par jean | Oct 27, 2011 | ARTICLES, Vision et sens |
L’association de ces deux mots : Dieu et bonheur est sans doute différemment reçue selon l’histoire de chacun, la manière dont il a vécu dans tel ou tel milieu, les représentations qu’il a de Dieu. Dans l’Evangile, nous découvrons la personnalité de Dieu à travers Jésus et sa relation avec un père proche et aimant. Un texte de l’Evangile de Matthieu, souvent connu sous les termes de « béatitudes » nous rapporte ce que Jésus nous dit du bonheur.
Parce qu’à travers une guérison, Odile Hassenforder a reçu en même temps l’amour et la bonté de Dieu pour vivre ensuite, au long des années, dans le même esprit, elle a toujours aimé se rappeler et nous rappeler que « Dieu fait pour nous des projets de bonheur et non de malheur » (Jérémie 29.11). Dans son livre : « Sa présence dans ma vie » (1), elle nous parle de la manière dont elle perçoit les béatitudes : « Les béatitudes « à ma façon » (p 113-116) . Ses paroles sont l’expression de son ressenti, de son observation et de sa réflexion. En voici quelques extraits :
« Joie pour les doux, les humbles
Il s’agit de ceux qui ne revendiquent pas. Ils possèdent une force intérieure, une autorité calme. Ils vivent, goûtent la vie dans la justesse des choses, dans le calme, la tranquillité, la confiance… Alors ils peuvent accueillir tous les bienfaits de Dieu et en jouir sur cette terre. En cela, ils héritent (possèdent) de toute la création à leur disposition alors que les violents essaient d’arracher ce qui leur manque au lieu d’accueillir, recevoir, voir au-delà.
Purs, droits, sincères
Ceux-là réaliseront la nature de Dieu, car vivre de la justice de Dieu signifie qu’en soi coule la sève de la vigne. Même chez ceux qui ne connaissent pas Dieu, mais ressentent en eux ce qui est juste, conforme à une vie juste, sans le savoir, circule en eux la vie divine. A plus forte raison… ceux qui ont la révélation du Dieu vivant, réalisent, discernent de plus en plus qui est Dieu, car la vie divine circule en eux et ils désirent de plus en plus demeurer en Dieu, recevoir la présence de Dieu qui transforme leur vie comme le soleil illumine la nature.
Heureux ceux qui répandent la paix autour d’eux.
J’aime cette traduction avec les mots : « répandre autour d’eux ». En effet, pour moi, toute personne peut être atmosphère de paix…C’est son attitude, sa manière d’être que l’entourage ressent comme une atmosphère paisible qui fait du bien…
Ces béatitudes sont le reflet de la nature de Dieu, révélée par Jésus. Créée à l’image de Dieu, toute personne y aspire. C’est par grâce que nous pouvons y accéder si nous le décidons. Ceux qui ne connaissent pas Dieu et cherchent à le faire reçoivent cette grâce de Dieu et connaissent aussi cette joie, sans doute à moindre dose, car ne connaissant pas la source, ils ne peuvent remercier, louer Dieu, ce qui a un effet multiplicateur.»
Partageons nos expériences sur la manière dont nous ressentons le bonheur intérieur et comment nous le percevons dans ceux qui nous entourent.
JH
(1) Hassenforder (Odile). Sa présence dans ma vie. Empreinte, 2011. www.editions-empreinte.com. Présentation sur le site de Témoins : Sa présence dans ma vie.
par jean | Oct 27, 2011 | ARTICLES, Expérience de vie et relation, Société et culture en mouvement |
Un changement de perspective.
Il y a un va-et-vient entre la réalité sociale et les représentations que nous nous en faisons. Selon l’orientation de notre pensée, nous nous attachons plus particulièrement à tel ou tel aspect de cette réalité. Les angles de vue varient. Nos représentations à leur tour influent sur la situation. De la même façon que notre regard sur nous même oriente notre comportement, la manière dont nous percevons le monde et l’humanité exerce une grande influence sur nos attitudes et nos modes d’action dans la société et la culture.
Economiquement, socialement, politiquement, nous nous sentons confrontés aujourd’hui à de nombreuses menaces, mais face aux défis auquel actuellement fait face l’humanité, on observe dans la durée une multiplication des initiatives. Et parallèlement une conscience collective apparaît.
Ainsi, en février 2011, le magazine : Sciences Humaines, a consacré un dossier au : « Retour de la solidarité : empathie, altruisme, entraide… » (1).
Que se passe-t-il ? Dans la crise économique et financière actuelle, il y a des mouvements d’indignation, mais à plus long terme, en regard des fléaux sociaux, qu’ils soient installés de longue date ou prenant une forme récente, il y a également de plus en plus de gens engagés dans des actions d’entraide et de solidarité. « Sur une planète mondialisée, l’altruisme s’étend à tous les malheureux de la terre en bas de notre immeuble ou à des milliers de kilomètres ». Et, parallèlement, les chercheurs, les philosophes transcrivent dans le domaine de la pensée cette attention pour ceux qui souffrent en mettant en évidence les mouvements qui cherchent à porter remède au mal social, mais aussi en fondant cette action en terme de valeurs. Quelles sont les exigences qui viennent à la conscience ? Quelles sont les motivations qui orientent les comportements ? On connaît par exemple le courant de pratique et de recherche qui s’est développé en France autour du « Care », mouvement et notion d’origine anglophone qui met en valeur le fait de prendre soin d’autrui.
La coordinatrice du dossier paru dans Sciences Humaines, Martine Fournier, nous présente cette évolution comme un rejet de « l’idéologie de « l’homo oeconomicus » à la recherche de son intérêt égoïste, des vertus de la société libérale et de la compétition ». « Ce que montrent les travaux récents, qu’ils viennent des sociologues, ou des psychologues, des tenants du culturalisme ou de la psychologie évolutionniste, c’est que les émotions ont une grande part dans les conduites humaines. La multiplicité des formes de solidarité apparaît comme une preuve que « l’homo oeconomicus » ne saurait suffire à définir l’être humain dans sa totalité ». Une nouvelle forme de lien social est en train de se tisser. La participation à une communauté humanitaire contribue également à fortifier l’estime de soi. Mais, s’il en est ainsi, à notre sens, c’est bien parce qu’il y a un changement profond dans les aspirations profondes de l’homme.
Cette évolution nous interpelle d’autant plus qu’elle s’étend dans un regard qui, au delà de l’humain, se tourne également vers la nature. Ainsi, écrit Martine Fournier, « L’empathie et la solidarité seraient-elles devenues un paradigme dominant qui traverse les représentations collectives ? De l’individualisme et du libéralisme triomphant passerait-on à une vision portant sur l’attention aux autres. Ce basculement s’observe effectivement aussi bien dans le domaine des sciences humaines et sociales qu’à celles de la nature (p 34). En fait, dans ce domaine comme dans tout autre, tout dépend de notre regard. Pour une part, les découvertes dépendent des questions posées. Ainsi, « alors que la théorie de l’évolution était massivement ancrée dans un paradigme darwinien « individualiste » centré sur la notion de compétition et de gène égoïste, depuis quelques années, un nouveau visage de la nature s’impose. La prise en compte des phénomènes de mutualisme, symbiose et coévolution entre organismes tendent à montrer que l’entraide et la coopération seraient des conditions favorables de survie et d’évolution des espèces vivantes, à toutes les étapes de la vie » (p 34).
Si nous vivons aujourd’hui dans la menace d’une crise économique et financière de grande ampleur et s’il faut chercher des voies pour y faire face, nous devons également considérer le changement culturel à plus long terme. A notre sens, la transformation en cours de la vision de l’homme, de l’humanité, de la nature, s’inscrit dans l’émergence d’une conscience spirituelle qui nous paraît à la fois un signe des temps et un appel à une avancée de la pensée théologique, notamment dans une prise en compte de l’œuvre de l’Esprit (2).
Comment participons-nous à ce nouveau regard ?
JH
(1) Le retour de la solidarité. Dossier animé par Martine Fournier, p. 32-51, in : Sciences Humaines, N° 223, février 2011. Après une mise en perspective de Martine Fournier, ce dossier présente des articles portant sur diverses facettes de la question et une bibliographie des livres récents. www.scienceshumaines.com
(2) Voir le site : www.lespritquidonnelavie.com
par jean | Oct 26, 2011 | ARTICLES, Expérience de vie et relation, Société et culture en mouvement |
Etre proche les uns des autres, c’est être attentif à ce que vit autrui jusque dans son ressenti.. C’est la vertu de l’empathie.
Qu’est ce que l’empathie ? Le mot est construit de em (dedans) et pathie (en grec, ce qu’on éprouve). Le mot vient de l’anglais où il est apparu en 1904 pour traduire le terme allemand : einfuhlung. Selon le dictionnaire Robert, l’empathie est « un terme didactique de philosophie et de psychologie qui désigne la capacité de s’identifier à autrui, de ressentir ce qu’il ressent ». Nous savons par expérience combien il est bon de se savoir accueilli, reconnu, rejoint affectivement. Nous savons aussi que cette écoute empathique n’est pas communément répandue. Dans certaines situations, on en ressent le manque.Alors, c’est une bonne nouvelle d’apprendre que l’empathie devient aujourd’hui un centre d’intérêt majeur.
Un livre de Jérémie Rifkin vient de paraître à ce sujet : « Une nouvelle conscience pour un monde en crise. Vers une civilisation de l’empathie » (1). L’empathie nous dit-il, facilite la sociabilité. « Pour qu’il y ait une société, il faut être sociable, il faut être empathique ». Expert en sciences sociales et en prospective, Jérémie Rifkin nous montre une reconnaissance croissante des vertus de l’empathie au cours des dernières décennies. Il a fallu pour cela franchir des obstacles comme une représentation négative de la nature humaine, l’individualisme matérialiste incarné par Sigmund Freud, la méconnaissance de l’importance de la vie relationnelle chez le petit enfant. Aujourd’hui, la mise en évidence de « neurones miroirs » chez l’homme et certains animaux est une découverte majeure. Ces neurones permettent d’appréhender l’esprit des autres, « comme si » leurs pensées et leurs comportement étaient les nôtres. Ainsi « nous sommes équipés pour l’empathie . C’est notre nature et c’est ce qui fait de nous des êtres sociaux » (p. 83).
Mais si cette capacité figure dans le potentiel humain, son, exercice requiert un milieu social favorable. Dans une fresque historique, Jérémie Rifkin retrace les obstacles opposés à l’empathie et il nous assure que l’environnement culturel est aujourd’hui globalement de plus en plus favorable à la manifestation de l’empathie. Et c’est heureux parce que dans la trame de la vie quotidienne, l’empathie soutient l’expérience humaine. Mais c’est aussi une nécessité majeure, car pour réaliser une économie en phase avec les requêtes de l’écologie, il faut inventer un nouveau genre de vie beaucoup plus convivial.
Cette annonce d’un progrès de l’empathie nous renvoie également à la lecture des évangiles où cette disposition est constamment présente chez Jésus. Elle est aussi donnée en exemple comme c’est le cas dans la parabole du « bon samaritain » où l’homme secourable est ému de compassion (Luc 10/ 25-37).
Et nous, dans la diversité de nos itinéraires et de nos conditions de vie, comment vivons nous une expérience empathique ?
JH
Rifkin (Jérémie). Une nouvelle conscience pour un monde en crise. Vers une civilisation de l’empathie. Les liens qui libèrent, 2011.Sur le site de Témoins : Vers une civilisation de l’empathie. A propos du livre de Jérémie Rifkin.Apports, questionnements, enjeux
par jean | Oct 8, 2011 | ARTICLES, Beauté et émerveillement |
Chacun d’entre nous a une expérience du petit matin. C’est l’aube. Le soleil apparaît. Le ciel se colore. La vie se réveille et reprend. Le chant des oiseaux salue cet événement. Au long des siècles, lorsque l’humanité était dépourvue des moyens qui lui assurent aujourd’hui un éclairage permanent, le contraste entre la nuit et le jour était tranché. Aujourd’hui, dans la vie urbaine, nous continuons à percevoir la montée du jour. C’est comme si il y avait dans ce moment une densité particulière. Les activités reprennent. C’est un nouveau départ.


Ce blog est illustré par la photo d’un arbre transfiguré par la lumière du soleil qui s’élève à l’aube. Cette illustration a une portée symbolique. La lumière, puissance de vie, se déploie dans le commencement d’un nouveau jour. Cette photo est issue de la galerie de CaptPiper sur le site international : Flickr (Galerie de photos de CaptPiper). L’auteure, Julie Falk, nous y présente de très belles photos d’un paysage bocager qui ressemble à certaines campagnes françaises. A travers son regard, nous découvrons la beauté et la portée symbolique de scènes comme de petites routes ombragées qui débouchent sur une éclaircie lumineuse, les jeux de la brume matinale ou les joyaux de la rosée. Nous avons découvert ce site, il y a déjà plusieurs années et il nous a accompagné . (Voir : Les photos de CaptPiper. Un univers poétique et spirituel ). Ainsi, figure-t-il aussi parmi les sources dans lesquelles nous avons puisé pour réaliser une galerie de photos sur la lumière dans le cadre du site de Témoins (Voir : Galeries – La lumière à travers la photographie).


De fait, si la lumière embellit notre vie quotidienne, elle suscite également l’attirance des peintres et la réflexion des scientifiques . Elle s’allie à notre recherche de sens et, à ce titre, elle s’inscrit dans la trame de la Parole biblique. Elle intervient au début de la création at acte l’apparition de notre univers : « Dieu dit : « Que la lumière soit ! Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne. Et Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres…. Il y eut un soir et il y eut un matin. Ce fut le premier jour » (Genèse 1.3-6). Dieu lui-même se manifeste à travers la lumière comme l’exprime le premier chapitre de l’Evangile de Jean : « La Parole était au commencement avec Dieu. Et elle était la vie et la vie était la lumière des hommes ».

Dans sa galerie, Julie Falk nous présente des posters qui font sens à partir de ses photos.L’un d’entre eux reprend la photo choisie comme illustration de ce blog. La photo est accompagnée ici par une citation issue de la Parole biblique : « Lève toi. Sois éclairée, car la lumière arrive et la gloire de l’Eternel se lève sur toi » (Esaïe 60.1). A partir de l’image de Jérusalem, c’est une parole prophétique qui annonce un univers libéré et harmonieux, le Royaume de Dieu en marche, la seconde Création. « Voici, les ténèbres couvrent la terre et l’obscurité, les peuples. Mais, sur toi, l’Eternel se lève. Sur toi, sa gloire apparaît… » (Esaïe 60.2-3).
Ensemble, nous voulons vivre et espérer. Cette image et le verset qui l’accompagne viennent à notre rencontre comme un message de vie et d’espérance.
JH
par jean | Oct 7, 2011 | ARTICLES, Expérience de vie et relation |
Au départ, formateur dans le milieu professionnel spécialisé dans l’énergie photovoltaïque, je sillonnais toute la France pour animer des stages dans des fédérations du bâtiment ou des syndicats d’artisans . Suite à des décisions gouvernementales, le niveau de soutien de cette filière a été fortement réduit et, subitement, j’ai du changer d’activité.
Je travaille maintenant dans l’installation électrique de tout ce qui est climatisation et chauffage. Je fais ce travail en collaboration avec mon cousin, Antoine, qui, lui aussi, a été contraint de changer d’activité. Ensemble, nous intervenons dans des chantiers importants concernant la réalisation d’installation dans le secteur tertiaire. Ces chantiers durent en général plusieurs semaines et se situent dans toute la France.
Ainsi, je découvre un milieu qui a beaucoup changé. En effet, on y ressent beaucoup de stress. Il y a trop peu d’échanges entre les différents corps de métier. On ne se préoccupe pas des autres intervenants. C’est chacun pour soi. Il y a aussi une grande variété de nationalités représentées : yougoslave, kosovar, polonaise, portugaise, algérienne, marocaine, tunisienne…
Au début, ce changement d’activité a été difficile pour moi. En effet, ces dernières années, j’avais beaucoup investi, sur le plan personnel et financier, dans la filière photovoltaïque qui me paraissait pleine d’avenir. Je me suis retrouvé dans un monde inconnu. J’étais dans un certain inconfort. Cet inconfort m’a amené à des questionnements sur mon chemin de vie chrétienne. J’ai été poussé à partager avec mon cousin mes découvertes et mes interrogations. De là est née une fraternité profonde et une solidarité dans le travail. Cette entente a permis d’expérimenter ce que Jésus exprime : « Là ou deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux ».
Aussi nous avons reconnu la dignité de tous ceux qui nous entouraient, quelque soit leur caractère et leur nationalité. Une reconnaissance mutuelle s’est peu à peu développée. Chaque matin, nous avons passé du temps à saluer ceux qui nous entouraient en prenant soin de demander et de retenir les prénoms de chacun . Je n’allais pas vers eux au nom d’une exigence religieuse. Je ne me sentais pas meilleur qu’eux et parfois aussi stressé.. Mais j’étais poussé par une envie de connaître les gens qui m’entouraient, le désir de faire équipe avec eux, réalisant que nous avions le même projet, le même client.
Nous nous sommes aperçu combien c’était important de manger ensemble, aussi mon cousin et moi, nous avons commencé à inviter de temps en temps, des collègues à nos repas. Manger ensemble permet d’apaiser les tensions et d’apprendre à se connaître. Plus récemment, Antoine, mon cousin, a pris l’initiative de préparer une paella sur le chantier et d’inviter ceux qui voulaient venir. Les gens ont été très surpris de cette offre, en particulier ceux qui ne parlaient pas français. Nous avons eu des moments remplis de joie et de paix. En conséquence, le climat du chantier a progressivement changé. Un respect mutuel entre les corps de métier s’est instauré. Ces évènements m’ont rappelé les moments que Jésus a partagés avec des gens dans des repas. Un temps de vie en profondeur à travers des moments simples.
Philippe.
Merci Philippe pour le partage de cette expérience
JH