le Sénevé

le Sénevé

Comment, dans une période de mutation, une communauté chrétienne interconfessionnelle apparut et se développa dans la région parisienne : l’exemple d’un groupe de prière, ‘le Sénevé’.

Ne peut-on s’interroger aujourd’hui sur la manière dont la foi chrétienne peut se vivre et se manifester ? Si l’Église la plus installée en France, peut être perçue comme une institution pesante aux pratiques répétitives et contrôlantes, d’autres chemins sont-ils envisageables pour une vie de foi commune ? Et, peut-on imaginer que des initiatives en ce sens, surgissent à partir d’une expérience partagée ? Certes, les contextes sont différents selon les lieux et les époques, mais, en tenant compte des singularités, les différentes initiatives peuvent nous enseigner sur un possible. Nous allons donc revisiter ici l’expérience d’un groupe de prière qui se manifesta dans la région de Chatenay-Malabry au cours des années 1970 et 1980. C’est une époque où le déclin des paroisses catholiques s’accentue. Mais aussi, parce qu’un nouveau souffle est apparu et que l’emprise institutionnelle s’affaiblit ; une créativité nouvelle apparait et peut s’épanouir dans la liberté. C’est ainsi que ce groupe, le Sénevé, participe à l’élan du renouveau charismatique dans un choix œcuménique qui lui permettra d’éviter la rechute dans une emprise institutionnelle. C’est une voie expérientielle, empirique à la différence d’une autre où l’opposition au conservatisme se manifeste frontalement au risque de se heurter au mur d’une pratique ancestrale. Ainsi peut-on rechercher dans ces expériences passées non seulement une intelligence spirituelle, mais un questionnement politique. Le récit de l’expérience du Sénevé, de son émergence jusqu’à son parcours, s’appuie sur une mémoire des cheminements.

 

 

À la recherche d’une foi vivante

L’apparition du groupe de prière ‘le Sénevé’ peut être envisagé comme la résultante d’un certain nombre de cheminements qui, dans le souffle de l’Esprit, ont débouché et convergé. Nous ne pouvons évoquer ce processus que dans les limites de notre mémoire. Jean Hassenforder et Odile Lechevalier se sont mariés en 1961 dans une conviction de foi commune. La foi de Jean, documentaliste et militant associatif était grevée par un scrupule religieux. La rencontre avec Odile fut pour lui une libération, car Odile, assistante sociale, était animée par une foi vivante et éclairée, nourrie par la spiritualité de l’Évangile au quotidien de l’Action Catholique des milieux sanitaires et sociaux (ACMS). Très vite, Jean et Odile se sentirent déphasés par rapport à la pratique des paroisses catholiques perçue comme descendante, répétitive, peu fraternelle. D’un voyage en Angleterre, où ils avaient été happés par une assistante de paroisse, en regardant à l’intérieur d’une église anglicane, pour y être accueilli et y trouver une ambiance chaleureuse, ils avaient gardé un souvenir qui les amena à accueillir deux jeunes prêtres américains de passage dans une messe où personne ne s’était soucié de prendre contact avec eux. Jean et Odile se mirent à la recherche d’une paroisse accueillante et innovante. Pendant quelques années, ils se rendirent ainsi tous les dimanches dans une paroisse ouverte, à une demie heure de marche de leur domicile. Une prédication nourrissante apportée par le curé, Albert Peticolas était au centre de la messe et la vie paroissiale se réalisait dans de petits groupes de partage. Des personnes affluaient venant de loin à la messe dominicale. Au départ de ce prêtre, la quête reprit vers une autre paroisse. Cependant, Jean et Odile étaient en rapport avec quelques prêtres, des aumôniers alliant profondeur de foi et ouverture.

 

 

Prendre une initiative

Au début des années 1970, une idée se fit jour chez Jean et Odile : pourquoi ne pas se réunir entre amis un dimanche par mois pendant une journée dans un lieu proche de la nature pour lire les textes bibliques et prier ensemble. C’était déroger au système paroissial. Cette idée fut encouragée par un prêtre de leurs amis, lui aussi aumônier. Jean et Odile se mirent à la recherche d’un lieu d’accueil en IIe de France et trouvèrent cette hospitalité à Saint-Symphorien-le-Château, en Beauce, dans une maison occupée par un petit groupe de religieuses autour d’un bénédictin ayant acquis une certaine autonomie par rapport à son ordre et pratiquant une belle hospitalité, Georges Danset. Au début des années 1960, à l’occasion d’une rencontre professionnelle, Jean avait noué amitié avec Jean Lagarde, ancien responsable dans le scoutisme. Une relation intime s’était forgée entre Jean et Odile et Jean et Françoise Lagarde, un couple particulièrement chaleureux et accueillant avec leurs quatre filles et invité à être parrain de leur fils, Rémy. Jean et Françoise Lagarde participèrent activement au groupe de Saint-Symphorien avec d’autres amis, Serge et Suzanne Fagnoni. Ces derniers invitèrent à leur tour leurs amis, François et Nicole Péreygne qui manifestaient une ardeur de foi depuis leur conversion dans une église pentecôtiste, si bien qu’à partir de leur témoignage, un cours nouveau apparut.

 

 

Le souffle de l’Esprit

Le printemps 1972, Jean et Françoise Lagarde s’étaient rendus à une retraite à Avon où ils avaient découvert le renouveau charismatique. Tel qu’il s‘était développé aux Etats-Unis, le renouveau charismatique avait fait l’objet d’un livre qu’on pouvait acheter à la Procure. Son arrivée en France n’en paraissait pas moins révolutionnaire. Jean et Françoise Lagarde invitèrent Jean et Odile à se rendre avec eux à une assemblée de prière du Renouveau à Paris chez les religieuses de l’Assomption. L’assemblée avait lieu dans un gymnase. Ici pas de rituel rigide, mais une spontanéité créatrice, selon un déroulé collectif, les participants exprimant des paroles d’inspiration biblique et entonnant des cantiques. Un public jeune et un accueil fraternel. Ce fut une rencontre inspirée, une grande espérance. Hélas à l’automne, l’ambiance était devenue plus conventionnelle. On était passé du gymnase à la chapelle. L’ambiance était devenue plus ‘pieuse’, moins ‘joyeuse’. Lors des réunions organisées par le groupe Emmanuel, on entendait des jeunes manifester leur conformité aux sacrements en présence de prêtres venus de l’extérieur. Un pasteur pentecôtiste ami fut froidement accueilli. On y vit la récupération du renouveau par une forme traditionnelle de l’institution catholique.

Cependant, depuis quelque temps, Odile Hassenforder était en souffrance, affectée par des troubles de personnalité, en provenance de son passé. On trouvera le récit de ce passage dépressif et de sa guérison dans le livre : « Sa présence dans ma vie » (p 29-34) (1). Ce récit s’inscrit dans cette histoire parce que la guérison d’Odile intervint dans un contexte de prière et retentit auprès de ses ami(e)s, contribuant ainsi à la création du groupe de prière. Odile nous dit avoir vécu ‘une dissociation de sa personnalité’ au point où ‘elle avala un jour trop de somnifères’. Elle raconte qu’une semaine après, dans le petit groupe qui avait commencé à se réunir à Saint-Symphorien, elle appela au secours pendant la prière : « Jésus, si tu es la vie, donne-moi le goût de vivre », mais ne trouva pas une aide correspondante. Ce fut, plus tard au moment de vacances à Gap, que le secours arriva, dans des circonstances tout-à-fait improbables, sous la forme d’une rencontre avec un pasteur pentecôtiste, Samuel Guihot, précédemment aperçu lors d’une visite à son église suite à une recommandation des amis Peyreigne, arrivés récemment dans le groupe de Saint Symphorien. Elle entendit de ce pasteur une parole de foi et d’expérience : « Jésus guérit. Il peut vous guérir. Quand il sème du blé, un bon fils de paysan sait qu’il faut attendre qu’il pousse. Il ne se demande pas comment il va pousser. De même, quand je prie Jésus, je sais qu’il répond… ». Au retour de vacances, la situation d’Odile empira. Elle raconte comment elle alla alors voir le pasteur Samuel Guilhot, y retourna à plusieurs reprises, encouragé à chaque fois par les paroles de la Bible et ressentant après la prière « une énergie vitale qui me donnait force et consistance ». Finalement, un dernier jeudi d’octobre, « elle eut envie de s’associer à la prière d’un groupe catholique charismatique qu’elle connaissait par ailleurs ». Elle y « exprima tout haut une assurance intérieure de guérison » à laquelle répondit une prière collective. « Ce soir-là, à peine couchée, je sentis chaque partie de mon être se remettre en place en une fraction de seconde : l’unité se faisait en moi, j’entrais dans la réalité, j’étais bien ». « Le dimanche, au lieu d‘aller demander la prière comme prévu à l’assemblé pentecôtiste, j’y ai rendu grâce à Dieu ».

Ce fut, nous dit Odile, plus qu’une simple guérison. « J’avais demandé la vie. Je l’ai reçue en abondance, bien au-delà de ce que je pouvais imaginer : la vie éternelle. ‘La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ’ (Jean 17.3). Ce fut une révélation pour moi… Je me suis sentie aimée au point où cet amour débordait de moi sur ceux que je rencontrais… ».

Le témoignage d’Odile a touché ses ami(e)s. Le petit groupe de Saint Symphorien s’est transformé en un groupe de prière qui s’est réuni, une soirée chaque semaine, dans l’appartement de Jean et Françoise Lagarde à Chatenay-Malabry. Par ouï-dire entre ami(e)s, le nombre des participants s‘est rapidement étendu, atteignant quelque temps plus tard ,près d’une cinquantaine de personnes pour ensuite se subdiviser et se stabiliser à Chatenay autour d’une vingtaine de personnes. Pendant une dizaine d’années, les participants se retrouvèrent très fidèlement chaque mardi.

 

 

Une petite communauté : le Sénevé

Pendant des années, le groupe s’est réuni chaque mardi soir. Les arrivants étaient accueillis par les responsables du groupe, Jean et Françoise Lagarde. Ce fut d’abord dans leur appartement et puis le groupe s’élargissant, en d’autres lieux. On se demandait des nouvelles les uns des autres dans une effervescence amicale. La réunion se déroulait en toute simplicité et sans programme préétabli à travers une succession de cantiques entonnés par l’un ou l’autre, des évocations de textes bibliques, une parole inspirée, des expressions priantes, ainsi que des moments de louange, mais aussi des temps d’intercession, une grande attention étant portée aux besoins de chacun et notamment aux demandes de guérison.

Les parcours des participants se caractérisaient par leur diversité tant de profession que de pratique religieuse. Il y avait des mères de famille, des fonctionnaires de l’administration universitaire (Michel et Françoise Augris), des universitaires (Georges Lasserre et Jean Hassenforder), un artiste (Bernard Bouton). La foi chrétienne était le dénominateur commun. Les dénominations représentées étaient variées en évitant l’expression d’une marque distinctive comme le ‘Je vous salue Marie’. A coté de la participation au groupe, la plupart se rendaient à une célébration le dimanche. C’était la messe catholique pour la majorité. Mais cette assistance pouvait s‘accompagner de participations au-delà. II y a eu également quelques transferts comme le passage d’une pratique catholique à la participation à une église mennonite ou à une église pentecôtiste. Un couple réformé, Georges et Berthie Lasserre participaient au petit conseil du groupe. Un prêtre catholique à la retraite, Jean Vuarnay, venait régulièrement. On a compté aussi des chrétiens aux cheminements peu fréquents, quaker, adventiste… Les questions de doctrine importaient peu. La foi en un Christ sauveur et en un Dieu agissant était au cœur. De temps à autre, un ami du groupe était invité à apporter un message, tel le pasteur pentecôtiste Samuel Guilhot ou le pasteur mennonite, Robert Witmer. C’était une fraternité sans réserve.

Jean et Françoise Lagarde étaient responsables du groupe, reconnus par tous pour leur foi, leur bonté, leur accueil. Jean Lagarde avait été responsable dans le scoutisme. Au début du groupe, dans la période de croissance, il a dû faire face à des tensions et à des tiraillements. Dans un leadership chaleureux, il a maintenu la cohésion du groupe et, par la suite, il en a été un animateur sage et dynamique (2), le groupe cessant ses activités lors de son départ de Chatenay. Jean et Odile Hassenforder, Georges et Berthie Lasserre participaient avec les Lagarde à un petit conseil d’orientation. La vie du groupe a été accompagnée par la production d’outils comme un recueil de chants issus de différentes sources et un texte exprimant la foi commune. Le groupe a également pris des initiatives de journées d’enseignement et de prière telle que celle, mémorable, qui, en 1974, à Versailles, accueillit des enseignements et des témoignages d’intervenants extérieurs : Jean Dejour et Georges Rollet de la Porte ouverte, Samuel Guilhot, pasteur à Clamart et Jacky Parmentier de la communauté de la Sainte Croix, et attira de nombreux participants. D’autres journées suivirent comme celle qui accueillit Daniel Schaerer, un responsable de Jeunesse en mission.

 

 

Un parcours œcuménique

Une relation s’établit entre l’église mennonite de Chatenay et le Sénevè. Un jeune couple du groupe l’avait adoptée, y trouvant une convivialité fraternelle et une parole biblique partagée. Surtout, le pasteur, d’origine canadienne, Robert Witmer, avait fréquenté le Renouveau charismatique et reçu la guérison divine d’un mal très grave. C’était un homme bon et ouvert et une relation s’était naturellement engagée. Un projet de communauté s’esquissa même par la suite.

La guérison d’Odile Hassenforder était advenue par l’œuvre de l’Esprit où la parole de foi et la prière de Samuel Guihot avaient été déterminantes. Celui-ci était pasteur d’une petite et fervente assemblée de Dieu dans la même banlieue à Clamart. La profondeur de ses prédications était appréciée. Son expérience était reconnue et le groupe put compter sur ses conseils.

Cependant, le temps passant, les rencontres se réalisèrent aussi à travers la distance. Quelques-uns se rendirent ainsi à un week-end à la Porte ouverte, un centre évangélique à Lux, un village près de Chalons sur Saône. Ils furent reconnaissants pour l’attention qui leur fut accordée par deux responsables : Jean Dejour et Georges Rollet. Ce fut un dialogue fraternel avec un grand respect de leur part. Les chants à pleine voix de la grande assemblée, comme la participation d’une fanfare venue d’Alsace témoignaient d’une foi vibrante et communicative. C’est dans le même lieu, puis à Gagnières dans le Gard que se tinrent chaque année une Convention Charismatique Interconfesionnelle. Cet esprit d’unité, infusé au départ par un pasteur évangélique gallois, Thomas Roberts se manifestait là dans des messages d’intervenants aux parcours différents et les chants des assemblées de prière résonnaient dans une grande tente commune où ils se mêlaient au souffle du vent. Un temps de foi, de liberté, de fraternité, de respect. D’un bout à l’autre des rencontres que nous avons évoquées le respect fut présent, écartant toute tentative de manipulation et de récupération.

 

Du Sénevé à Témoins, Centre chrétien interconfessionnel

Dans la même banlieue où le Sénevé poursuivait son parcours, était apparu à l’initiative d’un lycéen, Pascal Colin, un groupe de jeunes chrétiens, le Comité d’action chrétienne. Dans l’époque bouillonnante de l’après-1968, en 1973, inspiré par la parole de l’Évangile, Pascal Colin avait suscité un groupe autonome, mais en bon terme avec l’aumônerie. L’âge passant, ce groupe avait grandi, était devenu interconfessionnel et avait pris en charge l’aumônerie de la Résidence Universitaire d’Antony. Il publiait un bulletin qui avait pris le nom de Témoins. Un membre du Sénevé, André Vinard, très engagé dans une église protestante réformée évangélique, était en excellente relation avec Pascal. Il invita des responsables du Sénevé, Jean et Françoise Lagarde, Jean et Odile Hassenforder à une rencontre avec les responsables du CAC, Pascal Colin et Yves Desbordes. Tout de suite, ils se trouvèrent sur la même longueur d’onde et s’entendirent pour assurer une collaboration des membres présents du Sénevé au bulletin du CAC : Témoins. Ce fut le premier pas d’une alliance qui aboutit à la création du Centre Chrétien interconfessionnel en 1986, l’idée d’un tel centre ayant déjà été évoquée dans le passé avec le pasteur Robert Witmer. Le centre s’est développé par la suite en adoptant le nom de Témoins, le bulletin du CAC devenu Magazine. Toute l’histoire du Sénevé et du CAC débouchant sur la création de Témoins est relatée sur le site Témoins sous le titre ‘La genèse de Témoins, communauté chrétienne interconfessionnelle : 1973-1986’ (3). Témoins, ce sera, durant les années 1990, un centre de rencontres et un centre social, et puis, de son point de départ jusqu’à aujourd’hui, un lieu de recherche se manifestant dans un magazine, puis depuis le début du siècle dans le site Témoins.com (4).

 

 

Une pensée des possibles

Aujourd’hui, une impression de crise prévaut dans de nombreux domaines. En regard, nous pouvons rejoindre la pensée du grand théologien, Jûrgen Moltmann : « La pensée espérante est la pensée des possibles » (5).

Dans le champ chrétien en France, une analyse de données fait ressortir la crise d’une de ses composantes, l’Eglise catholique. Face à cette situation on peut observer, dans le milieu catholique, toute une gamme d’attitudes. Certains s’agrippent à l’héritage du passé. D’autre s’adaptent. D’autres encore se mobilisent. Et, parmi ceux-là, la plupart se focalisent dans une action pour la réforme d’une institution qu’on peut juger, pour une part, dépassée et déphasée par rapport à la culture d’aujourd’hui. Cependant, le Concile Vatican II n’avait-t-il pas ouvert des portes qui paraissaient irrémédiablement fermées, le pontificat inattendu et innovant du pape François n’a-t-il pas renouvelé le mouvement ? N’y a- t-il pas aujourd‘hui des dispositions favorables dans l’approche synodale ? Pourtant, on peut considérer l’immensité de l’obstacle lorsqu’on y voit un système caractérisé par l’intrication de la sacralisation, de la hiérarchie et du patriarcat. C’est alors qu’on peut se dire qu’il y a une autre voie de changement, un contournement qui peut être complémentaire à une approche frontale : le développement de petites communautés chrétiennes manifestant l’inspiration de l’Esprit dans la fraternité, l’écoute de la Parole Biblique, la prière en écartant toute dépendance hiérarchique par une interconfessionnalité vécue dans le concert œcuménique et la collégialité d’un réseau. Est-ce réaliste, est-ce possible ?

L’expérience que nous venons de relater nous montre que c’est un chemin praticable à certaines conditions. Certes l’époque était différente. Si on peut estimer que la recherche de pertinence d’une vie chrétienne est analogue aujourd’hui, il y avait à l’époque un grand désir de changement. Et dans le champ chrétien, une puissante manifestation de l’Esprit était apparue. La présence divine s’exerçait dans les cœurs. Le vent soufflait dans les voiles.

Lorsqu’on relit le récit de l’apparition et du développement du Sénevé, comme du Comité d’action chrétienne et de Témoins, on constate à la fois des initiatives personnelles et le rôle d’une nouvelle pratique inspirée. Dans tous les cas, une initiative était nécessaire, mais il fallait également qu’elle soit nourrie. Les membres du petit groupe qui se réunit au départ à Saint Symphorien étaient pleins de bonne volonté, mais c’est à travers le renouveau charismatique qu’ils ont appris une prière dynamique et l’ampleur de l’inspiration biblique. De même, la présence de différentes traditions a apporté une précieuse complémentarité. Les groupes nouveaux ont besoin d’outils. Chaque contexte est particulier. Aujourd’hui, les ressources de la communication internet sont immenses.

On doit également reconnaitre la diversité des chemins. Dans le champ protestant, le surgissement en est une réalité constitutive. En milieu catholique, au XXe siècle, on peut mentionner la grande et riche histoire des communautés de base (6).

L’histoire d’un petit groupe croyant pendant une décennie du XXè siècle : le Sénevé, puis, avec le CAC, Témoins, s’inscrit, à l’échelle historique, dans une multiplicité d’essais. Cette approche mérite d’être rappelée aujourd’hui. Et pour ceux qui y ont participé de près ou de loin, c’est une source d’action de grâce.

J H

 

  1. Odile Hassenforder. Sa présence dans ma vie. Empreinte, 2011 Sa présence dans ma vie. Un témoignage vivant : https://vivreetesperer.com/odile-hassenforder-sa-presence-dans-ma-vie-un-temoignage-vivant/
  2. Jean Lagarde (2023-2006). Une démarche chrétienne interconfessionnelle : https://www.temoins.com/jean-lagarde-1923-2006une-demarche-chretienne-interconfessionnelle/
  3. La genèse de Témoins. Communauté chrétienne interconfessionnelle (1973-1986) : https://www.temoins.com/la-genese-de-temoins-communaute-chretienne-interconfessionnelle-1973-1986-redaction-en-1996/
  4. Site Témoins : https://www.temoins.com
  5. La pensée espérante est la pensée des possibles : https://vivreetesperer.com/la-pensee-esperante-est-la-pensee-des-possibles/
  6. Communauté ecclésiale de base. Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Communauté_ecclésiale de_base
Un regard sur la société française au fil de la tourmente

Un regard sur la société française au fil de la tourmente

Au-delà des apparences selon Brice Teinturier

Nous sommes confrontés aujourd’hui à un ensemble de menaces : la dégradation de la nature et du climat, le risque d’une intelligence artificielle incontrôlable, la guerre à nos portes, la montée de l’agressivité sociale débouchant sur l’autoritarisme…  La peur gagne. Aussi le pessimisme marque l’opinion française déjà de longue date prédisposée à la défiance (1). On peut se demander si, au total, les média ne contribuent pas à la panique (2).

La société française se transforme à vive allure comme nous le montre des enquêtes comme celle de de Jérôme Fourquet : « La France sous nos yeux » (3) ou les analyses sociologiques de Jean Viard (4). Sous la signature de Brice Teinturier et de ses confrères de l’Ipsos, vient de paraitre un nouveau livre sur l’état de la société française : « Au-delà des apparences. Des raisons d’être optimiste en France » (5). Comme on l’aperçoit dans le titre, ce livre prend le contrepied du pessimisme ambiant à partit d’un autre décryptage des sondages.

« Si on cessait de croire que tout va mal en France ? La petite musique du déclin est omniprésente, relayé en boucle par la plupart des médias et des politiques. Les Français seraient des champions nostalgiques d’un âge d’or révolu en colère contre un système qui les broie. Ce livre s’appuie sur des années d’études et d’enquêtes d‘opinion réalisées par Ipsos pour brosser un portrait plus nuancé de notre société. Loin des clichés, on découvre de citoyens attachés à la démocratie et aux valeurs républicaines, des salariés engagés dans leur travail, des consommateurs exigeants envers les marques, des utilisateurs curieux de nouvelles technologies … » (page de couverture). Ce livre rassemble des chapitres répartis en deux grandes parties : « Politique et société : où les français en sont-ils ? » et « Consommations et modes de vie : que veulent les français ? ». En général, ces chapitres abordent tel ou tel aspect de la société française, par exemple le travail, le désir d’enfant, le système de santé, la progression de l’intelligence artificielle ou bien des thèmes économiques comme les marques ou la voiture…  Nous présenterons ici le chapitre de Brice Teinturier dans lequel celui-ci analyse le pessimisme ambiant en le situant dans l’évolution de l’opinion française depuis le début de ce siècle et, dans l’aujourd’hui en marquant ses limites : « Les français sont plus unis qu’ils le croient ».

 

Considérer les données et bien les interpréter.

« Ce qui est en cause », nous dit Brice Teinturier, « Ce n’est pas la donnée brute, mais son interprétation ». Cette interprétation doit prendre en compte l’évolution du rapport au monde des Français dans le temps. » La France et français se transforment « en continu » et ce qui disparait n’est pas en soi un problème si de nouvelles configurations sont à l’œuvre. Encore faut-il identifier les grandes plaques techtoniques qui font bouger la société française » ( p 23). Brice Teinturier va donc rappeler l’histoire récente, car cette démarche éclaire une donnée fondamentale : « le rapport que nous entretenons avec le monde » ( p 23).

 

La nouvelle société de l’après-guerre

« Jusqu’à la fin des année 1990, un long chemin, certes jamais linéaire, souvent chaotique, fait d’avancées et de reculs, de crises et d’émergences de nouveaux enjeux, mais au fond plutôt positif, s’est donc construit avec une promesse centrale et effective, celle de mieux vivre demain soi-même et ses enfants. C’est globalement ce qui s’est passé, dans la santé, le logement, la formation, l’alimentation, l’accès aux loisires et à la culture, etc.  Le concept-clé qui caractérise cette période est donc simple : le progrès » ( p 24). Cependant, cette dynamique a commencé à s’effriter à partir des années 1990. « Le rapport des Français au monde a commencé à basculer… la chute du mur de Berlin en 1989 et l’espoir immense et un peu naïf qu’elle avait suscité étant la dernière « bonne nouvelle » d’une planète en transformation positive avant que ne survienne le 11 septembre 2001 » ( p 25).

 

Le choc de l’attentat du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis

« Les quatre attentats perpétrés en moins de deux heures par 19 terroristes d’Al-Qaïda à Manhattan, New-York, Arlington (Virginie) et Shankeville  (Pennsylvanie) ont été un évènement  particulièrement traumatique…parce qu’ils ont été le plus meurtrier de l’histoire :  2997 morts et plus de 6000 blessés… parce qu’ils ont été vécu presque en temps réel par des centaines de millions de spectateurs dans le monde…. Parce qu’au delà de leur imprégnation sur le vécu de la conscience collective, leur portée symbolique a été immense : tout le monde comprend plus ou moins confusément que ce jour-là, au-delà de l’effondrement matériel des tours, c’est l’effondrement d’un ordre mondial qui se produit » ( p 25). « La plus  grande puissance mondiale est  touchée sur son sol dans l’un de ses cœurs symboliques par seulement 19 personnes ». Les conséquences sur l’opinion ont été considérables. « il y a un avant et un après 11 septembre. C’est la définition du traumatisme. Si les Américains peuvent être attaqués, alors nul n’est à l’abri ».  Brice Teinturier voit là un point de rupture. « Plus que jamais, le monde est donc dangereux et c’est le point de départ » ( p 26).

 

La crise religieuse et politique. Le manque de sens et de traducteurs

La situation s’est aggravée.  « Dans un monde inquiétant et qui mute de plus en plus, vit sous l’effet de la technologie, du progrès  scientifique et d’une diffusion accrue de l’information, le besoin de sens et de traducteurs se fait davantage sentir » ( p 26). Brice Teinturier relate le délitement de la religion, le progrès continu de l’individualisme, « La religion, sans disparaitre, cesse d’être en Occident un système explicatif majeur et l’un des principaux ciments de la société »… Cependant, « les philosophies globalisantes, également productrice de sens et d’espérance, vont, elles aussi, s’effondrer. « Pendant longtemps, ce fut une fonction éminente des responsables politiques que de dire ce qu’il se passait en France et dans le monde ». Mais on a constaté « une crise du résultat » et il s’y ajoute progressivement une « crise de représentation ». « Entre 70 et 80% des Français estiment que le système politique fonctionne mal et que leurs idées sont mal représentées ». Au total, les Français se sentent de plus en plus immergés dans un monde dangereux et sans traducteurs.  Ils se vivent dans une forme de solitude – d’où la survalorisation de la famille – et s’éprouvent de plus en plus comme vulnérables. L’idée de déclin ne cesse de progresser «  ( p  29).

 

La montée de la précarité compromet la perspective d’avenir

Brice teinturier rappelle le choc provoqué en 2011 par « la crise de l’euro et la dérive continue de la Grèce et de l’Espagne. » Pour la première fois, les Français constatent que c’est à leur porte que la pauvreté vient toucher de plein fouet des pans entiers de population. La pauvreté et non un quelconque déclassement à venir…» ( p  30).

Un autre choc intervient, très présent à l’époque : Aulnay et Alcatel. « La fermeture de l’usine PSA Peugeot Citroën à Aunay-sous-Bois,  l’une des plus importante du groupe, est perçue comme l’équivalent d’une digue qui saute en France et en Europe. Elle résonne dans l’opinion comme la confirmation brutale de ce que les Français pressentaient : le Vieux Monde s’effondre…. Face à la rafale des plans sociaux de l’été 2012, le pays est en état de sidération » ( p 30). Et puis, de nombreux postes sont supprimés à Alcatel-Lucent. « Nul n’est à l’abri, même quand on est diplômé et qu’on travaille dans un groupe mondial français dans le secteur des télécoms et des technologies de pointe » ( p 31).  « Une industrie qui n’en finit pas de mourir…. C’est le syndrome de la clochardisation qui touche encore, en 2024, 40% de nos concitoyens, qui estiment qu’ils peuvent dans les prochains mois basculer dans la précarité alors que le chômage de masse a pourtant considérablement baissé » ( p 31)). La campagne présidentielle de 2017 ouvrira une parenthèse. « Mais cela ne durera pas. Après les religions et les philosophies globalisante, la politique est atteinte en son coeur : sa capacité à dire le réel et à agir en profondeur sur lui « ( p 31).

 

Les polycrises : un monde hyper dangereux et complexe

« Le troisième grand mouvement qui affecte la société française est l’intériorisation que le monde n’est pas seulement dangereux et sans traducteur, mais qu’ii est hyper dangereux, socialement instable, et d’une complexité inouïe.  Hyper dangereux, car contrairement aux années 1960 ou 1970, les français se sentent enfermés dans la simultanéité de plusieurs crises ou enjeux majeur

Brice Teinturier énonce alors une longue liste de ces problèmes comme : » d’être dissous dans la mondialisation… ; d’une guerre mondiale : 65 % estiment qu’elle peut parfaitement arriver… ; d’une réelle ou supposée submersion migratoire… du réchauffement climatique qui, même s’il ne fait plus partie des toutes premières préoccupation, est une réalité admise massivement ; d’une nouvelle crise sanitaire, encore inconnue, mais porteuse  d’une menace de mort, comme  lorsque la crise du covid 19 : d’une démographie défaillante.. ; d‘une violence ou d’un supposé ensauvagement de la société  française, notamment de la jeunesse ( 92% des Français ont le sentiment de vivre dans une société violente et 89 % que cette violence augmente…) ; depuis peu d’une dette et d’un déficit abyssal…. » ( p 33). « Elles mettent toutes en scène l’idée de notre destruction. Ce sont ni plus ni moins, des angoisses de mort. 93% des Français estiment que nous vivons dans un monde dangereux …  Ce monde hyper dangereux, complexe, sans traducteurs, génère comme émotion principale l’anxiété. Et la peur appelle une réponse massive : la demande de protection, extrêmement forte et puissante dans notre pays. » ( p 34-35). Cette peur est renforcée par certains médias qui attirent un vaste public.

 

Les ingénieurs de la peur

Brice Teinturier a trouvé une bonne expression : « les ingénieurs de la peur » pour décrire ces exploiteurs de l’anxiété. La psychologie explique un penchant répandu à la réceptivité des mauvaises nouvelles. « L’effroi nous accroche plus efficacement que toute autre nouvelle » ( p 35). « La concurrence des médias d’information en continu vient renforcer cette caractéristique et pousse à une mise en  scène de faits divers les plus violents, à leur spectacularisation. Pour des raisons économiques, les médias vont également consacrer de très nombreuses heures à des commentaires ou débats entre éditorialistes experts ou supposés tels… En effet, autant une enquête ou un reportage coutent chers à la station, autant faire venir et débattre des personnes non rénumérées, mais satisfaites de la publicité qui leur est offerte répond au cahier des charges d’un modèle économique difficile… » ( p 36). « Les propagateurs de la peur peuvent être aussi des idéologues ou des responsables politiques en lien ou pas avec des médias ou des groupes de médias »…… Certains médias « créent un système d’échos, une petite musique de fond qui viennent alimenter l’idée de déclin, des menaces extérieures et intérieures… ». « La violence des échanges sur les réseaux sociaux est également une caisse de résonance accrue de la brutalité du monde.. » (p 36). L’expression systématique de la colère et de l’indignation par telle ou telle personnalité, peut contribuer également à ce climat d’anxiété.

 

Les conséquences de la prégnance de l’anxiété. Des stratégies de défiance.

Le sentiment de vulnérabilité qui a grandi depuis le début du siècle a généré un nouveau rapport au monde dont Brice Teinturier énumère les conséquences : le besoin d’ancrage et la redécouverte du local, l’accent sur le moment présent, l’autocélébration de l’individu, la désignation d’un ennemi intérieur ou extérieur et le conspirationnisme, le primat de l’expérience personnelle.

« La redécouverte du « local » offre une première réponse. On va d’ailleurs parler de plus en plus de territoires ». Mais la capacité de ces territoires elle-même varie. Certains menacent de s’effondrer. Se réfugier dans le passé est un autre mécanisme .de défense. Il en va de même pour l’hédonisme immédiat. L’autocélébration de l’individu par lui-même se manifeste par sa mise en scène. « Le narcissisme est la négation de l’autre… ». « Puisqu’il y a crise de légitimité des autorités et des grands systèmes explicatifs, inventons d’autres explications à ce qui nous arrive ». Puisque li y a défiance à l’égard des autorités, « de plus en plus, les Français, pour se forger une opinion, s’en remettent à leur expérience personnelle, à leurs proches et à leurs pairs et, de moins en moins, à ce que les médias et les émetteurs traditionnels énoncent ». La science a perdu beaucoup de son prestige. 51% des français estiment que « ce n’est pas parce qu’un scientifique spécialisé sur un sujet me démontre un fait que c’est vrai et que cela vaut plus que mon jugement personnel.

« Ce qui se profile derrière toutes ces stratégies de défiance….c’est  la crispation identitaire… le danger est que cette pensée-là est inflationniste, qu’elle appelle à la surenchère, car on ne négocie pas avec son identité… » ( p 39-42).

Cependant, Brice Teinturier perçoit également en France une autre dynamique.  La France est plus complexe qu’il n’y parait. Il distingue une « France du lien » et c’est ce qui lui a permis d’intituler son chapitre : « Les Français sont plus unis qu’ils le croient ».

 

La France du lien

« Il existe une autre France que celle qui se vit dans des angoisses de disparition. D‘abord, ce n’est pas parce que l’on éprouve une ou plusieurs grandes peurs évoquées que l’on bascule dans une telle angoisse ; ensuite, il existe aussi une France tout-à-fait différente. Elle est certes minoritaire, mais elle est bien là. Ne pas en tenir compte déforme la réalité au profit d’une analyse partielle et finalement partiale ». Brice Teinturier nous présente cette autre France : « Cette France, sociologiquement plus aisée et plus urbaine, se projette avec davantage d’optimisme dans l’avenir. Elle ne considère pas le déclin comme irréversible  (53%). Si la satisfaction des français sur la vie qu’ils mènent apparait mitigée, 50% expriment malgré tout un jugement positif, en donnant une note comprise entre 7 et 10 sur une échelle de 1 à 10 ». ( p 43) . Dans son titre, ce chapitre avançait une hypothèse optimiste sur l’unité des Français : « Les Français sont plus unis qu’ils le croient ». On découvre ici que c’est bien le cas. Autant le lien social est jugé catastrophique au niveau national – 71% estimant qu’il est mauvais – autant c’est l’exact opposé là où le gens vivent, le lien social y étant perçu comme bon pour 67%. Or c’est sans doute là le plus important et ce qui correspond le plus à la réalité, non à une perception » ( p 44). L’auteur indique aussi que « les Français « continuent à penser que le pays dispose d’atouts importants ».

Il réfute ensuite une représentation pessimiste de la France comme en décivilisation et n’hésite pas à affirmer que « le lien social reste puissant ». Certes, « des chiffres présentant une société française de plus en plus violente   servent souvent à justifier l’idée de décivilisation, la violence occupant une place centrale dans les débats sur la disparition du lien social et de toute règle… Mais il faut s’interroger sur la prégnance de l’idée que la violence augmente dans notre pays et notamment celle des jeunes. Au-delà d’une offre médiatique et politique qui « pousse » le sujet et une telle sémantique, prenons la comme un symptôme pour apporter un réponse différente de la doxa ambiante » ( p 45). On se reportera à l’analyse des données réalisée par l’auteur. Il en arrive à la conclusion  « qu’il n’y a pas une « explosion » de la vlolence des jeunes ou un « ensauvagement de la société », mais bien une extrême violence d’un petit segment de la jeunesse française. Il est évidemment absolument nécessaire de lutter par tous les moyens contre un tel phénomène, mais on est loin d’une jeunesse qui sombrerait dans la violence et cette sémantique est trompeuse. Rappelons que l’extrême violence est d’abord… le fait des hommes et que les féminicides à eux seuls se montent à une centaine par an » ( p 46).  Brice Teinturier évoque alors la recherche du sociologue Norbert Elias qui a montré « un processus de civilisation des sociétés européenne entre le Moyen Age et l’époque moderne. Cette dynamique pacificatrice s’est accompagnée d’un processus de régulation de la violence par l’Etat… » ( p 47). Si le pourcentage des français redoutant une montée de la violence est très élevé, « ce n’est pas le signe d’une décivilisation », mais au contraire « parce que le rejet de la violence a augmenté… la violence nous parait insupportable aujourd’hui… » ( p 48). De plus, quelque soient les motivations politiques pouvant y inciter, en 2025, il n’y avait que 17% des français prêts à justifie la violence… » ( p 49).

Et, d’autre part, le lien social reste puissant. « il existe de nombreux sujets sur lesquels les français, loin de s’affronter et de se fracturer, s’accordent». L’auteur énumère : «  la liberté et la démocratie ; les services publics et un système  de protection large et le plus égalitaire possible ;  les missions de la Santé Publique et de l’Education nationale ; la famille, le lien intergénérationnel ; l’entreprise, majoritairement, voire massivement perçue comme un lieu d’intégration et de construction… » ( p 51) .

 

L’aspiration dominante à une vie paisible

« Les enquêtes sur la société idéale des français montrent un immense désir de tranquillité non dé révolution.  Que le pays soit mécontent et pour partie en colère est une chose, mais l’aspiration à une vie paisible est dominante et consensuelle. En un mot, la société française n’est pas un lieu d‘affrontements de micro-populations en situation de face à face, dos à dos qui ne partagent plus rien. Ce constat permet à Brice Teinturier d’envisager une piste de résolution des problèmes.  « Les problèmes sont immenses et complexes. Ils relèvent davantage de sujets économiques, sociaux et environnementaux que de problèmes identitaires, mais les zones de consensus et les solutions existent ».

Si, conscients de l’ampleur des problèmes, du piétinement du jeu politique pour les résoudre, de la montée d’une vague protestataire pouvant dériver vers des tentations autoritaires, on peut voir dans cette situation un piège dont il serait difficile de sortir. Si l’interprétation des enquêtes dépend pour une part du cadre d’analyse de leurs auteurs, il n’en demeure pas moins qu’elle apporte un éclairage précieux. Ici, l’apport de Brice Teinturier est d’autant plus pertinent qu’il situe l’analyse de l’opinion française dans une rétrospective historique. Il peut mettre ainsi en évidence les nuages qui se sont accumulés.  Cette lucidité lui permet, a contrario, de montrer les limites des tensions en  mettant en cause les emballements médiatiques. « Les français sont plus unis que l’on ne croit ». N’est-ce pas parce qu’il y a également en France des artisans de paix ? On peut évoquer ici l’ampleur du tissu associatif. Bref, tout n’est pas perdu. Un engagement constructif est possible.

J H

  1. Promouvoir la confiance dans une société de défiance : https://vivreetesperer.com/promouvoir-la-confiance-dans-une-societe-de-defiance/
  2. Avec Christian de Boisredon : pour un journalisme de solution : https://vivreetesperer.com/partager-les-solutions-propager-les-innovations-cest-changer-le-monde/
  3. D’un nouveau paysage français à un nouveau contexte culturel et religieux . « La France sous nos yeux » de Jérôme Fourqut : https://www.temoins.com/dun-nouveau-paysage-francais-a-un-nouveau-contexte-culturel-et-religieux/
  4. Une révolution culturelle, selon Jean Viard : https://vivreetesperer.com/une-revolution-culturelle-selon-jean-viard/
  5. Brice Teinturier Alexandre Guerin Arnaud Caré. Au-delà des apparences. Des raisons d’être optimiste en France. Le Cherche-Midi, 2025

 

 

La présence du Christ, guidance d’amour dans une vie quotidienne hors institution

La présence du Christ, guidance d’amour dans une vie quotidienne hors institution

Témoignage de Laure Charrin, thérapeute psycho -corporelle

Laure Charrin, thérapeute psycho-corporelle, énergéticienne est très présente sur internet, notamment à travers sa chaine YouTube (1) où elle publie des vidéos qui portent conseil et encouragement. Or, elle s’est décidée récemment à exprimer la manière dont a grandi dans sa vie l’écoute d’une inspiration à plusieurs reprises libératrice, une présence d’amour à laquelle elle se remet et qui guide ses pas.

Nous appelons donc à l’écoute de son témoignage dans la vidéo ‘Le Christ dans ma vie. Une inspiration et un soutien sans faille’ (2). Laure Charrin raconte comment, en dehors d’une institution, elle a progressivement découvert la personne du Christ, puis a décidé de faire appel à lui dans la prière et trouvant là réponse et guidance. Voici un parcours où Laure a connu de terribles épreuves dans lesquelles l’aide et le soutien du Christ ont joué un rôle décisif. Plus généralement, c’est un parcours où une relation s’est établie avec le Christ, une guidance à travers de riches expériences d’écoute, de sensibilité intuitive et d’attention aux signes. Cette relation avec le Christ se manifeste dans une vie naturellement portée à un amour secourable et ainsi accompagnée en ce sens. Ce récit évoque un quotidien dans lequel beaucoup peuvent se reconnaitre.

Nous recommandons donc l’écoute de cette vidéo. Il n’est pas possible, ni souhaitable d’en reproduire le contenu par écrit, d’autant qu’il en existe un script. Dans notre commentaire introductif, nous mettrons l’accent sur quelques passages et sur quelques épisodes.

 

Témoigner de l’action du Christ dans ma vie

‘Le Christ dans ma vie’, Laure Charrin n’imaginait pas aborder un tel sujet, « mais depuis quelques jours, je ressens un fort appel à le faire et je pense que ce n’est probablement pas par hasard, que très probablement mon témoignage viendra tout simplement toucher ceux ou celles qui en ont besoin, viendra peut-être valider ou éclairer quelque chose, donc je n’ai pas d’intention spéciale si ce n’est offrir un témoignage. J’ai entendu dire que le plus bel évangile, c’était témoigner de l’action du Christ dans la vie de quelqu’un. Je viens partager la singularité et la beauté du lien avec Le Christ dans ma vie. Quelle est la relation que j’entretiens avec le Christ, car c’est bien de cela qu’il s’agit et peut-être que cela inspirera certains d’entre vous »

 

Laure Charrin, énergéticienne, thérapeute psycho-corporelle

Laure Charrin présente ensuite son travail de thérapeute psycho-corporelle, un engagement qui mobilise toutes ses facultés au service d’une dynamique de vie. Energéticienne, elle est « passionnée par l’influence de la conscience sur la santé ». « J’accompagne les personnes en prise avec la maladie et les douleurs en les amenant à utiliser efficacement toutes leurs ressources intérieures pour favoriser la guérison et leur mieux-être. Je les aide à sortir de l’impuissance, à réveiller la foi en elle, à faire enfin la paix avec un passé douloureux. Elles changent d’énergie, deviennent plus sereines, plus alignées avec elles-mêmes, mieux dans leur corps et améliorent bien souvent leur vitalité et leur santé ».

 

Comment Laure a découvert le Christ

Comment Laure a-t-elle découvert le Christ ? Elle nous raconte son évolution durant ses jeunes années : une disposition à aider les autres, une curiosité spirituelle. Elle sera impressionnée par des écrits sur le Christ et sur les saints. Cependant sa famille est éloignée de la religion. Laure attache de l’importance au fait qu’elle ait été baptisée clandestinement par une voisine à laquelle elle avait été confiée pour un moment de garde. Elle nous raconte à ce propos combien elle s’était sentie mal à l’aise dans des messes où ses grand-mères l’avaient emmené.

« Cette présence de Jésus dans ma vie, elle est passée par une voie peu habituelle puisque je n’ai reçu aucune éducation religieuse. Récemment, une personne m’a contacté pour me dire que ma mère m’avait confiée une ou deux heures chez elle pendant qu’elle faisait une course et qu’elle avait ressenti – cette femme était chrétienne – un fort élan de me baptiser, et elle l’avait fait avec toute la sincérité de son cœur, avec ferveur, avec un élan qui venait de son cœur. Alors, elle se demandait comment je pourrais prendre ça. Pour moi, cela a été une confirmation de ce que je ressentais au fond de moi et cela a expliqué beaucoup d’élans que j’ai eu par la suite dans l’enfance, dans l’adolescence et dans toute ma vie, qui probablement ont aussi, là, leur origine… À l’époque, dans l’être que j’étais, elle a peut-être capté quelque chose, ce qui a fait qu’elle m’a baptisée. En tout cas, cela a été bon pour moi d’apprendre cela, car j’ai toujours ressenti au fond de moi que j’étais baptisée et c’est très étrange. Et je suis heureuse de l’avoir été par quelqu’un qui l’a fait en solitaire, pas par un prêtre… La perception de la religion que j’avais quand j’étais petite : je trouvais cela ennuyeux, il n’y avait rien de joyeux, de lumineux. J’avais été emmenée une ou deux fois par mes grands-mères à des messes et je trouvais cela très rasoir. Je me disais : si Dieu existe, il ne doit surement pas être comme cela. Je pense qu’il doit être plutôt sous les arbres, dans le chant des oiseaux, dans le rire des gens. Et je ne comprenais pas que cela fut aussi triste et cela ne m’attirait pas du tout. Alors depuis, mon regard s’est élargi. Evidemment, cette présence divine, quelle que soit la religion, cette source qui coule en tous, en toute chose et en tout être, elle est partout, elle n’est pas cantonnée dans les édifices religieux ». Laure Charrin nous parle ensuite d’expérience où ‘une foi naturelle’ commençait à se manifester. Elle évoque un moment où se sentant menacée par des forces sombres, elle s’écria : « je ne sers que le Christ », parole qui fut libératrice. Dans sa jeunesse, en quête, elle fréquenta plusieurs personnalités spirituellement inspirantes dans des milieux religieux différents : hébraïque, hindouiste, soufi. A chaque fois, on faisait très souvent référence à Jésus, au personnage du Christ. « Cela m’interpellait de voir que sa présence était vraiment forte et rayonnait quelque chose d’intemporel et d’universel. C’est cela qui m’a beaucoup touché ainsi que ce que je vivais. Cette familiarité venait me toucher personnellement. Je n’ai été formatée par aucune éducation religieuse – mais, pour autant, quelque chose en moi reconnaissait pleinement ce dont le Christ est porteur et qui réside également dans chacun d’entre nous. C’est quelque chose que j’ai toujours ressenti finalement ».

 

La réception d’un chant spirituel

Laure Charrin partage également avec nous une expérience de réception d’un chant à tonalité spirituelle. Cette expérience est advenue dans le contexte de la formation musicale qu’elle a suivi dans sa jeunesse, devenant par la suite professeure de musique pendant dix ans dans l’éducation nationale. À cette époque, de temps en temps, il lui arrivait de recevoir des inspirations qui lui ‘venaient d’en haut’, ‘pour des textes à forte résonances spirituelle’. Elle nous raconte un épisode particulièrement marquant. Une fois, elle ressentit d’aller dans une forêt près de ses parents en Sologne. « Je m’y suis rendu ». S’y reposant, elle a « savouré le soleil, la tiédeur de l’air, la musique des abeilles qui bourdonnaient ». Revenue à elle après un moment dont elle ne souvient pas, elle a repris sa voiture. « En rentrant chez moi, en reprenant une conscience ordinaire, m’est descendu tout un texte entier, les paroles, avec des rimes et une musique. Donc, j’ai écrit tout cela en rentrant puisque j’ai une formation de musicienne. En ce chant, c’était le Christ qui nous parle à tous, des paroles très simples que même un enfant peut comprendre ». Laure était enthousiaste, mais en même temps embarrassée d’avoir capté cela. « En même temps, je sentais que cela venait de plus grand que moi ». Elle a rangé le tout dans un tiroir et c’est resté là pendant plusieurs années. Par la suite, en parlant avec une amie, celle-ci lui a demandé d’écouter son chant et l’a trouvé très beau. En chantant ce chant à un stage organisée par cette amie, celui-ci reçu un accueil très favorable. « Certaines personnes pleuraient et étaient vraiment touchées dans leur cœur. C’est là que j’ai réalisé un peu plus la force de ma connexion avec le Christ mais c’est comme s’il avait fallu des années pour le reconnaitre pleinement et surtout pour oser lui demander. Donc il y eu ces sortes de grâce qui sont advenues, mais à cette étape de ma vie, je ne priais pas vraiment. Je n’actionnais pas le pouvoir de ce lien, mais je savais qu’il était là. Je me sentais aimée, portée, soutenue même si j’oubliais bien souvent que j’étais emprisonnée comme tout le monde dans des attitudes limitantes et où je n’étais pas forcément hyper bien dans ma peau à cette époque-là ».

 

Un vécu dramatique : l’accident mortel de Daniel, son conjoint

Plus tard, est venu un temps d’épreuves. Laure Charrin rapporte qu’en 2012, elle était en couple avec un homme qui s’appelait Daniel et qu’elle prévoyait d‘aller s’installer avec lui en Corse, mais ce projet n’a pas pu se réaliser, car il est mort sous ses yeux dans un terrible accident. « En février 2012, ce conjoint Daniel s’est tué devant moi et notre fils dans un accident d’escalade et il est tombé à nos piedsJ’étais dans un état de panique totale. Je l’encourageais toutes les trente secondes parce qu’il avait des râles ». Juste un moment, le mental de Laure s’est arrêté et ‘elle a senti une espèce de paix descendre en elle : elle est entrée dans un espace de paix absolue, d’amour absolu’. Mais cela n’a été qu’une brève parenthèse. La paix l’a quittée et elle s’est de nouveau mise à trembler en mode de survie. Après l’enterrement, à l’aéroport pour prendre l’avion avec son fils, ayant à ses côtés, sa mère et sa belle-mère, elle sentit sa vie la quitter du fait du chagrin, et aussi du choc. « J’ai senti toute une part de moi qui s’en allait par le haut et je sentais que s’il ne se passait rien, j’allais m’éteindre en quelques semaines ou en quelques mois, que j’allais mourir. De me dire : je vais me battre, il y a mon fils, je sentais que cela ne suffisait pas. Quand j’ai senti ma vie me quitter, je me rappelle très bien qu’à l’aéroport, je me suis tournée vers le Christ comme par instinct. Je ne sais pourquoi, ni comment, mais d’un seul coup, il m’est venue que c’est la seule direction que je pouvais emprunter. Je lui ai dit intérieurement : si Tu ne m’aides pas, je ne peux pas. Et, au moment où j’ai prononcé cette phrase, j’ai senti toute mon énergie revenir à l’intérieur de moi ». Les mois qui ont suivi, ont cependant été très durs. « Cela a été quand même la traversée d’une nuit noire, d’un enfer. J’étais paralysée par des paniques, des angoisses extrêmes. C’était très difficile, mais j’ai traversé. Je ne suis pas morte. Je me suis même connectée à une force que je ne pensais pas avoir ». Tout cela a marqué Laure. « À partir de cette période, j’ai commencé à solliciter ce lien ».

 

Comment Laure prie-t-elle maintenant ?

Laure Charrin nous explique la manière dont elle s’est mise à prier et prie aujourd’hui. Elle nous dit qu’elle n’avait pas envie de prier d’une manière conventionnelle avec tel mot ou telle formule. « J’avais déjà tellement été touchée par l’action du Christ dans ma vie que je me suis dit que j’allais lui parler simplement, en fait lui parler de mes questionnements, de mes peurs, quand j’ai besoin d’aide, lui demander. Et c’est ce que j’ai commencé à faire, d’oser lui parler comme à un ami, alors pas comme un ami familier, mais comme le plus grand des amis ; comme quelqu’un qui peut vraiment m’apporter de l’aide et de ne pas craindre de lui témoigner de là où je galère, de là où c’est dur, de là où je ne comprends pas, de là où je suis en colère. J’ai vraiment peu à peu tout déposé à chaque fois que j’en avais besoin. Et chaque fois, il ne se passait pas forcément quelque chose au moment où je le faisais, mais je me sentais soulagée parce que je savais au fond de moi que j’étais entendue et que pas une larme que je versais n’était oubliée. J’osais demander de l’aide et alors quelque chose venait en retour. Ce n’était pas toujours immédiat. Parfois, il ne se passait rien pendant un certain temps. Mais parfois, je ressentais la paix en moi. Parfois, dès que j’avais exprimé mes problèmes, il m’arrivait de ressentir de l’amour et la joie revenait très vite. Quand il y avait une peur intense, une sérénité intense pouvait également venir après. Et, même quand j’oubliais parfois pendant de longues semaines de solliciter ce lien, quand j’y revenais, je me sentais toujours accueillie de la même façon, avec un amour inconditionnel… »

 

Les hauts et les bas de l’accompagnement face à la maladie de Jean-Michel.

Laure Charrin nous partage ensuite des expériences dans lesquelles il lui a été donné de surmonter sa peur. Et elle en vient à relater une autre épreuve dans laquelle elle a été confrontée à la maladie de Jean-Michel, son nouveau conjoint après le décès de Daniel. « Pas longtemps après que je m’installe avec lui, il a eu une grave maladie, un cancer en phase terminale. Là aussi, la présence du Christ a été très forte parce que j’étais sûre qu’il y avait un chemin de guérison pour lui. J’avais vu comment peu à peu, il en était arrivé à s’enfermer dans un état d’esprit hyper-sombre et comment cela avait favorisé l’apparition de la maladie et son développement à un stade avancé. Et donc, j’étais sûre au fond de moi qu’il pouvait se faire aider, changer ce noir intérieur, cette relation dure à lui-même s’il dépassait certaines peurs, certaines blessures. Je savais qu’il pouvait guérir. Je savais aussi que je pouvais l’aider ». Laure raconte comment elle s’est sentie inspirée. « Alors que Jean-Michel entrait dans un parcours de soins palliatifs, je me suis sentie inspirée par une foi pour convaincre Jean-Michel que je l’aide et l’accompagne ». Au moment où elle parlait avec lui à ce sujet, elle perçut comme un signe l’apparition d’un rouge-gorge venu frapper à la vitre avec son bec. « C’était incroyable. J’ai senti comme si c’était le Christ qui me disait : Mais vas-y, continue à lui dire que tu sais ce que tu peux faire pour lui… Et donc, c’est ce qui s’est passé. J’ai trouvé les mots. Il a accepté que je l’aide. Et en parallèle de ses traitements, en l’espace de sept mois, il est passé de la phase terminale du cancer à une rémission complète, ce qui n’était pas censé arriver avec ses traitements… On a pu voir les effets de l’énorme révolution intérieure qu’il avait opéré et où j’ai été inspirée pour y croire même s’il y a eu beaucoup de moments de découragement… Cependant, après un an de rémission complète où tout allait bien, j’ai vu qu’il repartait à l’envers, c’est-à-dire qu’il reprenait ses anciens schémas de pensées, ses anciennes attitudes. Et je sentais toute son énergie se refermer comme cela, s’éteindre. C’était douloureux de voir cela. Pourtant, c’est lui qui avait effectué ses transformations intérieures, posé des actes et fait tout ce chemin. Je l’ai vu changer de cap et je ne pouvais rien faire pour lui. Je me rappelle avoir beaucoup prié… Un jour, un ambulancier lui a répété ‘moi, je connais un grand médecin, c’est Jésus’. J’ai été très touchée de voir que la grâce venait frapper à la porte de Jean-Michel, mais il n’a pas voulu y croire ».

 

Une parole d’encouragement : lève-toi et brille (Esaïe)

« Quand quelqu’un de proche meurt, c’est un peu comme mourir. Il faut tout refaire, repartir à zéro, panser certaines plaies profondes. Donc, à nouveau, je n’ai pas échappé à cela ». C’est là qu’à nouveau Laure Charrin a reçu une inspiration. Une nuit, réveillée par une lumière intérieure, elle entend une parole, ‘lève-toi’. « Je me suis levée. J’ai entendu aussi Esaïe. Alors Esaïe, je savais que c’était un prophète qui a tout un livre dans la Bible, mais je n’avais pas lu la Bible. Donc, je ne connaissais pas grand-chose ; donc, à quatre heures du matin, je vais chercher une Bible. Et je regarde tous les débuts de paragraphe. Et au soixantième verset, cela dit ‘Lève-toi et brille’. Les ténèbres recouvrent le monde, mais sur toi, la lumière brillera ». Pour Laure, ce fut une réponse en regard de ses hésitations dans le domaine de ses activités professionnelles. En pleine crise du covid, elle l’a reçue comme une invitation à aller de l’avant et à mettre en place ses activités. Elle nous dit également combien elle a été ‘touchée par la précision de cette mention parce que, à la fin du verset il est écrit, noir sur blanc, que ‘ les jours de deuil sont terminés’. « Alors, pour moi qui venait d’être veuve deux fois, cela a eu une résonance puissante. Je repense à ce verset quand ce n’est pas facile de garder le cap et de continuer à rayonner, à briller tout simplement… ».

 

Un chant pour accompagner la fin de vie

Le témoignage se poursuit à travers la narration d’épisodes manifestant une relation discrète à travers une voix intérieure entre le Christ et Laure. C’est un accompagnement dans lequel elle puise sa confiance

Ainsi, « en épluchant des carottes dans ma cuisine, d’un seul coup, j’ai senti à l’intérieur de moi une pensée très, très claire qui me disait ‘maintenant tu vas enregistrer un disque de chant pour accompagner la fin de vie’. Alors, je me souviens très bien avoir dit ‘ah alors non, non, non. Je n’ai pas envie d’être encore confrontée à la mort’. J’avais vraiment envie de ne plus penser à tout cela… Et puis, quand une directive est si claire et si pleine d’amour, je sais très bien que je dirais oui. Alors, j’ai dit ‘bon, d’accord, mais il faudra m’aider parce que enregistrer un disque, cela demande beaucoup d’effort et beaucoup d’argent’. Un financement participatif a pu se réaliser. J’ai senti qu’à chaque étape, j’étais accompagnée, encouragée ». À la suite de ce disque, Laure a effectué quelques formations… « Voilà donc une inspiration qui m’est venue et qui est liée avec ce lien avec le Christ. Il m’a guidée pour savoir que faire de cette expérience d’avoir accompagné la fin de vie. C’est le Christ qui m’a soufflé et inspiré cela ». Elle a reçu de bonnes appréciations sur son disque. « Les fruits, je les ai encore aujourd’hui puisque je continue à transmettre et qu’il y a de plus en plus de personnes qui utilisent cela dans leurs pratiques ».

Accompagnée dans la réalisation de sa vocation professionnelle

Laure Charrin a emménagé dans les Hautes-Alpes en 2022. Elle nous raconte comment là aussi, elle a été aidée par les intuitions intérieures qu’elle a reçues et qui ont concerné différents aspects : trouver un logement adéquat, obtenir le transfert de son numéro de formatrice, installer un cabinet. Et, lorsqu’elle rédige son programme d’accompagnement, en termes de ‘grâce au cœur de l’épreuve’, elle sent une force qui l‘empêche de continuer dans cette voie… « Et, à la place du mot épreuve, je sens que c’est le mot maladieTu vas accompagner des gens qui sont malades ou qui ont des douleurs ». Finalement, Laure se sent à l’aise dans cette voie parce que elle se remémore l’expérience qu’elle a vécue dans l’accompagnement de Jean-Michel, ‘dans sa maladie, dans sa rémission et après jusqu’à la mort’. « J’étais souvent inspirée pour savoir quoi dire, quoi faire. Quand je posais mes mains sur lui, je me sentais inspirée, traversée pour faire telle ou telle chose… ». Aujourd’hui, dans ses accompagnements, Laure ressent en elle « un état d’être, une qualité d’amour et de présence qui lui est soufflée, infusée par le lien avec le Christ. Il se transmet dans les séances sans que je le nomme. Pour moi, la conséquence directe de ce lien avec le Christ, c’est de répandre l’amour d’abord en soi pleinement, dans ceux qui en ont besoin et aussi autour de nous ».

 

En mouvement de demande et d’anticipation dans la connexion de l’amour

« Je pourrais continuer encore longtemps à donner des exemples. Tout cela pour vous dire que je vous invite – si cela vous parle, bien sûr, il n’y a aucune injonction de quoique ce soit – si vous êtes fâché avec la religion et que cela vous empêche de vous connecter à plus grand que vous, et si vous sentez une résonance particulière avec le Christ, je vous invite tout simplement à être tel que vous êtes, puis à lui demander de l’aide quand vous en avez besoin. Oser lui confier des choses et voir ensuite ce qui va se passer, qui en général ne sera jamais comme vous vous y attendez, mais qui sera toujours là ».

Laure Charrin évoque sa lecture d’un livre très connu, ‘Le dialogue avec l’Ange’, où elle a prêté attention à une parole évoquant la manifestation du Christ à notre époque. Laure exprime le fruit de la connexion avec le Christ dans les termes de l’amour. « C’est un état d’être. On est dans une fréquence particulière qui fait que le meilleur advient dans nos vies ». Ainsi évoque-t-elle le verset évangélique en Marc 11.24, une parole de Jésus : « Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l’avez déjà reçu ». « Ce qu‘on désire, ce ne sont pas seulement des choses matérielles. Ce qu’on désire profondément, c’est retrouver la connexion à l’amour, avec une majuscule, qui fait qu’on va se sentir en sécurité, connecté à la vie, à l’essence de toute chose. Et dans cet état d’être, effectivement, tout ce qu’on demande, les souhaits pour faire grandir cela dans le monde avec nos talents particuliers, nul doute qu’en pensant que c’est déjà là, cela va accélérer le fait que cela se produise vraiment ».

Le mal est si visible dans ce monde qu’oublie parfois qu’il y a des êtres prédisposés à aimer (3). Laure Charrin nous rappelle également qu’il y a aussi plus généralement une aspiration à l’amour trop souvent refoulée. Laure Charrin nous le rappelle en déclarant : « Ce qu’on désire, c’est retrouver une connexion avec l’amour ». Elle nous explique comment ce désir s’est manifesté chez elle dans une quête spirituelle. Celle-ci s’est traduite par une découverte progressive du Christ et une connexion avec lui. Voilà un témoignage original ; iI nous expose un long cheminement intérieur dans une grande sensibilité attentive à la présence du Christ et à son œuvre. Ce témoignage est précieux également par ce qu’il montre comment le Christ peut se manifester aujourd’hui hors institution religieuse et dans la culture la plus actuelle.

J H

 

  1. https://www.youtube.com/c/LaureCharrin
  2. Le Christ dans ma vie : un soutien sans faille : https://www.youtube.com/watch?v=VC9pZvTcBqI
  3. Une force m’a poussé à aimer : https://vivreetesperer.com/une-force-ma-pousse-a-aimer/ Soigner ave le cœur : https://vivreetesperer.com/soigner-avec-le-coeur/ Soignantes porteuses de relation et de vie en ehpad : https://vivreetesperer.com/soignantes-porteuses-de-relation-et-de-vie-en-ehpad/
De la culture de la performance à la culture de la robustesse

De la culture de la performance à la culture de la robustesse

 

 

Selon Olivier Hamant

On peut discerner dans la culture occidentale un impératif du toujours plus et du toujours mieux. C’est aussi un désir du toujours plus vite si bien qu’un sociologue Harmut Rosa a pu voir dans l’accélération une caractéristique majeure de notre société (1). Il y a là un emballement dangereux. Dans la même veine, on constate une recherche effrénée de l’efficacité. C’est une polarisation qui entraine un déséquilibre. Comme biologiste, bien au fait des équilibres naturels, Olivier Hamant dénonce les méfaits d’une culture de la performance aujourd’hui en porte-à-faux par rapport aux limites des ressources naturelles et aux fluctuations des temps à venir et promeut en antidote, la robustesse qui se trouve dans le vivant. C’est ainsi qu’Olivier Hamant présente ses conclusions en faveur de la performance dans un opuscule de la collection : Tracts : « Antidote au culte de la performance : la robustesse du vivant » (2). Son texte commence ainsi :

« Le dérèglement socio-écologique n’est plus une prédiction, C’est désormais notre quotidien rythmé par des crises. En réaction, nous produisons du développement durable, une injonction de sobriété et surtout beaucoup d’éco-anxiété. Et si nous faisions fausse route ?  Les rapports scientifiques convergent pour qualifier le XXIè siècle. : il sera fluctuant. Notre seule certitude, c’est le maintien et l’amplification de l’incertitude.  Face à ces turbulences, le contrôle, l’optimisation ou la performance nous enferment dans une voie étroite très fragile. La robustesse – c’est-à-dire maintenir le système stable malgré les fluctuation – est la réponse opérationnelles aux turbulences. Contrairement à la performance, elle ouvre le champ des possibles et nous relie au vivant, robuste « par nature ». Mieux, les progrès récents de la biologie nous donnent aussi une clé importante :  la robustesse se construit d’abord sur l’hétérogénéité, la redondance, les aléas, le gâchis, la lenteur, l’incohérence… bref, contre la performance. Le basculement vers la robustesse inverse tous les paradigmes de notre temps et nous aide à quitter le monde du burn-out. Sans regret. Tout un contre-programme » ( p 3). Dans une écriture dense, de petits chapitres vont successivement décrire les conséquences malheureuses de l’engouement pour la performance et, à contrario les bénéfices de la robustesse. Il   y a un avenir dans le paradigme de la robustesse.

Dans une interview en vidéo, Olivier Hamant, répond à la question : « Comment sortir du culte de la performance? » (3).  Il décrit la situation actuelle et le processus pour en changer en des termes accessibles et pédagogiques et nous allons donc présenter ses propositions.

 

Comment sortir du culte de la performance?

D’entrée de jeu, il nous montre la dimension de l’enjeu : « Ce qu’on vit, c’est une révolution culturelle. Ce n’est pas une crise sociale, une crise géopolitique, ce n’est pas une crise écologique au premier rang. C’est d’abord une crise culturelle. Il va falloir dérailler du culte de la performance ». Olivier Hamant est chercheur biologiste. Il anime l’Institut Michel Serres qui est un think tank qui a été fondé par Michel Serres en 2012. Michel Serres a écrit un livre qui s’appelle « Le Contrat naturel ». Le contrat naturel dit que la loi de l’offre et de la demande n’a aucun sens. La nature n’est pas un décor. La vraie loi est : besoins et ressources ». La nature est un partenaire. Olivier Hamant critique le culte de la performance. « Nous les êtres humains , on fait beaucoup de performance, tout le temps. Les êtres vivants font le contraire. Ils font d’abord de la robustesse ».

 

Qu’est-ce que la performance ?                                     

« La performance, c’est la somme de l’efficacité et de l’efficience. L’efficacité atteint son objectif ; L’efficience, c’est l’usage du moins de moyens possibles. Quand on est performant, on se canalise. On va très très loin, très très vite, mais on oublie qu’il y a d’autres chemins. Dans notre monde actuel, c’est ça qu’on veut faire. Par exemple, l’intelligence artificielle, c’est d’arriver encore plus vite à produire des services etc sans se poser la question : est-ce qu’il y aurait d’autres chemins pour faire la même chose. Quand on est dans la culture de la performance, on est dans une culture de la compétition. Dans une compétition, ceux qui gagnent, ce sont toujours les plus violents. La culture de la performance, c’est une culture de la violence. C’est pour cela qu’elle pose problème ; on a été tellement loin dans l’ultra performance qu’on est en train de générer un burn out des humains et des écosystèmes . On est exactement dans ce moment un peu difficile ».

 

Mais alors qu’est-ce que c’est le modèle opposé : la robustesse ?

« La robustesse, c’est maintenir le système stable malgré les fluctuations. Un exemple, c’est le roseau dans le vent. Le roseau est stable malgré les fluctuations, et, à plus long terme, c’est maintenir le système viable malgré les fluctuations..  La robustesse répond à une pulsion profonde, celle de durer et de transmettre. Les êtres vivants sont robustes avant d’être performants ».

 

Où est-ce qu’on trouve de la robustesse ? 

Dans le vivant, mais aussi dans les systèmes. Le vivant n’est qu’une incarnation de la robustesse. On la retrouve aussi dans des systèmes ; par exemple, un avion de ligne : il fonctionne à 50£% de sa capacité. Et dedans, il y a trois systèmes autopilote automatiques différents. Pourquoi tant de redondances : parce qu’il va lui falloir la capacité d’affronter des turbulences..Il faut qu’il soit un peu robuste. On peut décliner la robustesse dans les langages. Toutes les langues sont robustes avant d’être performantes. Une langue performante, c’est une langue robotique. Chaque mot a seulement un sens. Pas de polysémie Quand on a un langage robotique parfait, il n’y a pas de communication ». Ce sont les imperfections de la langue qui suscitent des questions, un dialogue en confiance.

 

Est-ce qu’il y a des secteurs qui basculent de la performance à la robustesse ?

« il y a des domaines qui sont plus ou moins en avance dans la bascule de la performance à la robustesse. Je pense à l’agriculture. En Amérique du sud, en 1980, un nouveau modèle a décollé. C’est l’agroécologie qui ensuite a décollé un peu partout. L’agroécologie, c’est l’exemple-type d’un système qui est robuste parce qu’il est moins performant. Quand on fait de l’agroécologie, on ne vise pas le résultat maximal, on vise le rendement stable. Par la diversité, on préserve les sols.  Cela rend les parcelles agricoles robustes. Un autre exemple, c’est l’autoréparabilité. Aujourd’hui, il n’y a plus d’entreprises qui ne se pose la question de la réparabilité de ses produits. Cela, c’est plutôt de la robustesse. Quand on fait des objets réparables ; ils sont plus gros…. mais par contre, ils vont durer et on va pouvoir les transmettre ».

 

Existe-t-il un lien entre robustesse et justice sociale ?

« Il y a un lien entre la justice sociale et la robustesse. La santé des milieux naturels nourrit la santé sociale. La santé sociale nourrit la santé des humainsEt dans la santé sociale, la justice sociale est clé. Quand on fait de la justice sociale, on va se poser des questions d’équité. L’équité, cela veut dire qu’on accepte des inégalités. Cela veut dire par exemple que dans un collectif, on accepte qu’il y ait des personnes qui sont moins performantes, qui font d’autres choses, qui ont d’autre talents   qui sont donc moins pertinente, mais qui peuvent être utiles.  On a parfois de contre-performances individuelles au service de la robustesse du groupe. Ça, c’est la justice sociale ».

 

Quel rôle peuvent jouer les instances publiques ?

Aujourd’hui, on est dans un mouvement de bascule d’un monde qui état drogué à la performance pendant des décennies et même des siècles et là on va quitter ce monde-là parce que notre environnement va devenir très fluctuant. On rentre dans un monde de ruptures : des méga-feux, des méga-inondations, mais aussi des remous sociaux, des crises géopolitiques. Dans ce monde-là, on va faire de plus en plus de robustesse. Les fluctuations vont faire qu’on va passer du mode performant au mode robuste. Le problème, c’est que si on laisse faire, il y aura beaucoup de casse. Le rôle du politique, c’est d’accompagner ce basculement en devançant l’appel, en étant devant la loi ». Olivier Halant évoque ici « les premières régies municipales agricoles où on produit ses propres fruits et légumes et où on les donne aux écoles sans passer par des cadres sanitaires. Ça a très bien marché » et c’est devenu un modèle. Olivier Hamant évoque aussi un grand mouvement de masse partout dans le monde, en Amérique du sud, en Inde, en Chie, en Afrique, Tous ces mouvements, ce sont des mouvements qui mettent d’abord en avant le lien, des interractions humaines au service de la robustesse du groupe. La population est en train de développer de nouveaux modes d’interaction au service de la robustesse. On est dans un moment de basculement ».

 

Alors, quelles sont les initiatives qui peuvent être mises en place aujourdhui ?

« Ce qu’on vit, c’est une révolution culturelle, ce n’est pas une crise sociale, une crise géopolitique, une crise écologique en premier, c’est d’abord une crise culturelle. Il va falloir dérailler du culte de la performance. On est tous addicts à la performance. Et là, on peut s’inspirer des techniques de déprive sectaire. Donc, pour les gens qu’on veut faire sortir des sectes, il y a plusieurs méthodes, mais une méthode qui est hyper importante, ce sont des moments d’arrêt et créer des espaces d’arrêt où on fait face à toutes ces dissonances, à toutes ces contradictions internes. Les ultra performances n’ont que des projets de mort.  Aller sur Mars, c’est mourir sur Mars. Faire des mines sur les astéroïdes, c’est délirant.  Faire de bunkers… à Hawaï, c’est un tombeau. Un monde robuste, c’est un projet de vie. On vit avec les fluctuations sur la terre. On ne va pas sur Mars. On reste à la surface ».

 

On peut se demander : « Quels sont les freins au changement de paradigme », à l’abandon de la suprématie de la performance pour adopter une forme robuste ?

On les connait. Certains lobbys, le lobby pétrolier, le lobby financier, ceux qui sont encore dans le culte de la performance » ; Olivier Hamant voit là une forme de dérive sectaire … Ce sont des collectifs qui ne questionnent plus la performance. Toutes ces années, ils veulent augmenter la performance sans se poser la question qu’ils sont en train de détruire leurs écosystèmes, mais leurs vies aussi. Ce sont des gens qui en général finissent en burn out assez rapidement. Et aussi, il y a des freins éducatifs. C’est qu’en fait, si on a été formé pendant toute sa vie à la compétition, c’est très difficile de s’en détourner .Notamment, à propos du personnel politique souvent national ou supranational, Souvent ce sont des personnes qui ont été formées comme cela dans les années 80 , 90 et qui ont plus de mal à comprendre ce qui s’est passé. Les nouvelles générations ont bien compris que le monde était fluctuant. C’est bien ce que l’on voit chez les jeunes. Il y en a beaucoup plus de travail en équipe et de savoir faire sur le travail en équipe.  Car en fait coopérer , ce n’est pas simple. Ça veut dire qu’on est capable de parler avec des gens de différentes traditions, de différentes cultures. On est aussi exposé à des conflits, mais par contre, on sait résoudre les conflits. Donc, en fait, cette coopération (4), ces écoles de la coopération, ça va certainement nous aider aussi à basculer ».

 

Aujourd’hui, nous vivons dans un univers mondialisé. « Ce modèle est-!l applicable à l’international ? ».

« On a tous été confiné la même année. Maintenant,

nous vivons effectivement à l’ère des synchronies. On est dans un mouvement planétaire. Toute la planète bouge ensemble. Il y a un très bon documentaire qui illustre bien cela. C’est « Bigger than us » de Flora Vasseur. Elle a suivi des jeunes entre dix et vingt ans, donc vraiment des jeunes qui dans leur territoire, que ce soit en Indonésie, au Liban, en Amérique du sud   ont changé les lois de leurs pays. Ce ne sont que des bascules de la performance à la robustesse :  contre ls violences faites aux femmes, pour les écosystèmes , contre le plastique, tout ça. Ce sont des jeunes qui ont bien compris ce qu’ils portaient, qui se sont mobilisés et qui ont fait changer le système. Mais en fait, c’est dans la même année, dans la même période et c’est la même génération Donc, ce qui est extraordinaire, et c’est pour la génération qui vient là, c’est un moment historique. Ce n’est jamais arrivé dans toute l’histoire de l’humanité : Qu’il y ait une génération qui ait la légitimité et le pouvoir de tout changer. »

 

Mais nous-mêmes, « à notre échelle, que peut-on faire ? ».

 « La première chose que nous puissions faire individuellement, c’est de questionner les mots que l’on utilise. J’insiste beaucoup sur le fait que l’on vit une crise culturelle. Il y a beaucoup de mots que l’on utilise au quotidien et qui sont hérités du monde stable abondant en ressources, performant, extractiviste. Rentabilité, c’est un gros mot. Pendant longtemps, la rentabilité d’une entreprise était corrélée à sa performance. Ce n’est vrai que si le monde est stable. Dans un monde instable, la rentabilité d’une entreprise est corrélée à sa robustesse parce que les entreprises performantes seront les plus fragiles dans leur hyper canalisation. Si on évoque « le mode dégradé », en bricolant, le système D  etc, cela devient le monde robuste. Le mode performant où on a accès à tout, où on a une supertechnologie, où ça tourne super bien, en fait, c’est un monde fragile parce qu’il ne faut pas qu’il y ait un grain de sable dans la machine. Alors, tout est cassé. L’autre chose en fait, c’est de se réancrer dans le territoire. On entend beaucoup l’idée qu’on manque d temps, qu’il y a urgence ; Que ce soit pour la crise climatique ou pour d’autres questions, on manque de temps. Si on manque de temps, il faut juste regarder dans les écosystèmes, chez les êtres vivants. Quand il y a une crise dans un écosystème, les êtres vivants n’accélèrent pas. Ils multiplient leurs interactions avec leur territoire. Ce sont des symbioses par exemple chez les plantes Pour nous, les êtres humains, c’est pareil.  Si, en fait, on manque de temps, il faut se reconnecter à son territoire. Donc les interactions avec les associations locales, avec la ville locale, avec les entreprises locales, avec tout ce qu’on peut trouver autour. Quand on manque de temps, il faut se rendre compte qu’il nous reste l’espace ».

 

Alors y a-t-il un espoir ? Reste-t-il un espoir?

La question est posée à Olivier Hamant : « Quel est votre espoir si vous en avez un ? ». « J’ai beaucoup d’espoir pour ce qui vient parce que justement le monde va fluctuer. Il ne fuit pas être bisounours. Il va y avoir des fluctuations très fortes. Il y aura de turbulences ; il y aura des tempêtes. Il y en a déjà à vrai dire. Il y aura des remous sociaux. Il y aura des crises géopolitiques, etc… Donc, ça c’est la partie qui fait un peu peur. Mais, ces fluctuations condamnent le modèle socio-économique actuel qui est drogué à la performance et qui est très fragile dans les fluctuations. Ça va dégager un modèle économique qui n’a plus aucun sens et on va construire un modèle économique coopératif (5). Cela peut paraitre parfaitement utopique, mais ce qui est extraordinaire, c’est qu’en fait, on est déjà dans le monde d’après. Les modèles coopératifs s’accélèrent en ce moment. Il y en a de plus en plus. L’agroécologie, ça explose. C’est un peu l’image des nuées d’oiseux. Les nuages d‘oiseaux n’arrêtent pas de basculer de droite à gauche, et on peut se demander : comment font-ils pour basculer ? Mais en fait, c’est très simple. Ce sont toujours les oiseaux à la périphérie du groupa qui guident le groupe parce que ce sont eux qui sont exposés les premiers aux fluctuations du monde : le prédateur qui arrive, la bourrasque du vent. Et après, ils se synchronisent et ils contaminent le cœur du système. On en est exactement là en ce moment. Les marges vivent des fluctuations très fortes. Elles ont déjà inventé des modèles robustes : le tout réparable, l’agroécologie… et c’est en train de contaminer le cœur. On est dans un moment porteur d’espoir.

La vision d’Olivier Hamant s’appuie sur sa recherche relative au monde vivant. Son regard s’est développé à partir de cette recherche et il a construit une interprétation éclairante de la situation actuelle.  Il y a là une analyse en profondeur qu’Olivier Hamant décline en plusieurs livres et en de nombreuses vidéos.  Ici, notre présentation de son œuvre est limitée, mais son interview en donne les grandes orientations

La crise que nous vivons aujourd’hui peut être abordée sous différents angles. Comme l’approche d’Harmut Rosa, celle d’Olivier Hamant est socio-culturelle. L’un met en cause l’accélération, l’autre, la performance. Dans les deux cas, la dérive peut être envisagée comme la résultante d’une volonté de puissance, une forme de démesure. Sur ce registre, il y a bien un antidote spirituel, c’est l’esprit des Béatitudes (6).  La résistance à la culture qui mène l’humanité à sa perte, peut prendre différentes formes opérationnelles. En dénonçant une culture de la performance et en proposant une culture de la robustesse, il nous semble qu’Olivier Hamant ne se contente pas de nous proposer un diagnostic convaincant, il ouvre un horizon libérateur.  Si le pessimisme accompagne la crise actuelle, l’espoir affiché par Olivier Hamant  permet d’entrevoir une dynamique salutaire.

 

J H

 

  1. Face à une accélération et à une chosification de la société : https://vivreetesperer.com/face-a-une-acceleration-et-a-une-chosification-de-la-societe/
  2. Olivier Hamant. Antidote au culte de la performance ; La robustesse du vivant. Gallimard Tracts, 2023
  3. Comment sortir de la performance ? https://www.google.fr/search?hl=fr&as_q=olivier+Hamant++you+tube&as_epq=&as_oq=&as_eq=&as_nlo=&as_nhi=&lr=&cr=&as_qdr=all&as_sitesearch=&as_occt=any&as_filetype=&tbs=#fpstate=ive&vld=cid:7a767642,vid:TENa7UGWd1A,st:0
  4. Coopérer et se faire confiance : https://vivreetesperer.com/cooperer-et-se-faire-confiance/
  5. Face à la crise écologique, réaliser des transitions justes : https://vivreetesperer.com/face-a-la-crise-ecologique-realiser-des-transitions-justes/ Vers une économie symbiotique : https://vivreetesperer.com/vers-une-economie-symbiotique/
  6. Les béatitudes au quotidien : https://www.temoins.com/les-beatitudes-au-quotidien-la-contre-culture-heureuse-des-evangiles-dans-lordinaire-de-nos-vies/
Un tournant vers le spirituel

Un tournant vers le spirituel

Faire l’expérience de Dieu aujourd’hui

De plus en plus d’expériences du divin, sous des formes variées et des appellations diverses comme ce qui est décrit sous le terme de « awe » (1), sont rapportées aujourd’hui. Dans son livre : « God’s wider presence » (2, déjà présenté sur ce site (3), Robert K Johnston consacre un chapitre à un tournant actuel vers le spirituel : « Faire l’expérience de Dieu aujourd’hui »

« Nous le sentons tous, comme le nouveau millénaire a point, quelque chose a changé dans la culture occidentale ; quelque chose qui a aussi des conséquences en regard de la foi chrétienne…. Notre expérience de Dieu est en train de devenir à la fois moins centralisée ou institutionalisée, dans son expression variée, tandis qu’elle devient même plus importante que nos positions théologiques. Un nombre croissant de chrétiens ohoisissent de questionner l’autorité religieuse, décident pour eux-mêmes quelles positions théologiques adopter, et s’identifient d’une manière beaucoup plus libre aux institutions religieuses au moment même où ils sont de plus en plus ouverts à embrasser le mystère et à expérimenter la transcendance en dehors de la communauté d‘adoration » ( p 19). L’auteur remarque également que, si la raison demeure importante, les chrétiens actuels sont de plus en plus sensibles à l’imagination, au récit. Ils ne découvrent pas seulement la réalité de la révélation divine à l’intérieur de la communauté de foi, mais aussi en dehors des frontières du christianisme institutionnel.

Robert K Johnston consacre son livre à « une réflexion théologique à propos de cette tendance : en parler, apprendre de ses forces, contrer ses dégradations, et suggérer un chemin d’avenir, à la fois dans notre adoration et dans notre mission » ( p 19).

 

Une expérience de Dieu moins centralisée

Dans certains pays en Europe, on a constaté un recul important de la pratique dans de grandes églises au cours des cinquante dernières années. Le phénomène est moins marqué aux Etats-Unis, mais Robert K Johnston en évoque des symptômes.  Ainsi, si 68 ¾ de la population se déclare chrétienne, observe-t-on un accroissement des personnes qui se disent sans religion, de 8 à 15% de 1990 à 2009. Cependant, les contres d’intérêt se déplacent. L’auteur cite une enquête selon laquelle 20% des américains se tournent vers « Les media, les arts et la culture » comme moyens premiers d’expérience spirituelle, en suggérant que si la tendance se poursuit, en 2025, les américains se tourneront autant vers les arts que ver les églises pour leur formation spirituelle ( p 20). On constate également aujourd’hui que seulement en dessous de 20%  des américains fréquentent un office religieux le dimanche.  Au total, il y a bien en Occident un recul du christianisme institutionnel.

 

Une expérience de Dieu plus importante

Parallèlement au déclin du christianisme institutionnel, on observe une montée de l’intérêt pour tout ce qui est spirituel. A la question :  « Comme adulte, combien est-ce important pour vous de grandir dans votre vie spirituelle », en 1999, 26% des américains répondaient que c’était extrêmement important, 28 %, très important, et 23 %, assez important. « L’intérêt pour la spiritualité est répandu en Amérique ». Cette ouverture actuelle à la présence divine est également présente en Europe. A cet égard, l’auteur se réfère au livre de David Hay : « Something there » (4).  Alors que la pratique du christianisme institutionnel a fortement décru en Grande-Bretagne au cours du dernier siècle, une recherche a montré que 76% des britanniques rapportaient avoir eu des expériences spirituelles ou religieuses, au-delà des 65% enregistrés en 1979 » ( p 21). David Hay tire les enseignements du recueil de récits d’expériences spirituelles collectés depuis 1969 par Alister Hardy au Religious Experience Research Center à l’université du Pays de Galles. Il a donc examiné les milliers de réponses personnelles à la question : « Vous est-il arrivé d’avoir conscience ou d’être influencé par une présence ou une puissance, que vous l’appeliez Dieu ou non, et qui soit différente de votre vécu quotidien ? ». A partir de là, on peut distinguer des  catégories d’expériences. D’autres enquêtes ont également été réalisées en 1987 et en 2000. En 2000, 38% déclarent avoir eu une conscience de la présence de Dieu contre 28% en 1987… 25% ont eu conscience d’une présence sacrée dans la nature (16% en 1987). Ces chiffres sont en hausse. « Hay conclue :  « L’augmentation remarquable des rapports d’expérience d’expérience spirituelles et religieuse en Grande-Bretagne durant la dernière décennie du XXè siècle est extraordinaire et demande quelque explication. J’imagine que cette réalité a toujours été là… ce qui change la perception, c’est le sentiment des gens qu’ils ont la permission sociale pour une telle expérience ». L’auteur ajoute ce commentaire : « Les gens en Occident non seulement ressentent la stérilité du rationalisme de la modernité, mais ils deviennent plus sensibles et ouverts aux évènements et aux puissances spirituels dans leurs propres vies et sentent qu’ils ont la permission de témoigner aux autres à ce sujet » ( p 21-22). David Hay a également interviewé un échantillon de gens fréquentant un centre commercial et rapportant qu’ils n’allaient jamais à l’église. « En dessous de la variété des interprétations allant des explications tirées du langage des église jusqu’à des interprétations personnelles bizarres, il se profilait un sens envahissant d’il y a quelque chose : « somethlng there ». C’est le titre du livre de David Hay (4) ( p 24).

 

Exemples de « correspondance surnaturelle en terre étrangère »

L’auteur commence son étude de la Révélation dont on fait l’expérience en dehors des formes institutionnelle de la communauté chrétienne de foi par des témoignages en provenance de l’oeuvre de David Hay (3), mais aussi d’étudiants suivant ses cours et d’une variété d’autres témoignages.

 

Répondant à la création

Dans son livre : « Something there (4) », David Hay nous rapporte de nombreux écrits d’expériences spirituelles dans le contexte de la nature. Ainsi, une des personnes qui n’allait jamais à l’

église a raconté cette expérience : « Une femme a raconté une expérience spontanée vécue dans son enfance. « Mon père avait l’habitude d’emmener toute la famllle en promenade durant les soirées de dimanche. Lors d’une de ces promenades, nous avancions dans un étroit sentier à travers un champ de blé haut et mur. Je trainais en arrière et me suis trouvé seule. Soudain, le ciel flamboya au-dessus de moi. Je fus enveloppée dans une lumière dorée. J’avais conscience d’une présence., si aimable, si aimante, si brillante, si consolante, si prévalente, existant n dehors de moi, mais si proche. Je n’entendais aucun son. Mais des mots me venaient à l’esprit tout à fait clairement : Tout va bien. Tout ira bien » ( p 25). L’auteur rappelle une description semblable de C S Lewis dans son autobiographie :

« C’était comme si la voix qui m’avait appelé de l’extrémité de la terre me parlait maintenant à mon côté. Elle était avec moi dans la pièce ou dans mon corps ou derrière moi » ( p 25).

L’auteur rapporte que dans ses classes de théologie, « il a demandé à ses étudiants de rapporter dans une courte description, une expérience de transcendance ou du divin qu’ils auraient eu en dehors des murs d’une église. Environ 40% de ces témoignages étaient fondés sur une expérience dans la nature dans des occasions aussi variées que la vie elle-même » Les circonstances sont très diverses : le spectacle de la « Yosemite Valley », un lever de soleil vu du chemin de fer transcanadien, la vue des nuages et de la pluie à partir de la fenêtre d’un avion…. « La seule constante est le sens de l’épiphanie, du numineux, de Dieu qui est médiatisé dans et à travers la création » ( p 27). Nous renvoyons également ici à un article présenté sur ce site : « Religious experience and ecology » (5). Jack Forster, chercheur au Centre de recherche sur l’expérience religieuse au Pays de Galles, après avoir présenté la personnalité pionnière en ce domaine : Alister  Hardy, biologiste des environnements marins, puis chercheur sur les expériences religieuses et spirituelles, nous présente « de nombreux récits d’expériences transcendantes et extraordinaires apparemment induites par une immersion dans des systèmes écologiques vibrants ». « Dans son étude pionnière des compte-rendus recueillis : « The spiritual nature of man » (1979), Alister Hardy identifie « la beauté naturelle » comme un des déclencheurs les plus ordinaires des expériences religieuses,… suggérant ainsi une corrélation importante entre les environnements naturels et les expériences extraordinaires ». Alister Hardy a vécu lui-même dans son enfance des expériences dans la nature, des expériences puissantes et transformatrices. Ainsi a-t-il écrit : « Il n’y a pas de doute que, comme jeune garçon, j’étais en train de devenir ce qui pourrait être décrit comme un mystique de la nature. Quelque part, je sentais la présence de quelque chose qui était au-delà et cependant faisait partie de toutes les choses qui me ravissaient : les fleurs sauvages mais aussi les insectes. Je rapporterai quelque chose que je n’ai jamais dit auparavant… Juste quand j’étais sûr que personne ne pouvait me voir, je devins si impressionné par la scène naturelle que pendant un moment ou deux, je tombais à genoux dans la prière… ».

La vie de Jane Goodhall, pionnière dans la recherche sur les chimpanzés, rapportée sur ce site (6), est également riche en expérience spirituelle. « A Gombé dans la forêt tropicale, elle ressentais un grand émerveillement : « Plus je passais du temps dans la forêt, plus je devenais un avec ce monde magique qui était maintenant mon habitat ».  Elle vivra un jour dans la forêt un temps d’extase. : « Perdue dans l’émerveillement face à la beauté autour de moi, j’ai du glisser dans un état de conscience élevé. C’est difficile – impossible en réalité – de mettre en mots le moment de vérité qui descendit sur moi… Les chimpanzés, la terre, les arbres, l’air et moi, nous semblions devenir un avec la puissance de l’esprit de vie lui-même… ».

 

Répondre à la création, la conscience et la culture travaillent ensemble

L’auteur ajoute des témoignages sur la manière dont la création peut œuvrer aux côtés de la culture et de la conscience pour communiquer la présence de Dieu se révélant.

Il rapporte ainsi le témoignage d’un doctorant, Patrick Oden. Celui-ci avait décidé de lire « le Paradis perdu » de Milton. Ayant trouvé un morceau de pelouse et un grand arbre pour s’asseoir en dessous, il commença sa lecture. Il ressentit alors une communion avec la nature. Comme, il répéta l’expérience pendqnt plusieurs jours, il écrit qu’à chaque fois, « il tomba en harmonie avec la vie et l’éternité. Une  somptueuse nature autour de moi, des maitres mots et un récit se poursuivant en moi, mon âme se sentait chaleureuse, à peine capable d’être contenue à l’intérieur…. Ce fut une épiphanie prolongée » ( p 29-30).

Robert K Johnston sollicite également la littérature où il y trouve des récits comparables. Ainsi le romancier, John Updike, comme il a couvert la vie durant la seconde moitié du XXè siècle, offre un trésor de tels compte-rendus de tels évènements, de révélation qui arrivent en dehors de l’église ou de la synagogue.. Bien que romancés, les récits d’Updike semblent aussi fidèles à la vie. C’est leur force » ( p 30).  On trouve également un témoignage de la présence de Dieu dans l’œuvre des poètes. L’auteur porte une attention particulière au poète Gérard Manley Hopkins. Si le veine poêtique de ce dernier a été contrariée par l’idée qu’il se faisait de sa vocation sacerdotale, il n’en a pas moins écrit des poèmes que l’auteur trouve remarquable et ainsi « un petit groupe de sonnets qui reflète sa sensibilité à la présence de Dieu dans et à travers la création ». Son biographe écrit : « Il ne voyait pas seulement les chose, il voyait en elles. Il envisageait avec confiance que la forme ou la nature témoignait de la présence de Dieu en toutes choses. C’est la présence de Dieu qui personnifiait les constellations du ciel, le mouvement des oiseaux ou le vent, la forme d’un nuage, d’une feuille ou d’un arbre. Ayant fait l’expérience d’un Dieu qui se révèle dans sa création, Hopkins ne pouvait qu’en montrer la réalité dans sa poésie, recréant la possibilité pour le lecteur d’en faire l’expérience » ( p 31-32).

Dans sa conférence de prix Nobel, Alexandre Soljenitsyne a bien résumé le rôle de l’artiste dans la passation de la présence d’un numineux qui se révèle : « L’art peut réchauffer une âme transie et sans lumière jusqu’à une expérience spirituelle exaltée. A travers l’art, nous recevons occasionnellement – indistinctement, brièvement – des révélations telles qu’elles ne peuvent advenir par la pensée rationnelle. C’est comme un petit miroir (dans les contes de fée). Vous regardez dedans, mais au lieu de vous voir, vous apercevez l’inaccessible pendant un moment., un royaume pour toujours hors de portée. Et votre âme commence à peiner » ( p 33).

 

Descriptions phénoménologiques et sociologiques

L’auteur poursuit son parcours par des descriptions phénoménologiques et sociologique en mettant en valeur les apports de deux chercheurs : le phénoménologue Rüdolf Otto, auteur d’un livre classique : « l’idée du sacré » (1917) et le sociologue Peter Berger, auteur du livre innovant : « La rumeur des anges » (1970).

Rüdolf Otto a décrit plusieurs expériences définies par lui comme sacrées ou saintes. Il voit dans le mystère de ces rencontres (mysterium) , une double aspect : tremendum (impressionnant ) et fascinans (désirable), suscitant de la crainte et de l’attrait. « Les thèses d’Otto continuent à être controversées, car il donne une validation phénoménologique aux expériences spirituelles ( p 34)

Ecrivant dans les années 1970, en pleine modernité, quand quelques uns entonnaient un récit de la chute supposée du surnaturel dans le monde, (« Dieu est mort »), dans son livre : « The rumors of angels », en sociologue, Peter Berger argumente pour montrer que ce n’est pas le cas.  « Peter Berger croyait qu’il était possible d’avoir une approche inductive en théologie, un ancrage dans les expériences humaines fondamentales. Il y avait des expériences de l’esprit humain qui pointaient au delà de la réalité, qui rendait une « immédiateté à Dieu » (p 35).

Dans cette section, l’auteur nous offre également des exemples d’une reconnaissance de la présence de Dieu à grande échelle. C’est ainsi qu’il nous rapporte la perception du missionnaire anglais en Ouganda, John V Taylor dans son livre : « The primal vision ». « Dans ces parages, il reconnait : le sens profond d’une Présence prégnante ». On peut l’observer, nous dit-il, dans les anciens chants, les proverbes, le énigmes des peuples avec lesquels il a choisi de vivre ». il nous rapporte une parole de David Livingstone qui va dans le même sens.

De même, Robert K Johnston met en valeur une thèse de Deborah Buchanan qui décrit « la danse des esclaves qui était commune dans les plantations du sud des Etats-Unis et qui leur permettaient de déplorer leurs pertes, de célébrer leurs joies, et de faire l’expérience de la liberté religiuse au sein de la captivité . C’était une activité sacrée, fondée dans la liberté et la justice, et les connectant les uns aux autres, aux ancêtres décédés…Voilà une pratique culturelle, une dance qui était un véhicule pour la révélation de Dieu à l’humanité »

( p 34-35).

 

Approches théologiques

Robert K Johnston revient ici sur l’éclairage théologique concernant cette Présence de Dieu au delà du cadre ecclésial. Comme à son habitude, il présente soigneusement la thèse des auteurs évoqués avant de les commenter et éventuellement d’y faire objection.

La reconnaissance de la Présence divine opérant en toute liberté se heurte a une conception étroite du christianisme qui entraine une prudence extrême et la crainte de se tromper.

 

La crainte de l’autotromperie

L’auteur mentionne le livre de NT Wright : « Simply christian » (2006). Wright suggère qu’il y a quatre « voix » qui font écho dans le subconscient humain : l’aspiration à la justice, la quête de spiritualité, la soif de relation, et le ravissement de la beauté. Pour Wright, ces quatre voix issues de la création : justice, spiritualité, relation, beauté, pointent vers Dieu parce qu’elles ont leur source en lui…. Il se peut que Wight pense que l’on puisse interpréter ces voix comme des échos de l’Esprit. Cependant Wright se révèle très prudent. « La centration de Wright sur Jésus et le salut offert en lui, amène Wright à rester prudent sur la nature et la signification de ces expériences numineuses qui arrivent en dehors de l’Eglise.  Comprenant l’activité de l’Esprit plus en terme de rédemption que de création, Wright limite le rôle d’une révélation fondée sur la création. Son langage d’« échos » et de « traces » suggére davantage le reste d’une activité de Dieu passée qu’une présence dynamique » ( p 36). L’auteur rappelle combien il est attaché à réfléchir à ces questions sur un fondement théologique solide.  Si toutes les approches doivent être considérées, « on peut exclure par une sur-accentuation portée au péché et au salut, la réelle et révélante Présence de Dieu à travers son Esprit, ce qui est le clair témoignage d’une grande majorité d’occidentaux aujourd’hui » ( p 37). Ces expériences contribuent à être fondatrices et transformatrices…

 

Le danger de l’apathie spirituelle

Si l’autotromperie est un danger, il y en a un autre.  « Ne pas se faire confiance pour reconnaitre le Divin dans le quotidien, peut mener à la conséquence non intentionnelle de l’indolence (sloth)..  Kathleen Norris parle de ce danger pour les chrétiens – de « torpeur ou apathie spirituelle. Norris suggère que la plupart d’entre nous, la plupart du temps, tenons pour acquis ce qui est le plus proche de nous et le plus universel….. Norris nous appelle à reconnaitre et à savourer le saint dans les circonstances banales de la vie quotidienne. Elle nous invite à découvrir « Les mystères quotidiens ».

C’est aussi la vision que nous apporte Kevin Vanhoozer dans son livre : « Everyday theology.  How to read cultural texts » (7) Prenant comme définition de la théologie du quotidien, « la foi cherchant à comprendre la vie quotidienne », Vanhoozer dit que » son texte de justification pour la théologie du quotidien est Mathieu 16. 1-3 ». Jésus interpelle les pharisiens capables de prévoir le temps à partir d’une observation préalable, mais ne parvenant pas à « interpréter les signes des temps ». « Nous recherchons un certain genre de connaissance, mais dans d’autres domaines, nous restons dans l’expectative et/ou non intéressé. En particulier, nous manquons de de prendre sérieusement en compte l’importance théologique des signes des temps culturels – l’environnement partagé, les pratiques et les ressources de la vie quotidienne. Nous manquons de découvrir Dieu au milieu de la vie » ( p 38).

 

Le déni du mystère

L’auteur évoque une autre précaution en mentionnant la thèse de Pete Rollins dans son livre : « How (Not) to speak of God » (2006) « Il croit qui si l’Eglise occidentale veut prospérer, elle a besoin de s’engager avec le langage ancien. C’est-à-dire, même si nous parlons de la plus grande révélation de Dieu, nous devons aussi reconnaitre son secret. Rollins aide à rappeler à ses lecteurs que la dissimulation n’est pas l’opposé de la révélation. Plutôt la révélation présente son mystère en son sein.  Rollins utilise aussi le langage de l’hyper-puissance. Il écrit : « L’interaction de Dieu avec le monde est irréductible à la compréhension précisément parce que la présence de Dieu est un genre d’hyperpuissance ». L’auteur convient que toute révélation est partielle.. « Maintenant, je connais en partie », écrit Paul. « A présent, je connais d’une manière partielle, mais alors je connaitrai comme je suis connu » ( Corinthiens 13.12) . On notera également que pour Rollins, « il y a un silence qui fait partie de l’expérience de Dieu, comme Otto l’a noté » ( p 39-40).

 

La distraction de la clarté

« L’argumentation de Rollins est similaire à celle de Charles J Connitry Jr dans son livre : « Soaring in the Spirit » ( 2007), Connitry écrit : «  Nous avons hérité du XVIIè siècle deux approches premières dans la spiritualité chrétienne : le chemin de la connaissance  et sa contrepartie en réaction, le chemin de la piété » ; Voici une manifestation de plus des Lumières : le p!ège objectif/ subjectif.

Il y a une Eglise qui cherche à concevoir la spiritualité en terme d’accumulation de connaissances religieuses. C’est la tromperie de l’objectif. Le chemin de disciple revient trop souvent à pas beaucoup plus que transmettre de l’information.  L’évangélisation est  principalement un exercice d’apologétique. Dans ce contexte, le piétisme devint un contrepoids bien nécessaire face à l’intellectualisme stérile de l’Age de la Raison. Mais même là, le piétisme s’est dévoyé dans un subjectivisme mettant trop de stress sur une conduite pieuse… définie  pour la plus grande part en termes négatifs… » ( p 40). L’auteur nous montre en quoi cet héritage nous éloigne du mystère. « Le problème du leg des Lumières – la voie de la connaissance et la voie de la piété – est que nous essayons de mesurer la qualité de notre spiritualité en termes noir et blanc,    soit par ce que nous faisons ou ne faisons pas, il y a eu, depuis la Renaissance, « une fuite du mystère ». « Pendant 1500 ans, les mystiques étaient juste autant influents que les intellectuels dans la formation de la théologie et de la spiritualité de l’église ». L’auteur nous donne l’exemple de Thomas d’Aquin qui arrête son travail théologique de haute volée à la suite d’une expérience du mystère de Dieu.

« Comme nous sommes entrés dans ce nouveau millénaire, la distraction de la clarté comme la fuite du mystère sont devenus toujours plus prononcés, mais produisent aussi en retour une réaction compréhensible. Il n’est plus nécessaire de convaincre les gens qu‘il y davantage d’aspects de la réalité qui sont inaccessibles à la raison. La stérilité de la modernité a apporté cette leçon. Ainsi la piété a pris une nouvelle tournure, plus diffuse, et manquant souvent d’un contenu défini, peut-être même de substance. Mais, à travers l’élargissement, la oulture s‘est ouverte à une plus grande Présence de Dieu dans et à travers la vie, l’Eglise chrétienne étant à la traine en dans de nombreux domaines. Encore encombré par l’héritage de la pensée du XVIIè siècle – du piège de la dichotomie subjectif-objectif, nous nous sommes trouvé incapable d’entendre les témoignages et de cultiver l’appel pour une nouvelle pensée à propos de la pensée révélante de Dieu.  Quelque part, la piété a besoin d’être à nouveau connectée à la théologie –  pour recevoir un contenu personnel. C’est l’appel d’une troisième voie – celle qui reconnait la Présence d’un Dieu qui se révèle en plénitude dans et à travers la vie » ( p  41).

Si, tant le monopole du divin que le rejet entrainé par ce monopole ont fait obstacle à une manifestation sans frontières, Robert K Johnston nous apporte une aide précieuse pour reconnaitre la présence de Dieu à partir d’une observation des phénomènes et d’une perspective théologique. Certes, un regard complémentaire mettant l’accent sur la communion qui réside dans le Dieu Trinitaire peut nous permettre de mettre davantage en valeur la puissance de l’amour dans la présence divine. C’est la dimension que nous avons trouvé tant dans les textes de Jürgen Moltmann (7) que de Richard Rohr (8). L’un et l’autre font ressortir l’universalité de la présence de Dieu. « Dieu, le créateur du Ciel et de la Terre, est présent par son Esprit cosmique dans chacune de ses créatures et dans leur communauté créée… » (Jürgen Moltmann). « La Révolution Trinitaire, en cours, révèle Dieu comme toujours avec nous, dans toute notre vie et comme toujours impliquée. Elle redit la grâce comme inhérente à la Création et non comme quelque chose que quelques personnes méritent…. Dieu est Celui que nous avons nommé Trinité, le flux (flow) qui passe à travers toute chose sans exception et qui fait cela depuis le début…Ainsi toute chose est sainte pour ceux qui ont appris à le voir ainsi. Toute impulsion vitale, tout force orientée vers le futur, toute pulsion d’amour, tout élan vers la beauté, tout ce qui pousse vers la vérité, tout émerveillement pour une expression de bonté, tout bout d’ambition pour l’humanité et la terre, est éternellement un flux de Dieu Trinitaire….Comme la Trinité, nous vivons intrinsèquement dans la relation. Nous appelons cela l’amour. Nous sommes faits pour l’amour. En dehors de cela, nous mourrons très rapidement. Et notre lignage spirituel nous dit que Dieu est personnel. « Dieu est amour » (Richard Rohr).

 

J H

 

  1. Comment la reconnaissance et la manifestation de l’admiration et de l’émerveillement exprimées par le terme « awe » peut transformer nos vies ? : https://vivreetesperer.com/comment-la-reconnaissance-et-la-manifestation-de-ladmiration-et-de-lemerveillement-exprimees-par-le-terme-awe-peut-transformer-nos-vies/
  2. Robert K Johnston. God’s wider presence. Reconsidering general revelation. Baker academic, 2014
  3. Une plus grande présence de Dieu : https://vivreetesperer.com/une-plus-grande-presence-de-dieu/
  4. La vie spirituelle comme une conscience relationnelle. Une recherche de David Hay sur la spiritualité d’aujourd’hui : https://www.temoins.com/la-vie-spirituelle-comme-une-l-conscience-relationnelle-r/
  5. La participation des expériences écologiques à la conscience spirituelle : https://vivreetesperer.com/la-participation-des-experiences-spirituelles-a-la-conscience-ecologique/
  6. Jane Goodhall : une recherche pionnière sur les chimpanzés, un ouverture spirituelle, un engagement écologique : https://vivreetesperer.com/jane-goodall-une-recherche-pionniere-sur-les-chimpanzes-une-ouverture-spirituelle-un-engagement-ecologique/
  7. Dieu vivant, Dieu présent, Dieu avec nous dans un monde où tout se tient » : https://vivreetesperer.com/dieu-vivant-dieu-present-dieu-avec-nous-dans-un-univers-interrelationnel-holistique-anime/
  8. La danse divine (Divine dance) : https://vivreetesperer.com/la-danse-divine-the-divine-dance-par-richard-rohr/