Le défi de la philosophie africaine au réductionnisme occidental

Les grandes menaces qui compromettent aujourd’hui l’avenir du monde : la crise écologique, une expansion incontrôlée d l’intelligence artificielle sont toutes liées à l’individualisme et eu matérialisme qui prospèrent actuellement en Occident. L’entente avec la nature a été rompue.  Le désenchantement du monde a prévalu. La philosophie de la déconstruction a contesté les fondements transcendants. Cependant, la science elle-même remet en valeur l’interconnexion . Une attention se porte sur la conscience (1). Un courant post-matérialiste émerge (2). Une spiritualité écologique est apparue (3). Par ailleurs, les équilibres mondiaux se sont modifiés. La décolonisation s‘est imposée (4). La voix de grandes civilisations peut se faire partout entendre . Et c’est bien le cas lorsque l’apport de la civilisation africaine est reconnue. Nous avions déjà mis en valeur l’apport de l’« Ubuntu » (5). On lira ici avec une particulière attention la contribution de Elvis Imafidon, nigerian, directeur de l’Ecole d’histoire, de religion et de philosophie de SOAS (université de Londres) (6) : « Le défi de la philosophie africaine au réductionnisme occidental » (7).

L’article est présenté ainsi : « La société occidentale expose souvent les systèmes – des sociétés aux écosystèmes – en les brisant en morceaux – atomes, pierres, arbres, individus isolés. Mais beaucoup de philosophies africaines comme l’Ubuntu (5) contestent l’idée d’entités isolées, prédéfinies formant des ensembles plus vastes. Le philosophe, Elvis Imafidon argumente que les relations ne connectent pas des individus préexistants, plutôt toutes les chose deviennent ce qu’elles sont à travers leurs relations avec d’autres choses. De cette compréhension relationnelle de l’être, un thème dominant dans la philosophie africaine est une éthique particulière centrée sur la communauté qui accorde une valeur égale à la fois aux aspects humains et non humains de la réalité ».

 

Comment envisageons-nous le sens de l’existence ?

« Il y a une question qui a tenu la philosophie en activité pendant des milliers d’années, c’est la question existentielle de l’humain : Qu’est ce qui donne un sens à l’existence humaine ? Cette question est en quelque sorte différente de celle des origines : Qu’est-ce qui rend l’existence humaine possible ? Tandis que la dernière suscite un intérêt partagé à travers différentes disciplines, de l’anthropologie et de la biologie à la philosophie, la première sur la signification de l’existence humaine est souvent en premier sous le radar de la philosophie et des disciplines sœurs telles que la théologie. Mais ces questions ont aussi des frontières partagées, une préoccupation métaphysique commune. La réponse que nous donnons à la question de l’origine de l’existence humaine a une influence significative sur notre compréhension du sens de l’expérience humaine. La manière dont que nous comprenons le sens comme venant totalement de l’intérieur du monde ou de quelque source transcendante, d’un autre monde, sera influencée par selon ce que nous croyons que la vie vient uniquement de substances matérielles ou de quelque chose de transcendant et de spirituel. L’entrelacement de ces deux questions se poursuivra dans cet essai, même quand le sujet central sera la signification de l’existence humaine ».

 

Sur quoi s’appuie l’existentialisme et qu’est-ce qu’il nous dit sur l’existence humaine,

Elvis Imafidon s’interroge alors sur une philosophie répandue aujourd’hui : l’existentialisme. « Les incidences de l’existentialisme pour la signification de l’existence, lesquelles reflètent aujourd’hui beaucoup de notre pensée sur le sujet, sont qu’une existence qui a du sens est à la fois anthropocentrique (centrée sur l’humain) et subjective (définie par le soi).

« il est facile de déchiffrer comment l’expérience des deux guerres mondiales pendant la première moitié du XXè siècle, parfois semblant dépourvues de sens, ont intimé aux philosophes de penser plus concrètement sur le sens.  Ce qui peut n’être pas facile à déchiffrer est que le mouvement existentialiste qui a grandi dans cette période a été aussi un déplacement radical d’une compréhension transcendante, d’un autre monde d’une existence humaine pleine de sens à une perspective mondaine. Dans ce déplacement, l’idée que l’essence et la signification précède ou transcende cette existence d’ici-bas est rejetée et remplacée par l’idée que l’être humain existe d’abord et seulement dans ce monde, et puis graduellement forge et organise sa propre essence et signification. C’est pourquoi, pour Friedrich Nietzsche : « Dieu ou la tradition religieuse et morale de l’Europe doivent mourir d’abord pour que le ‘surhomme’, avec la volonté de créer son propre sens et sa propre moralité, émerge. Et cela explique pourquoi dans l’ontologie existentielle de Martin Heidegger, toute compréhension de l’être et de l’existence doit commencer et se centrer à partir du sujet humain :’ Dasein ‘.

Ainsi, au cœur de l’existentialisme, est l’idée, populaire aujourd’hui, que je suis une entité indépendante créant son propre sens à travers une vie authentique et auto-gouvernée….Selon l’existentialisme, une existence qui a du sens est à la fois  anthropocentrique (centrée sur l’humain) et subjective (définie par le soi) ».  Elvis Imafidon s’interroge à ce sujet : « Dans quelle mesure cela saisit notre vraie manière d’être, d’exister et de créer du sens ? Est-ce que nos qualités individuelles de rationalité, d’autonomie et de liberté sont suffisantes pour garantir une existence qui a du sens ? Quelle est la place des autres êtres humains et des êtres autres qu’humain dans la poursuite du sens ? »

 

En regard, la tradition philosophique de l’Afrique sub-saharienne

Elvis Imafidon ne se sentait pas à l’aise dans ce contexte et il s’est alors tourné vers sa culture d’origine, la culture africaine. « Mon sentiment que la perspective anthropocentrique et subjective ne répondait pas particulièrement à ces questions m’a conduit à explorer la perspective métaphysique relationnelle qui émerge de mon héritage, la tradition philosophique de l’Afrique sub-saharienne. Comme j’argumente dans mon nouveau livre : « Doing african philosophie », pendant des générations, cette tradition a été préservée dans des ressources à la fois textuelles et non textuelles (orales et symbolique). Dans cette tradition, il y a une compréhension portée dans des langues, des proverbes, des énigmes, des adages et des paroles énigmatiques, des symboles et des formes conventionnelles et non conventionnelles d’écrire que la réalité est composée de plusieurs entités, visibles et invisibles, qui partagent, participent à et sont collectivement responsables d’ une essence commune – une aura, une énergie ou force. Une vie qui a du sens pour une identité dans cet écosystème d’entités est essentiellement dépendante pas seulement de qualités qui lui sont propres comme la rationalité et l’instinct, mais d’une relation soutenue avec d’autres membres de la communauté et d’un effort collectif pour préserver la communauté dans laquelle chaque entité a pour but de prospérer. Les membres de la communauté qui sont activement en relation les uns avec les autres et créant en collaboration du sens et de l’existence incluent les êtres humains, les arbres, les animaux, les corps aquatiques et les êtres invisibles tels que les ancêtres et les déités.

 

Tout se tient

Dans cette communauté, les entités, soit possèdent une forme active de force vitale partagée, rendant possible pour eux d’agir ou d’être agi, soit de posséder une forme passive de cette force vitale partagée de telle manière qu’ils requièrent un autre être pour agir sur eux pour émettre leur énergie. Par exemple, un être humain (une entité avec une force vitale active), quelque part en Afrique occidentale, peut bouillir ou presser la plante venomia amygdalina, appelé communément feuilles amères (une entité avec une force vitale passive) pour extraire le jus afin de guérir une maladie en vue de poursuivre une vie pleine de sens et de bien-être. A la fois, l’entité humaine et l’entité non humaine sont ainsi fondamentales pour permettre à la communauté ainsi qu’à ses membres individuels de prospérer. Ainsi il n’est pas rare dans les sociétés africaines de voir des soignants et des professionnels de santé indigènes parler avec une plante, un arbre ou un corps aquatique comme ils le feraient avec un être humain durant le processus de guérison ». L’auteur évoque également les usage des noix de kola dans de nombreuses régions d’Afrique occidentale « Des cérémonies telles que des mariages, le don d’un nom à un enfant, des funérailles et le commencement de nouvelles saisons débutent avec le cérémonial de briser la noix de kola avec un accompagnement de prières et de bénédictions. Tandis que la noix de kola est tenue en main pour être brisée, une des déclarations clé est : « la personne qui apporte le kola apporte la vie ».  Les noix de kola sont alors brisées par l’ancien et partagées avec tous ceux qui suivent la cérémonie. La déclaration que celui qui apporte le kola apporte la vie, affirme le potentiel du don de vie et de l’apport de sens des noix de kola en terme de ses bénéfices de santé et signifie l’impact profondément relationnel de l’hospitalité dans la réalisation du sens et du bien-être. Dans la communauté africaine, les entités humaines et non humaines viennent en existence en participant à la force vitale partagée et prospèrent et développent le sens à travers les relations avec d’autres êtres dans un échange réciproque d’énergie ».

 

L’Ubuntu

« L’Ubuntu (avec son origine dans le langage Zulu Xhosa), est devenu un concept africain populaire parce qu’il saisit cette métaphysique relationnelle. La philosophie de l’Ubuntu se traduit simplement comme « une personne est une personne à travers d’autres personnes ». C’est une philosophie afro-communautarienne ontologique et existentielle de la relation, de la solidarité, de la co-dépendance et de la coopération qui tient qu’une personne devient ainsi pleine et signifiante à travers les relations (5). Nous pouvons facilement pointer à d’autres concepts similaires dans différents langages africains. Dans ma langue (esan du Nigéria du sud), le mot ‘akomen’ (« Nous sommes mieux ensemble » ou « on trouve le sens collectivement » saisit également cette métaphysique relationnelle. Tous les êtres, l’humain, l’environnement, les ancêtres, les déités etc forment un tissu solidaire de relations tel qu’un écart entre le soi humain, le mort physiquement, le monde phénoménal, et les déités intangibles n’est ni possible, ni désirable. Les entités existantes ont besoin les unes des autre pour prospérer et mener une vie qui a du sens. Ainsi la quête de solidarité et d’harmonie et essentielle et non négociable pour le bien-être. Par exemple, les ancêtres sont des membres humains d’une communauté africaine qui ont quitté convenablement le royaume physique de l’existence pour un état non physique. Ce sont ceux qui ont achevé la part physique de leur cours de vie et ont pris des formes plus élevées d’être, une plus intense énergie. Une fois qu’un être humain devient un ancêtre, il reste intrinsèquement relié avec ses proches. L’existence d’un ancêtre devient cruciale pour une explication causale des évènements dans la famille que l’ancêtre a quitté physiquement, aussi bien que dans la communauté plus large.

 

Les apports d’une métaphysique relationnelle

Une métaphysique relationnelle a au moins deux implications importantes pour la manière dont nous vivons une vie qui a du sens.

D’abord, les communautés ne sont pas seulement des arrangements sociaux et politiques, mais des réalités métaphysiques. Par la nature même de la réalité, nous sommes entrelacés avec d’autres entités, humaines et non humaines. Les humains ne peuvent pas exister et prospérer sans d’autres humains, les plantes, le soleil, la lune, les animaux, la pluie, etc. Penser à nous-même comme prospérant grâce nos seules qualités, c’est s’efforcer de lutter contre notre propre essence ontologique comme entités relationnelles. Les feuilles nous disent quand c’est l’automne. Les nuages nous parlent au sujet de la pluie.

Et des avertissements globaux nous disent combien nous avons perturbé notre relation avec des entités non humaines.

Deuxièmement, la reconnaissance de et la relation avec les énergies et les forces invisibles et cependant réelles dans la communauté, telles que les ancêtres, est pertinente pour notre prospérité et notre construction de sens. Nous ne pouvons pas expliquer le présent et le sens que nous y voyons ou pas, sans reconnaitre le passé. Par exemple, une personne humaine dans une communauté africaine subsaharienne (yoruba) ne peut pas trouver un sens à son expérience de présence en déconnection de ses parents qui peuvent déjà être morts. Ainsi, tandis qu’un parent peut avoir vécu dans le passé, il reste réel et présent dans le maintenant sous forme d’un transfert d’énergie, de traits de caractère, de comportement et de mémoire ». L’auteur en donne un exemple dans la manière d’affecter des prénoms

« Dans un monde si focalisé sur les humains, leur autonomie et leur non-dépendance, une métaphysique relationnelle nous rappelle que notre existence est attachée à l’existence d’autres entités humaines et non humaines. Pour mon bien-être et pour une vie pleine de sens, il est contre-productif de prendre soin seulement de mes droits et de mon bien-être et non également des droits, du bien-être et de la survie des autres entités.

 

 De nouveaux courants de pensée rejoignent la vision relationnelle africaine

Dans un monde où les idées circulent, il est bon que Elvis Imafidon évoque « le défi de la philosophie africaine au réductionnisme occidental ». Si ce réductionnisme a dominé et persiste encore dans certains milieux, il est de plus en plus contesté dans le mouvement des idées et une dynamique relationnelle est affirmée dans la prise de conscience écologique, le tout se manifestant dans une nouvelle théologie trinitaire.

Un nouveau sujet d’inquiétude apparait aujourd’hui. C’est le développement accéléré de l’intelligence artificielle dans un contexte où l’individualisme prévaut. Dans un livre intitulé : « le péril IA », (8) un expert français du numérique, Gilles Babinet met l’accent sur la nécessité de ne pas oublier un aspect de la culture humaine découlant du temps long dans laquelle elle s’est développée et qui a été caractérisé « par un univers symbolique, structuré par le mythe, les rites, les récits archétypaux, bien plus que par la rationalité abstraite » ( p  124). Et il rejoint Elvis Imafidon en mettant l’accent sur les conséquences néfastes d’une existence dénuée de transcendance. Gilles Babinet évoque « un malaise civilisationnel profond – largement documenté, mais toujours non résolu. Ce malaise est d’autant plus insoluble qu’il repose sur une fracture philosophique fondamental entre deux grandes familles de pensée. D’un côté, une école qui accompagne le monde technologique et qui s’ancre dans une double dynamique ; celle de la déconstruction, inaugurée par Nietsche, prolongée par Foucault, Derrida ou Deleuze. Cette pensée refuse l’idée de lois naturelles, elle conteste les fondements transcendants ou éternels du politique, de l’éthique, voire du langage. Elle s’aligne ainsi avec l’ontologie même des technologies contemporaines, des machines qui ne pensent plus selon des règles, mais selon des modèle statistiques…… sans ancrage métaphysique, sans référent stable… Si tout est calcul, alors rien n’est sacré » ( p 126).

De même, le défi écologique nous appelle à une prise de conscience qui implique un nouvelle vision des rapports entre les différentes composantes du vivant. Dans son livre : « Les Lumière à l’âge du vivant » (9), la philosophe Corinne Pelluchon constate la dérive qui entaché l’apport des Lumières en l’attribuant  à « une raison se réduisant à une rationalité instrumentale, oubliant d’accorder son attention à la dimension des fins : ce qui vaut  et un dualisme séparant l’humain du vivant ». Corinne Pelluchon prend en compte les différentes composantes du vivant : « Notre capacité à relever le défi climatique et promouvoir plus de justice envers les autres, y compris les animaux, suppose un remaniement profond de l’humain dans la nature…. L’écologie, la cause animale et le respect ais personnes vulnérables sont indissociables et la conscience du lien qui nous unit aux vivant fait naitre en nous le désir de réparer le monde ».

   Si la pensée communautaire africaine fait ressortir, en contraste, les dissociations régnant dans les sociétés occidentales, un mouvement s’y lève pour y remédier. C’est ainsi qu’un livre collectif est paru sous le titre : « Relions-nous ! La constitutions des liens » (10).  Ce livre se présente ainsi : « Nous vivons une vraie crise de représentation et donc une crise politique.. Nous continuons à interpréter le monde selon des concept dépassés. Aujourd’hui, le coeur des savoirs n’est plus la séparabilité, mais à l’inverse, les liens, les interdépendances, les cohabitations…. Cinquante des plus éminents philosophes, économistes, historiens, anthropologies, médecins, juristes, historiens, chacun dans leur domaine, éclairent magistralement cette transition à l’œuvre… » .

Rappelons ici les grands traits de la communauté africaine selon Elvis Imafidon :   « Dans la communauté africaine, les entités humaines et non humaines viennent en existence en participant à la force vitale partagée et prospèrent et développent le sens à travers les relations avec d’autres êtres dans un échange réciproque d’énergie ».  Ce texte nous parle de force vitale, une réalité fortement évoquée par Bergson dans son concept d’élan vital. Il n’est pas alors étonnant que le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne, dans son livre : « Bergson postcolonial » (11) montre les affinités entre l’écrivain et le politique Léopold Sedar Senghor et Bergson, ce dernier ouvert à la pensée du scientifique visionnaire que fut Teilhard de Chardin.

« Senghor suivra Bergson pour entreprendre la tâche de retrouver une approche du réel hors du cours de la pensée philosophique tel qu’il a été orienté par Aristote et tel qu’il a culminé dans la pensée mécanicienne de Descartes.  Cette approche non mécanicienne lui parait la signification même que porte l’art africain où il voit une compréhension du réel qu’il entend comme un accès à la sous-réalité des choses visibles… ». D’autre part, la philosophie politique de Bergson s’inscrit dans la continuité de sa pensée vitaliste, née de la rencontre qu’il organise entre la philosophie de « l’évolution créatrice et la vision du monde qu’il lit dans les rel1gions africaines ». « Cette philosophie vitaliste de Senghor est l’effet d’une rencontre entre une ontologie de forces qui est au principe de religions de différents terroirs africains et la pensée bergsonienne de l’élan vital ».

Selon Elvis Imafidon, « Les membres de la communauté qui sont activement en relation les uns avec les autres et créant en collaboration du sens et de l’existence incluent les êtres humains, les arbres, les animaux, les corps aquatiques et les êtres invisibles tels que les ancêtres et les déités ». Cette conception de l’existence de différentes entités en relations les unes avec les autres et créant du sens et de l’existence nous parait pouvoir être éclairée par une recherche contemporaine qui met en évidence l’élargissement du champ de la conscience dont une certaine présence apparait chez des animaux et chez des plantes. De même, à travers de d nombreuse expériences, il apparait que la mort des humains n’entrainent pas une extinction de leur conscience. Le titre du nouveau livre de Patrice Van Eersel est à cet égard très significatif en se portant à l’extrème : « Le soleil est-il conscient ? Et les dauphins ? Et les baobabs, Et l’IA, Et vous-même ? ». Le bas de la couverture explicite l’intention de l’auteur : « élucider le mystère de la conscience » (1) Une vision nouvelle s’ouvre : « Cela parait fou, mais les faits sont là. La conscience parait habiter le monde entier.  Dans toutes les cultures anciennes, la conscience habite l’intégralité des êtres de l’univers. Les monothéismes, puis les modernes l’ont progressivement réduit à une exclusivité humaine … Aujourd’hui, ce monopole craque de tous les côtés ».

 

Une approche théologique

Comme son titre l‘indique, Le texte d’Elvis Imafidon s’inscrit dans le champ philosophique. Il n’entre pas dans des considérations religieuses. Cependant, nous sommes informé par ailleurs sur l’état des religions en Afrique et le rapport qu’elles entretiennent avec la culture qui nous a été décrite par Elvis Imafidon. En ce qui concerne les religions traditionnelles africaines, on pourra trouver un article substantiel sur Wikipedia ( 12). On peut y lire que ces religions « sont monothéistes, caractérisée par la croyance en un Dieu suprême créateur de toutes choses, mais qu’on n’invoque pas, et dont les manifestations sont nombreuses en formes ». Gans l’article sur l’Ubuntu (5), nous avons montré la manière dont la culture relationnelle africaine pouvait être en phase avec la foi chrétienne comme ce fut le cas dans le ministère de justice restaurative de l’archevêque Desmond Tutu

Cependant, il y a bien eu, et peut-être encore des formes de christianisme dominatrices centrée sur l’annonce d’un salut individualiste Aujourd’hui, notamment à travers certains théologiens comme Jürgen Moltmann, Dieu apparait comme un Dieu actif dans sa création et comme un Dieu trinitaire en constante communion et la répandant à travers l’Esprit Saint, une réalité et une image particulièrement en phase avec une vision relationnelle de la société. Dans son livre : « The living God and the fullness of life » (13), Moltmann conjugue trois thèmes : dans la communion de la vie divine ; dans la communion entre les vivants et ls morts ; dans la communion avec la terre.  Sachant la place donnée aux ancêtres dans la culture africaine, on notera au passage l’attention porté à cette question par Moltmann : « Les sociétés traditionnelles, en particulier, celles d’Extrême-Orient ont quelque chose à nous rappeler… Les êtres humains participent à une communauté des vivants et des morts même s’ils n’en ont pas toujours conscience »

Nous rapporterons ici la recherche de deux théologiens africains, Kucipa Nalwamba et Teddy Chalwe Sakupapa qui propose une étude théologique en phase avec la culture relationnelle africaine, l’une sur la théologie de la création, l’autre sur une théologie de l’Esprit, tous deux s’appuyant notamment sur la pensée de Moltmann

Kuzipa Nalwamba, théologienne zambienne, (14) s’inspire de la vision trinitaire de Dieu comme Dieu en relation communautaire qui ouvre la voie à une vision non hiérarchique de la création. Dans sa réinterprétation de Genèse 1, Kuzipa Nalwamba s’inspire de la cosmogonie zambienne qui s’inscrit dans celle du monde bantou. Elle envisage un « univers interconnecté qui commence avec la Créateur et se poursuit dans le reste de la création ». Ces nouvelles perspectives sur la création et l’identité humaine ouvrent « un espace interprétatif  qui pourraient situer les êtres humains dans un continuum avec le reste de la création et ouvrir une piste pour un éthos alternatif du maintien de la création ».

Teddy Chalwe Sakupapa, théologien à l’Université » du Cap ouest (15) nous introduit dans une théologie de l’Esprit en en montrant l’importance fondamentale dans le contexte de la culture africaine. Ainsi, montre-t-il que « la manière dont la théologie africaine peut contribuer au développement d’un ethos écologique dans le christianisme africain, réside dans l’appropriation du cadre conceptuel de la notion africaine de force vitale en articulation avec la pneumatologie, la théologie de l’Esprit, dans le contexte de la théologie africaine ». La force vitale est une conception majeure dans la culture africaine, mais elle est reconnue sous des appellations différentes dans d’autres cultures comme le ‘chi’ parml les chinois, le ‘prana’ chez les indiens… Teddy Chalwe Sakupapa avance qu’on peut interpréter que «  la force vitale est l’Esprit de Dieu comme principe de vie et facilitateur de la communion au sein de la création ».  La vision de la relationalité inspire l’ensemble de cette théologie tant dans « la compréhension trinitaire de la communalité de l’être de  Dieu » que dans la présence de l’Esprit dans l’ensemble de la création en terme panenthéiste ».

Au terme de ce parcours, on peut constater combien la prise en compte des visions de cultures trop souvent méconnues peut nous aider à rééquilibrer des conceptions qui prévalent encore en Occident et ouvrir un nouvel horizon. A cet égard, l’article de Elvis Imafidon : « Le défi de la philosophie africaine au réductionnisme occidental » nous parait exemplaire. Cela vaut également pour la théologie. On peut constater par exemple les récentes avancées de la théologie autochtone (16).  Teddy Chalwe Sakupapa met remarquablement en valeur l’importance des rencontres théologique à une échelle interculturelle :

« il peut y avoir une contribution significative au développement de la théologie chrétienne dans un contexte culturel à partir d’une interaction avec des théologies développées dans d’autres contextes culturels ».

Dans ce monde en transformation, cet article nous montre l’importance d’une écoute tous azimuts

J H

 

  1. Elucider le mystère de la conscience : https://vivreetesperer.com/elucider-le-mystere-de-la-conscience/
  2. Pour une science post-matérialiste : https://vivreetesperer.com/la-nouvelle-science-de-la-conscience/
  3. Ecospîritualité : https://vivreetesperer.com/ecospiritualite/
  4. Universaliser : https://vivreetesperer.com/universaliser/
  5. Ubuntu : https://vivreetesperer.com/ubuntu-une-vision-du-monde-relationnelle/
  6. Elvis Imafidon Wikipedia : https://en.wikipedia.org/wiki/Elvis_Imafidon
  7. African’s philosophy challenge to Western reductionism ( traduction non professionnelle) : https://iai.tv/articles/african-philosophys-challenge-to-western-reductionism-auid-3525?fbclid=IwY2xjawSUipdleHRuA2FlbQIxMABicmlkETBuMTBXdjJXS1FJbmFmajBxc3J0YwZhcHBfaWQQMjIyMDM5MTc4ODIwMDg5MgABHlDUajYvJRcVqg7T-v_qWoMs_SSJ976Hiho0faBxRbvkFMOcbjAfieRv7a9v_aem_tDYjzq_Z_G1dLwfsk48BqQ
  8. Gilles Babinet. Le péril IA. Le passeur, 2026
  9. Les Lumières à l’âge du vivant : https://vivreetesperer.com/des-lumieres-a-lage-du-vivant/
  10. Tout se tient : https://vivreetesperer.com/tout-se-tient/
  11. Bergson postcolonial. Une nouvelle vision du monde : https://vivreetesperer.com/une-nouvelle-vision-du-monde/
  12. Les religions traditionnelles africaines : https://fr.wikipedia.org/wiki/Religions_traditionnelles_africaines#:~:text=La%20dénomination%20de%20religions%20traditionnelles,abrahamiques%20importées%20%3A%20christianisme%20et%20islam.
  13. Le Dieu vivant et la plénitude de vie : https://vivreetesperer.com/le-dieu-vivant-et-la-plenitude-de-vie-2/
  14. Une théologie de la création : https://www.temoins.com/une-theologie-de-la-creation/
  15. Esprit et Ecologie dans le contexte de la théologie africaine : https://www.temoins.com/esprit-et-ecologie-dans-le-contexte-de-la-theologie-africaine/
  16. Un théologie autochtone et l’avenir du christianisme : https://www.temoins.com/la-theologie-autochtone-et-lavenir-du-christianisme/

 

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