par jean | Juin 9, 2026 | ARTICLES, Vision et sens |
Comment une idéologie mécaniste, elle-même conséquence d’une étroitesse monothéiste, engendre la crise désastreuse du monde actuel
Ilia Delio est une sœur franciscaine, théologienne américaine spécialisée dans le domaine de la science et de la religion, s’intéressant à l’évolution, à la physique, aux neurosciences et à leur importance pour la théologie. Elle se réfère tout particulièrement à la pensée de Pierre Teilhard de Chardin. Ilia Delio a écrit de nombreux livres et elle dirige le ‘Center for Christogenesis’, le Center for Christogenesis est un centre de recherche et de formation orienté vers le futur. Nous cherchons à intégrer la religion, la science et la technologie en vue d’orienter l’évolution humaine vers une plus grande unité à travers renouveau et convergence au plan religieux. Ensemble, nous pouvons éveiller un esprit de la terre, nouveau et responsable ». Sur le site correspondant ‘Christogenesis’, Ilia Delio publie régulièrement des essais.
À plusieurs reprises, nous avons présenté des textes d’Ilia Delio sur ‘Vivre et espérer’ (1). Aujourd’hui, nous rapporterons un essai récent (19 février 2026), ‘The Unraveling. How monotheism severe humanity from its cosmic roots’ (2). Comme ce texte aborde une histoire complexe, ce titre a besoin d’être explicité. Quel est le mouvement de ce texte ? Au départ, Ilia Delio s’étonne du contraste entre la compréhension nouvelle de l’univers, en y montrant toutes les interrelations et, en regard, les conflits violents et ravageurs de notre époque. C’est alors qu’elle s’interroge sur les conséquences d’un modèle de séparation induit par un monothéisme étroit et ayant débouché, au cours des derniers siècles sur une idéologie mécaniste à laquelle elle impute de grandes catastrophes humaines. « Nous sommes appelé à choisir entre persister dans une théologie de la séparation – que ce soit dans sa forme religieuse ou technologique – ou embrasser nos racines cosmiques et construire notre civilisation en conséquence. Aujourd’hui, la science nous apporte de nouvelles connaissances et de nouvelles perspectives. Que nous puissions avoir la sagesse et le courage de nous en inspirer est une question déterminante pour notre temps ».
Comment pouvons-nous éprouver une telle crise alors que certaines conditions sont pourtant favorables ?
Ilia Delio se demande pourquoi nous éprouvons une telle crise ? « Comment est ce que nous – une société avec un accès sans précédent à l’éducation, à l’information et à la connaissance scientifique – nous nous trouvons entrainés à vivre dans les conditions d’une barbarie croissante ? Nous pouvons séquencer les génomes, fragmenter les atomes et photographier des galaxies lointaines et cependant nous ne pouvons pas empêcher la montée des démagogues, la propagation de mensonges honteux, et la descente dans un tribalisme politique qui traite ses opposants en ennemis à détruire plutôt qu’en citoyens à persuader ». Il y a un écart terrible entre le potentiel ouvert par nos connaissances et des réalités désastreuses.
Que s’est-il passé ? A quoi cela tient-il ? « Où avons-nous manqué le coche ? Ce n’est pas simplement une question d’échec de politiques ou d’une éducation inadéquate, ou de l’influence corruptrice de l’argent en politique, bien que tout cela compte. J’avance que notre crise est bien plus profonde, aux fondements mêmes de comment notre civilisation occidentale a compris la relation entre les humains, le cosmos et le sacré. Nous récoltons les conséquences des semences conceptuelles plantées il y a des siècles, des assomptions philosophiques et théologiques si profondément intériorisées que nous ne les percevons plus comme des choix mais comme des fatalités ».
Cependant Ilia Delio s’appuie sur la nouvelle vision issue de l’actuelle révolution scientifique pour rejeter la déconnection actuelle. « Le chaos de notre âge – le dysfonctionnement politique, l’épidémie de mensonge et de tromperie, la violence, la réduction des humains à de simples données jetables au service des systèmes – reflète une déconnection fondamentale malgré tout ce que la science nous apprend. En dépit de tout ce que la science nous dit au sujet et notre profonde interconnexion entre les uns et les autres et avec le cosmos, nous agissons comme si nous étions isolés, coupés de nos racines dans l’histoire évolutive et cosmique. Nous savons que nous sommes des poussières d’étoile et nous nous traitons les uns les autres comme de la boue. Nous comprenons l’intrication quantique et nous vivons cependant comme si la séparation était la vérité la plus profonde. Nous retraçons notre lignée jusqu’à 14 milliards d’années et cependant, nous ne pouvons pas nous faire confiance les uns aux autres, ni à la terre qui nous a vus naitre ».
Ilia Delio met l’accent sur la manière dont les sciences parlent à l’unisson de la nature fondamentale de l’existence : l’interconnexion des particules dan l’intrication quantique, l’interpénétration entre l’esprit et la matière, la vie comme un processus en émergence… Comme Teilhard de Chardin l’a observé, alors même que l’entropie augmente conformément à la loi thermodynamique, la complexité augmente – et avec elle, la conscience. Quelque chose au sein de la réalité échappe à l’entropie. Il propose une énergie du cœur qu’il identifie à l’amour, qui résiste à la désintégration et pousse l’émergence de formes toujours plus intriquées de conscience et de connexion ».
Alors Ilia Delio peut s’interroger. Si tel est le sens de la réalité, pourquoi tant de violence et de malheur ? « Si c’est cela le caractère fondamental de la réalité – relationnel, dynamique, interconnectée – pourquoi la civilisation humaine se défait ? Pourquoi nos systèmes sociaux et politiques paraissent opérer en contradiction directe avec ce que nous savons de la nature de l’existence ? ».
La révolution monothéiste et la puissance de la séparation
Ilia Delio impute la crise actuelle aux effets induits par le monothéisme : « La réponse selon moi, réside substantiellement dans l’architecture conceptuelle instaurée par le monothéisme, et particulièrement dans la forme spécifique que le christianisme a revêtu dans la civilisation occidentale ». L’auteure poursuit dans une approche radicale à propos de laquelle nous reviendons. « La révolution monothéiste a représenté un changement profond dans la conscience humaine – le passage des cosmologies polythéistes dans lesquelles le divin imprégnait la nature à un paradigme dans lequel un Dieu se tenait à part de la création. Ce n’était pas simplement une réduction du nombre de Dieux, ce fut une restructuration fondamentale de la relation entre le sacré et le monde ».
Ilia Delio en vient ensuite à examiner la responsabilité du christianisme dans ce mouvement de séparation où une certaine théologie a joué un rôle important. « Le christianisme a intensifié cette séparation à travers plusieurs développements théologiques. L’émergence de Jésus en sauveur personnel a établi un nouveau paradigme : un Dieu, un médiateur, un chemin pour le salut. Dieu se définit de plus en plus comme un pouvoir transcendant – éternel, immuable, existant en dehors de l’espace et du temps. Bien que présenté comme agissant dans l’histoire, ce Dieu restait profondément non affecté par les évènements terrestres, en perfection statique observant et jugeant une création déchue depuis l’au-delà de ses limites ».
L’auteure met en évidence les effets de cette théologie : « Cette architecture théologique a eu de profondes implications. Si Dieu existe en dehors du Cosmos, alors le cosmos lui-même est privé de son imminente dignité. La nature devient simple création, non créatrice, matière, passive. Une hiérarchie se cristallise : l’esprit sur la matière, l’éternel sur le temporel, le transcendant sur l’immanent, le surnaturel sur le naturel. L’humanisation est positionnée entre ces deux royaumes – ni pleinement divine, ni simplement matérielle, mais déchue, corrompue, en besoin d’aide de l’extérieur ».
Quelle conception de Dieu ?
En 1967, l’historien Lynn White écrit dans la revue ‘Science’, un article devenu célèbre dans lequel il interpelle la tradition des églises chrétiennes en matière d’écologie. Si Ilia Delio s’interroge sur les incidences du monothéisme, en fait, c’est la représentation de Dieu qui est en question.
Un philosophe et penseur politique grec, Christos Yannaras, s’est posé la même question qu’Ilia Delio : pourquoi, la modernité occidentale a-t-elle débouché sur une crise grave ? Et il répond à cette question en historien et en théologien orthodoxe dans un livre : « Orthodoxy and the West » (3). Comme Ilia Delio, il impute la crise actuelle à une dérive théologique qui a débouché sur une philosophie mécaniste. Le christianisme latin s’étant séparé du christianisme grec, la théologie occidentale s’est éloignée des Pères de l’Église des premiers siècles, et s’est ainsi écartée d’une approche expérientielle et participative, cette déviance se manifestant au départ dans la théologie d’Augustin d’Hippone, puis de Thomas d’Aquin. Christos Yannaras estime que cette déviance théologique a eu des conséquences plus générales en induisant un déséquilibre dans la civilisation occidentale. Dans son mouvement de séparation avec l’Église orthodoxe et le monde grec dans la seconde moitié du premier millénaire, l’Église occidentale adoptant la théologie d’Augustin d’Hippone s’est éloignée de sa veine évangélique. Le diagnostic rejoint les reproches d’Ilia Delio. « L’Ouest a rejeté (ou manqué de comprendre la priorité de la personnalité en retournant à la conception abstraite de Dieu comme suprême essence. Cette conception abstraite de Dieu entraine une approche purement individualiste qui, comme dans toutes les religions, est jugée selon les normes d’un assentiment à des formules dogmatiques et à des impératifs moraux concomitants. L’Église devient une médiatrice pour contrôler la soumission aux dogmes et à la morale, une médiatrice entre l’individu et une divine essence inaccessible par l’expérience ». Christos Yannaras met en évidence les conséquences sur l’évolution de la culture occidentale : « La priorité de l’essence entraina la primauté de la pensée conceptuelle et en conséquence la priorité de l’intellect individuel sur l’expérience… Dieu devint l’objet d’une compréhension intellectuelle comme être suprême abstrait et impersonnel sans rapport avec l’expérience et avec l’histoire ». Par ailleurs, chez Augustin, la conception de l’essence s’accompagne d’une non-reconnaissance de la matière comme existante. « Si la matière n’existe pas, elle est inévitablement dévaluée ; le matériel, corps et sens, est considérée avec mépris en vue du bien du spirituel et de l’immatériel ». « L’individualisme et l’intellectualisme qui sont les pivots de la culture européenne occidentale sont les produits d’une théologie qui refuse la priorité de la personne, de la participation dans les relations et de la connaissance expérientielle ». « Les vingt-cinq premiers chapitres de la ‘Somme théologique’ de Thomas d’Aquin décrivent un être intellectuel, sujet à la logique humaine, à la place du Dieu vivant. Ce qui manque, c’est le fondement expérientiel de l’Évangile chrétien, l’approche de vérité du Dieu personnel trinitaire, à travers la participation ecclésiale des personnes ».
Cette conception d’un Dieu dominant d’en haut a longtemps perduré puisqu’elle a encore été énoncée récemment par une historienne américaine, Diana Butler Bass, dans son livre : « Grounded. Findind God in the world. A spiritual révolution » (4). « Il n’y a pas longtemps, les croyants affirmaient que Dieu résidait au Ciel, un endroit lointain où les fidèles trouveraient une récompense éternelle ». Mais, on constate aujourd’hui « une transformation majeure dans la manière où les gens se représentent Dieu et en font l’expérience. Du Dieu distant de la religion conventionnelle, on passe à un sens plus intime du sacré qui remplit le monde. Ce mouvement, d’un Dieu vertical à un Dieu qui s’inscrit dans la nature et dans la communauté humaine est au cœur de la révolution spirituelle qui nous environne… ».
En réponse à la théologie qui inspire la conception du Dieu monothéiste telle que nous la présente Ilia Delio, les théologiens qui nous inspirent sur ce site présentent une toute autre conception de Dieu, un Dieu relationnel, un Dieu communion dans sa nature trinitaire, un Dieu, à travers l’Esprit, au cœur d’une création en mouvement.
Ainsi, dans son livre : La danse Divine » (5), Richard Rohr, initiateur du Centre pour l’action et la méditation, écrit : « De fait, la révélation chrétienne ne s’est traduite que très lentement dans les mentalités. Mais aujourd’hui, le contexte est plus favorable. La révolution trinitaire en cours, révèle Dieu comme toujours avec nous, dan toute notre vie et comme toujours impliqué… Aujourd’hui, on comprend mieux la théologie de Paul et celle des Pères orientaux à l’encontre des images punitives plus tardives de Dieu qui ont dominé l’Église occidentale… « Dieu est celui que nous avons nommé Trinité, le flux (flow) qui passe à travers toute chose sans exception et qui fait cela depuis le début. Ainsi toute chose est saine pour ceux qui ont appris à le voir ainsi… ».
Très tôt, (dès 1988 dans la traduction française), le grand théologien Jürgen Moltmann publie un livre pionnier : « Dieu dans la création » (6). Moltmann propose une vision du processus de la création en phase avec une approche holistique. « Dans mon titre : Dieu dans la création, j’ai en vue Dieu, l’Esprit Saint. Dieu est ‘celui qui aime la vie’ et son Esprit est dans toutes les créatures. Cette doctrine de la création qui part de l’Esprit, créateur divin, inhabitant, est aussi en mesure de fournir des points de départ pour un dialogue avec les philosophies anciennes et nouvelles, non mécanistes, mais intégrales ». Jürgen Moltmann met en évidence l’impasse où nous a entrainé le monothéisme lorsqu’il se fonde sur une vision du monde comme ouvrage et comme machine (7). « Au terme d‘une longue histoire de la culture et de l’esprit, la vision du monde comme ‘entente secrète’, la métaphysique des puissances vitales, de leurs accords et de leurs désaccords a été détruite et cela, d‘une part par le monothéisme, et, d’autre part par le mécanisme scientifico-technique ». « Le monothéisme du Dieu transcendant et la mécanisation du monde suppriment toutes les représentations d’une immanence divine. Avec ce développement a commencé le démembrement du divin du monde de l’homme ». Parallèlement, on a assisté à une montée de la domination patriarcale à laquelle Moltmann oppose une vision messianique.
De la théologie à la cosmologie : l’univers mécaniste
Ilia Delio poursuit son analyse historique : « La complète conséquence de la séparation devint apparente avec la montée de la modernité. Paradoxalement émergente de la matrice culturelle chrétienne, la révolution scientifique s’est développée à partir de la fondation théologique de la transcendance divine. Si Dieu est l’architecte et le législateur extérieur, alors la nature opère selon des lois imposées, des principes mécaniques établis du dehors. Descartes a formalisé le dualisme : l’esprit distinct de la matière, la conscience séparée de l’étendue physique. L’univers mécanique de Newton nécessitait un horloger, mais une fois remonté, le mécanisme pouvait marcher sans intervention divine.
Le paradigme mécaniste se révéla extrêmement puissant pour manipuler et prédire des phénomènes naturels. Mais il y avait un prix. L’univers devint de la matière morte en mouvement. Les êtres vivants devinrent des machines complexes. Finalement, le Dieu transcendant qui avait autorisé cette vision ne parut plus nécessaire à cette vision. Le démon Laplacien qui connaissait toutes les positions et toutes les vitesses n’avait plus besoin de ‘cette hypothèse’. Dieu été progressivement évincé du monde qu’il était censé avoir créé laissant derrière lui un univers purement matériel gouverné par des lois aveugles ».
Ilia Delio met ensuite en évidence les conséquences tragiques de la vision mécaniste du monde dans les guerres et les actions destructrices au XXe siècle. « La violence du XXe siècle a été l’expression la plus complète du paradigme mécaniste Lorsque la relation est rompue – quand les humains sont déconnectés du cosmos, de l’immanence divine, des uns avec les autres – ce qui reste est seulement de l’instrumentalisation. Les gens deviennent des moyens plus que des fins, des ressources plus que des relations, des problèmes à résoudre plutôt que des mystères sacrés à honorer. Auschwitz et Hiroshima n’ont pas été une contradiction de la modernité mécaniste. Ils en ont été le terrible accomplissement, la révélation de ce qui devient possible lorsque la séparation devient absolue et lorsque le pouvoir devient asymétrique au-delà de toute responsabilité. Le XXe siècle a révélé qu’une civilisation fondée sur la théologie de la séparation était à même de séparer toute chose – incluant séparer les humains de leur propre humanité ».
Le sauveur technologique
Ilia Delio débouche sur la conception du salut. Elle se demande si les hommes ne vont pas rechercher leur salut dans la technologie.
« Des cendres de cette violente technologie s’élève un nouveau candidat pour le salut : la machine. La question d’Alain Turing – est-ce qu’une machine peut penser ? – signifie davantage qu’une enquête technique. Elle porte un espoir profond : que la rationalité, le calcul et le traitement de l’information pourrait nous sauver de l’irrationalité, de l’émotion et de la culpabilité humaine. Si le Dieu traditionnel a échoué à empêcher la catastrophe, peut-être une nouvelle déité pourrai être construite – une déité faite de silicium plutôt que d’esprit – mais également transcendante par rapport à la faiblesse humaine.
L’intelligence artificielle a émergé comme l’accomplissement technologique de cette vision. L’ordinateur, né des nécessités cryptographiques du temps de guerre, devint le symbole d’un salut postmoderne. Là était la pure raison, non corrompue par la chair, un calcul non compromis par le désir, une prise de décision libérée des biais et des limitations. La technologie résoudrait le problème que la nature humaine – cette nature déchue, tachée par le péché originel – avait créé ». Ilia Delio estime que cette évolution s’appuie sur des structures mentales issues de la théologie classique. « Cependant, cela ne représentait pas une rupture avec la théologie chrétienne, mais sa continuation sécularisée. La structure restait identique : les humains sont défectueux et ont besoin d’un force salvatrice extérieure. Seulement, la source de salut s’était déplacée d’un Dieu transcendant à une technologie transcendante. L’aspiration à un sauvetage du dehors, la méfiance envers l’action humaine incarnée, un rêve de perfection au-delà du matériel – tout cela persistait, maintenant habillé dans le langage des algorithmes et l’intelligence artificielle générative ».
La persistance des pouvoirs asymétriques
Aux yeux d’Ilia Delio, il y a une continuité dans la manière dont le pouvoir est exercé. Comme le pouvoir religieux descend d’en haut, ainsi l’autorité sociale s’exerce de haut en bas. « Les anciens Dieux ont la vie dure. En dépit de la sécularisation apparente de la culture occidentale, les modèles structuraux mis en place par le christianisme monothéiste continuent à donner forme aux institutions et à la conscience ». Dans les religions monothéistes, l’auteure perçoit les caractéristiques suivantes : « Dieu reste envisagé comme une autorité extérieure, un pouvoir distinct de la création, une bienveillance masculine exigeant la soumission humaine ».
Ce modèle théologique s’est transmis directement dans les structures sociales et politiques. « Ce schéma d’agencement asymétrique – où le pouvoir est concentré entre les mains d’une autorité transcendante à laquelle les autorités doivent se soumettre – se reproduit à travers toute la civilisation. Il apparait dans la liturgie et dans la hiérarchie de l’Église… où les fidèles reçoivent la vérité d’en haut plutôt que de la découvrir par eux-mêmes. Il structure les systèmes politiques comme des relations entre les pouvoirs gouvernants et les populations gouvernées, entre élus détenteurs de l’autorité et les citoyens… Il organise l’éducation comme la transmission de professeurs ayant autorité à des étudiants passifs… »
Ilia Delio assure que ce schéma est maintenant en complet décalage avec la nouvelle vision scientifique. « Cette asymétrie du pouvoir se révèle fondamentalement incompatible avec ce que la science révèle de la réalité. Si la conscience émerge de la matière, si l’esprit et le monde ne sont pas des catégories séparées, mais des aspects d’un processus unifié, si, à travers l’univers, les particules restent intriquées en relation, alors l’autorité ne peut pas légitimement résider en dehors du tissu des connections… La concentration du pouvoir dans des centres transcendants… va à l’encontre du caractère relationnel de l’existence elle-même.
La doctrine du péché originel en christianisme aggrave ce problème structurel. Si les humains sont essentiellement corrompus, déchus, incapables de bonté sans grâce extérieure, alors l’agencement humain devient lui-même suspect. On ne peut se fier à la pensée. Les désirs sont dangereux. Le corps est source de tentation et de péché. Le salut doit venir de l’extérieur… Cette anthropologie crée une population conditionnée à la dépendance, la méfiance envers ses propres capacités, à la recherche de légitimité et de vérité en dehors d’elle-même… ».
IIia Delio met en évidence les effets néfastes de cette mentalité. « Les communautés se fracturent parce que les gens n’ont pas appris à faire confiance à la sagesse émergente d’un dialogue authentique et d’un discernement collectif. Le chaos de notre époque – le mensonge, la violence, la réduction de personnes à des données – devient possible précisément parce qu’on a enseigné aux gens de ne pas faire confience à leur propre agentivité – la capacité d’un être à agir sur soi et sur le monde – et à celle des autres.
L’alternative : retourner aux racines cosmiques
Quelle alternative ? les sciences elles-mêmes montrent une direction.
« La physique quantique révèle un univers non pas d’objets isolés, mais de relations et de processus. La biologie évolutive montre que la vie est une créativité continue, chaque organisme étant l’expression unique de milliards d’années d’émergence. La cosmologie retrace notre héritage atomique jusqu’à la mort des étoiles faisant de nous littéralement des enfants du cosmos. Les neurosciences démontrent que la conscience émerge de l’interaction incarnée avec l’environnement et non d’une entité immatérielle au sein de la machine ».
Ilia Delio se réfère constamment à la pensée de Pierre Teilhard de Chardin. « L’intuition de Teilhard de Chardin demeure essentielle. L’entropie augmente, mais la complexité et la conscience aussi. Quelque chose à l’intérieur de l’univers résiste à l’effondrement et pousse vers une plus grande intrication et une plus grande conscience. Il appelle cette énergie l’amour – non pas une émotion sentimentale, mais la force fondamentale de l’attraction, de la relation et de l’union créatrice qui transforme les atomes en molécules, les molécules en cellules, les cellules en organismes, les organismes en communautés, les communautés en civilisations conscientes capables de penser à leurs origines cosmiques ».
Ilia Delio rappelle ensuite ses orientations théologiques. « Si nous voulons remédier aux défaillances systémiques de notre époque, nous devons abandonner la théologie de la séparation qui les a engendrées. Cela ne demande pas d’abandonner toute sensibilité religieuse, mais cela demande de la transformer. Au lieu d’une déité transcendante, nous devons reconnaitre la créativité divine au cœur du principe évolutif. Au lieu de considérer les humains comme des individus déchus ayant besoin d’un salut extérieur, nous pouvons nous comprendre nous-mêmes comme des expressions émergentes de la créativité cosmique intrinsèquement liée à toute existence. Au lieu de pouvoirs asymétriques, nous pouvons bâtir des institutions qui honorent l’agentivité qui se manifestent chez tous les êtres humains ». Ila Delio énumère quelques conséquences de ses orientations. « Cela signifie faire confiance aux communautés humaines pour découvrir la sagesse à travers un dialogue authentique plutôt que de la recevoir des autorités. Cela signifie reconnaitre que le pouvoir politique appartient légitimement à un tissu de relations et non à des centres transcendants. Cela signifie comprendre la technologie comme un outil pour renforcer le lien humain plutôt que pour se substituer aux insuffisances humaines. Cela signifie traiter chaque personne comme un maillon essentiel du réseau de l’existence et non comme une donnée jetable ».
Et c’est ainsi qu’elle analyse la situation actuelle : « Le chaos de notre âge provient de ce que nous vivons selon une cosmologie à laquelle nous ne croyons plus et à une théologie qui contredit la compréhension scientifique de la réalité. Nous sommes intimement liés à toute existence et cependant nous agissons comme des individus isolés. Nous émergeons de la créativité évolutive et cependant nous nous considérons nous-même comme déchus et corrompus. Nous participons au devenir cosmique et cependant nous cherchons un salut à l’extérieur ».
Selon sa vision nouvelle de la réalité, Ilia Delio propose un changement d’orientation : Jusqu’à ce que nous alignions nos institutions, notre éthique et notre compréhension de nous-même avec le caractère relationnel, dynamique, interconnectée de la réalité, la dégradation continuera. Nous sommes en face d’un choix : soit persister dans la théologie de la séparation – que ce soit dans une forme religieuse ou technologique – soit embrasser nos racines cosmiques et développer notre civilisation en conséquence. Les sciences nous ont donné de nouvelles connaissances et de nouvelles perspectives. Savoir si nous aurons la sagesse et le courage d’agir en conséquence est une question majeure de notre temps ».
Dans son récent livre, « te changer toi, peut tout changer » (8), Thomas d’Ansembourg identifie plusieurs mécanismes autobloquants parmi lesquels une ‘culture de séparation-division’. En imputant le malaise contemporain à une culture de séparation, Ilia Delio fait un bon diagnostic. Elle y voit à l’origine une théologie de la séparation, influente directement ou indirectement dans le champ chrétien. Cette pensée théologique lui parait en porte-à-faux avec une nouvelle vision scientifique mettant en évidence une interconnexion généralisée. Elle poursuit une réflexion conjuguant théologie et compétence scientifique et s’inspirant de Pierre Teilhard De Chardin. On peut admettre que cette théologie de la séparation s’est installée dans le christianisme lorsque le monde patriarcal et le pouvoir impérial ont repris le dessus sur l’enseignement de Jésus. On peut également considérer l’influence néfaste exercée par cette théologie jusque dans sa forme sécularisée. Néanmoins si le mal contemporain est immense et s’il apparait dévastateur dans la civilisation occidentale, le phénomène de la domination meurtrière remonte beaucoup plus loin dans le temps et s’étend à l’ensemble des civilisations. L’empire romain lui-même était extrêmement brutal et, à cet égard, l’Évangile a introduit une influence civilisatrice à long terme (9). L’approche d’Ilia Delio a le mérite d’entrainer une prise de conscience, mais elle nous parait un peu réductrice. La nouvelle vision scientifique, pour éclairante qu’elle soit, ne nous parait pas suffisante pour fonder une nouvelle théologie. Cependant, la pensée théologique d’Ilia Delio ne se résume pas aux bribes évoquées dans cet article (10). Dans un autre article (11), Ilia Delio met en évidence le caractère irremplaçablement original de la sève chrétienne : « La mutation chrétienne a été une révolution théologique et une évolution de la personne humaine. La présence du Dieu monothéiste a été éveillée dans la personne humaine comme la puissance d’une vie nouvelle révélée en Jésus et énergétisée par l’Esprit. Le langage de la Trinité a été une sténographie de la puissance partagée de l’amour, étendue dans la création par la divinité. La transition du monothéisme au théisme binitarien, puis au théisme trinitarien est une évolution de la conscience religieuse qui a des implications radicales pour une présence nouvelle de Dieu dans le monde et d’un nouveau genre de personne dans la montée d’un nouvel ordre mondial ». Cette affirmation peut s’inscrire aujourd’hui dans la vision relationnelle de la nouvelle perspective scientifique.
J H
- Une spiritualité en devenir : https://vivreetesperer.com/une-spiritualite-de-lhumanite-en-devenir/ Comment la conscience de la divinité de Jésus est apparue : https://vivreetesperer.com/comment-la-conscience-de-la-divinite-de-jesus-est-apparue/ L’angoisse de la mort, la croix et la victoire de la vie : https://vivreetesperer.com/langoisse-de-la-mort-la-croix-et-la-victoire-de-la-vie/
- How monotheism severe humanity from its cosmic roots. essai (29 février 2026) sur le site d’Ilia Delio : Center for Christogenesis. Traduction non professionnelle : https://christogenesis.org/the-unraveling-how-monotheism-severed-humanity-from-its-cosmic-roots/
- Un regard neuf sur une dérive théologique aux lourdes conséquences : https://www.temoins.com/un-regard-neuf-sur-une-derive-theologique-aux-lourdes-consequences/
- Une nouvelle manière de croire : https://vivreetesperer.com/une-nouvelle-maniere-de-croire/
- La danse divine : https://vivreetesperer.com/la-danse-divine-the-divine-dance-par-richard-rohr/
- Convergences écologiques : https://vivreetesperer.com/convergences-ecologiques-jean-bastaire-jurgen-moltmann-pape-francois-et-edgar-morin/
- Comment dimension écologique et égalité hommes et femmes vont de pair et appellent une nouvelle vision écologique : https://vivreetesperer.com/comment-dimension-ecologique-et-egalite-hommes-femmes-vont-de-pair-et-appellent-une-nouvelle-vision-theologique/
- Thomas d’Ansembourg. Te changer toi peut tout changer. Harper Collins, 2026
- Comment l’esprit de l’Évangile a imprégné les mentalités occidentales, et quoiqu’on en dise, reste actif aujourd’hui : https://vivreetesperer.com/comment-lesprit-de-levangile-a-impregne-les-mentalites-occidentales-et-quoiquon-dise-reste-actif-aujourdhui/
- Une spiritualité en devenir : https://vivreetesperer.com/une-spiritualite-de-lhumanite-en-devenir/
- Comment la conscience de la divinité de Jésus est apparue : https://vivreetesperer.com/comment-la-conscience-de-la-divinite-de-jesus-est-apparue/
par jean | Avr 15, 2026 | Expérience de vie et relation |
Entretien avec Hélène, professeure de piano
Comment as-tu pris goût à la musique ?
Depuis toute petite, j’ai entendu mes parents chanter. Ils connaissaient beaucoup de chants issus du scoutisme et issus aussi de leur pratique chrétienne. Mes parents recevaient également régulièrement des 33 tours de musique classique. Le week-end, papa mettait facilement des disques de musique classique et moi, j’aimais vraiment les écouter.
J’étais sensible à toute musique que je pouvais entendre dans n’importe quel contexte : indicatifs d’émission de télé tout autant qu’une symphonie de Mozart. Tout l’univers de la musique me mettait en joie.
A l’âge de 10-12 ans, j’ai eu un harmonica et une flûte à bec. Je jouais des mélodies que je connaissais d’oreille. Quand je suis entrée au collège, j’ai appris le solfège. Durant les cours de musique, il y avait, d’une part, la partie théorique, des bases assez simples que j’ai tout de suite intégrées, ce qui m’a ouvert un univers de compréhension de la musique. Dès que j’entendais une mélodie qui me plaisait, je transcrivais les premières notes sur une portée. Il y avait d’autre part l’histoire de la musique et des compositeurs, accompagnée de l’écoute de diverse œuvres musicales. J’aimais beaucoup ces cours de musique d’autant que je ressentais les autres matières comme une contrainte.
Certains élèves se mettaient parfois au piano, alors, la salle de musique retentissait de leurs belles mélodies, à ma grande joie ! Voilà qui renforçait mon ardent désir de jouer du piano !
Vers l’âge de 14/15 ans, j’ai commencé à prendre des cours chez une professeure de mon quartier, et, par la suite, mes parents m’ont offert un piano ! Grâce à eux, je commençais une belle aventure !
Comment t’es-tu engagée dans la voie de professeure de piano ?
Après mon mariage et la naissance de mes trois enfants, j’ai repris l’étude du piano de manière très assidue pendant plusieurs années.
Mes filles ont appris le piano au conservatoire et je les ai aidées régulièrement dans la pratique de l’instrument et du solfège.
A cette période, une famille que je connaissais m’a sollicitée pour que je donne des cours à leurs enfants. Ces gentils enfants ont été mes premiers élèves. Puis, le bouche à oreille aidant, j’ai reçu d’autres demandes et mon emploi du temps s’est vite rempli.
En quoi ta pratique pédagogique a-t-elle évolué ?
Je considère que tous les élèves sont différents et j’adapte ma pratique à chacun. Au fil du temps, j’ai pu observer chez les uns et les autres un certain nombre de réactions par rapport aux conseils que je leur donnais. A partir de ces réactions, j’ai été amenée à modifier certains aspects de mon approche pédagogique. Ainsi, ma pédagogie s’affine au contact de mes élèves et en fonction de leurs besoins.
Quels sont les différents profils d’évolution de tes élèves ?
Les goûts des élèves sont différents quant aux styles et aux compositeurs. Par exemple, j’ai connu un élève qui n’était attiré que par des morceaux très rythmés : boogie, ragtime… D’autres élèves avaient des goûts variés, certains plus attirés vers les romantiques : Chopin, Schubert, Brahms … , vers les classiques : Mozart, Beethoven, Haydn ou vers les baroques : Haendel, Bach et Scarlatti. La plupart appréciaient beaucoup aussi la musique contemporaine liée à des films, des dessins animés, des jeux vidéo, des chansons… Certains élèves utilisaient ce qu’ils avaient appris pour créer leurs propres mélodies. Un de mes élèves aimait beaucoup chanter en s’accompagnant au piano et plus tard il a écrit ses chansons et composé son propre accompagnement. J’ai constaté que les préférences de mes élèves évoluaient au fil du temps dans le sens d’un enrichissement culturel, particulièrement au moment de l’adolescence.
Pour ceux qui ont cessé de suivre tes cours, pour ce que tu en sais, quel usage font-ils de la musique ?
En enseignant à mes élèves, il s’établit nécessairement une relation faite d’écoute, d’échange et de partage. C’est donc une relation assez riche qui se poursuit parfois après l’arrêt des cours. Un de mes élèves a repris contact avec moi, vingt-cinq ans après. Il compose des morceaux au piano et me demande régulièrement mon avis. Un autre élève, désormais chanteur, auteur, compositeur et interprète, poursuit assidument la pratique de la musique.
Je me souviens combien il me semblait doué dans sa manière de jouer du piano.
Une autre élève, avec qui j’avais une belle complicité musicale, a fait des études supérieures et me disait sa joie de continuer à jouer du piano.
D’après ton expérience, comment envisages-tu les bienfaits de la musique ?
La musique contribue à notre équilibre émotionnel. En effet, lorsqu’on joue de la musique, on exprime des émotions profondes qui ne pourraient peut-être pas être dites autrement. De la même manière, écouter de la musique nous relie à nos émotions, à nos souvenirs, à notre âme. Et c’est une source de bienfaits.
A titre d’exemple, l’Hallelujah de Haendel me met en joie, même si, au départ, je me sentais d’humeur maussade. Le concerto pour deux mandolines de Vivaldi me fait le même effet. La musique se pratique le plus souvent à plusieurs : quatre mains au piano, musique de chambre, orchestre, chorales… Jouer de la musique ensemble, chanter en chorale est une vraie fabrique de joie profondément ressentie comme bienfaisante. Les musiciens qui jouent ensemble vivent une expérience d’une joyeuse complicité jusqu’à une communion profonde. En enseignant la musique à mes élèves, je vis également une complicité avec eux, car enseigner le piano, c’est aussi faire de la musique avec ses élèves, les écouter jouer, jouer pour eux et jouer avec eux. D’une manière générale, j’ai remarqué que l’apprentissage du piano apportait à la plupart de mes élèves davantage de confiance en eux. En effet, le travail et l’investissement personnel liés au piano demande de grands efforts de concentration et de persévérance. Mes élèves qui pratiquent cette discipline constatent eux-mêmes leur progression dans le temps. Ils sont parfois agréablement surpris des résultats qu’ils obtiennent dans leur expression musicale. Ainsi, leur confiance en eux se trouve renforcée.
D’après ton expérience, comment envisages-tu la dimension spirituelle de ton enseignement du piano ?
Dans l’enseignement du piano, la relation est au centre. Je suis chrétienne et je considère les élèves comme des personnes aimées de Dieu. Il m’arrive de prier intérieurement pour l’un ou l’autre quand je les sens en difficulté pendant les cours. De la même manière, en ce qui concerne les enfants et les jeunes, je me plais à les accueillir avec bienveillance, même lorsqu’ils leur arrivent d’être d’humeur maussade ou peu investis dans leur travail de piano. L’expérience m’a appris que les jeunes traversent des hauts et des bas. Lorsqu’ils arrivent au cours de piano, j’ai envie de les accueillir comme ils sont. Et le plus souvent, je les vois se détendre et abandonner leur attitude première. La musique a le pouvoir d’apaiser et d’élever l’esprit. La musique touche l’âme au plus profond, là où l’Esprit de Dieu habite.
Questions JH
par jean | Avr 15, 2026 | Expérience de vie et relation |
Identifier et dépasser les mécanismes autobloquants
Selon Thomas d’Ansembourg
« Te changer toi peut tout changer » (1), c’est le titre d’un récent livre de Thomas d’Ansembourg, psychothérapeute et formateur, qui, à partir de sa propre évolution, en est venu à apporter des éclairages pertinents vis-à-vis des représentations qui entravent beaucoup de gens, si bien que nous avons fréquemment présenter ses diagnostics et ses approches sur ce site (2). Ecoutons comment l’auteur présente son message (3) : « J’ai la joie, depuis plus de trente ans, d’enseigner un processus de connaissance de soi permettant de mettre le meilleur de soi au service de la vie communautaire. Je constate énormément de difficultés à trouver du rythme et du sens qui nous conviennent. Beaucoup de personnes vivent à un rythme qui ne les arrange pas du tout, qui sont piégés dans une accélération, une impression de passer de choses à faire en choses à faire, à faire sans un mouvement de discernement et de recul, et cela amène beaucoup de brutalité dans nos rapports, mais également de dépendance, d’addiction, de mécanisme de compensation. Nous avons donc besoin d’apprendre à mieux nous connaitre pour éviter ces pièges-là ». C’est pourquoi Thomas d’Ansembourg a écrit ce livre : « Je souhaite par cet ouvrage contribuer à certaines prises de conscience. J’observe depuis plus de trente ans beaucoup de mécanismes dans lesquels nous sommes pris, piégés sans même le savoir. Cela fait partie d’une culture ambiante, donc on ne le voit pas. On ne peut pas sortir d’un piège lorsqu’on ne sait pas qu’on est pris dedans. Et donc, j’identifie dans ce livre cinq mécanismes que j’ai appelés autobloquants parce que quand on est piégé dedans, nous sommes comme autobloqués dans notre processus d’évolution personnelle, mais aussi collective alors que quand on connait le piège, quand on le comprend, on peut petit-à-petit travailler à le démanteler. J’invite à prendre conscience de ces pièges liés à la culture, comme je l’évoque, et ainsi nous donner l’occasion de nous en sortir, de pouvoir retrouver une vie qui ait avantage de sens, qui soit plus solidaire et surtout beaucoup plus joyeuse ». Alors, ce livre correspond à un besoin : « Nous pouvons le lire si nous sentons que notre vie est plate, qu’elle manque de sens, qu’elle tourne en rond, qu’elle se répète et que peut-être nous avons pris le pli de nous y résigner alors qu’au fond, nous aimerions une vie qui soit davantage savoureuse, qui ait du goût et du sens, du sens personnel et vivant, qui nous donne du goût pour nous lever le matin pour ce projet qu’on appelle la vie et d’y trouver notre place. Donc c’est une invitation à ne pas se résigner à une attitude un peu mortifère et à retrouver la joie d’être en vie et de collaborer au projet de la vie commune ».
Identifier et dépasser les mécanismes autobloquants
Nous n’avons pas toujours conscience des pressions sociales auxquelles nous sommes exposés et qui tendent à nous conduire à l’adoption de normes collectives qui ne sont pas nécessairement favorables. Nous adoptons une attitude conformiste. Mais cette attitude peut nous asservir. Thomas d’Ansembourg nous propose un exemple : « Le système scolaire conventionnel considère qu’être assis sans bouger durant toute la journée est normal ce qui est pourtant contre-nature et à contre-sens de l’élan de vie de tout être humain et particulièrement de l’enfant… il n’est pas étonnant qu’éduqués de la sorte à contresens, nous finissions par considérer que nous sentir bloqués chaque matin dans les mêmes embouteillages, puis assis devant des écrans à longueur d’année soit un mode de vie ‘normal’ »… L’habituel prend le pas sur le sensé, le « normal étouffe le vivant et l’ennui s’installe en mode de vie » (p 69). Il y a donc bien des « automatismes de pensée, croyances ou programmations », des habitudes qui peuvent compromettre la qualité de vie à laquelle nous aspirons, et ce non pas seulement au niveau personnel et interpersonnel, mais également sur le plan communautaire. Ces habitudes sont tellement intégrées dans nos cultures collectives… que la plupart du temps, nous ne le voyons pas. Elles sont invisibles, et nous ne doutons même pas qu’elles commandent nos pensées, engendrent nos humeurs, induisent nos comportements, orientent nos choix… Je les qualifie d’autobloquantes parce qu’elles s’activent inconsciemment d’une manière qui inhibe tant notre responsabilité que notre liberté de penser et d’agir, compromettant ainsi notre évolution individuelle et sociale » (p 70). Dans ce livre, Thomas d’Ansembourg nous aide à prendre conscience de ces habitudes, puis à les dépasser en nous proposant des alternatives. Il traite ainsi de cinq grandes empreintes culturelles :
- La culture du malheur, du goût du drame et de l’attachement à la souffrance
- La culture des rapports de force combatifs et de l’addiction à l’affrontement
- Le culte de la méfiance – fermeture – contraction par rapport à la nouveauté et au changement
- La culture de la séparation – division – binarité et du cloisonnement – rejet
- La culture de la lutte contre le temps et de la course à tout bien ‘faire’ qui en résulte au détriment souvent de la qualité d’ ‘être’ (p 70).
Chacun des chapitres correspondants allient observations, constats, recours aux diverses approches des sciences humaines et les grandes orientations de pensée de l’auteur s’y déploient avec constance.
Cette lecture est à la fois accessible et dense. Elle se veut libératrice. Pour y appeler le lecteur, nous présentons un des chapitres : « Quatrième mécanisme autobloquant. La culture de la séparation-division »
La culture de la séparation-division
La culture de séparation-division est issue d’une manière de penser. « La raison et l’esprit logique ont façonné l’habitude d’analyser, catégoriser, classer, synthétiser et ranger les choses dans des cases, ce qui a, bien sûr, permis des progrès considérables dans les sciences et les technologies, mais souvent au détriment d’une vision inclusive et systémique qui tiennent compte des interactions, effets retardés et effets rebonds » (p 205-206). De même, dans le sillage de la pensée cartésienne, « pendant deux siècles, la science dans une vision réductionniste est restée convaincue que « le tout correspond à la somme des parties et vice versa. Depuis la découverte de la complexité, au milieu du XXe siècle, la science s’ouvre au constat que ‘le tout est plus que les parties’ et qu’il y a donc des propriétés émergentes ou qualités nouvelles qui se font jour du fait des interactions et qui ne sont donc pas attribuables aux parties composantes » (p 206). L’auteur cite Edgar Morin, le promoteur de la pensée complexe. « La pensée complexe (du latin complexus qui signifie : tisser ensemble) a pour but de relier dans notre perception habituelle ce qui ne l’est pas » (p 207). L’auteur renvoie également à la vision de la mécanique quantique et à de nombreuses découvertes hors conventionnelles (p 208) (4).
L’auteur ajoute que l’approche de Descartes – selon laquelle l’esprit serait séparé et distinct de la matière -, qui a formaté pendant deux siècles nos systèmes de pensée, se révèle inexacte. Or cette vision a contribué à ce que l’homme maltraite et gaspille la matière, et particulièrement la nature, considérée comme « une chose sans âme livrée à son pouvoir et à sa merci » (p 208).
La pensée logique occidentale a également contribué à privilégier un mode de pensée binaire (soit-soit) par rapport à un mode de pensée complémentaire non dualiste, inclusif (et ceci…et cela). Est binaire le fait de penser en termes qui s’opposent, qui divisent et appauvrissent le discernement, avec les multiples variantes de la dichotomie. Tandis que la pensée complémentaire s’exprime par des termes qui cohabitent, des formulations qui fédèrent et concilient » (p 217). L’auteur cite à nouveau Edgar Morin qui évoque sa confrontation avec la pensée binaire : « L’erreur de la pensée binaire qui ne voit que l’alternative (ou/ou) et se révèle incapable de combiner la conjonction (et/et) » (p 210). Thomas d’Ansembourg perçoit les effets néfastes de la pensée binaire dans la vie des gens. « Elle constitue, à mes yeux, une des causes majeures des tensions subtiles dans lesquelles nous nous entretenons sans même en avoir conscience et la violence souvent feutrée qui en découle… Nos vies divisées peuvent se révéler infernales » (p 211). L’auteur estime en avoir souffert lui-même avant de s’engager dans la pratique de la communication non violente où il a appris à côtoyer régulièrement l’énergie qui se dégage petit à petit du fait de formuler nos pensées de façon inclusive et complémentaire » (p 212). Comme psychothérapeute, cette pratique l’a aidé à accompagner beaucoup de personnes ‘vers la formulation conjuguée de ce vers quoi elles tendent’. « Ainsi je vois tous les jours des personnes se libérer de leurs ‘enfer-mements’ dès qu’elles dépassent la pensée binaire et retrouvent leur unité. Une énergie profonde et joyeusement créative nait de la consonance des polarités par ce travail d’exploration et d’ouverture de conscience. Celui-ci peut requérir un investissement de temps et d’attention, dont le ‘retour sur investissement’ se révèle systématiquement inestimable. Je suis porté par le rêve que le bénéfice citoyen de ce type de pratique soit de plus en plus connu et promu » (p 214).
En regard des incitations à la séparation que l’auteur décèle dans certaines croyances religieuses (p 215) ou bien ressent dans certaines pratiques sociales comme la forme dominante de scolarisation (p 216), c’est une pensée holistique qui est mise en avant avec une citation de Charles Eisenstein : « Si l’essence de la guerre est le réductionnisme – réduire l’univers à un objet, réduire la vie à une chose, réduire autrui à un ennemi, (autrement dit, si simplifier la complexité pour avoir quelque chose à combattre) – alors pour élaborer un récit de paix, le premier pilier fondateur devrait être la pensée holistique. Cette pensée-là comprend que chaque chose est intimement reliée à toutes les autres Que tout fait partie du tout. Qu’exister, c’est être en relation… Nous sommes tous inter-existants… En utilisant un terme bouddhiste, le fondement d’un récit de paix est ‘l’inter-être’ : un moi connecté dans un monde vivant et interdépendant, par opposition à un individu séparé dans un monde autre » (p 220).
Thomas d’Ansembourg s‘interroge sur les vecteurs de la culture de séparation. Il incrimine en particulier le rôle d’une école classique. : « La scolarité nous coupe de pans entiers de notre être. Elle privilégie en effet le savoir intellectuel, la logique, l’intelligence logico-mathématique… la qualité du faire… soit uniquement des activités mentales et néglige en premier lieu le corps… Qu’en est-il de toutes les autres pratiques favorisant notre incarnation, ici et maintenant, et nos intelligences kinesthésiques comme le chant, la danse et le théâtre, le tai-chi et le yoga, l’impro, la prise de parole et l’art oratoire, l’escalade et le tir à l’arc » (p 216). Il dénonce ‘le monopole de l’intelligence logico-mathématique, au détriment de multiples autres canaux d’intelligence’. « Selon différents chercheurs, nous disposons de dix à douze canaux d’intelligence… Les systèmes scolaires n’en privilégient souvent que deux : l’intelligence logico-mathématique et l’intelligence verbo-linguistique… Peu ou pas de notions et de formations pratiques sont proposées pour prendre soin de l’intelligence émotionnelle, de l’intelligence relationnelle, de l’intelligence corporelle et kinesthésique, de l’intelligence musicale et rythmique, de l’intelligence collective, de l’intelligence spirituelle » (p 222-223).
Dans sa pratique de psychothérapeute, Thomas d’Ansembourg peut constater les dégâts engendrés par la culture de séparation-division. Les personnes « témoignent qu’elles sont coupées de leur corps, ne le sentent que quand il fait mal, qu’elles sont coupées de leurs émotions, ne les ressentent que quand elles sont douloureuses, qu’elles sont coupées de leurs talents et doutent qu’elles puissent en avoir, qu’elles sont coupées de leurs intuitions… alors qu’elles aient souvent accumulé les diplômes académiques… » (p 223). L’auteur s’élève contre ce gâchis et prône une nouvelle approche éducative.
Thomas constate également les méfaits de l’individualisme. « Aujourd’hui, on constate tant d’angoisse et d’anxiété, particulièrement chez les jeunes, nourries par l’illusion, de la séparation, de la division et de l’éloignement, et donc par l’absence vertigineuse de conscience, pour chacun, d’être relié à une dimension plus grande qu’eux–mêmes, d’être relié à tout le vivant. Ce n’est pas par leurs études, ni par leur emploi… encore moins par leur quête désespérante d’appréciation sur les réseaux qu’ils trouveront réponse à leurs questions. Mais par l’ouverture de conscience que permet un travail d’intériorité, ils peuvent se donner l’occasion de ressentir le tressaillement intime et la présence fidèle de la vie qui les traverse et les relie à tout » (p 231). Thomas d’Ansembourg constate le développement d’un égocentrisme : je-me-moi, le recul du : tu-te-toi, et il déplore le moindre appel au nous. « Je parle ici du nous tous, l’ensemble du vivant, humain et non humain, tous les passagers du vaisseau céleste. Je ne vise pas les nous autres qui opposent les uns aux autres, mécanisme de division tant répandu, perpétué par des tribus, des familles, les partis politiques, les idéologies et souvent les religions ». L’auteur nous présente au contraire un vrai nous. Ce ‘nous’ engendre un sentiment de profond bien-être intime, nourri de sécurité relationnelle, d’appartenance soutenante, de projet commun inspirant et donc de sens…Nos apprentissages successifs pourraient être orientés par le sens du nous, le nous qui nous relie à tout et au Tout, dans une conscience subtile et vaste de ce que signifie appartenir : ‘faire partie de, y avoir part’. Ainsi nous pourrions être aussi attentifs à notre développement moral qu’à notre développement intellectuel et professionnel » (p 228-229).
Thomas d’Ansembourg poursuit « en appelant nos sociétés déconnectées de la vie et nos esprits colonisés par la raison et la technologie à se réenraciner dans la terre, ses rythmes et ses saisons, ouvrir sa conscience au foisonnement des interactions et connexions qui permettent, maintiennent et font croitre la vie, se reconnecter ainsi au souffle (de la racine latine ‘spir’) et aux cycles qui font que la vie inspire, respire, expire , et retrouver la sensation jubilatoire primordiale qui l’accompagne de se savoir vivant dans un monde vivant » (p 233).
Dans sa vision de l’humanité, Thomas d’Ansembourg invite naturellement à éviter la violence en la transformant en conflits. « Ce que je sais, c’est que la violence est la pire façon de régler les différends puisqu’elle entraine systématiquement la violence en retour, explosive ou larvée… Le philosophe Patrick Viver et nous invite précisément à transformer la violence en conflit : conflit parlé, discuté, argumenté, conflit mûri et métamorphosé en étape ou clé de croissance. Et pour ce faire, nous avons à lâcher la croyance, déjà évoquée, que l’homme serait un loup pour l’homme et que la violence et la guerre lui seraient indissociables » (p 236).
L’auteur évoque la thèse selon laquelle « l’apparition de la violence entre humains remonterait à l’époque de la sédentarisation, soit il y a un peu prés dix mille ans. « C’est dans ce creuset millénaire que s’est forgé notre système de pensée. Ce n’est que si nous pouvons prendre conscience qu’il a été forgé, justement, que nous pouvons voir naitre une certaine confiance dans le fait que ce système de pensée n’est peut-être pas une fatalité » (p 237).
En fin de ce chapitre, Thomas d’Ansembourg ouvre un horizon en évoquant les expériences qui traduisent un nouveau mode de pensée et un nouveau mode de vivre. Il nous présente une méditation en terme de prise de conscience autour de notre respiration, une respiration qui ‘est le signe de la vie en moi’, qui manifeste ‘un échange qui est la base de la vie’, qui est une expérience que nous partageons avec les autres êtres vivants, une source de ‘gratitude pour la fidélité du Souffle en nous, dans tous les sens de ce mot’. Et, « pour clore ce moment, dans cette attention plus éveillée à la vie en vous et autour de vous, étant peut-être plus conscient du tissage et du métissage entre tous les règnes, et du cousinage entre toutes les choses, je vous invite é fréquenter cette question-ci, parmi mille autres : De quoi suis-je séparé ? » (p 246-249). Thomas d’Ansembourg nous fait part de l’orientation qui se dégage du vécu de cette méditation. « J’anime cette méditation de présence à la vie en nous et autour de nous au début de chaque séminaire. Je ne compte plus les réactions émues des participants, combien partagent qu’ils n’ont jamais pensé à écouter leur corps d’une manière générale, ni le souffle et encore moins à lui témoigner de la gratitude. Qu’ils n’ont jamais pensé à se relier tant à la vie en eux qu’à la vie autour d‘eux. Et qu’ils sont parfois bouleversés de prendre la mesure de cette interconnexion entre les règnes (végétal, animal, humain) et l’appartenance à ce vaste projet qui nous dépasse et qu’on appelle la vie. Et qu’enfin, la croyance qu’ils sont seuls et séparés se dissout par la conscience que : je ne suis séparé de rien, si ce n’est par la pensée divisante et cloisonnante » (p 240).
Une vision nouvelle
Thomas d’Ansembourg nous a rapporté comment à partir d’un ressenti critique de sa vie, il en était venu à chercher une autre manière d’envisager la vie, trouvant un nouveau mode de pensée et de comportement dans la communication non violente, puis élargissant son champ de vision à travers des lectures et des recherches et une vaste expérience de psychothérapeute. Ce livre, ‘Te changer toi pour tout changer’, nous introduit ainsi dans une vision qui s’écarte des habitudes de pensée traditionnelles en nous appelant à des prises de conscience des mécanismes autobloquants auxquels nous sommes soumis. Nous avons rapporté ici sa réflexion sur l’un d‘entre eux : la culture de la séparation-division.
À cet égard, Thomas d’Ansemboug en a vu des traces dans l’éducation catholique pratiquante qu’il a reçue. (p 215). Cette remarque n’est pas infondée. La conception du péché originel a engendré crispation et peur pendant des siècles et encore aujourd’hui dans certains milieux religieux comme le montre Lytta Basset (5). Cependant, cette culture de la séparation est rejetée aujourd’hui par des théologiens comme ceux auxquels nous nous référons sur ce blog. C’est le cas de Jûrgen Moltmann qui envisage Dieu en terme d’une Communion Trinitaire à laquelle participe l’Esprit qui donne la vie (6). C’est un Esprit sans frontières. À la Pentecôte, des privilèges immémoriaux sont abolis. La barrière entre l’humanité et la nature s’efface. « Dieu est ‘Celui qui aime la vie’ et son Esprit est dans toutes les créatures. Cette doctrine de la Création qui part de l’Esprit Divin, inhabitant, est aussi en mesure de fournir des points de départ pour un dialogue avec les philosophies anciennes et nouvelles de la nature, non mécanistes, mais intégrales… Si on comprend le créateur, sa création et son but de façon trinitaire, alors le créateur habite par son Esprit dans l’ensemble de la création et dans chacune de ses créatures et il les maintient ensemble et en vie par la force de son Esprit » (7). Dans son livre, ‘La Danse divine’ (8), Richard Rohr nous parle aussi de la révolution trinitaire : « La révolution trinitaire, en cours révèle Dieu comme toujours avec nous dans toute notre vie et comme toujours impliqué. Elle redit la grâce comme inhérente à la création et non comme additif additionnel à quelques personnes qui méritent. Cette révolution a toujours été active comme le levain dans la pâte, mais aujourd’hui, on comprend mieux la théologie de Paul et celle des Pères orientaux à l’encontre des images punitives plus tardives de Dieu qui ont dominé l’Église occidentale… Dieu est celui que nous avons appelé Trinité, le ‘Flux’ (flow) qui passe à travers toute chose sans exception et cela depuis le début. Ainsi toute chose est sainte pour ceux qui ont appris à la voir ainsi. Toute impulsion vitale, toute force orientée vers le futur, toute pulsion d’amour, tout ce qui tend vers la vérité, tout émerveillement devant une expression de bonté, tout bond d‘élan vital, tout bout d’ambition pour l’humanité et la terre, est éternellement un flux du Dieu trinitaire ». Cette vision d’un Dieu relationnel est à l’exact opposé d’une culture de la division-séparation.
J H
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- Thomas d’Ansembourg. Te changer toi peut tout changer. Harper Collins, 2026 ; Interview de l’auteur sur Métamorphoses : https://www.youtube.com/watch?v=q_U-M8o4AgQ
- Vivant dans un monde vivant : https://vivreetesperer.com/vivant-dans-un-monde-vivant/Face à la violence, apprendre la paix : https://vivreetesperer.com/face-a-la-violence-apprendre-la-paix/ Un citoyen pacifié devient un citoyen pacifiant : https://vivreetesperer.com/thomas-dansembourg-un-citoyen-pacifie-devient-un-citoyen-pacifiant/ femmes et hommes ; monde nouveau ; alliance nouvelle : https://vivreetesperer.com/femmes-et-hommes-monde-nouveau-alliance-nouvelle/ La paix ça s’apprend : https://www.youtube.com/watch?v=2rwhx8XyyYw La joie : https://vivreetesperer.com/une-pratique-de-la-joie/ Une émotion à surmonter : la peur : https://vivreetesperer.com/une-emotion-a-surmonter-la-peur/
- Thomas d’Ansembourg présente son nouveau livre : https://www.facebook.com/HarperCollinsFrance/videos/934800215751184/
- Élucider le mystère de la conscience : https://vivreetesperer.com/elucider-le-mystere-de-la-conscience/
- Lytta Basset. Oser la bienveillance : https://vivreetesperer.com/bienveillance-humaine-bienveillance-divine-une-harmonie-qui-se-repand/
- Un Esprit sans frontières : https://vivreetesperer.com/un-esprit-sans-frontieres/
- Convergences écologiques : https://vivreetesperer.com/convergences-ecologiques-jean-bastaire-jurgen-moltmann-pape-francois-et-edgar-morin/
- La danse divine : https://vivreetesperer.com/la-danse-divine-the-divine-dance-par-richard-rohr/
par jean | Mar 16, 2026 | Vision et sens |
Une « awe » qui apparait à travers des yeux grands ouverts
Selon Annelise Jolley
La recherche qui fait apparaitre la réalité et l’importance de la spiritualité chez l’enfant est un fait relativement récent puisqu’elle date de ce début de siècle. C’est ainsi qu’une recherche réalisée par Rebecca Nye et David Hay, auprès d’enfants britanniques de 6 à 10 ans, a mis en évidence leurs aptitudes spirituelles en terme de ‘conscience relationnelle’ (1). « La spiritualité des enfants est une capacité initialement naturelle pour un conscience de ce qui est sacré dans les expériences de vie… Dans l’enfance, la spiritualité porte particulièrement sur le fait d’être en relation, de répondre à un appel, de se relier à plus que moi seul, c’est-à-dire aux autres, à Dieu, à la création ou à un profond sens de l’être intérieur. Cette rencontre avec la transcendance peut advenir dans des expériences ou des moments spécifiques aussi bien qu’à travers une activité imaginative ou réflexive ». Tout récemment, en 2015, c’est une chercheuse américaine en psychologie clinique, Lisa Miller qui publie un livre ‘The spiritual child. The new science on parenting for health and livelong striving’ (2). « Biologiquement, nous sommes câblés pour une connexion spirituelle. L’harmonisation spirituelle innée des jeunes enfants, à la différence d’autres lignes de développement comme le langage et la cognition, commence entière et est mise en forme par la nature pour préparer l’enfance en vue des décennies à venir… Dans la première décennie de sa vie, l’enfant avance à travers un processus d’intégration de ‘sa connaissance’ spirituelle avec ses autres capacités en développement cognitif, physique, social, émotionnel, tous ces développements étant modelés à travers des interactions avec les parents, la famille, les pairs et la communauté ». On peut avancer que ces recherches sur la spiritualité de l’enfant sont favorisées par le développement d’un nouvel état d’esprit plus ouvert à la dimension spirituelle.
Il en va de même pour la recherche concernant la ‘awe’, terme anglais désignant un ensemble d’émotions comme l’émerveillement, l’admiration, la révérence. Cette recherche a pu se développer aux Etats-Unis, non seulement à partir du moment où la psychologie a pris en compte les émotions, mais également à partir du moment où on est sorti d’une conception dominante ‘hyper individualiste, matérialiste’. C’est alors qu’en 2003, un chercheur américain Dacher Keltner et un de ses collègues Jonathan Haig ont commencé à travailler sur le ‘awe’, en donnant la définition suivante : « le sentiment de la présence de quelque chose d’immense qui transcende la compréhension habituelle du monde ». Dacher Keltner s’est engagé avec le professeur Yang Bai dans une grande enquête internationale en vue de rassembler des récits de personnes décrivant une expérience de ‘awe’ selon la définition choisie : « Être en présence de quelque chose de vaste et de mystérieux qui transcende votre compréhension habituelle du monde ». 2600 récits en vingt langues ont été recueillis et analysés. Ces récits ont pu être classés en huit groupes correspondant à huit merveilles de la vie : la beauté morale, l’effervescence collective, la nature, la musique, les réalisations visuelles, des réalités spirituelles et religieuses, des récits de vie et de mort, des épiphanies, c’est-à-dire des moments où nous comprenons des vérités essentielles de la vie. En poursuivant ses recherches, Dacher Keltner a montré que l’émotion de ‘awe’ n’est pas un phénomène exceptionnel, mais que cette émotion peut apparaitre à certains moments de la vie quotidienne avec des effets bénéfiques. Dacher Keltnr rapporte ses découvertes dans un livre intitulé ‘Awe. The new science of everyday wonder and how it can transform your life’ (3). Les recherches sur la ‘awe’ entendue en français comme un ensemble d’émotions (émerveillement, admiration, révérence) se sont ensuite étendue. Ainsi, dans son livre ‘Wonderstruck’ (4), Helen de Cruz montre comment ‘awe’ et ‘Wonder’, émerveillement et admiration, induisent la culture et façonnent la manière dont nous pensons. Sur son site ‘Center for action and contemplation’, Richard Rohr nous fait comprendre les bienfaits de l’émerveillement et de l’admiration dans la vie spirituelle (5).
C’est dans ce nouvel univers où ‘awe’ et spiritualité se rejoignent et où la reconnaissance de la dimension spirituelle de l’enfant s’impose, que, sur le site de la ‘John Templeton Foundation’, organisme qui accompagne la délivrance des prix Templeton en hommage à des personnalités ayant accompli une œuvre qui fait sens au plan spirituel, vient de paraitre un article d’une essayiste journaliste, Annelise Jolley intitulé ‘Wide-eyed wonder. How awe shapes children’s spiritual growth’ (6). Elle nous fait entrer dans un chemin de questionnement et de découvertes : Comment la ‘awe’, émerveillement et admiration donnent forme au développement spirituel des enfants ?
Le développement spirituel est la voie à travers laquelle nous faisons de la place à l’intérieur de nous-même pour quelque chose au-delà de nous-même
Annelise Jolley commence par décrire le développement spirituel. « Les jeunes enfants paraissent avoir un penchant pour la ‘awe’ et être prédisposés à l’étonnement. Comme nous prenons de l’âge, nous grandissons dans notre capacité de conceptualiser notre place dans l’immensité. Nous commençons à découvrir notre connexion à tout ce qui nous environne ».
Annelise Jolley nous expose comment elle entend la spiritualité et le processus de son développement.
« Comme apprendre à distinguer le bien du mal, la spiritualité fait partie du développement de l’enfant. Le chercheur Eugène Roehlkepartain définit la spiritualité comme la connexion à nous-même, aux uns aux autres, au monde autour de nous, au Divin ou au Sacré. Le psychologue Peter Benson a défini le développement spirituel comme un processus pour développer sa capacité d’auto-transcendance (self-transcendance). Et voici une autre manière de le dire : le développement spirituel est la voie à travers laquelle nous faisons de la place à l’intérieur de nous-même pour quelque chose au-delà de nous-même.
Il y a des gens qui gagnent cette capacité en participant à une communauté religieuse. D’autres dans la nature ou dans les arts. Dans quelques cas, ce genre de croissance spirituelle vient à nous comme dans des évènements majeurs de la vie : la naissance et la mort. « C’est juste le moyen dans lequel nous trouvons une connexion, un sens, un but », écrit Maryam Abdullah, une psychologue du développement au Centre de la science du plus grand bien (Greater good science centre) »
Ce qu’apporte la ‘awe’
Annelise Jolley nous décrit la recherche de Maryam Abdullah « Elle a centré sa recherche sur le développement spirituel des enfants. Un des plus grands marqueurs de la spiritualité chez les enfants, déclare Abdullah, c’est le sens de la ‘awe’, le sens de l’émerveillement ». Il y a un rapport étroit entre l’enfance et la ‘awe’. C’est ainsi qu’Annelise Jolley évoque une expérience fondatrice du pionnier de la recherche sur la ‘awe’, Dacher Keltner. « Ecrivant à partir de la naissance de sa fille, Dacher Keltner écrit : « Cela m’a brusquement ouvert et toute ma vie a changé. A ce moment, j’ai pensé au sentiment que j’ai eu tôt comme enfant, qui a apporté une telle humanité dans ma vie et dans celle d’autres gens – ce sentiment que j’ai eu en rencontrant ma propre fille pour la première fois – je devais me mettre à l’étudier. Ainsi commence sa longue recherche, des décennies durant, sur la science de la ‘awe’. Keltner définit la ‘awe’ comme l’émotion que nous ressentons quand nous rencontrons de grands mystères que nous ne connaissons pas. Et Keltner a découvert que cette émotion est très bonne pour nous. La ‘awe’ active le nerf vague, génère la relaxation et abaisse l’anxiété. Elle engendre un sentiment de joie et de curiosité sur le monde autour de nous. Peut-être plus important encore, la ‘awe’ déplace notre concentration vers l’extérieur, accroissant notre capacité de prendre soin des gens et des problèmes au-delà de nous-mêmes. A la fois chez les enfants et chez les adultes, faire l’expérience de la ‘awe’, d’un grand émerveillement, nous aide à être des gens orientés vers les autres et le monde au-delà de nous.
Parce que la ‘awe’ nous aide à nous sentir connectés à quelque chose plus grand que nous-même, elle est étroitement liée au développement spirituel ».
Inviter les parents à favoriser la ‘awe’ chez leurs enfants
Pour les parents qui désirent nourrir la formation spirituelle de leurs enfants, se centrer sur la ‘awe’ est une bonne manière de commencer
Annelise Jolley a de bonnes raisons de recommander aux parents d’encourager des expressions de la ‘awe’ chez leurs enfants « Les enfants sont notoirement curieux au sujet du monde autour d’eux. Les parents peuvent encourager cette capacité simplement en accompagnant l’émerveillement de leurs enfants et en bâtissant là-dessus ». Elle cite Maryam Abdullah : « Je pense que les parents peuvent naturellement être touchés par ce que leurs enfants sont touchés ». « Noter ce à quoi les enfants s’émerveillent peut aider les parents à comprendre comment tel sujet est connecté à un récit plus large au-delà de leur intuition immédiate. Suivre le chemin de pollinisation d’une abeille dans un parc peut ouvrir une conversation sur l’écologie et la protection de la nature. Voir un ami offrir un câlin peut permettre une conversation sur le pardon et la compassion. Les enfants aiment demander pourquoi, nous dit Maryam Abdullah. Si nous suivons cette série de pourquoi, nous pouvons quelquefois aider nos enfants à voir comment ils sont connectés à quelque chose de bien plus grand que ce dont ils font actuellement l’expérience ».
Il n’y a pas à chercher bien loin pour reconnaitre ce potentiel spirituel. Il est présent dans le quotidien. « Comme elle passait en revue la recherche sur le développement spirituel des enfants, Maryam Abdullah a été surprise de découvrir combien ce phénomène était banal. Il n’y a pas à chercher bien loin pour accéder à la ‘awe’. Cette chercheuse met l’accent sur la fréquente dimension sociale de cette expérience. Une des manières les plus fréquentes selon laquelle les enfants font l’expérience de l’émerveillement réside dans les manières quotidiennes où les gens sont gentils et courageux en s’encourageant les uns aux autres. D’une façon unique, les enfants se sentent en harmonie avec ces gentillesses ordinaires et ne sont nullement intimidés à le faire remarquer. « Ils ne manifestent aucune retenue à faire valoir combien c’est merveilleux d’éprouver la gentillesse des autres » écrit la chercheuse. Elle incite les parents à favoriser les interconnexions interpersonnelles « comme un moyen ordinaire permettant aux parents d’aider les enfants à approfondir la ‘awe’ qui leur vient déjà naturellement ».
Grandir la main dans la main
« Au mieux, encourager le développement spirituel d’un enfant est une entreprise mutuelle, une collaboration entre le parent et l’enfant. Après tout, les enfants sont souvent ceux qui entrainent les adultes à entrer plus profondément dans la voie de l’émerveillement.
Maryam Abdullah dit qu’un apprentissage mutuel et l’humilité sont une clé dans le processus du développement spirituel. Les parents qui nourrissent le développement spirituel de leurs enfants sont ouverts à l’écoute de leurs points de vue et à apprendre à leurs côtés… Un parent observe pour voir quelle pierre son enfant choisit pour en faire la suivante sur le chemin. Alors ensemble, ils font un pas en avant… Un des points aveugles dans beaucoup de recherches scientifiques sur les valeurs et le développement moral est qu’elles sont centrées presque exclusivement sur la manière dont les parents ‘transmettent’ des valeurs aux enfants, écrit Eugène Roelkepartain. « En réalité (et comme une nouvelle recherche l’a montré), il est plus exact de penser en terme d’échanger des valeurs ou peut-être de donner et prendre en formant des valeurs ».
L’expérience des enfants est également souvent bénéfique pour les adultes particulièrement ceux qui sont constamment occupés par de multiples activités. « Mais en prêtant attention là où les enfants trouvent émerveillement, ils peuvent revenir à leur sens de la ‘awe’ et de la connexion ». « Quand nous sommes capables de faire une pause et de suivre les curiosités que les enfants ont, nous nous permettons de penser au-delà des pressions immédiates de la vie. En élevant nos enfants, nous nous élevons nous-mêmes ». Et nous préparons l’avenir. Car, « en soutenant le développement spirituel de nos enfants, nous les préparons à leur âge adulte. En encourageant les expériences de ‘awe’, et, en conséquence leur capacité pour l’auto-transcendance, nous aidons les enfants à développer des ressources intérieures pour naviguer dans le monde ».
Annelise Jolley conclut sur les bienfaits de la spiritualité qui nous protège de l’isolement et de la déconnexion. Ce faisant, elle nous permet d’affronter la souffrance des autres et invite à la compassion. « Elle nous donne la capacité d’être quelqu’un qui aide à soulager les épreuves ».
Annelise Jolley nous aide ici à prendre conscience de l’importance de la ‘awe’, ce terme anglais, dont le sens a évolué et qui se traduit au mieux en français en conjuguant les mots : émerveillement, admiration, révérence. Comme la ‘awe’ est très présente chez les enfants, elle nous montre l’importance de la reconnaitre et de l’encourager. Ce sera un partage bienfaisant entre enfants et parents. Ce sera pour les enfants une porte ouverte au développement spirituel.
J H
- L’enfant, un être spirituel : https://vivreetesperer.com/lenfant-un-etre-spirituel/
- Education et spiritualité : https://vivreetesperer.com/education-et-spiritualite/
- Comment la reconnaissance et la manifestation de l’émerveillement exprimées par le terme ‘awe’ peut transformer nos vies : https://vivreetesperer.com/comment-la-reconnaissance-et-la-manifestation-de-ladmiration-et-de-lemerveillement-exprimees-par-le-terme-awe-peut-transformer-nos-vies/
- « Wonderstruck » par Helen de Cruz : https://vivreetesperer.com/comment-ladmiration-et-lemerveillement-exprimees-par-le-terme-awe-induisent-la-culture-et-faconnent-la-maniere-dont-nous-pensons/
- Ebloui par l’émerveillement : https://vivreetesperer.com/ebloui-par-lemerveillement/
- Wide-eyed wonder. How awe shapes children’s spiritual growth? : https://www.templeton.org/news/wide-eyed-wonder-how-awe-shapes-childrens-spiritual-growth
par jean | Mar 16, 2026 | Vision et sens |
Comment, dans une période de mutation, une communauté chrétienne interconfessionnelle apparut et se développa dans la région parisienne : l’exemple d’un groupe de prière, ‘le Sénevé’.
Ne peut-on s’interroger aujourd’hui sur la manière dont la foi chrétienne peut se vivre et se manifester ? Si l’Église la plus installée en France, peut être perçue comme une institution pesante aux pratiques répétitives et contrôlantes, d’autres chemins sont-ils envisageables pour une vie de foi commune ? Et, peut-on imaginer que des initiatives en ce sens, surgissent à partir d’une expérience partagée ? Certes, les contextes sont différents selon les lieux et les époques, mais, en tenant compte des singularités, les différentes initiatives peuvent nous enseigner sur un possible. Nous allons donc revisiter ici l’expérience d’un groupe de prière qui se manifesta dans la région de Chatenay-Malabry au cours des années 1970 et 1980. C’est une époque où le déclin des paroisses catholiques s’accentue. Mais aussi, parce qu’un nouveau souffle est apparu et que l’emprise institutionnelle s’affaiblit ; une créativité nouvelle apparait et peut s’épanouir dans la liberté. C’est ainsi que ce groupe, le Sénevé, participe à l’élan du renouveau charismatique dans un choix œcuménique qui lui permettra d’éviter la rechute dans une emprise institutionnelle. C’est une voie expérientielle, empirique à la différence d’une autre où l’opposition au conservatisme se manifeste frontalement au risque de se heurter au mur d’une pratique ancestrale. Ainsi peut-on rechercher dans ces expériences passées non seulement une intelligence spirituelle, mais un questionnement politique. Le récit de l’expérience du Sénevé, de son émergence jusqu’à son parcours, s’appuie sur une mémoire des cheminements.
À la recherche d’une foi vivante
L’apparition du groupe de prière ‘le Sénevé’ peut être envisagé comme la résultante d’un certain nombre de cheminements qui, dans le souffle de l’Esprit, ont débouché et convergé. Nous ne pouvons évoquer ce processus que dans les limites de notre mémoire. Jean Hassenforder et Odile Lechevalier se sont mariés en 1961 dans une conviction de foi commune. La foi de Jean, documentaliste et militant associatif était grevée par un scrupule religieux. La rencontre avec Odile fut pour lui une libération, car Odile, assistante sociale, était animée par une foi vivante et éclairée, nourrie par la spiritualité de l’Évangile au quotidien de l’Action Catholique des milieux sanitaires et sociaux (ACMS). Très vite, Jean et Odile se sentirent déphasés par rapport à la pratique des paroisses catholiques perçue comme descendante, répétitive, peu fraternelle. D’un voyage en Angleterre, où ils avaient été happés par une assistante de paroisse, en regardant à l’intérieur d’une église anglicane, pour y être accueilli et y trouver une ambiance chaleureuse, ils avaient gardé un souvenir qui les amena à accueillir deux jeunes prêtres américains de passage dans une messe où personne ne s’était soucié de prendre contact avec eux. Jean et Odile se mirent à la recherche d’une paroisse accueillante et innovante. Pendant quelques années, ils se rendirent ainsi tous les dimanches dans une paroisse ouverte, à une demie heure de marche de leur domicile. Une prédication nourrissante apportée par le curé, Albert Peticolas était au centre de la messe et la vie paroissiale se réalisait dans de petits groupes de partage. Des personnes affluaient venant de loin à la messe dominicale. Au départ de ce prêtre, la quête reprit vers une autre paroisse. Cependant, Jean et Odile étaient en rapport avec quelques prêtres, des aumôniers alliant profondeur de foi et ouverture.
Prendre une initiative
Au début des années 1970, une idée se fit jour chez Jean et Odile : pourquoi ne pas se réunir entre amis un dimanche par mois pendant une journée dans un lieu proche de la nature pour lire les textes bibliques et prier ensemble. C’était déroger au système paroissial. Cette idée fut encouragée par un prêtre de leurs amis, lui aussi aumônier. Jean et Odile se mirent à la recherche d’un lieu d’accueil en IIe de France et trouvèrent cette hospitalité à Saint-Symphorien-le-Château, en Beauce, dans une maison occupée par un petit groupe de religieuses autour d’un bénédictin ayant acquis une certaine autonomie par rapport à son ordre et pratiquant une belle hospitalité, Georges Danset. Au début des années 1960, à l’occasion d’une rencontre professionnelle, Jean avait noué amitié avec Jean Lagarde, ancien responsable dans le scoutisme. Une relation intime s’était forgée entre Jean et Odile et Jean et Françoise Lagarde, un couple particulièrement chaleureux et accueillant avec leurs quatre filles et invité à être parrain de leur fils, Rémy. Jean et Françoise Lagarde participèrent activement au groupe de Saint-Symphorien avec d’autres amis, Serge et Suzanne Fagnoni. Ces derniers invitèrent à leur tour leurs amis, François et Nicole Péreygne qui manifestaient une ardeur de foi depuis leur conversion dans une église pentecôtiste, si bien qu’à partir de leur témoignage, un cours nouveau apparut.
Le souffle de l’Esprit
Le printemps 1972, Jean et Françoise Lagarde s’étaient rendus à une retraite à Avon où ils avaient découvert le renouveau charismatique. Tel qu’il s‘était développé aux Etats-Unis, le renouveau charismatique avait fait l’objet d’un livre qu’on pouvait acheter à la Procure. Son arrivée en France n’en paraissait pas moins révolutionnaire. Jean et Françoise Lagarde invitèrent Jean et Odile à se rendre avec eux à une assemblée de prière du Renouveau à Paris chez les religieuses de l’Assomption. L’assemblée avait lieu dans un gymnase. Ici pas de rituel rigide, mais une spontanéité créatrice, selon un déroulé collectif, les participants exprimant des paroles d’inspiration biblique et entonnant des cantiques. Un public jeune et un accueil fraternel. Ce fut une rencontre inspirée, une grande espérance. Hélas à l’automne, l’ambiance était devenue plus conventionnelle. On était passé du gymnase à la chapelle. L’ambiance était devenue plus ‘pieuse’, moins ‘joyeuse’. Lors des réunions organisées par le groupe Emmanuel, on entendait des jeunes manifester leur conformité aux sacrements en présence de prêtres venus de l’extérieur. Un pasteur pentecôtiste ami fut froidement accueilli. On y vit la récupération du renouveau par une forme traditionnelle de l’institution catholique.
Cependant, depuis quelque temps, Odile Hassenforder était en souffrance, affectée par des troubles de personnalité, en provenance de son passé. On trouvera le récit de ce passage dépressif et de sa guérison dans le livre : « Sa présence dans ma vie » (p 29-34) (1). Ce récit s’inscrit dans cette histoire parce que la guérison d’Odile intervint dans un contexte de prière et retentit auprès de ses ami(e)s, contribuant ainsi à la création du groupe de prière. Odile nous dit avoir vécu ‘une dissociation de sa personnalité’ au point où ‘elle avala un jour trop de somnifères’. Elle raconte qu’une semaine après, dans le petit groupe qui avait commencé à se réunir à Saint-Symphorien, elle appela au secours pendant la prière : « Jésus, si tu es la vie, donne-moi le goût de vivre », mais ne trouva pas une aide correspondante. Ce fut, plus tard au moment de vacances à Gap, que le secours arriva, dans des circonstances tout-à-fait improbables, sous la forme d’une rencontre avec un pasteur pentecôtiste, Samuel Guihot, précédemment aperçu lors d’une visite à son église suite à une recommandation des amis Peyreigne, arrivés récemment dans le groupe de Saint Symphorien. Elle entendit de ce pasteur une parole de foi et d’expérience : « Jésus guérit. Il peut vous guérir. Quand il sème du blé, un bon fils de paysan sait qu’il faut attendre qu’il pousse. Il ne se demande pas comment il va pousser. De même, quand je prie Jésus, je sais qu’il répond… ». Au retour de vacances, la situation d’Odile empira. Elle raconte comment elle alla alors voir le pasteur Samuel Guilhot, y retourna à plusieurs reprises, encouragé à chaque fois par les paroles de la Bible et ressentant après la prière « une énergie vitale qui me donnait force et consistance ». Finalement, un dernier jeudi d’octobre, « elle eut envie de s’associer à la prière d’un groupe catholique charismatique qu’elle connaissait par ailleurs ». Elle y « exprima tout haut une assurance intérieure de guérison » à laquelle répondit une prière collective. « Ce soir-là, à peine couchée, je sentis chaque partie de mon être se remettre en place en une fraction de seconde : l’unité se faisait en moi, j’entrais dans la réalité, j’étais bien ». « Le dimanche, au lieu d‘aller demander la prière comme prévu à l’assemblé pentecôtiste, j’y ai rendu grâce à Dieu ».
Ce fut, nous dit Odile, plus qu’une simple guérison. « J’avais demandé la vie. Je l’ai reçue en abondance, bien au-delà de ce que je pouvais imaginer : la vie éternelle. ‘La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ’ (Jean 17.3). Ce fut une révélation pour moi… Je me suis sentie aimée au point où cet amour débordait de moi sur ceux que je rencontrais… ».
Le témoignage d’Odile a touché ses ami(e)s. Le petit groupe de Saint Symphorien s’est transformé en un groupe de prière qui s’est réuni, une soirée chaque semaine, dans l’appartement de Jean et Françoise Lagarde à Chatenay-Malabry. Par ouï-dire entre ami(e)s, le nombre des participants s‘est rapidement étendu, atteignant quelque temps plus tard ,près d’une cinquantaine de personnes pour ensuite se subdiviser et se stabiliser à Chatenay autour d’une vingtaine de personnes. Pendant une dizaine d’années, les participants se retrouvèrent très fidèlement chaque mardi.
Une petite communauté : le Sénevé
Pendant des années, le groupe s’est réuni chaque mardi soir. Les arrivants étaient accueillis par les responsables du groupe, Jean et Françoise Lagarde. Ce fut d’abord dans leur appartement et puis le groupe s’élargissant, en d’autres lieux. On se demandait des nouvelles les uns des autres dans une effervescence amicale. La réunion se déroulait en toute simplicité et sans programme préétabli à travers une succession de cantiques entonnés par l’un ou l’autre, des évocations de textes bibliques, une parole inspirée, des expressions priantes, ainsi que des moments de louange, mais aussi des temps d’intercession, une grande attention étant portée aux besoins de chacun et notamment aux demandes de guérison.
Les parcours des participants se caractérisaient par leur diversité tant de profession que de pratique religieuse. Il y avait des mères de famille, des fonctionnaires de l’administration universitaire (Michel et Françoise Augris), des universitaires (Georges Lasserre et Jean Hassenforder), un artiste (Bernard Bouton). La foi chrétienne était le dénominateur commun. Les dénominations représentées étaient variées en évitant l’expression d’une marque distinctive comme le ‘Je vous salue Marie’. A coté de la participation au groupe, la plupart se rendaient à une célébration le dimanche. C’était la messe catholique pour la majorité. Mais cette assistance pouvait s‘accompagner de participations au-delà. II y a eu également quelques transferts comme le passage d’une pratique catholique à la participation à une église mennonite ou à une église pentecôtiste. Un couple réformé, Georges et Berthie Lasserre participaient au petit conseil du groupe. Un prêtre catholique à la retraite, Jean Vuarnay, venait régulièrement. On a compté aussi des chrétiens aux cheminements peu fréquents, quaker, adventiste… Les questions de doctrine importaient peu. La foi en un Christ sauveur et en un Dieu agissant était au cœur. De temps à autre, un ami du groupe était invité à apporter un message, tel le pasteur pentecôtiste Samuel Guilhot ou le pasteur mennonite, Robert Witmer. C’était une fraternité sans réserve.
Jean et Françoise Lagarde étaient responsables du groupe, reconnus par tous pour leur foi, leur bonté, leur accueil. Jean Lagarde avait été responsable dans le scoutisme. Au début du groupe, dans la période de croissance, il a dû faire face à des tensions et à des tiraillements. Dans un leadership chaleureux, il a maintenu la cohésion du groupe et, par la suite, il en a été un animateur sage et dynamique (2), le groupe cessant ses activités lors de son départ de Chatenay. Jean et Odile Hassenforder, Georges et Berthie Lasserre participaient avec les Lagarde à un petit conseil d’orientation. La vie du groupe a été accompagnée par la production d’outils comme un recueil de chants issus de différentes sources et un texte exprimant la foi commune. Le groupe a également pris des initiatives de journées d’enseignement et de prière telle que celle, mémorable, qui, en 1974, à Versailles, accueillit des enseignements et des témoignages d’intervenants extérieurs : Jean Dejour et Georges Rollet de la Porte ouverte, Samuel Guilhot, pasteur à Clamart et Jacky Parmentier de la communauté de la Sainte Croix, et attira de nombreux participants. D’autres journées suivirent comme celle qui accueillit Daniel Schaerer, un responsable de Jeunesse en mission.
Un parcours œcuménique
Une relation s’établit entre l’église mennonite de Chatenay et le Sénevè. Un jeune couple du groupe l’avait adoptée, y trouvant une convivialité fraternelle et une parole biblique partagée. Surtout, le pasteur, d’origine canadienne, Robert Witmer, avait fréquenté le Renouveau charismatique et reçu la guérison divine d’un mal très grave. C’était un homme bon et ouvert et une relation s’était naturellement engagée. Un projet de communauté s’esquissa même par la suite.
La guérison d’Odile Hassenforder était advenue par l’œuvre de l’Esprit où la parole de foi et la prière de Samuel Guihot avaient été déterminantes. Celui-ci était pasteur d’une petite et fervente assemblée de Dieu dans la même banlieue à Clamart. La profondeur de ses prédications était appréciée. Son expérience était reconnue et le groupe put compter sur ses conseils.
Cependant, le temps passant, les rencontres se réalisèrent aussi à travers la distance. Quelques-uns se rendirent ainsi à un week-end à la Porte ouverte, un centre évangélique à Lux, un village près de Chalons sur Saône. Ils furent reconnaissants pour l’attention qui leur fut accordée par deux responsables : Jean Dejour et Georges Rollet. Ce fut un dialogue fraternel avec un grand respect de leur part. Les chants à pleine voix de la grande assemblée, comme la participation d’une fanfare venue d’Alsace témoignaient d’une foi vibrante et communicative. C’est dans le même lieu, puis à Gagnières dans le Gard que se tinrent chaque année une Convention Charismatique Interconfesionnelle. Cet esprit d’unité, infusé au départ par un pasteur évangélique gallois, Thomas Roberts se manifestait là dans des messages d’intervenants aux parcours différents et les chants des assemblées de prière résonnaient dans une grande tente commune où ils se mêlaient au souffle du vent. Un temps de foi, de liberté, de fraternité, de respect. D’un bout à l’autre des rencontres que nous avons évoquées le respect fut présent, écartant toute tentative de manipulation et de récupération.
Du Sénevé à Témoins, Centre chrétien interconfessionnel
Dans la même banlieue où le Sénevé poursuivait son parcours, était apparu à l’initiative d’un lycéen, Pascal Colin, un groupe de jeunes chrétiens, le Comité d’action chrétienne. Dans l’époque bouillonnante de l’après-1968, en 1973, inspiré par la parole de l’Évangile, Pascal Colin avait suscité un groupe autonome, mais en bon terme avec l’aumônerie. L’âge passant, ce groupe avait grandi, était devenu interconfessionnel et avait pris en charge l’aumônerie de la Résidence Universitaire d’Antony. Il publiait un bulletin qui avait pris le nom de Témoins. Un membre du Sénevé, André Vinard, très engagé dans une église protestante réformée évangélique, était en excellente relation avec Pascal. Il invita des responsables du Sénevé, Jean et Françoise Lagarde, Jean et Odile Hassenforder à une rencontre avec les responsables du CAC, Pascal Colin et Yves Desbordes. Tout de suite, ils se trouvèrent sur la même longueur d’onde et s’entendirent pour assurer une collaboration des membres présents du Sénevé au bulletin du CAC : Témoins. Ce fut le premier pas d’une alliance qui aboutit à la création du Centre Chrétien interconfessionnel en 1986, l’idée d’un tel centre ayant déjà été évoquée dans le passé avec le pasteur Robert Witmer. Le centre s’est développé par la suite en adoptant le nom de Témoins, le bulletin du CAC devenu Magazine. Toute l’histoire du Sénevé et du CAC débouchant sur la création de Témoins est relatée sur le site Témoins sous le titre ‘La genèse de Témoins, communauté chrétienne interconfessionnelle : 1973-1986’ (3). Témoins, ce sera, durant les années 1990, un centre de rencontres et un centre social, et puis, de son point de départ jusqu’à aujourd’hui, un lieu de recherche se manifestant dans un magazine, puis depuis le début du siècle dans le site Témoins.com (4).
Une pensée des possibles
Aujourd’hui, une impression de crise prévaut dans de nombreux domaines. En regard, nous pouvons rejoindre la pensée du grand théologien, Jûrgen Moltmann : « La pensée espérante est la pensée des possibles » (5).
Dans le champ chrétien en France, une analyse de données fait ressortir la crise d’une de ses composantes, l’Eglise catholique. Face à cette situation on peut observer, dans le milieu catholique, toute une gamme d’attitudes. Certains s’agrippent à l’héritage du passé. D’autre s’adaptent. D’autres encore se mobilisent. Et, parmi ceux-là, la plupart se focalisent dans une action pour la réforme d’une institution qu’on peut juger, pour une part, dépassée et déphasée par rapport à la culture d’aujourd’hui. Cependant, le Concile Vatican II n’avait-t-il pas ouvert des portes qui paraissaient irrémédiablement fermées, le pontificat inattendu et innovant du pape François n’a-t-il pas renouvelé le mouvement ? N’y a- t-il pas aujourd‘hui des dispositions favorables dans l’approche synodale ? Pourtant, on peut considérer l’immensité de l’obstacle lorsqu’on y voit un système caractérisé par l’intrication de la sacralisation, de la hiérarchie et du patriarcat. C’est alors qu’on peut se dire qu’il y a une autre voie de changement, un contournement qui peut être complémentaire à une approche frontale : le développement de petites communautés chrétiennes manifestant l’inspiration de l’Esprit dans la fraternité, l’écoute de la Parole Biblique, la prière en écartant toute dépendance hiérarchique par une interconfessionnalité vécue dans le concert œcuménique et la collégialité d’un réseau. Est-ce réaliste, est-ce possible ?
L’expérience que nous venons de relater nous montre que c’est un chemin praticable à certaines conditions. Certes l’époque était différente. Si on peut estimer que la recherche de pertinence d’une vie chrétienne est analogue aujourd’hui, il y avait à l’époque un grand désir de changement. Et dans le champ chrétien, une puissante manifestation de l’Esprit était apparue. La présence divine s’exerçait dans les cœurs. Le vent soufflait dans les voiles.
Lorsqu’on relit le récit de l’apparition et du développement du Sénevé, comme du Comité d’action chrétienne et de Témoins, on constate à la fois des initiatives personnelles et le rôle d’une nouvelle pratique inspirée. Dans tous les cas, une initiative était nécessaire, mais il fallait également qu’elle soit nourrie. Les membres du petit groupe qui se réunit au départ à Saint Symphorien étaient pleins de bonne volonté, mais c’est à travers le renouveau charismatique qu’ils ont appris une prière dynamique et l’ampleur de l’inspiration biblique. De même, la présence de différentes traditions a apporté une précieuse complémentarité. Les groupes nouveaux ont besoin d’outils. Chaque contexte est particulier. Aujourd’hui, les ressources de la communication internet sont immenses.
On doit également reconnaitre la diversité des chemins. Dans le champ protestant, le surgissement en est une réalité constitutive. En milieu catholique, au XXe siècle, on peut mentionner la grande et riche histoire des communautés de base (6).
L’histoire d’un petit groupe croyant pendant une décennie du XXè siècle : le Sénevé, puis, avec le CAC, Témoins, s’inscrit, à l’échelle historique, dans une multiplicité d’essais. Cette approche mérite d’être rappelée aujourd’hui. Et pour ceux qui y ont participé de près ou de loin, c’est une source d’action de grâce.
J H
- Odile Hassenforder. Sa présence dans ma vie. Empreinte, 2011 Sa présence dans ma vie. Un témoignage vivant : https://vivreetesperer.com/odile-hassenforder-sa-presence-dans-ma-vie-un-temoignage-vivant/
- Jean Lagarde (2023-2006). Une démarche chrétienne interconfessionnelle : https://www.temoins.com/jean-lagarde-1923-2006une-demarche-chretienne-interconfessionnelle/
- La genèse de Témoins. Communauté chrétienne interconfessionnelle (1973-1986) : https://www.temoins.com/la-genese-de-temoins-communaute-chretienne-interconfessionnelle-1973-1986-redaction-en-1996/
- Site Témoins : https://www.temoins.com
- La pensée espérante est la pensée des possibles : https://vivreetesperer.com/la-pensee-esperante-est-la-pensee-des-possibles/
- Communauté ecclésiale de base. Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Communauté_ecclésiale de_base