les autres et avec le cosmos, nous agissons comme si nous étions isolés, coupés de nos racines dans l’histoire évolutive et cosmique. Nous savons que nous sommes des poussières d’étoile et nous nous traitons les uns les autres comme de la boue. Nous comprenons l’intrication quantique et nous vivons cependant comme si la séparation était la vérité la plus profonde. Nous retraçons notre lignée jusqu’à 14 milliards d’années et cependant, nous ne pouvons pas nous faire confiance les uns aux autres, ni à la terre qui nous a vus naitre ».
Ilia Delio met l’accent sur la manière dont les sciences parlent à l’unisson de la nature fondamentale de l’existence : l’interconnexion des particules dan l’intrication quantique, l’interpénétration entre l’esprit et la matière, la vie comme un processus en émergence… Comme Teilhard de Chardin l’a observé, alors même que l’entropie augmente conformément à la loi thermodynamique, la complexité augmente – et avec elle, la conscience. Quelque chose au sein de la réalité échappe à l’entropie. Il propose une énergie du cœur qu’il identifie à l’amour, qui résiste à la désintégration et pousse l’émergence de formes toujours plus intriquées de conscience et de connexion ».
Alors Ilia Delio peut s’interroger. Si tel est le sens de la réalité, pourquoi tant de violence et de malheur ? « Si c’est cela le caractère fondamental de la réalité – relationnel, dynamique, interconnectée – pourquoi la civilisation humaine se défait ? Pourquoi nos systèmes sociaux et politiques paraissent opérer en contradiction directe avec ce que nous savons de la nature de l’existence ? ».
La révolution monothéiste et la puissance de la séparation
Ilia Delio impute la crise actuelle aux effets induits par le monothéisme : « La réponse selon moi, réside substantiellement dans l’architecture conceptuelle instaurée par le monothéisme, et particulièrement dans la forme spécifique que le christianisme a revêtu dans la civilisation occidentale ». L’auteure poursuit dans une approche radicale à propos de laquelle nous reviendons. « La révolution monothéiste a représenté un changement profond dans la conscience humaine – le passage des cosmologies polythéistes dans lesquelles le divin imprégnait la nature à un paradigme dans lequel un Dieu se tenait à part de la création. Ce n’était pas simplement une réduction du nombre de Dieux, ce fut une restructuration fondamentale de la relation entre le sacré et le monde ».
Ilia Delio en vient ensuite à examiner la responsabilité du christianisme dans ce mouvement de séparation où une certaine théologie a joué un rôle important. « Le christianisme a intensifié cette séparation à travers plusieurs développements théologiques. L’émergence de Jésus en sauveur personnel a établi un nouveau paradigme : un Dieu, un médiateur, un chemin pour le salut. Dieu se définit de plus en plus comme un pouvoir transcendant – éternel, immuable, existant en dehors de l’espace et du temps. Bien que présenté comme agissant dans l’histoire, ce Dieu restait profondément non affecté par les évènements terrestres, en perfection statique observant et jugeant une création déchue depuis l’au-delà de ses limites ».
L’auteure met en évidence les effets de cette théologie : « Cette architecture théologique a eu de profondes implications. Si Dieu existe en dehors du Cosmos, alors le cosmos lui-même est privé de son imminente dignité. La nature devient simple création, non créatrice, matière, passive. Une hiérarchie se cristallise : l’esprit sur la matière, l’éternel sur le temporel, le transcendant sur l’immanent, le surnaturel sur le naturel. L’humanisation est positionnée entre ces deux royaumes – ni pleinement divine, ni simplement matérielle, mais déchue, corrompue, en besoin d’aide de l’extérieur ».
Quelle conception de Dieu ?
En 1967, l’historien Lynn White écrit dans la revue ‘Science’, un article devenu célèbre dans lequel il interpelle la tradition des églises chrétiennes en matière d’écologie. Si Ilia Delio s’interroge sur les incidences du monothéisme, en fait, c’est la représentation de Dieu qui est en question.
Un philosophe et penseur politique grec, Christos Yannaras, s’est posé la même question qu’Ilia Delio : pourquoi, la modernité occidentale a-t-elle débouché sur une crise grave ? Et il répond à cette question en historien et en théologien orthodoxe dans un livre : « Orthodoxy and the West » (3). Comme Ilia Delio, il impute la crise actuelle à une dérive théologique qui a débouché sur une philosophie mécaniste. Le christianisme latin s’étant séparé du christianisme grec, la théologie occidentale s’est éloignée des Pères de l’Église des premiers siècles, et s’est ainsi écartée d’une approche expérientielle et participative, cette déviance se manifestant au départ dans la théologie d’Augustin d’Hippone, puis de Thomas d’Aquin. Christos Yannaras estime que cette déviance théologique a eu des conséquences plus générales en induisant un déséquilibre dans la civilisation occidentale. Dans son mouvement de séparation avec l’Église orthodoxe et le monde grec dans la seconde moitié du premier millénaire, l’Église occidentale adoptant la théologie d’Augustin d’Hippone s’est éloignée de sa veine évangélique. Le diagnostic rejoint les reproches d’Ilia Delio. « L’Ouest a rejeté (ou manqué de comprendre la priorité de la personnalité en retournant à la conception abstraite de Dieu comme suprême essence. Cette conception abstraite de Dieu entraine une approche purement individualiste qui, comme dans toutes les religions, est jugée selon les normes d’un assentiment à des formules dogmatiques et à des impératifs moraux concomitants. L’Église devient une médiatrice pour contrôler la soumission aux dogmes et à la morale, une médiatrice entre l’individu et une divine essence inaccessible par l’expérience ». Christos Yannaras met en évidence les conséquences sur l’évolution de la culture occidentale : « La priorité de l’essence entraina la primauté de la pensée conceptuelle et en conséquence la priorité de l’intellect individuel sur l’expérience… Dieu devint l’objet d’une compréhension intellectuelle comme être suprême abstrait et impersonnel sans rapport avec l’expérience et avec l’histoire ». Par ailleurs, chez Augustin, la conception de l’essence s’accompagne d’une non-reconnaissance de la matière comme existante. « Si la matière n’existe pas, elle est inévitablement dévaluée ; le matériel, corps et sens, est considérée avec mépris en vue du bien du spirituel et de l’immatériel ». « L’individualisme et l’intellectualisme qui sont les pivots de la culture européenne occidentale sont les produits d’une théologie qui refuse la priorité de la personne, de la participation dans les relations et de la connaissance expérientielle ». « Les vingt-cinq premiers chapitres de la ‘Somme théologique’ de Thomas d’Aquin décrivent un être intellectuel, sujet à la logique humaine, à la place du Dieu vivant. Ce qui manque, c’est le fondement expérientiel de l’Évangile chrétien, l’approche de vérité du Dieu personnel trinitaire, à travers la participation ecclésiale des personnes ».
Cette conception d’un Dieu dominant d’en haut a longtemps perduré puisqu’elle a encore été énoncée récemment par une historienne américaine, Diana Butler Bass, dans son livre : « Grounded. Findind God in the world. A spiritual révolution » (4). « Il n’y a pas longtemps, les croyants affirmaient que Dieu résidait au Ciel, un endroit lointain où les fidèles trouveraient une récompense éternelle ». Mais, on constate aujourd’hui « une transformation majeure dans la manière où les gens se représentent Dieu et en font l’expérience. Du Dieu distant de la religion conventionnelle, on passe à un sens plus intime du sacré qui remplit le monde. Ce mouvement, d’un Dieu vertical à un Dieu qui s’inscrit dans la nature et dans la communauté humaine est au cœur de la révolution spirituelle qui nous environne… ».
En réponse à la théologie qui inspire la conception du Dieu monothéiste telle que nous la présente Ilia Delio, les théologiens qui nous inspirent sur ce site présentent une toute autre conception de Dieu, un Dieu relationnel, un Dieu communion dans sa nature trinitaire, un Dieu, à travers l’Esprit, au cœur d’une création en mouvement.
Ainsi, dans son livre : La danse Divine » (5), Richard Rohr, initiateur du Centre pour l’action et la méditation, écrit : « De fait, la révélation chrétienne ne s’est traduite que très lentement dans les mentalités. Mais aujourd’hui, le contexte est plus favorable. La révolution trinitaire en cours, révèle Dieu comme toujours avec nous, dan toute notre vie et comme toujours impliqué… Aujourd’hui, on comprend mieux la théologie de Paul et celle des Pères orientaux à l’encontre des images punitives plus tardives de Dieu qui ont dominé l’Église occidentale… « Dieu est celui que nous avons nommé Trinité, le flux (flow) qui passe à travers toute chose sans exception et qui fait cela depuis le début. Ainsi toute chose est saine pour ceux qui ont appris à le voir ainsi… ».
Très tôt, (dès 1988 dans la traduction française), le grand théologien Jürgen Moltmann publie un livre pionnier : « Dieu dans la création » (6). Moltmann propose une vision du processus de la création en phase avec une approche holistique. « Dans mon titre : Dieu dans la création, j’ai en vue Dieu, l’Esprit Saint. Dieu est ‘celui qui aime la vie’ et son Esprit est dans toutes les créatures. Cette doctrine de la création qui part de l’Esprit, créateur divin, inhabitant, est aussi en mesure de fournir des points de départ pour un dialogue avec les philosophies anciennes et nouvelles, non mécanistes, mais intégrales ». Jürgen Moltmann met en évidence l’impasse où nous a entrainé le monothéisme lorsqu’il se fonde sur une vision du monde comme ouvrage et comme machine (7). « Au terme d‘une longue histoire de la culture et de l’esprit, la vision du monde comme ‘entente secrète’, la métaphysique des puissances vitales, de leurs accords et de leurs désaccords a été détruite et cela, d‘une part par le monothéisme, et, d’autre part par le mécanisme scientifico-technique ». « Le monothéisme du Dieu transcendant et la mécanisation du monde suppriment toutes les représentations d’une immanence divine. Avec ce développement a commencé le démembrement du divin du monde de l’homme ». Parallèlement, on a assisté à une montée de la domination patriarcale à laquelle Moltmann oppose une vision messianique.
De la théologie à la cosmologie : l’univers mécaniste
Ilia Delio poursuit son analyse historique : « La complète conséquence de la séparation devint apparente avec la montée de la modernité. Paradoxalement émergente de la matrice culturelle chrétienne, la révolution scientifique s’est développée à partir de la fondation théologique de la transcendance divine. Si Dieu est l’architecte et le législateur extérieur, alors la nature opère selon des lois imposées, des principes mécaniques établis du dehors. Descartes a formalisé le dualisme : l’esprit distinct de la matière, la conscience séparée de l’étendue physique. L’univers mécanique de Newton nécessitait un horloger, mais une fois remonté, le mécanisme pouvait marcher sans intervention divine.
Le paradigme mécaniste se révéla extrêmement puissant pour manipuler et prédire des phénomènes naturels. Mais il y avait un prix. L’univers devint de la matière morte en mouvement. Les êtres vivants devinrent des machines complexes. Finalement, le Dieu transcendant qui avait autorisé cette vision ne parut plus nécessaire à cette vision. Le démon Laplacien qui connaissait toutes les positions et toutes les vitesses n’avait plus besoin de ‘cette hypothèse’. Dieu été progressivement évincé du monde qu’il était censé avoir créé laissant derrière lui un univers purement matériel gouverné par des lois aveugles ».
Ilia Delio met ensuite en évidence les conséquences tragiques de la vision mécaniste du monde dans les guerres et les actions destructrices au XXe siècle. « La violence du XXe siècle a été l’expression la plus complète du paradigme mécaniste Lorsque la relation est rompue – quand les humains sont déconnectés du cosmos, de l’immanence divine, des uns avec les autres – ce qui reste est seulement de l’instrumentalisation. Les gens deviennent des moyens plus que des fins, des ressources plus que des relations, des problèmes à résoudre plutôt que des mystères sacrés à honorer. Auschwitz et Hiroshima n’ont pas été une contradiction de la modernité mécaniste. Ils en ont été le terrible accomplissement, la révélation de ce qui devient possible lorsque la séparation devient absolue et lorsque le pouvoir devient asymétrique au-delà de toute responsabilité. Le XXe siècle a révélé qu’une civilisation fondée sur la théologie de la séparation était à même de séparer toute chose – incluant séparer les humains de leur propre humanité ».
Le sauveur technologique
Ilia Delio débouche sur la conception du salut. Elle se demande si les hommes ne vont pas rechercher leur salut dans la technologie.
« Des cendres de cette violente technologie s’élève un nouveau candidat pour le salut : la machine. La question d’Alain Turing – est-ce qu’une machine peut penser ? – signifie davantage qu’une enquête technique. Elle porte un espoir profond : que la rationalité, le calcul et le traitement de l’information pourrait nous sauver de l’irrationalité, de l’émotion et de la culpabilité humaine. Si le Dieu traditionnel a échoué à empêcher la catastrophe, peut-être une nouvelle déité pourrai être construite – une déité faite de silicium plutôt que d’esprit – mais également transcendante par rapport à la faiblesse humaine.
L’intelligence artificielle a émergé comme l’accomplissement technologique de cette vision. L’ordinateur, né des nécessités cryptographiques du temps de guerre, devint le symbole d’un salut postmoderne. Là était la pure raison, non corrompue par la chair, un calcul non compromis par le désir, une prise de décision libérée des biais et des limitations. La technologie résoudrait le problème que la nature humaine – cette nature déchue, tachée par le péché originel – avait créé ». Ilia Delio estime que cette évolution s’appuie sur des structures mentales issues de la théologie classique. « Cependant, cela ne représentait pas une rupture avec la théologie chrétienne, mais sa continuation sécularisée. La structure restait identique : les humains sont défectueux et ont besoin d’un force salvatrice extérieure. Seulement, la source de salut s’était déplacée d’un Dieu transcendant à une technologie transcendante. L’aspiration à un sauvetage du dehors, la méfiance envers l’action humaine incarnée, un rêve de perfection au-delà du matériel – tout cela persistait, maintenant habillé dans le langage des algorithmes et l’intelligence artificielle générative ».
La persistance des pouvoirs asymétriques
Aux yeux d’Ilia Delio, il y a une continuité dans la manière dont le pouvoir est exercé. Comme le pouvoir religieux descend d’en haut, ainsi l’autorité sociale s’exerce de haut en bas. « Les anciens Dieux ont la vie dure. En dépit de la sécularisation apparente de la culture occidentale, les modèles structuraux mis en place par le christianisme monothéiste continuent à donner forme aux institutions et à la conscience ». Dans les religions monothéistes, l’auteure perçoit les caractéristiques suivantes : « Dieu reste envisagé comme une autorité extérieure, un pouvoir distinct de la création, une bienveillance masculine exigeant la soumission humaine ».
Ce modèle théologique s’est transmis directement dans les structures sociales et politiques. « Ce schéma d’agencement asymétrique – où le pouvoir est concentré entre les mains d’une autorité transcendante à laquelle les autorités doivent se soumettre – se reproduit à travers toute la civilisation. Il apparait dans la liturgie et dans la hiérarchie de l’Église… où les fidèles reçoivent la vérité d’en haut plutôt que de la découvrir par eux-mêmes. Il structure les systèmes politiques comme des relations entre les pouvoirs gouvernants et les populations gouvernées, entre élus détenteurs de l’autorité et les citoyens… Il organise l’éducation comme la transmission de professeurs ayant autorité à des étudiants passifs… »
Ilia Delio assure que ce schéma est maintenant en complet décalage avec la nouvelle vision scientifique. « Cette asymétrie du pouvoir se révèle fondamentalement incompatible avec ce que la science révèle de la réalité. Si la conscience émerge de la matière, si l’esprit et le monde ne sont pas des catégories séparées, mais des aspects d’un processus unifié, si, à travers l’univers, les particules restent intriquées en relation, alors l’autorité ne peut pas légitimement résider en dehors du tissu des connections… La concentration du pouvoir dans des centres transcendants… va à l’encontre du caractère relationnel de l’existence elle-même.
La doctrine du péché originel en christianisme aggrave ce problème structurel. Si les humains sont essentiellement corrompus, déchus, incapables de bonté sans grâce extérieure, alors l’agencement humain devient lui-même suspect. On ne peut se fier à la pensée. Les désirs sont dangereux. Le corps est source de tentation et de péché. Le salut doit venir de l’extérieur… Cette anthropologie crée une population conditionnée à la dépendance, la méfiance envers ses propres capacités, à la recherche de légitimité et de vérité en dehors d’elle-même… ».
IIia Delio met en évidence les effets néfastes de cette mentalité. « Les communautés se fracturent parce que les gens n’ont pas appris à faire confiance à la sagesse émergente d’un dialogue authentique et d’un discernement collectif. Le chaos de notre époque – le mensonge, la violence, la réduction de personnes à des données – devient possible précisément parce qu’on a enseigné aux gens de ne pas faire confience à leur propre agentivité – la capacité d’un être à agir sur soi et sur le monde – et à celle des autres.
L’alternative : retourner aux racines cosmiques
Quelle alternative ? les sciences elles-mêmes montrent une direction.
« La physique quantique révèle un univers non pas d’objets isolés, mais de relations et de processus. La biologie évolutive montre que la vie est une créativité continue, chaque organisme étant l’expression unique de milliards d’années d’émergence. La cosmologie retrace notre héritage atomique jusqu’à la mort des étoiles faisant de nous littéralement des enfants du cosmos. Les neurosciences démontrent que la conscience émerge de l’interaction incarnée avec l’environnement et non d’une entité immatérielle au sein de la machine ».
Ilia Delio se réfère constamment à la pensée de Pierre Teilhard de Chardin. « L’intuition de Teilhard de Chardin demeure essentielle. L’entropie augmente, mais la complexité et la conscience aussi. Quelque chose à l’intérieur de l’univers résiste à l’effondrement et pousse vers une plus grande intrication et une plus grande conscience. Il appelle cette énergie l’amour – non pas une émotion sentimentale, mais la force fondamentale de l’attraction, de la relation et de l’union créatrice qui transforme les atomes en molécules, les molécules en cellules, les cellules en organismes, les organismes en communautés, les communautés en civilisations conscientes capables de penser à leurs origines cosmiques ».
Ilia Delio rappelle ensuite ses orientations théologiques. « Si nous voulons remédier aux défaillances systémiques de notre époque, nous devons abandonner la théologie de la séparation qui les a engendrées. Cela ne demande pas d’abandonner toute sensibilité religieuse, mais cela demande de la transformer. Au lieu d’une déité transcendante, nous devons reconnaitre la créativité divine au cœur du principe évolutif. Au lieu de considérer les humains comme des individus déchus ayant besoin d’un salut extérieur, nous pouvons nous comprendre nous-mêmes comme des expressions émergentes de la créativité cosmique intrinsèquement liée à toute existence. Au lieu de pouvoirs asymétriques, nous pouvons bâtir des institutions qui honorent l’agentivité qui se manifestent chez tous les êtres humains ». Ila Delio énumère quelques conséquences de ses orientations. « Cela signifie faire confiance aux communautés humaines pour découvrir la sagesse à travers un dialogue authentique plutôt que de la recevoir des autorités. Cela signifie reconnaitre que le pouvoir politique appartient légitimement à un tissu de relations et non à des centres transcendants. Cela signifie comprendre la technologie comme un outil pour renforcer le lien humain plutôt que pour se substituer aux insuffisances humaines. Cela signifie traiter chaque personne comme un maillon essentiel du réseau de l’existence et non comme une donnée jetable ».
Et c’est ainsi qu’elle analyse la situation actuelle : « Le chaos de notre âge provient de ce que nous vivons selon une cosmologie à laquelle nous ne croyons plus et à une théologie qui contredit la compréhension scientifique de la réalité. Nous sommes intimement liés à toute existence et cependant nous agissons comme des individus isolés. Nous émergeons de la créativité évolutive et cependant nous nous considérons nous-même comme déchus et corrompus. Nous participons au devenir cosmique et cependant nous cherchons un salut à l’extérieur ».
Selon sa vision nouvelle de la réalité, Ilia Delio propose un changement d’orientation : Jusqu’à ce que nous alignions nos institutions, notre éthique et notre compréhension de nous-même avec le caractère relationnel, dynamique, interconnectée de la réalité, la dégradation continuera. Nous sommes en face d’un choix : soit persister dans la théologie de la séparation – que ce soit dans une forme religieuse ou technologique – soit embrasser nos racines cosmiques et développer notre civilisation en conséquence. Les sciences nous ont donné de nouvelles connaissances et de nouvelles perspectives. Savoir si nous aurons la sagesse et le courage d’agir en conséquence est une question majeure de notre temps ».
Dans son récent livre, « te changer toi, peut tout changer » (8), Thomas d’Ansembourg identifie plusieurs mécanismes autobloquants parmi lesquels une ‘culture de séparation-division’. En imputant le malaise contemporain à une culture de séparation, Ilia Delio fait un bon diagnostic. Elle y voit à l’origine une théologie de la séparation, influente directement ou indirectement dans le champ chrétien. Cette pensée théologique lui parait en porte-à-faux avec une nouvelle vision scientifique mettant en évidence une interconnexion généralisée. Elle poursuit une réflexion conjuguant théologie et compétence scientifique et s’inspirant de Pierre Teilhard De Chardin. On peut admettre que cette théologie de la séparation s’est installée dans le christianisme lorsque le monde patriarcal et le pouvoir impérial ont repris le dessus sur l’enseignement de Jésus. On peut également considérer l’influence néfaste exercée par cette théologie jusque dans sa forme sécularisée. Néanmoins si le mal contemporain est immense et s’il apparait dévastateur dans la civilisation occidentale, le phénomène de la domination meurtrière remonte beaucoup plus loin dans le temps et s’étend à l’ensemble des civilisations. L’empire romain lui-même était extrêmement brutal et, à cet égard, l’Évangile a introduit une influence civilisatrice à long terme (9). L’approche d’Ilia Delio a le mérite d’entrainer une prise de conscience, mais elle nous parait un peu réductrice. La nouvelle vision scientifique, pour éclairante qu’elle soit, ne nous parait pas suffisante pour fonder une nouvelle théologie. Cependant, la pensée théologique d’Ilia Delio ne se résume pas aux bribes évoquées dans cet article (10). Dans un autre article (11), Ilia Delio met en évidence le caractère irremplaçablement original de la sève chrétienne : « La mutation chrétienne a été une révolution théologique et une évolution de la personne humaine. La présence du Dieu monothéiste a été éveillée dans la personne humaine comme la puissance d’une vie nouvelle révélée en Jésus et énergétisée par l’Esprit. Le langage de la Trinité a été une sténographie de la puissance partagée de l’amour, étendue dans la création par la divinité. La transition du monothéisme au théisme binitarien, puis au théisme trinitarien est une évolution de la conscience religieuse qui a des implications radicales pour une présence nouvelle de Dieu dans le monde et d’un nouveau genre de personne dans la montée d’un nouvel ordre mondial ». Cette affirmation peut s’inscrire aujourd’hui dans la vision relationnelle de la nouvelle perspective scientifique.
J H
- Une spiritualité en devenir : https://vivreetesperer.com/une-spiritualite-de-lhumanite-en-devenir/ Comment la conscience de la divinité de Jésus est apparue : https://vivreetesperer.com/comment-la-conscience-de-la-divinite-de-jesus-est-apparue/ L’angoisse de la mort, la croix et la victoire de la vie : https://vivreetesperer.com/langoisse-de-la-mort-la-croix-et-la-victoire-de-la-vie/
- How monotheism severe humanity from its cosmic roots. essai (29 février 2026) sur le site d’Ilia Delio : Center for Christogenesis. Traduction non professionnelle : https://christogenesis.org/the-unraveling-how-monotheism-severed-humanity-from-its-cosmic-roots/
- Un regard neuf sur une dérive théologique aux lourdes conséquences : https://www.temoins.com/un-regard-neuf-sur-une-derive-theologique-aux-lourdes-consequences/
- Une nouvelle manière de croire : https://vivreetesperer.com/une-nouvelle-maniere-de-croire/
- La danse divine : https://vivreetesperer.com/la-danse-divine-the-divine-dance-par-richard-rohr/
- Convergences écologiques : https://vivreetesperer.com/convergences-ecologiques-jean-bastaire-jurgen-moltmann-pape-francois-et-edgar-morin/
- Comment dimension écologique et égalité hommes et femmes vont de pair et appellent une nouvelle vision écologique : https://vivreetesperer.com/comment-dimension-ecologique-et-egalite-hommes-femmes-vont-de-pair-et-appellent-une-nouvelle-vision-theologique/
- Thomas d’Ansembourg. Te changer toi peut tout changer. Harper Collins, 2026
- Comment l’esprit de l’Évangile a imprégné les mentalités occidentales, et quoiqu’on en dise, reste actif aujourd’hui : https://vivreetesperer.com/comment-lesprit-de-levangile-a-impregne-les-mentalites-occidentales-et-quoiquon-dise-reste-actif-aujourdhui/
- Une spiritualité en devenir : https://vivreetesperer.com/une-spiritualite-de-lhumanite-en-devenir/
- Comment la conscience de la divinité de Jésus est apparue : https://vivreetesperer.com/comment-la-conscience-de-la-divinite-de-jesus-est-apparue/
par jean | Mar 16, 2026 | Vision et sens |
Une « awe » qui apparait à travers des yeux grands ouverts
Selon Annelise Jolley
La recherche qui fait apparaitre la réalité et l’importance de la spiritualité chez l’enfant est un fait relativement récent puisqu’elle date de ce début de siècle. C’est ainsi qu’une recherche réalisée par Rebecca Nye et David Hay, auprès d’enfants britanniques de 6 à 10 ans, a mis en évidence leurs aptitudes spirituelles en terme de ‘conscience relationnelle’ (1). « La spiritualité des enfants est une capacité initialement naturelle pour un conscience de ce qui est sacré dans les expériences de vie… Dans l’enfance, la spiritualité porte particulièrement sur le fait d’être en relation, de répondre à un appel, de se relier à plus que moi seul, c’est-à-dire aux autres, à Dieu, à la création ou à un profond sens de l’être intérieur. Cette rencontre avec la transcendance peut advenir dans des expériences ou des moments spécifiques aussi bien qu’à travers une activité imaginative ou réflexive ». Tout récemment, en 2015, c’est une chercheuse américaine en psychologie clinique, Lisa Miller qui publie un livre ‘The spiritual child. The new science on parenting for health and livelong striving’ (2). « Biologiquement, nous sommes câblés pour une connexion spirituelle. L’harmonisation spirituelle innée des jeunes enfants, à la différence d’autres lignes de développement comme le langage et la cognition, commence entière et est mise en forme par la nature pour préparer l’enfance en vue des décennies à venir… Dans la première décennie de sa vie, l’enfant avance à travers un processus d’intégration de ‘sa connaissance’ spirituelle avec ses autres capacités en développement cognitif, physique, social, émotionnel, tous ces développements étant modelés à travers des interactions avec les parents, la famille, les pairs et la communauté ». On peut avancer que ces recherches sur la spiritualité de l’enfant sont favorisées par le développement d’un nouvel état d’esprit plus ouvert à la dimension spirituelle.
Il en va de même pour la recherche concernant la ‘awe’, terme anglais désignant un ensemble d’émotions comme l’émerveillement, l’admiration, la révérence. Cette recherche a pu se développer aux Etats-Unis, non seulement à partir du moment où la psychologie a pris en compte les émotions, mais également à partir du moment où on est sorti d’une conception dominante ‘hyper individualiste, matérialiste’. C’est alors qu’en 2003, un chercheur américain Dacher Keltner et un de ses collègues Jonathan Haig ont commencé à travailler sur le ‘awe’, en donnant la définition suivante : « le sentiment de la présence de quelque chose d’immense qui transcende la compréhension habituelle du monde ». Dacher Keltner s’est engagé avec le professeur Yang Bai dans une grande enquête internationale en vue de rassembler des récits de personnes décrivant une expérience de ‘awe’ selon la définition choisie : « Être en présence de quelque chose de vaste et de mystérieux qui transcende votre compréhension habituelle du monde ». 2600 récits en vingt langues ont été recueillis et analysés. Ces récits ont pu être classés en huit groupes correspondant à huit merveilles de la vie : la beauté morale, l’effervescence collective, la nature, la musique, les réalisations visuelles, des réalités spirituelles et religieuses, des récits de vie et de mort, des épiphanies, c’est-à-dire des moments où nous comprenons des vérités essentielles de la vie. En poursuivant ses recherches, Dacher Keltner a montré que l’émotion de ‘awe’ n’est pas un phénomène exceptionnel, mais que cette émotion peut apparaitre à certains moments de la vie quotidienne avec des effets bénéfiques. Dacher Keltnr rapporte ses découvertes dans un livre intitulé ‘Awe. The new science of everyday wonder and how it can transform your life’ (3). Les recherches sur la ‘awe’ entendue en français comme un ensemble d’émotions (émerveillement, admiration, révérence) se sont ensuite étendue. Ainsi, dans son livre ‘Wonderstruck’ (4), Helen de Cruz montre comment ‘awe’ et ‘Wonder’, émerveillement et admiration, induisent la culture et façonnent la manière dont nous pensons. Sur son site ‘Center for action and contemplation’, Richard Rohr nous fait comprendre les bienfaits de l’émerveillement et de l’admiration dans la vie spirituelle (5).
C’est dans ce nouvel univers où ‘awe’ et spiritualité se rejoignent et où la reconnaissance de la dimension spirituelle de l’enfant s’impose, que, sur le site de la ‘John Templeton Foundation’, organisme qui accompagne la délivrance des prix Templeton en hommage à des personnalités ayant accompli une œuvre qui fait sens au plan spirituel, vient de paraitre un article d’une essayiste journaliste, Annelise Jolley intitulé ‘Wide-eyed wonder. How awe shapes children’s spiritual growth’ (6). Elle nous fait entrer dans un chemin de questionnement et de découvertes : Comment la ‘awe’, émerveillement et admiration donnent forme au développement spirituel des enfants ?
Le développement spirituel est la voie à travers laquelle nous faisons de la place à l’intérieur de nous-même pour quelque chose au-delà de nous-même
Annelise Jolley commence par décrire le développement spirituel. « Les jeunes enfants paraissent avoir un penchant pour la ‘awe’ et être prédisposés à l’étonnement. Comme nous prenons de l’âge, nous grandissons dans notre capacité de conceptualiser notre place dans l’immensité. Nous commençons à découvrir notre connexion à tout ce qui nous environne ».
Annelise Jolley nous expose comment elle entend la spiritualité et le processus de son développement.
« Comme apprendre à distinguer le bien du mal, la spiritualité fait partie du développement de l’enfant. Le chercheur Eugène Roehlkepartain définit la spiritualité comme la connexion à nous-même, aux uns aux autres, au monde autour de nous, au Divin ou au Sacré. Le psychologue Peter Benson a défini le développement spirituel comme un processus pour développer sa capacité d’auto-transcendance (self-transcendance). Et voici une autre manière de le dire : le développement spirituel est la voie à travers laquelle nous faisons de la place à l’intérieur de nous-même pour quelque chose au-delà de nous-même.
Il y a des gens qui gagnent cette capacité en participant à une communauté religieuse. D’autres dans la nature ou dans les arts. Dans quelques cas, ce genre de croissance spirituelle vient à nous comme dans des évènements majeurs de la vie : la naissance et la mort. « C’est juste le moyen dans lequel nous trouvons une connexion, un sens, un but », écrit Maryam Abdullah, une psychologue du développement au Centre de la science du plus grand bien (Greater good science centre) »
Ce qu’apporte la ‘awe’
Annelise Jolley nous décrit la recherche de Maryam Abdullah « Elle a centré sa recherche sur le développement spirituel des enfants. Un des plus grands marqueurs de la spiritualité chez les enfants, déclare Abdullah, c’est le sens de la ‘awe’, le sens de l’émerveillement ». Il y a un rapport étroit entre l’enfance et la ‘awe’. C’est ainsi qu’Annelise Jolley évoque une expérience fondatrice du pionnier de la recherche sur la ‘awe’, Dacher Keltner. « Ecrivant à partir de la naissance de sa fille, Dacher Keltner écrit : « Cela m’a brusquement ouvert et toute ma vie a changé. A ce moment, j’ai pensé au sentiment que j’ai eu tôt comme enfant, qui a apporté une telle humanité dans ma vie et dans celle d’autres gens – ce sentiment que j’ai eu en rencontrant ma propre fille pour la première fois – je devais me mettre à l’étudier. Ainsi commence sa longue recherche, des décennies durant, sur la science de la ‘awe’. Keltner définit la ‘awe’ comme l’émotion que nous ressentons quand nous rencontrons de grands mystères que nous ne connaissons pas. Et Keltner a découvert que cette émotion est très bonne pour nous. La ‘awe’ active le nerf vague, génère la relaxation et abaisse l’anxiété. Elle engendre un sentiment de joie et de curiosité sur le monde autour de nous. Peut-être plus important encore, la ‘awe’ déplace notre concentration vers l’extérieur, accroissant notre capacité de prendre soin des gens et des problèmes au-delà de nous-mêmes. A la fois chez les enfants et chez les adultes, faire l’expérience de la ‘awe’, d’un grand émerveillement, nous aide à être des gens orientés vers les autres et le monde au-delà de nous.
Parce que la ‘awe’ nous aide à nous sentir connectés à quelque chose plus grand que nous-même, elle est étroitement liée au développement spirituel ».
Inviter les parents à favoriser la ‘awe’ chez leurs enfants
Pour les parents qui désirent nourrir la formation spirituelle de leurs enfants, se centrer sur la ‘awe’ est une bonne manière de commencer
Annelise Jolley a de bonnes raisons de recommander aux parents d’encourager des expressions de la ‘awe’ chez leurs enfants « Les enfants sont notoirement curieux au sujet du monde autour d’eux. Les parents peuvent encourager cette capacité simplement en accompagnant l’émerveillement de leurs enfants et en bâtissant là-dessus ». Elle cite Maryam Abdullah : « Je pense que les parents peuvent naturellement être touchés par ce que leurs enfants sont touchés ». « Noter ce à quoi les enfants s’émerveillent peut aider les parents à comprendre comment tel sujet est connecté à un récit plus large au-delà de leur intuition immédiate. Suivre le chemin de pollinisation d’une abeille dans un parc peut ouvrir une conversation sur l’écologie et la protection de la nature. Voir un ami offrir un câlin peut permettre une conversation sur le pardon et la compassion. Les enfants aiment demander pourquoi, nous dit Maryam Abdullah. Si nous suivons cette série de pourquoi, nous pouvons quelquefois aider nos enfants à voir comment ils sont connectés à quelque chose de bien plus grand que ce dont ils font actuellement l’expérience ».
Il n’y a pas à chercher bien loin pour reconnaitre ce potentiel spirituel. Il est présent dans le quotidien. « Comme elle passait en revue la recherche sur le développement spirituel des enfants, Maryam Abdullah a été surprise de découvrir combien ce phénomène était banal. Il n’y a pas à chercher bien loin pour accéder à la ‘awe’. Cette chercheuse met l’accent sur la fréquente dimension sociale de cette expérience. Une des manières les plus fréquentes selon laquelle les enfants font l’expérience de l’émerveillement réside dans les manières quotidiennes où les gens sont gentils et courageux en s’encourageant les uns aux autres. D’une façon unique, les enfants se sentent en harmonie avec ces gentillesses ordinaires et ne sont nullement intimidés à le faire remarquer. « Ils ne manifestent aucune retenue à faire valoir combien c’est merveilleux d’éprouver la gentillesse des autres » écrit la chercheuse. Elle incite les parents à favoriser les interconnexions interpersonnelles « comme un moyen ordinaire permettant aux parents d’aider les enfants à approfondir la ‘awe’ qui leur vient déjà naturellement ».
Grandir la main dans la main
« Au mieux, encourager le développement spirituel d’un enfant est une entreprise mutuelle, une collaboration entre le parent et l’enfant. Après tout, les enfants sont souvent ceux qui entrainent les adultes à entrer plus profondément dans la voie de l’émerveillement.
Maryam Abdullah dit qu’un apprentissage mutuel et l’humilité sont une clé dans le processus du développement spirituel. Les parents qui nourrissent le développement spirituel de leurs enfants sont ouverts à l’écoute de leurs points de vue et à apprendre à leurs côtés… Un parent observe pour voir quelle pierre son enfant choisit pour en faire la suivante sur le chemin. Alors ensemble, ils font un pas en avant… Un des points aveugles dans beaucoup de recherches scientifiques sur les valeurs et le développement moral est qu’elles sont centrées presque exclusivement sur la manière dont les parents ‘transmettent’ des valeurs aux enfants, écrit Eugène Roelkepartain. « En réalité (et comme une nouvelle recherche l’a montré), il est plus exact de penser en terme d’échanger des valeurs ou peut-être de donner et prendre en formant des valeurs ».
L’expérience des enfants est également souvent bénéfique pour les adultes particulièrement ceux qui sont constamment occupés par de multiples activités. « Mais en prêtant attention là où les enfants trouvent émerveillement, ils peuvent revenir à leur sens de la ‘awe’ et de la connexion ». « Quand nous sommes capables de faire une pause et de suivre les curiosités que les enfants ont, nous nous permettons de penser au-delà des pressions immédiates de la vie. En élevant nos enfants, nous nous élevons nous-mêmes ». Et nous préparons l’avenir. Car, « en soutenant le développement spirituel de nos enfants, nous les préparons à leur âge adulte. En encourageant les expériences de ‘awe’, et, en conséquence leur capacité pour l’auto-transcendance, nous aidons les enfants à développer des ressources intérieures pour naviguer dans le monde ».
Annelise Jolley conclut sur les bienfaits de la spiritualité qui nous protège de l’isolement et de la déconnexion. Ce faisant, elle nous permet d’affronter la souffrance des autres et invite à la compassion. « Elle nous donne la capacité d’être quelqu’un qui aide à soulager les épreuves ».
Annelise Jolley nous aide ici à prendre conscience de l’importance de la ‘awe’, ce terme anglais, dont le sens a évolué et qui se traduit au mieux en français en conjuguant les mots : émerveillement, admiration, révérence. Comme la ‘awe’ est très présente chez les enfants, elle nous montre l’importance de la reconnaitre et de l’encourager. Ce sera un partage bienfaisant entre enfants et parents. Ce sera pour les enfants une porte ouverte au développement spirituel.
J H
- L’enfant, un être spirituel : https://vivreetesperer.com/lenfant-un-etre-spirituel/
- Education et spiritualité : https://vivreetesperer.com/education-et-spiritualite/
- Comment la reconnaissance et la manifestation de l’émerveillement exprimées par le terme ‘awe’ peut transformer nos vies : https://vivreetesperer.com/comment-la-reconnaissance-et-la-manifestation-de-ladmiration-et-de-lemerveillement-exprimees-par-le-terme-awe-peut-transformer-nos-vies/
- « Wonderstruck » par Helen de Cruz : https://vivreetesperer.com/comment-ladmiration-et-lemerveillement-exprimees-par-le-terme-awe-induisent-la-culture-et-faconnent-la-maniere-dont-nous-pensons/
- Ebloui par l’émerveillement : https://vivreetesperer.com/ebloui-par-lemerveillement/
- Wide-eyed wonder. How awe shapes children’s spiritual growth? : https://www.templeton.org/news/wide-eyed-wonder-how-awe-shapes-childrens-spiritual-growth
par jean | Mar 16, 2026 | Vision et sens |
Comment, dans une période de mutation, une communauté chrétienne interconfessionnelle apparut et se développa dans la région parisienne : l’exemple d’un groupe de prière, ‘le Sénevé’.
Ne peut-on s’interroger aujourd’hui sur la manière dont la foi chrétienne peut se vivre et se manifester ? Si l’Église la plus installée en France, peut être perçue comme une institution pesante aux pratiques répétitives et contrôlantes, d’autres chemins sont-ils envisageables pour une vie de foi commune ? Et, peut-on imaginer que des initiatives en ce sens, surgissent à partir d’une expérience partagée ? Certes, les contextes sont différents selon les lieux et les époques, mais, en tenant compte des singularités, les différentes initiatives peuvent nous enseigner sur un possible. Nous allons donc revisiter ici l’expérience d’un groupe de prière qui se manifesta dans la région de Chatenay-Malabry au cours des années 1970 et 1980. C’est une époque où le déclin des paroisses catholiques s’accentue. Mais aussi, parce qu’un nouveau souffle est apparu et que l’emprise institutionnelle s’affaiblit ; une créativité nouvelle apparait et peut s’épanouir dans la liberté. C’est ainsi que ce groupe, le Sénevé, participe à l’élan du renouveau charismatique dans un choix œcuménique qui lui permettra d’éviter la rechute dans une emprise institutionnelle. C’est une voie expérientielle, empirique à la différence d’une autre où l’opposition au conservatisme se manifeste frontalement au risque de se heurter au mur d’une pratique ancestrale. Ainsi peut-on rechercher dans ces expériences passées non seulement une intelligence spirituelle, mais un questionnement politique. Le récit de l’expérience du Sénevé, de son émergence jusqu’à son parcours, s’appuie sur une mémoire des cheminements.
À la recherche d’une foi vivante
L’apparition du groupe de prière ‘le Sénevé’ peut être envisagé comme la résultante d’un certain nombre de cheminements qui, dans le souffle de l’Esprit, ont débouché et convergé. Nous ne pouvons évoquer ce processus que dans les limites de notre mémoire. Jean Hassenforder et Odile Lechevalier se sont mariés en 1961 dans une conviction de foi commune. La foi de Jean, documentaliste et militant associatif était grevée par un scrupule religieux. La rencontre avec Odile fut pour lui une libération, car Odile, assistante sociale, était animée par une foi vivante et éclairée, nourrie par la spiritualité de l’Évangile au quotidien de l’Action Catholique des milieux sanitaires et sociaux (ACMS). Très vite, Jean et Odile se sentirent déphasés par rapport à la pratique des paroisses catholiques perçue comme descendante, répétitive, peu fraternelle. D’un voyage en Angleterre, où ils avaient été happés par une assistante de paroisse, en regardant à l’intérieur d’une église anglicane, pour y être accueilli et y trouver une ambiance chaleureuse, ils avaient gardé un souvenir qui les amena à accueillir deux jeunes prêtres américains de passage dans une messe où personne ne s’était soucié de prendre contact avec eux. Jean et Odile se mirent à la recherche d’une paroisse accueillante et innovante. Pendant quelques années, ils se rendirent ainsi tous les dimanches dans une paroisse ouverte, à une demie heure de marche de leur domicile. Une prédication nourrissante apportée par le curé, Albert Peticolas était au centre de la messe et la vie paroissiale se réalisait dans de petits groupes de partage. Des personnes affluaient venant de loin à la messe dominicale. Au départ de ce prêtre, la quête reprit vers une autre paroisse. Cependant, Jean et Odile étaient en rapport avec quelques prêtres, des aumôniers alliant profondeur de foi et ouverture.
Prendre une initiative
Au début des années 1970, une idée se fit jour chez Jean et Odile : pourquoi ne pas se réunir entre amis un dimanche par mois pendant une journée dans un lieu proche de la nature pour lire les textes bibliques et prier ensemble. C’était déroger au système paroissial. Cette idée fut encouragée par un prêtre de leurs amis, lui aussi aumônier. Jean et Odile se mirent à la recherche d’un lieu d’accueil en IIe de France et trouvèrent cette hospitalité à Saint-Symphorien-le-Château, en Beauce, dans une maison occupée par un petit groupe de religieuses autour d’un bénédictin ayant acquis une certaine autonomie par rapport à son ordre et pratiquant une belle hospitalité, Georges Danset. Au début des années 1960, à l’occasion d’une rencontre professionnelle, Jean avait noué amitié avec Jean Lagarde, ancien responsable dans le scoutisme. Une relation intime s’était forgée entre Jean et Odile et Jean et Françoise Lagarde, un couple particulièrement chaleureux et accueillant avec leurs quatre filles et invité à être parrain de leur fils, Rémy. Jean et Françoise Lagarde participèrent activement au groupe de Saint-Symphorien avec d’autres amis, Serge et Suzanne Fagnoni. Ces derniers invitèrent à leur tour leurs amis, François et Nicole Péreygne qui manifestaient une ardeur de foi depuis leur conversion dans une église pentecôtiste, si bien qu’à partir de leur témoignage, un cours nouveau apparut.
Le souffle de l’Esprit
Le printemps 1972, Jean et Françoise Lagarde s’étaient rendus à une retraite à Avon où ils avaient découvert le renouveau charismatique. Tel qu’il s‘était développé aux Etats-Unis, le renouveau charismatique avait fait l’objet d’un livre qu’on pouvait acheter à la Procure. Son arrivée en France n’en paraissait pas moins révolutionnaire. Jean et Françoise Lagarde invitèrent Jean et Odile à se rendre avec eux à une assemblée de prière du Renouveau à Paris chez les religieuses de l’Assomption. L’assemblée avait lieu dans un gymnase. Ici pas de rituel rigide, mais une spontanéité créatrice, selon un déroulé collectif, les participants exprimant des paroles d’inspiration biblique et entonnant des cantiques. Un public jeune et un accueil fraternel. Ce fut une rencontre inspirée, une grande espérance. Hélas à l’automne, l’ambiance était devenue plus conventionnelle. On était passé du gymnase à la chapelle. L’ambiance était devenue plus ‘pieuse’, moins ‘joyeuse’. Lors des réunions organisées par le groupe Emmanuel, on entendait des jeunes manifester leur conformité aux sacrements en présence de prêtres venus de l’extérieur. Un pasteur pentecôtiste ami fut froidement accueilli. On y vit la récupération du renouveau par une forme traditionnelle de l’institution catholique.
Cependant, depuis quelque temps, Odile Hassenforder était en souffrance, affectée par des troubles de personnalité, en provenance de son passé. On trouvera le récit de ce passage dépressif et de sa guérison dans le livre : « Sa présence dans ma vie » (p 29-34) (1). Ce récit s’inscrit dans cette histoire parce que la guérison d’Odile intervint dans un contexte de prière et retentit auprès de ses ami(e)s, contribuant ainsi à la création du groupe de prière. Odile nous dit avoir vécu ‘une dissociation de sa personnalité’ au point où ‘elle avala un jour trop de somnifères’. Elle raconte qu’une semaine après, dans le petit groupe qui avait commencé à se réunir à Saint-Symphorien, elle appela au secours pendant la prière : « Jésus, si tu es la vie, donne-moi le goût de vivre », mais ne trouva pas une aide correspondante. Ce fut, plus tard au moment de vacances à Gap, que le secours arriva, dans des circonstances tout-à-fait improbables, sous la forme d’une rencontre avec un pasteur pentecôtiste, Samuel Guihot, précédemment aperçu lors d’une visite à son église suite à une recommandation des amis Peyreigne, arrivés récemment dans le groupe de Saint Symphorien. Elle entendit de ce pasteur une parole de foi et d’expérience : « Jésus guérit. Il peut vous guérir. Quand il sème du blé, un bon fils de paysan sait qu’il faut attendre qu’il pousse. Il ne se demande pas comment il va pousser. De même, quand je prie Jésus, je sais qu’il répond… ». Au retour de vacances, la situation d’Odile empira. Elle raconte comment elle alla alors voir le pasteur Samuel Guilhot, y retourna à plusieurs reprises, encouragé à chaque fois par les paroles de la Bible et ressentant après la prière « une énergie vitale qui me donnait force et consistance ». Finalement, un dernier jeudi d’octobre, « elle eut envie de s’associer à la prière d’un groupe catholique charismatique qu’elle connaissait par ailleurs ». Elle y « exprima tout haut une assurance intérieure de guérison » à laquelle répondit une prière collective. « Ce soir-là, à peine couchée, je sentis chaque partie de mon être se remettre en place en une fraction de seconde : l’unité se faisait en moi, j’entrais dans la réalité, j’étais bien ». « Le dimanche, au lieu d‘aller demander la prière comme prévu à l’assemblé pentecôtiste, j’y ai rendu grâce à Dieu ».
Ce fut, nous dit Odile, plus qu’une simple guérison. « J’avais demandé la vie. Je l’ai reçue en abondance, bien au-delà de ce que je pouvais imaginer : la vie éternelle. ‘La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ’ (Jean 17.3). Ce fut une révélation pour moi… Je me suis sentie aimée au point où cet amour débordait de moi sur ceux que je rencontrais… ».
Le témoignage d’Odile a touché ses ami(e)s. Le petit groupe de Saint Symphorien s’est transformé en un groupe de prière qui s’est réuni, une soirée chaque semaine, dans l’appartement de Jean et Françoise Lagarde à Chatenay-Malabry. Par ouï-dire entre ami(e)s, le nombre des participants s‘est rapidement étendu, atteignant quelque temps plus tard ,près d’une cinquantaine de personnes pour ensuite se subdiviser et se stabiliser à Chatenay autour d’une vingtaine de personnes. Pendant une dizaine d’années, les participants se retrouvèrent très fidèlement chaque mardi.
Une petite communauté : le Sénevé
Pendant des années, le groupe s’est réuni chaque mardi soir. Les arrivants étaient accueillis par les responsables du groupe, Jean et Françoise Lagarde. Ce fut d’abord dans leur appartement et puis le groupe s’élargissant, en d’autres lieux. On se demandait des nouvelles les uns des autres dans une effervescence amicale. La réunion se déroulait en toute simplicité et sans programme préétabli à travers une succession de cantiques entonnés par l’un ou l’autre, des évocations de textes bibliques, une parole inspirée, des expressions priantes, ainsi que des moments de louange, mais aussi des temps d’intercession, une grande attention étant portée aux besoins de chacun et notamment aux demandes de guérison.
Les parcours des participants se caractérisaient par leur diversité tant de profession que de pratique religieuse. Il y avait des mères de famille, des fonctionnaires de l’administration universitaire (Michel et Françoise Augris), des universitaires (Georges Lasserre et Jean Hassenforder), un artiste (Bernard Bouton). La foi chrétienne était le dénominateur commun. Les dénominations représentées étaient variées en évitant l’expression d’une marque distinctive comme le ‘Je vous salue Marie’. A coté de la participation au groupe, la plupart se rendaient à une célébration le dimanche. C’était la messe catholique pour la majorité. Mais cette assistance pouvait s‘accompagner de participations au-delà. II y a eu également quelques transferts comme le passage d’une pratique catholique à la participation à une église mennonite ou à une église pentecôtiste. Un couple réformé, Georges et Berthie Lasserre participaient au petit conseil du groupe. Un prêtre catholique à la retraite, Jean Vuarnay, venait régulièrement. On a compté aussi des chrétiens aux cheminements peu fréquents, quaker, adventiste… Les questions de doctrine importaient peu. La foi en un Christ sauveur et en un Dieu agissant était au cœur. De temps à autre, un ami du groupe était invité à apporter un message, tel le pasteur pentecôtiste Samuel Guilhot ou le pasteur mennonite, Robert Witmer. C’était une fraternité sans réserve.
Jean et Françoise Lagarde étaient responsables du groupe, reconnus par tous pour leur foi, leur bonté, leur accueil. Jean Lagarde avait été responsable dans le scoutisme. Au début du groupe, dans la période de croissance, il a dû faire face à des tensions et à des tiraillements. Dans un leadership chaleureux, il a maintenu la cohésion du groupe et, par la suite, il en a été un animateur sage et dynamique (2), le groupe cessant ses activités lors de son départ de Chatenay. Jean et Odile Hassenforder, Georges et Berthie Lasserre participaient avec les Lagarde à un petit conseil d’orientation. La vie du groupe a été accompagnée par la production d’outils comme un recueil de chants issus de différentes sources et un texte exprimant la foi commune. Le groupe a également pris des initiatives de journées d’enseignement et de prière telle que celle, mémorable, qui, en 1974, à Versailles, accueillit des enseignements et des témoignages d’intervenants extérieurs : Jean Dejour et Georges Rollet de la Porte ouverte, Samuel Guilhot, pasteur à Clamart et Jacky Parmentier de la communauté de la Sainte Croix, et attira de nombreux participants. D’autres journées suivirent comme celle qui accueillit Daniel Schaerer, un responsable de Jeunesse en mission.
Un parcours œcuménique
Une relation s’établit entre l’église mennonite de Chatenay et le Sénevè. Un jeune couple du groupe l’avait adoptée, y trouvant une convivialité fraternelle et une parole biblique partagée. Surtout, le pasteur, d’origine canadienne, Robert Witmer, avait fréquenté le Renouveau charismatique et reçu la guérison divine d’un mal très grave. C’était un homme bon et ouvert et une relation s’était naturellement engagée. Un projet de communauté s’esquissa même par la suite.
La guérison d’Odile Hassenforder était advenue par l’œuvre de l’Esprit où la parole de foi et la prière de Samuel Guihot avaient été déterminantes. Celui-ci était pasteur d’une petite et fervente assemblée de Dieu dans la même banlieue à Clamart. La profondeur de ses prédications était appréciée. Son expérience était reconnue et le groupe put compter sur ses conseils.
Cependant, le temps passant, les rencontres se réalisèrent aussi à travers la distance. Quelques-uns se rendirent ainsi à un week-end à la Porte ouverte, un centre évangélique à Lux, un village près de Chalons sur Saône. Ils furent reconnaissants pour l’attention qui leur fut accordée par deux responsables : Jean Dejour et Georges Rollet. Ce fut un dialogue fraternel avec un grand respect de leur part. Les chants à pleine voix de la grande assemblée, comme la participation d’une fanfare venue d’Alsace témoignaient d’une foi vibrante et communicative. C’est dans le même lieu, puis à Gagnières dans le Gard que se tinrent chaque année une Convention Charismatique Interconfesionnelle. Cet esprit d’unité, infusé au départ par un pasteur évangélique gallois, Thomas Roberts se manifestait là dans des messages d’intervenants aux parcours différents et les chants des assemblées de prière résonnaient dans une grande tente commune où ils se mêlaient au souffle du vent. Un temps de foi, de liberté, de fraternité, de respect. D’un bout à l’autre des rencontres que nous avons évoquées le respect fut présent, écartant toute tentative de manipulation et de récupération.
Du Sénevé à Témoins, Centre chrétien interconfessionnel
Dans la même banlieue où le Sénevé poursuivait son parcours, était apparu à l’initiative d’un lycéen, Pascal Colin, un groupe de jeunes chrétiens, le Comité d’action chrétienne. Dans l’époque bouillonnante de l’après-1968, en 1973, inspiré par la parole de l’Évangile, Pascal Colin avait suscité un groupe autonome, mais en bon terme avec l’aumônerie. L’âge passant, ce groupe avait grandi, était devenu interconfessionnel et avait pris en charge l’aumônerie de la Résidence Universitaire d’Antony. Il publiait un bulletin qui avait pris le nom de Témoins. Un membre du Sénevé, André Vinard, très engagé dans une église protestante réformée évangélique, était en excellente relation avec Pascal. Il invita des responsables du Sénevé, Jean et Françoise Lagarde, Jean et Odile Hassenforder à une rencontre avec les responsables du CAC, Pascal Colin et Yves Desbordes. Tout de suite, ils se trouvèrent sur la même longueur d’onde et s’entendirent pour assurer une collaboration des membres présents du Sénevé au bulletin du CAC : Témoins. Ce fut le premier pas d’une alliance qui aboutit à la création du Centre Chrétien interconfessionnel en 1986, l’idée d’un tel centre ayant déjà été évoquée dans le passé avec le pasteur Robert Witmer. Le centre s’est développé par la suite en adoptant le nom de Témoins, le bulletin du CAC devenu Magazine. Toute l’histoire du Sénevé et du CAC débouchant sur la création de Témoins est relatée sur le site Témoins sous le titre ‘La genèse de Témoins, communauté chrétienne interconfessionnelle : 1973-1986’ (3). Témoins, ce sera, durant les années 1990, un centre de rencontres et un centre social, et puis, de son point de départ jusqu’à aujourd’hui, un lieu de recherche se manifestant dans un magazine, puis depuis le début du siècle dans le site Témoins.com (4).
Une pensée des possibles
Aujourd’hui, une impression de crise prévaut dans de nombreux domaines. En regard, nous pouvons rejoindre la pensée du grand théologien, Jûrgen Moltmann : « La pensée espérante est la pensée des possibles » (5).
Dans le champ chrétien en France, une analyse de données fait ressortir la crise d’une de ses composantes, l’Eglise catholique. Face à cette situation on peut observer, dans le milieu catholique, toute une gamme d’attitudes. Certains s’agrippent à l’héritage du passé. D’autre s’adaptent. D’autres encore se mobilisent. Et, parmi ceux-là, la plupart se focalisent dans une action pour la réforme d’une institution qu’on peut juger, pour une part, dépassée et déphasée par rapport à la culture d’aujourd’hui. Cependant, le Concile Vatican II n’avait-t-il pas ouvert des portes qui paraissaient irrémédiablement fermées, le pontificat inattendu et innovant du pape François n’a-t-il pas renouvelé le mouvement ? N’y a- t-il pas aujourd‘hui des dispositions favorables dans l’approche synodale ? Pourtant, on peut considérer l’immensité de l’obstacle lorsqu’on y voit un système caractérisé par l’intrication de la sacralisation, de la hiérarchie et du patriarcat. C’est alors qu’on peut se dire qu’il y a une autre voie de changement, un contournement qui peut être complémentaire à une approche frontale : le développement de petites communautés chrétiennes manifestant l’inspiration de l’Esprit dans la fraternité, l’écoute de la Parole Biblique, la prière en écartant toute dépendance hiérarchique par une interconfessionnalité vécue dans le concert œcuménique et la collégialité d’un réseau. Est-ce réaliste, est-ce possible ?
L’expérience que nous venons de relater nous montre que c’est un chemin praticable à certaines conditions. Certes l’époque était différente. Si on peut estimer que la recherche de pertinence d’une vie chrétienne est analogue aujourd’hui, il y avait à l’époque un grand désir de changement. Et dans le champ chrétien, une puissante manifestation de l’Esprit était apparue. La présence divine s’exerçait dans les cœurs. Le vent soufflait dans les voiles.
Lorsqu’on relit le récit de l’apparition et du développement du Sénevé, comme du Comité d’action chrétienne et de Témoins, on constate à la fois des initiatives personnelles et le rôle d’une nouvelle pratique inspirée. Dans tous les cas, une initiative était nécessaire, mais il fallait également qu’elle soit nourrie. Les membres du petit groupe qui se réunit au départ à Saint Symphorien étaient pleins de bonne volonté, mais c’est à travers le renouveau charismatique qu’ils ont appris une prière dynamique et l’ampleur de l’inspiration biblique. De même, la présence de différentes traditions a apporté une précieuse complémentarité. Les groupes nouveaux ont besoin d’outils. Chaque contexte est particulier. Aujourd’hui, les ressources de la communication internet sont immenses.
On doit également reconnaitre la diversité des chemins. Dans le champ protestant, le surgissement en est une réalité constitutive. En milieu catholique, au XXe siècle, on peut mentionner la grande et riche histoire des communautés de base (6).
L’histoire d’un petit groupe croyant pendant une décennie du XXè siècle : le Sénevé, puis, avec le CAC, Témoins, s’inscrit, à l’échelle historique, dans une multiplicité d’essais. Cette approche mérite d’être rappelée aujourd’hui. Et pour ceux qui y ont participé de près ou de loin, c’est une source d’action de grâce.
J H
- Odile Hassenforder. Sa présence dans ma vie. Empreinte, 2011 Sa présence dans ma vie. Un témoignage vivant : https://vivreetesperer.com/odile-hassenforder-sa-presence-dans-ma-vie-un-temoignage-vivant/
- Jean Lagarde (2023-2006). Une démarche chrétienne interconfessionnelle : https://www.temoins.com/jean-lagarde-1923-2006une-demarche-chretienne-interconfessionnelle/
- La genèse de Témoins. Communauté chrétienne interconfessionnelle (1973-1986) : https://www.temoins.com/la-genese-de-temoins-communaute-chretienne-interconfessionnelle-1973-1986-redaction-en-1996/
- Site Témoins : https://www.temoins.com
- La pensée espérante est la pensée des possibles : https://vivreetesperer.com/la-pensee-esperante-est-la-pensee-des-possibles/
- Communauté ecclésiale de base. Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Communauté_ecclésiale de_base
par jean | Fév 17, 2026 | Vision et sens |
Témoignage de Laure Charrin, thérapeute psycho -corporelle
Laure Charrin, thérapeute psycho-corporelle, énergéticienne est très présente sur internet, notamment à travers sa chaine YouTube (1) où elle publie des vidéos qui portent conseil et encouragement. Or, elle s’est décidée récemment à exprimer la manière dont a grandi dans sa vie l’écoute d’une inspiration à plusieurs reprises libératrice, une présence d’amour à laquelle elle se remet et qui guide ses pas.
Nous appelons donc à l’écoute de son témoignage dans la vidéo ‘Le Christ dans ma vie. Une inspiration et un soutien sans faille’ (2). Laure Charrin raconte comment, en dehors d’une institution, elle a progressivement découvert la personne du Christ, puis a décidé de faire appel à lui dans la prière et trouvant là réponse et guidance. Voici un parcours où Laure a connu de terribles épreuves dans lesquelles l’aide et le soutien du Christ ont joué un rôle décisif. Plus généralement, c’est un parcours où une relation s’est établie avec le Christ, une guidance à travers de riches expériences d’écoute, de sensibilité intuitive et d’attention aux signes. Cette relation avec le Christ se manifeste dans une vie naturellement portée à un amour secourable et ainsi accompagnée en ce sens. Ce récit évoque un quotidien dans lequel beaucoup peuvent se reconnaitre.
Nous recommandons donc l’écoute de cette vidéo. Il n’est pas possible, ni souhaitable d’en reproduire le contenu par écrit, d’autant qu’il en existe un script. Dans notre commentaire introductif, nous mettrons l’accent sur quelques passages et sur quelques épisodes.
Témoigner de l’action du Christ dans ma vie
‘Le Christ dans ma vie’, Laure Charrin n’imaginait pas aborder un tel sujet, « mais depuis quelques jours, je ressens un fort appel à le faire et je pense que ce n’est probablement pas par hasard, que très probablement mon témoignage viendra tout simplement toucher ceux ou celles qui en ont besoin, viendra peut-être valider ou éclairer quelque chose, donc je n’ai pas d’intention spéciale si ce n’est offrir un témoignage. J’ai entendu dire que le plus bel évangile, c’était témoigner de l’action du Christ dans la vie de quelqu’un. Je viens partager la singularité et la beauté du lien avec Le Christ dans ma vie. Quelle est la relation que j’entretiens avec le Christ, car c’est bien de cela qu’il s’agit et peut-être que cela inspirera certains d’entre vous »
Laure Charrin, énergéticienne, thérapeute psycho-corporelle
Laure Charrin présente ensuite son travail de thérapeute psycho-corporelle, un engagement qui mobilise toutes ses facultés au service d’une dynamique de vie. Energéticienne, elle est « passionnée par l’influence de la conscience sur la santé ». « J’accompagne les personnes en prise avec la maladie et les douleurs en les amenant à utiliser efficacement toutes leurs ressources intérieures pour favoriser la guérison et leur mieux-être. Je les aide à sortir de l’impuissance, à réveiller la foi en elle, à faire enfin la paix avec un passé douloureux. Elles changent d’énergie, deviennent plus sereines, plus alignées avec elles-mêmes, mieux dans leur corps et améliorent bien souvent leur vitalité et leur santé ».
Comment Laure a découvert le Christ
Comment Laure a-t-elle découvert le Christ ? Elle nous raconte son évolution durant ses jeunes années : une disposition à aider les autres, une curiosité spirituelle. Elle sera impressionnée par des écrits sur le Christ et sur les saints. Cependant sa famille est éloignée de la religion. Laure attache de l’importance au fait qu’elle ait été baptisée clandestinement par une voisine à laquelle elle avait été confiée pour un moment de garde. Elle nous raconte à ce propos combien elle s’était sentie mal à l’aise dans des messes où ses grand-mères l’avaient emmené.
« Cette présence de Jésus dans ma vie, elle est passée par une voie peu habituelle puisque je n’ai reçu aucune éducation religieuse. Récemment, une personne m’a contacté pour me dire que ma mère m’avait confiée une ou deux heures chez elle pendant qu’elle faisait une course et qu’elle avait ressenti – cette femme était chrétienne – un fort élan de me baptiser, et elle l’avait fait avec toute la sincérité de son cœur, avec ferveur, avec un élan qui venait de son cœur. Alors, elle se demandait comment je pourrais prendre ça. Pour moi, cela a été une confirmation de ce que je ressentais au fond de moi et cela a expliqué beaucoup d’élans que j’ai eu par la suite dans l’enfance, dans l’adolescence et dans toute ma vie, qui probablement ont aussi, là, leur origine… À l’époque, dans l’être que j’étais, elle a peut-être capté quelque chose, ce qui a fait qu’elle m’a baptisée. En tout cas, cela a été bon pour moi d’apprendre cela, car j’ai toujours ressenti au fond de moi que j’étais baptisée et c’est très étrange. Et je suis heureuse de l’avoir été par quelqu’un qui l’a fait en solitaire, pas par un prêtre… La perception de la religion que j’avais quand j’étais petite : je trouvais cela ennuyeux, il n’y avait rien de joyeux, de lumineux. J’avais été emmenée une ou deux fois par mes grands-mères à des messes et je trouvais cela très rasoir. Je me disais : si Dieu existe, il ne doit surement pas être comme cela. Je pense qu’il doit être plutôt sous les arbres, dans le chant des oiseaux, dans le rire des gens. Et je ne comprenais pas que cela fut aussi triste et cela ne m’attirait pas du tout. Alors depuis, mon regard s’est élargi. Evidemment, cette présence divine, quelle que soit la religion, cette source qui coule en tous, en toute chose et en tout être, elle est partout, elle n’est pas cantonnée dans les édifices religieux ». Laure Charrin nous parle ensuite d’expérience où ‘une foi naturelle’ commençait à se manifester. Elle évoque un moment où se sentant menacée par des forces sombres, elle s’écria : « je ne sers que le Christ », parole qui fut libératrice. Dans sa jeunesse, en quête, elle fréquenta plusieurs personnalités spirituellement inspirantes dans des milieux religieux différents : hébraïque, hindouiste, soufi. A chaque fois, on faisait très souvent référence à Jésus, au personnage du Christ. « Cela m’interpellait de voir que sa présence était vraiment forte et rayonnait quelque chose d’intemporel et d’universel. C’est cela qui m’a beaucoup touché ainsi que ce que je vivais. Cette familiarité venait me toucher personnellement. Je n’ai été formatée par aucune éducation religieuse – mais, pour autant, quelque chose en moi reconnaissait pleinement ce dont le Christ est porteur et qui réside également dans chacun d’entre nous. C’est quelque chose que j’ai toujours ressenti finalement ».
La réception d’un chant spirituel
Laure Charrin partage également avec nous une expérience de réception d’un chant à tonalité spirituelle. Cette expérience est advenue dans le contexte de la formation musicale qu’elle a suivi dans sa jeunesse, devenant par la suite professeure de musique pendant dix ans dans l’éducation nationale. À cette époque, de temps en temps, il lui arrivait de recevoir des inspirations qui lui ‘venaient d’en haut’, ‘pour des textes à forte résonances spirituelle’. Elle nous raconte un épisode particulièrement marquant. Une fois, elle ressentit d’aller dans une forêt près de ses parents en Sologne. « Je m’y suis rendu ». S’y reposant, elle a « savouré le soleil, la tiédeur de l’air, la musique des abeilles qui bourdonnaient ». Revenue à elle après un moment dont elle ne souvient pas, elle a repris sa voiture. « En rentrant chez moi, en reprenant une conscience ordinaire, m’est descendu tout un texte entier, les paroles, avec des rimes et une musique. Donc, j’ai écrit tout cela en rentrant puisque j’ai une formation de musicienne. En ce chant, c’était le Christ qui nous parle à tous, des paroles très simples que même un enfant peut comprendre ». Laure était enthousiaste, mais en même temps embarrassée d’avoir capté cela. « En même temps, je sentais que cela venait de plus grand que moi ». Elle a rangé le tout dans un tiroir et c’est resté là pendant plusieurs années. Par la suite, en parlant avec une amie, celle-ci lui a demandé d’écouter son chant et l’a trouvé très beau. En chantant ce chant à un stage organisée par cette amie, celui-ci reçu un accueil très favorable. « Certaines personnes pleuraient et étaient vraiment touchées dans leur cœur. C’est là que j’ai réalisé un peu plus la force de ma connexion avec le Christ mais c’est comme s’il avait fallu des années pour le reconnaitre pleinement et surtout pour oser lui demander. Donc il y eu ces sortes de grâce qui sont advenues, mais à cette étape de ma vie, je ne priais pas vraiment. Je n’actionnais pas le pouvoir de ce lien, mais je savais qu’il était là. Je me sentais aimée, portée, soutenue même si j’oubliais bien souvent que j’étais emprisonnée comme tout le monde dans des attitudes limitantes et où je n’étais pas forcément hyper bien dans ma peau à cette époque-là ».
Un vécu dramatique : l’accident mortel de Daniel, son conjoint
Plus tard, est venu un temps d’épreuves. Laure Charrin rapporte qu’en 2012, elle était en couple avec un homme qui s’appelait Daniel et qu’elle prévoyait d‘aller s’installer avec lui en Corse, mais ce projet n’a pas pu se réaliser, car il est mort sous ses yeux dans un terrible accident. « En février 2012, ce conjoint Daniel s’est tué devant moi et notre fils dans un accident d’escalade et il est tombé à nos pieds. J’étais dans un état de panique totale. Je l’encourageais toutes les trente secondes parce qu’il avait des râles ». Juste un moment, le mental de Laure s’est arrêté et ‘elle a senti une espèce de paix descendre en elle : elle est entrée dans un espace de paix absolue, d’amour absolu’. Mais cela n’a été qu’une brève parenthèse. La paix l’a quittée et elle s’est de nouveau mise à trembler en mode de survie. Après l’enterrement, à l’aéroport pour prendre l’avion avec son fils, ayant à ses côtés, sa mère et sa belle-mère, elle sentit sa vie la quitter du fait du chagrin, et aussi du choc. « J’ai senti toute une part de moi qui s’en allait par le haut et je sentais que s’il ne se passait rien, j’allais m’éteindre en quelques semaines ou en quelques mois, que j’allais mourir. De me dire : je vais me battre, il y a mon fils, je sentais que cela ne suffisait pas. Quand j’ai senti ma vie me quitter, je me rappelle très bien qu’à l’aéroport, je me suis tournée vers le Christ comme par instinct. Je ne sais pourquoi, ni comment, mais d’un seul coup, il m’est venue que c’est la seule direction que je pouvais emprunter. Je lui ai dit intérieurement : si Tu ne m’aides pas, je ne peux pas. Et, au moment où j’ai prononcé cette phrase, j’ai senti toute mon énergie revenir à l’intérieur de moi ». Les mois qui ont suivi, ont cependant été très durs. « Cela a été quand même la traversée d’une nuit noire, d’un enfer. J’étais paralysée par des paniques, des angoisses extrêmes. C’était très difficile, mais j’ai traversé. Je ne suis pas morte. Je me suis même connectée à une force que je ne pensais pas avoir ». Tout cela a marqué Laure. « À partir de cette période, j’ai commencé à solliciter ce lien ».
Comment Laure prie-t-elle maintenant ?
Laure Charrin nous explique la manière dont elle s’est mise à prier et prie aujourd’hui. Elle nous dit qu’elle n’avait pas envie de prier d’une manière conventionnelle avec tel mot ou telle formule. « J’avais déjà tellement été touchée par l’action du Christ dans ma vie que je me suis dit que j’allais lui parler simplement, en fait lui parler de mes questionnements, de mes peurs, quand j’ai besoin d’aide, lui demander. Et c’est ce que j’ai commencé à faire, d’oser lui parler comme à un ami, alors pas comme un ami familier, mais comme le plus grand des amis ; comme quelqu’un qui peut vraiment m’apporter de l’aide et de ne pas craindre de lui témoigner de là où je galère, de là où c’est dur, de là où je ne comprends pas, de là où je suis en colère. J’ai vraiment peu à peu tout déposé à chaque fois que j’en avais besoin. Et chaque fois, il ne se passait pas forcément quelque chose au moment où je le faisais, mais je me sentais soulagée parce que je savais au fond de moi que j’étais entendue et que pas une larme que je versais n’était oubliée. J’osais demander de l’aide et alors quelque chose venait en retour. Ce n’était pas toujours immédiat. Parfois, il ne se passait rien pendant un certain temps. Mais parfois, je ressentais la paix en moi. Parfois, dès que j’avais exprimé mes problèmes, il m’arrivait de ressentir de l’amour et la joie revenait très vite. Quand il y avait une peur intense, une sérénité intense pouvait également venir après. Et, même quand j’oubliais parfois pendant de longues semaines de solliciter ce lien, quand j’y revenais, je me sentais toujours accueillie de la même façon, avec un amour inconditionnel… »
Les hauts et les bas de l’accompagnement face à la maladie de Jean-Michel.
Laure Charrin nous partage ensuite des expériences dans lesquelles il lui a été donné de surmonter sa peur. Et elle en vient à relater une autre épreuve dans laquelle elle a été confrontée à la maladie de Jean-Michel, son nouveau conjoint après le décès de Daniel. « Pas longtemps après que je m’installe avec lui, il a eu une grave maladie, un cancer en phase terminale. Là aussi, la présence du Christ a été très forte parce que j’étais sûre qu’il y avait un chemin de guérison pour lui. J’avais vu comment peu à peu, il en était arrivé à s’enfermer dans un état d’esprit hyper-sombre et comment cela avait favorisé l’apparition de la maladie et son développement à un stade avancé. Et donc, j’étais sûre au fond de moi qu’il pouvait se faire aider, changer ce noir intérieur, cette relation dure à lui-même s’il dépassait certaines peurs, certaines blessures. Je savais qu’il pouvait guérir. Je savais aussi que je pouvais l’aider ». Laure raconte comment elle s’est sentie inspirée. « Alors que Jean-Michel entrait dans un parcours de soins palliatifs, je me suis sentie inspirée par une foi pour convaincre Jean-Michel que je l’aide et l’accompagne ». Au moment où elle parlait avec lui à ce sujet, elle perçut comme un signe l’apparition d’un rouge-gorge venu frapper à la vitre avec son bec. « C’était incroyable. J’ai senti comme si c’était le Christ qui me disait : Mais vas-y, continue à lui dire que tu sais ce que tu peux faire pour lui… Et donc, c’est ce qui s’est passé. J’ai trouvé les mots. Il a accepté que je l’aide. Et en parallèle de ses traitements, en l’espace de sept mois, il est passé de la phase terminale du cancer à une rémission complète, ce qui n’était pas censé arriver avec ses traitements… On a pu voir les effets de l’énorme révolution intérieure qu’il avait opéré et où j’ai été inspirée pour y croire même s’il y a eu beaucoup de moments de découragement… Cependant, après un an de rémission complète où tout allait bien, j’ai vu qu’il repartait à l’envers, c’est-à-dire qu’il reprenait ses anciens schémas de pensées, ses anciennes attitudes. Et je sentais toute son énergie se refermer comme cela, s’éteindre. C’était douloureux de voir cela. Pourtant, c’est lui qui avait effectué ses transformations intérieures, posé des actes et fait tout ce chemin. Je l’ai vu changer de cap et je ne pouvais rien faire pour lui. Je me rappelle avoir beaucoup prié… Un jour, un ambulancier lui a répété ‘moi, je connais un grand médecin, c’est Jésus’. J’ai été très touchée de voir que la grâce venait frapper à la porte de Jean-Michel, mais il n’a pas voulu y croire ».
Une parole d’encouragement : lève-toi et brille (Esaïe)
« Quand quelqu’un de proche meurt, c’est un peu comme mourir. Il faut tout refaire, repartir à zéro, panser certaines plaies profondes. Donc, à nouveau, je n’ai pas échappé à cela ». C’est là qu’à nouveau Laure Charrin a reçu une inspiration. Une nuit, réveillée par une lumière intérieure, elle entend une parole, ‘lève-toi’. « Je me suis levée. J’ai entendu aussi Esaïe. Alors Esaïe, je savais que c’était un prophète qui a tout un livre dans la Bible, mais je n’avais pas lu la Bible. Donc, je ne connaissais pas grand-chose ; donc, à quatre heures du matin, je vais chercher une Bible. Et je regarde tous les débuts de paragraphe. Et au soixantième verset, cela dit ‘Lève-toi et brille’. Les ténèbres recouvrent le monde, mais sur toi, la lumière brillera ». Pour Laure, ce fut une réponse en regard de ses hésitations dans le domaine de ses activités professionnelles. En pleine crise du covid, elle l’a reçue comme une invitation à aller de l’avant et à mettre en place ses activités. Elle nous dit également combien elle a été ‘touchée par la précision de cette mention parce que, à la fin du verset il est écrit, noir sur blanc, que ‘ les jours de deuil sont terminés’. « Alors, pour moi qui venait d’être veuve deux fois, cela a eu une résonance puissante. Je repense à ce verset quand ce n’est pas facile de garder le cap et de continuer à rayonner, à briller tout simplement… ».
Un chant pour accompagner la fin de vie
Le témoignage se poursuit à travers la narration d’épisodes manifestant une relation discrète à travers une voix intérieure entre le Christ et Laure. C’est un accompagnement dans lequel elle puise sa confiance
Ainsi, « en épluchant des carottes dans ma cuisine, d’un seul coup, j’ai senti à l’intérieur de moi une pensée très, très claire qui me disait ‘maintenant tu vas enregistrer un disque de chant pour accompagner la fin de vie’. Alors, je me souviens très bien avoir dit ‘ah alors non, non, non. Je n’ai pas envie d’être encore confrontée à la mort’. J’avais vraiment envie de ne plus penser à tout cela… Et puis, quand une directive est si claire et si pleine d’amour, je sais très bien que je dirais oui. Alors, j’ai dit ‘bon, d’accord, mais il faudra m’aider parce que enregistrer un disque, cela demande beaucoup d’effort et beaucoup d’argent’. Un financement participatif a pu se réaliser. J’ai senti qu’à chaque étape, j’étais accompagnée, encouragée ». À la suite de ce disque, Laure a effectué quelques formations… « Voilà donc une inspiration qui m’est venue et qui est liée avec ce lien avec le Christ. Il m’a guidée pour savoir que faire de cette expérience d’avoir accompagné la fin de vie. C’est le Christ qui m’a soufflé et inspiré cela ». Elle a reçu de bonnes appréciations sur son disque. « Les fruits, je les ai encore aujourd’hui puisque je continue à transmettre et qu’il y a de plus en plus de personnes qui utilisent cela dans leurs pratiques ».
Accompagnée dans la réalisation de sa vocation professionnelle
Laure Charrin a emménagé dans les Hautes-Alpes en 2022. Elle nous raconte comment là aussi, elle a été aidée par les intuitions intérieures qu’elle a reçues et qui ont concerné différents aspects : trouver un logement adéquat, obtenir le transfert de son numéro de formatrice, installer un cabinet. Et, lorsqu’elle rédige son programme d’accompagnement, en termes de ‘grâce au cœur de l’épreuve’, elle sent une force qui l‘empêche de continuer dans cette voie… « Et, à la place du mot épreuve, je sens que c’est le mot maladie… Tu vas accompagner des gens qui sont malades ou qui ont des douleurs ». Finalement, Laure se sent à l’aise dans cette voie parce que elle se remémore l’expérience qu’elle a vécue dans l’accompagnement de Jean-Michel, ‘dans sa maladie, dans sa rémission et après jusqu’à la mort’. « J’étais souvent inspirée pour savoir quoi dire, quoi faire. Quand je posais mes mains sur lui, je me sentais inspirée, traversée pour faire telle ou telle chose… ». Aujourd’hui, dans ses accompagnements, Laure ressent en elle « un état d’être, une qualité d’amour et de présence qui lui est soufflée, infusée par le lien avec le Christ. Il se transmet dans les séances sans que je le nomme. Pour moi, la conséquence directe de ce lien avec le Christ, c’est de répandre l’amour d’abord en soi pleinement, dans ceux qui en ont besoin et aussi autour de nous ».
En mouvement de demande et d’anticipation dans la connexion de l’amour
« Je pourrais continuer encore longtemps à donner des exemples. Tout cela pour vous dire que je vous invite – si cela vous parle, bien sûr, il n’y a aucune injonction de quoique ce soit – si vous êtes fâché avec la religion et que cela vous empêche de vous connecter à plus grand que vous, et si vous sentez une résonance particulière avec le Christ, je vous invite tout simplement à être tel que vous êtes, puis à lui demander de l’aide quand vous en avez besoin. Oser lui confier des choses et voir ensuite ce qui va se passer, qui en général ne sera jamais comme vous vous y attendez, mais qui sera toujours là ».
Laure Charrin évoque sa lecture d’un livre très connu, ‘Le dialogue avec l’Ange’, où elle a prêté attention à une parole évoquant la manifestation du Christ à notre époque. Laure exprime le fruit de la connexion avec le Christ dans les termes de l’amour. « C’est un état d’être. On est dans une fréquence particulière qui fait que le meilleur advient dans nos vies ». Ainsi évoque-t-elle le verset évangélique en Marc 11.24, une parole de Jésus : « Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l’avez déjà reçu ». « Ce qu‘on désire, ce ne sont pas seulement des choses matérielles. Ce qu’on désire profondément, c’est retrouver la connexion à l’amour, avec une majuscule, qui fait qu’on va se sentir en sécurité, connecté à la vie, à l’essence de toute chose. Et dans cet état d’être, effectivement, tout ce qu’on demande, les souhaits pour faire grandir cela dans le monde avec nos talents particuliers, nul doute qu’en pensant que c’est déjà là, cela va accélérer le fait que cela se produise vraiment ».
Le mal est si visible dans ce monde qu’oublie parfois qu’il y a des êtres prédisposés à aimer (3). Laure Charrin nous rappelle également qu’il y a aussi plus généralement une aspiration à l’amour trop souvent refoulée. Laure Charrin nous le rappelle en déclarant : « Ce qu’on désire, c’est retrouver une connexion avec l’amour ». Elle nous explique comment ce désir s’est manifesté chez elle dans une quête spirituelle. Celle-ci s’est traduite par une découverte progressive du Christ et une connexion avec lui. Voilà un témoignage original ; iI nous expose un long cheminement intérieur dans une grande sensibilité attentive à la présence du Christ et à son œuvre. Ce témoignage est précieux également par ce qu’il montre comment le Christ peut se manifester aujourd’hui hors institution religieuse et dans la culture la plus actuelle.
J H
- https://www.youtube.com/c/LaureCharrin
- Le Christ dans ma vie : un soutien sans faille : https://www.youtube.com/watch?v=VC9pZvTcBqI
- Une force m’a poussé à aimer : https://vivreetesperer.com/une-force-ma-pousse-a-aimer/ Soigner ave le cœur : https://vivreetesperer.com/soigner-avec-le-coeur/ Soignantes porteuses de relation et de vie en ehpad : https://vivreetesperer.com/soignantes-porteuses-de-relation-et-de-vie-en-ehpad/