par jean | Mai 16, 2025 | ARTICLES, Hstoires et projets de vie |
Dans la routine des EHPADs, on peut entrevoir des moments de lumière, Il y a des paroles, des sourires, des gestes qui réconfortent. La vie circule à travers des relations bienveillantes. Cependant, il y a certains soignants qui, tout particulièrement, irradient la confiance. Ces porteurs de vie et de soin répandent la joie parmi les démunis. Quelques portraits de personnes, quelques évocations de pratiques en témoignent ici
Notre ADN, c’est l’amour
Lid est une aide-soignante confirmée qui a décidé d’entreprendre des études d’infirmière. Nous évoquerons donc sa pratique au passé.
il y avait chez Lid une aisance. Elle abordait chacun avec respect. Une prévenance qui se manifestait jusque dans la toilette, auparavant une petite annonce de sa part comme une demande d’accord avant de commencer :1 2 3. Dans une vraie écoute, elle couvrait l’ensemble des besoins. Une relation ouverte permettait en dialogue où les préoccupations pouvaient affleurer et y trouver un apaisement.
Au travail dans cet EHPAD, Lid en connaissait les ressources et les obligations et elle exerçait sa fonction avec une conscience professionnelle assumée. Elle ne se contentait pas des tâches classiques. Elle se comportait comme une accompagnante, attentive aux besoins latents. Ainsi, dans un environnement complexe, elle permit à une des personnes à sa charge de changer de régime alimentaire. Pour réaliser cette opération, il lui avait fallu croire à un nouveau possible et négocier avec les parties concernées. Bref, Lid n’était pas seulement une sauvegarde, elle était un recours.
Face à des situations diverses et parfois très lourdes, si la fatigue l’atteignait à certains moments, il y avait chez Lid un dynamisme qui s’entendait parfois par des voix et des rires audibles dans le couloir de l’étage. Le matin, à son arrivée, on pouvait se dire : lid est bien là. C’était comme si la vie se manifestait à nouveau. Oui, Lid était une personne vivante.
Un jour proche de la Saint Valentin, elle aborda le sujet et, si la réaction en retour put lui paraitre mi-figue, mi-raisin, elle s’exprima plus avant, en évoquant la force de l’amour au sens le plus large. Et c’est là qu’elle s’exclama en parlant des aide-soignantes : Notre ADN, c’est l’amour ! Merci Lid ! vous serez une bonne infirmière…
J H
Le sourire de Nat
Pour éclairer la vie en EHPAD, on peut écrire de petits portraits de soignants qui, par leur attitudes, répandent une bonne humeur. Et par exemple, nous pensons à Nat, une aide-soignante dynamique d’origine africaine.
En s’occupant des résidents, il nous parait que transparait chez elle une grande conscience professionnelle et comme le sentiment d’une mission. Un jour, dans une conversation, je l’ai entendu dire avec enthousiasme : « Je suis une soignante ». Elle sait combien les personnes âgées sont vulnérables et combien, en conséquence il est important de veiller immédiatement aux dérives. Dans une courte conversation lors d’un passage pour apporter le gouter, j’ai pu entendre avec bonheur qu’elle reconnaissait naturellement l’importance de la manifestation d’une présence des aide-soignantes pour des gens isolés dans un ehpad. « Une attention ! un sourire ! ». Et oui, elle sait combien le moral a une influence sur la santé. Les tempéraments sont différents et, dans le travail, sont appelés à se compléter.
Nat est vive et enthousiaste. Il est bon et beau également, de pouvoir, à certains moments, observer chez elle un sourire rayonnant. Merci Nat
J H
Elle apprivoisait le temps et l’espace
Aide-soignante en service de nuit dans un EHPAD : une pratique remarquable
Partir d’une étude de cas pour analyser et comprendre les pratiques, c’est aussi pouvoir mettre ainsi en évidence un comportement positif, contribuer à en répandre les bienfaits. Bien sûr, telle pratique est liée au profil de la personne, à ses qualités, à ses dons et elle n’est donc pas reproductible telle quelle, mais en montrant un déroulé d’actes concrets, on peut dégager une orientation qui est susceptible d’attirer et de se répandre
Relégué dans cet EHPAD, depuis plusieurs années et devant porter le nuit une protection vis-à-vis de l’urine, celle-ci devant être suivie pour éviter les débordements éventuels, j’ai donc pu observer les comportements du personnel, les étapes principales étant un contact le soir avant le coucher et le change de la protection en fin de nuit. La situation se complique si, pour une raison ou pour une autre : insuffisance de la protection ou abondance d’urine, des fuites se produisent pendant la nuit.
Cependant, une aide-soignante de nuit dans un EHPAD a beaucoup d’autre rôles puisqu’elle est en charge de l’état général des assistés et des perturbation correspondantes : manque de sommeil, anxiété etc
Au cours des mois, nous avons vu bien des intervenant(e)s souvent de passage en vacation et nous pouvons essayer de décrire la pratique dominante.
Dans l’ensemble, on peut distinguer deux variétés. Dans la première variété (majoritaire), le passage du soir s’accompagne de quelques paroles, parfois un début de dialogue. Dans les gestes techniques, on note une attitude de prévenance. Je puis garder un souvenir positif de certaines relations. La seconde variété est dépourvue de sens relationnel : le soir, un bonjour formel, des gestes techniques accomplis sans prévenance et quasiment sans parole, l’assisté ressentant parfois une absence de considération, voire sa réduction à un objet à traiter.
Sur ce fond général, est apparue, en fin d’année 2023, une aide-soignante innovante et relationnelle. Ce fut un changement remarquable et remarqué. C’est parce qu’il nous parait exemplaire que nous essayons ici de le présente en terme d’étude de cas
Nous nous permettrons de l’appeler ici par son prénom : Vanessa. Vanessa est donc apparue en se présentant, puis en amorçant un dialogue. Ce pouvait être au sujet du vécu de la journée, et par la suite, ce moment de dialogue a pu être apaisant pour l’assisté.
Et ce dialogue portait naturellement sur les requis de l’assistance. Il y eut une séquence ou des fuites se manifestaient en fin de nuit. L’aide fut adaptée aux circonstances, ici par un suivi attentif, un change de protection vers 1 heure du matin.
Cette assistance s’est caractérisée également par son attention au temps : annoncer le moment des passages, et même le jour de la prochaine séquence d’intervention, en terme familier : « à jeudi ! ». Ces au revoir s’accompagnaient souvent d’un petit geste de salut. Cette intervention apprivoisait le temps.
Elle apprivoisait aussi l’espace, en l’inscrivant dans une dimension plus vaste, plus « communautaire », le tout étant symbolisé par un geste très fort symboliquement : en quittant la chambre, « Voudriez-vous que je laisse la porte entrouverte ? ». A travers cette demande et la réponse positive qui s’en suivait, se créait un espace commun fondé sur la confiance, une confiance qui s’étendait à la nuit. C’est bien cela, l’écoute attentive, la prévenance de Vanessa entrainaient la confiance. Quel bonheur ! Quelle différence avec un univers impersonnel !
Cependant, à quelques indices, j’ai pu constater aussi combien cette attitude s’inscrivait dans une vision professionnelle. A plusieurs reprises, non seulement, Vanessa est intervenue rapidement lorsqu’un incident lui fut signalé, mais elle me remercia de l’avoir prévenu. Rendu résigné par l’expérience, je fus surpris par son encouragement à téléphoner en cas de fuite de la protection. C’était une expression d’une haute conception de la responsabilité collective. Elle manifestait qu’il y avait bien une présence dans la nuit. Par ailleurs, un incident de voisinage m’a permis de constater qu’elle savait se faire respecter en tant que professionnelle. Je peux ainsi présumer que la pratique décrite ci-dessus s’inscrit dans un professionnalisme, une vision à la fois personnelle et collective de sa fonction.
Cette description peut paraitre louangeuse. Si je suis effectivement reconnaissant vis-à-vis de cette aide-soignante, j’ai voulu rédiger ce bilan en terme de description, la plus objective possible, comme une étude de cas, pour que cette étude permette une réflexion pour l’amélioration des pratiques. Si cet exemple est remarquable, il doit pouvoir inspirer sans décourager. Chaque personne est singulière. Globalement,
nous avons noté qu’une variété majoritaire des pratiques observées est acceptable . On doit mesurer le mérite de ce travail patient dans un contexte qui entraine de la fatigue et où les prestations doivent se maintenir dans la durée. Voici de quoi être reconnaissant. Cette étude ne doit donc pas susciter une quelconque culpabilité et des réactions en retour.
Mon écriture ici n’allait pas de soi. Si nous avons voulu rassembler nos observations pour apporter une description cohérente, c’est pour faire connaitre une pratique remarquable parce qu’elle nous parait pouvoir amener à réfléchir et à inspirer dans le dialogue
Il y a des aides-soignantes remarquables. J’en ai rencontré
J H
Il y a de belles âmes parmi les soignantes en EHPAD
Au cours d’une conversation, ce fut une bonne surprise d’entendre Léo, une aide- soignante chaleureuse parler de son parcours en s’exclamant qu’elle avait rencontrer de belles âmes en EHPAD
Léo-Paul-Dine, venue de Haïti dans les années 1990 a grandi et vécu en France, en surmontant les épreuves qu’elle y a rencontrées. Elle a choisi la profession d’aide-soignante et elle nous dit pourquoi : « C’est un métier de cœur. Pour exercer cette profession, il faut avoir de l’humain en soi ». Effectivement, rencontrer Léo, c’est vivre une relation bienfaisante.
Engagée dans la profession d’aide-soignante, avec quelques pauses dans d’autres emplois, Léo a rencontré des situations très diverses. Et, par exemple, elle raconte que pendant trois ans, en aide à domicile, elle a eu en charge une femme qui était sourde, muette et aveugle. De plus, cette femme avait été abandonnée à la naissance, élevée à l’assistance publique. Léo a communiqué avec elle par le toucher. Elle la tenait par la main et ainsi elle l’orientait. Autre situation, dans un EHPAD, face à un conflit entre fils et mère. Léo raconte comment il y avait là deux copines d’enfance qui vivaient là au même étage face à face. L’une d’elle avait un enfant, mais lorsque celui-ci venait, il l’ignorait en parlant seulement à sa copine. Car il disait avoir souffert de sa mère et lui reprochait d’être cruelle. Cette femme rejetait sa haine sur nous. Lorsque copine est décédée, le fils n’est plus revenu. La mère est décédée sans avoir plus jamais revu son fils. Pour les aide-soignantes, cette situation a été difficiles é supporter, mais Léo a respecté ces personnes.
Au cours de ces années et dans différents emplois, Léo a rencontré beaucoup de soignants et de patients, et parmi elles, de belles personnes. Mais qu’est-ce qu’une belle personne ? Selon Léo, « Une belle personne, c’est une personne qui travaille avec le cœur., qui ne fait pas semblant. C’est une personne qui est juste ».
Léo se rappelle de « Marie, ASH, qui faisait son travail avec le cœur, qui avait le cœur en or, qui apportait une lumière. Les résidents l’aimaient beaucoup. Les autres soignants aussi.
Rosette avait une vie personnelle assez compliquée, mais elle faisait du bon boulot et on avait du plaisir à travailler avec elle. On rigolait avec elle C’était une très bonne collègue.
Suzelle, aide-soignante, était d’une justesse et d’une précision incroyable Lorsqu’on bossait derrière elle, le travail était toujours fait correctement.
Toutes ces personnes aimaient ce qu’elles faisaient et nous étions dans la même pensée. Il y avait toujours de l’entraide. Elles étaient faciles à vivre. C’était des soignantes appréciées de tous les résidents et du personnel ».
Au final, Léo nous parle des conditions de travail. Les « belles personnes », dont elle nous a parlé, sont très efficaces. « Ce sont de bons éléments. Malheureusement, les structures ne savent pas les fidéliser ».
Venant d’une personne qui aime son métier et sait observer, une interpellation à écouter. Plus encore, Léo nous ouvre à la gratitude en partageant une dynamique de vie et en évoquant toutes ces » belles personnes » qui y participent.
Rapporté par J H
Et encore…
A ces textes jusqu’ici non publiés, nous en ajouterons un autre paru sur Vivre et espérer
Une infirmière dans une écoute active
Dans cet EHPAD, les infirmières passent chaque matin apporter les médicaments. Ce peut être une routine. Je me souviens du jour où une nouvelle infirmière apparut en se présentant avec enthousiasme : « Je m’appelle Yo ». Ce fut le point de départ d’un parcours en confiance et en dialogue ouvert par l’attitude de Yo témoignant de convictions profondes telles qu’elle les exprime dans son article :
« Pour moi, infirmière, c’est être dans une écoute active, avoir de l’empathie, tout en étant authentique…. De par ma culture africaine, le respect, la proximité, l’intimité sont des éléments fondamentaux. Quand dans un EHPAD, un ainé me parle, je prends l’habitude de me taire et d’écouter. Cela me permet de donner une réponse. Je suis donc dans une écoute active dans laquelle je mobilise mes connaissances et puis ainsi apporter une réponse adaptée. Je continue à apprendre constamment…
Les journées sont souvent longues et épuisantes, mais, en fin de parcours, je me réjouis d’avoir été au service de personnes vulnérables et de leur avoir apporté, outre les soins, réconfort et soutien. Cela donne un sens à ma vocation de soignante, ce que j’ai toujours voulu faire. C’est un accomplissement de ma vie selon tout ce que je crois : un ordre divin, qui, par mon entreprise, prend soin de ses créatures ».
De Yaoundé à Paris. D’aide-soignante à infirmière. Une vie au service du care et de la santé :
https://vivreetesperer.com/de-yaounde-a-paris/
Textes initiés et rassemblés par J H
On pourra consulter également :
De la vulnérabilité à la sollicitude et au soin : Cynthia Fleury. Le soin est un humanisme : https://vivreetesperer.com/de-la-vulnerabilite-a-la-sollicitude-et-au-soin/
L’apport de l’immigration africaine à la culture du care : https://vivreetesperer.com/apport-de-limmigration-africaine-a-la-culture-du-care/
par jean | Déc 27, 2011 | ARTICLES, Beauté et émerveillement, Expérience de vie et relation, Vision et sens |
Nous nous trouvons souvent confrontés à une ambiance où l’expression du négatif l’emporte. Différents sentiments s’y manifestent. Ce peut être la crainte lorsqu’on se décharge, sans contrepartie de mauvaises nouvelles et, parfois, avec force détails. C’est une absence d’horizon, un avenir bouché. Tous les maux de la terre, certes bien réels, affluent. Parfois on regrette le passé. Tout va mal. Tout va plus mal. Et puis, chacun pour soi. Cela se dit rarement, mais cela se pratique : égoïsme et cynisme. Bien sûr, là où une foi ou un idéal se manifestent, l’ambiance est autre. Mais, même là, on observe parfois un repli sur son propre milieu : le bien au dedans, le mal et le danger au dehors.
Ce propos est caricatural. Et d’ailleurs, le mal existe. Il est là et bien là. Cette réalité appelle mise en garde, lutte et pour les chrétiens, intercession. Simplement, partout où nous constatons une expression commune d’empathie, de sympathie et de paix, nous pouvons dire qu’il y a là ce qui permet aux gens de vivre et à la société d’être humaine, au bon sens du mot. Et d’ailleurs, qui ne verrait pas le positif, non seulement dans l’attention que tant de gens se portent dans la vie quotidienne, mais aussi dans des mouvements qui s’expriment à grande échelle dans notre société : l’entraide qui se déploie dans un grand nombre d’associations humanitaires, le désir de beauté qui fait le succès des expositions, une nouvelle sociabilité qui s’esquisse notamment sur internet, et bien d’autres tendances positives. Apprenons à voir le positif dans l’offre « mélangée » des médias. Mais n’y aurait-il pas aussi des lieux de rencontre où on puisse, à certains moments, partager ce qui est bon et beau et s’en réjouir ensemble ?
Nous rapportons ici une expérience. Pendant quelques années, dans une association, des rencontres ont été organisées pour permettre un partage des expériences positives de chacun. Ainsi, les participants exprimaient des expériences de tout genre, ce qu ‘ils avaient vécu de beau et de bon. Ce pouvait être l’émotion ressentie à la vue d’une peinture, l’appréciation d’un livre ou d’un film, l’harmonie perçue à travers tel chant ou telle musique, la joie d’une compréhension nouvelle de la société ou de la nature, mais aussi un moment de bonheur au quotidien, l’émotion ressentie en présence d’un paysage, une expérience spirituelle ou l’expression d’un vécu relationnel bienfaisant. Et cette énumération n’a pas de limites.
Chacun pouvait donc participer selon son désir en exprimant ainsi ce qui lui tenait à cœur, mais aussi en écoutant tout simplement et en goûtant le bonheur de ce partage. Chacun avait son chemin, son itinéraire. Chacun était respecté dans son mouvement et sa recherche.
Explicitement , cette rencontre était organisée par des chrétiens, si bien qu’il était reconnu qu’à certains moments, dans un chant ou dans une prière, une louange s’exprimait. C’était une expression de reconnaissance envers « l’Esprit qui donne la vie » et en « Celui en qui nous avons la vie, le mouvement et l’être » (Actes 17.27). Et ce Dieu là ne fait pas de forcing et respecte le cheminement de chacun.
Il y avait là une ambiance conviviale et joyeuse qui faisait écho à ce que, dans les premiers temps du christianisme, un apôtre a exprimé en considérant ce qui était positif dans la société de son temps, elle aussi aux prises avec bien des déformations et même des dépravations. Paul écrivait ainsi aux chrétiens : « Que tout ce qui est bon et digne de louange, tout ce qui est vrai, respectable, juste, pur et honorable soit l’objet de vos pensées » (Epitre aux Philippiens 4.8).
Ce que nous vivons déjà sur un certain registre, pourquoi ne pas le partager dans des rencontres comme celles que nous venons de décrire ? La situation peut varier. Elle est peut être très informelle, par exemple une soirée entre amis où on prend plaisir à partager de belles et bonnes choses. Le cadre lui-même peut comporter de nombreuses variantes en particulier dans le degré de l’expression de foi qui pourrait aller jusqu’à la mise en œuvre d’un culte où l’Esprit s’exprime à partir de l’expérience apportée et partagée comme des paroles bibliques qui se présentent. Comme dans une oeuvre musicale, il y a des notes multiples. On peut aussi prendre part à des processus analogues dans des contextes purement séculiers. Quoiqu’il en soit, sachons être attentif. « L’essence de la création dans l’Esprit est la collaboration » (Jürgen Moltmann). « Tout ce qui monte, converge » (Teilhard de Chardin).
JH
Sur ce blog : Vivre en harmonie
Sur le site de Témoins, la vie d’un groupe de partage : Un air de liberté. Conversation avec Frédérique. https://www.temoins.com/un-air-de-liberte-entretien-entre-frederique-ivulski-et-jean-hassenforder/
par jean | Sep 9, 2023 | Emergence écologique |

Selon Jeremy Lent
En 2020, l’effroi suscité par l’épidémie de Covid s’est allié aux appréhensions engendrées par d’autres menaces comme le dérèglement climatique. Aujourd’hui, une guerre vient s’ajouter au malheur du temps. Cependant, cette tourmente interpelle. Elle invite les chercheurs et les militants à imaginer et à promouvoir un monde nouveau.
C’est ainsi qu’en 2021, un recueil d’essais est paru aux États-Unis sous le titre : « The new possible » (« Le nouveau possible ») (1). Le sous-titre en précise le contenu : « Visions de notre monde au-delà de la crise ».
Cet ouvrage a été conçu dans le contexte américain, mais il est intéressant de constater qu’il ne se borne pas à mettre en cause de graves dysfonctionnements aux États-Unis, mais envisage les problèmes de beaucoup d’autres pays. Bien plus, le champ du livre s’étend au monde entier. Ainsi, plusieurs personnalités des peuples premiers sont appelées à s’exprimer. Ici convergent une réflexion sociologique et économique, des gestes militants et le recours à différentes traditions de sagesse. Le livre s’ordonne en plusieurs parties : la terre ; Nous ; le changement ; la richesse ; le travail ; la nourriture ; l’éducation ; l’amour ; la communauté, et il rassemble les contributions d’une trentaine d’auteurs.
Nous avons choisi de rapporter un des chapitres de ce livre : « Envisager une civilisation écologique » (« Envisioning an ecological civilization ». L’auteur, Jeremy Lent, a écrit plusieurs ouvrages de synthèse sur l’évolution de la culture humaine et la recherche de sens : « The patterning instinct. A cultural history of humanity. Search of meaning » et « The web of meaning. Integrating science and traditional wisdom to find our place in the universe ». Comment l’humanité a-t-elle évolué dans sa recherche de sens ? Quelle vision émerge aujourd’hui ?
Quitter le néolibéralisme
Jérémie Lent dresse un bilan des dégâts et des injustices engendrés par le néolibéralisme. Ainsi, aux États-Unis, les communautés pauvres ont été davantage atteintes mortellement par la pandémie que les communautés aisées. Il y a bien une origine au mal actuel. Depuis les années 1980, le néolibéralisme propage une conception dangereuse de l’homme selon laquelle « les hommes sont essentiellement individualistes, égoïstes, matérialistes et calculateurs. En conséquence, le capitalisme de marché serait le meilleur cadre pour les entreprises humaines » (p 4). « Le néolibéralisme est logiquement le résultat d’une conception de monde fondée sur la séparation : les gens sont séparés les uns des autres, les humains sont séparés de la nature, et la nature elle-même n’est plus qu’une ressource économique » (p 4).
Menace d’effondrement
Dans la recherche d’un progrès matériel, nous consommons les richesses de la nature plus vite qu’elle ne se reconstituent.
Notre civilisation fonctionne en « consommant 40% des ressources de la terre au-dessus du rythme soutenable » (p 4).
Transformer nos valeurs
Avec Jeremy Lent, faisons d’abord le point : « La description des êtres humains comme des individus égoïstes, la perception de la nature comme une ressource à exploiter, et l’idée que seule la technologie peut répondre à nos plus gros problèmes, voilà de profondes erreurs qui ont conduit notre civilisation vers un désastre »(p 5).
« Nous avons besoin de changer le fondement de notre civilisation : passer d’une civilisation fondée sur l’accumulation des richesses à une autre fondée sur la santé des systèmes vivants, une civilisation écologique » (p 6). Ce sera là une mutation majeure comparable aux deux grands bonds de l’humanité : la mutation agricole qui a commencé il y a 12 000 ans et la révolution scientifique du XVIIe siècle.
Une civilisation écologique
Jérémie Lent met en valeur la vertu de l’entraide. « Les systèmes vivants sont caractérisés à la fois par la compétition et la coopération.
Cependant, les transitions majeures de l’évolution qui ont amené la vie à son état actuel d’abondance, sont toutes le résultat d’un accroissement spectaculaire de la coopération. La clé de ces pas d’évolution – et du fonctionnement efficient de tous les écosystèmes – est la symbiose : le processus dans lequel les deux parties en relation donnent et reçoivent réciproquement… » (p 6). « Les contributions de chaque partie créent un ensemble plus grand que la somme des parties ». La symbiose permet aux écosystèmes de s’entretenir presque infiniment ». « L’interconnection de différents organismes en symbiose se manifeste dans un autre principe fondateur de la nature : l’harmonie ». « L’harmonie apparaît quand les différentes forces d’un système sont en équilibre » (p 6-7). Un tableau apparaît. « Chaque système dépend de la vitalité des autres ».
Cette constatation « nous amène à formuler un objectif ultime de la civilisation écologique : créer les conditions pour que tous les humains puissent fleurir comme une part d’une terre vivante et prospère. Jeremy Lent transpose le phénomène de la symbiose en termes humains : « les principes fondateurs de la justice et de l’équité ». Une civilisation écologique assurera « la promotion de la dignité humaine en fournissant les conditions pour permettre à chacun de vivre en sécurité et en bien-être ». Par ailleurs, la civilisation écologique reconnaitra la diversité dans tous ses registres. « Elle sera fondée sur l’axiome que le plein potentiel d’un système peut être réalisé seulement quand il est intégré – un état d’unité dans la différenciation où la prospérité de chaque constituant contribue au bien-être de l’ensemble » (p 7). Par-dessus tout, une civilisation écologique suscitera une symbiose englobant la société humaine et le monde naturel ».
La civilisation écologique en pratique
Entrer dans une civilisation écologique requiert une transformation fondamentale de l’économie. Entre autres, on passera d’une économie fondée sur la croissance perpétuelle du Produit National Brut à une société mettant l’accent sur la qualité de la vie en développant les indicateurs correspondants. Depuis le début du XIXe siècle, la plupart des économistes ont considéré deux domaines seulement de l’activité économique : les marchés et le gouvernement… Une civilisation écologique prendra en compte ces deux domaines, mais ajoutera deux secteurs : l’économie domestique et les communs. « En particulier, les communs deviendront une part centrale de l’activité économique (3) ». Jeremy Lent rapporte l’origine du terme : la terre partagée par les paysans en Angleterre. Mais dans un contexte plus large, « les communs comprennent toutes les sources de subsistances et de bien-être qui échappent à l’appropriation de la propriété privée et de l’état : l’air , l’eau, la lumière du soleil, et même les créations humaines comme le langage, les traditions culturelles et la connaissance scientifique » (p 8). C’est une richesse commune (« a shared human commonwealth » (p 9). On reconnaitra le droit de chaque être humain à participer à cette richesse commune. Jeremy Lent évoque ici « un revenu de base universel ». Les recherches en ce sens ont montré les aspects positifs d’une telle innovation. Dans cette transformation, quelle attitude vis-à-vis des grandes entreprises internationales ? Elles devront se soumettre à une charte écologique et sociale. La même approche écologique entrainera la transformation de l’agriculture et du tissu urbain. Jeremy Lent envisage également une transformation de la gouvernance vers « un modèle polycentrique où les décisions locales, régionales et globales seront prises aux niveaux où leurs effets se font le plus sentir » (p 10).
En marche
Si cette vision porte un idéal à atteindre, Jérémy Lent nous présente « les innombrables organisations pionnières à travers le monde qui plantent déjà les semences pour une civilisation affirmant la vie » (p 10). L’auteur cite des initiatives aux États-Unis, en Bolivie, en Espagne. Il montre « comment la vision écologique se répand à travers les institutions religieuses et culturelles établissant un terrain commun avec le traditions indigènes qui maintiennent leur connaissance et leur genre de vie pendant des millénaires ». Il évoque la « charte de la terre » initiée à La Haye en 2000 et adoptée depuis par plus de 2 000 organisations à travers le monde auxquelles se sont joints certains gouvernements. Et bien sûr, il cite l’encyclique ‘Laudato si’.
Sur le plan économique et politique, des organisations apparaissent telles que la « Wellbeing Economy Alliance » et la « Global Commons Alliance ». « Peut-être encore plus important, un mouvement populaire affirmant la vie se répand globalement ». (p 11)
Le livre : « The new possible » fait lui-même écho à la transformation en cours.
Ce texte de Jeremy Lent nous apporte une vue d’ensemble sur la mutation en cours. Il en esquisse le sens. De son point d’observation, il vient confirmer l’extension d’un mouvement écologique à travers le monde entier. Ce point de vue vient donc nous encourager et nous affermir.
J H
- Philip Clayton, Kellie M Archie, Jonah Sachs, Evan Steiner, ed. The new possible. Visions of our world beyond crisis. Wipf and Stock Publishers, 2021
- Voir le blog de Jeremy Lent, author and integrator : https://www.jeremylent.com/
- La promotion des communs apparaît récemment au cœur du livre de Gaël Giraud : Gaël Giraud. Composer le monde en commun, Seuil, 2022
par jean | Jan 22, 2017 | ARTICLES, Expérience de vie et relation |
A la demande de sa grand-mère (1), à dix ans, Manon Aurenche nous communique ses observations sur l’école anglaise dans laquelle elle vient d’entrer. Comment ne pas être admiratif devant ses qualités d’observation, de réflexion, d’expression !

Et il y bien une impression qui ressort : cette école publique municipale d’un quartier populaire de Londres, avec une population en majorité originaire du Pakistan ou du Bangladesh, la « Carlton school », est une école où on vit en relation. On peut s’y exprimer librement. La convivialité est active et encouragée. La diversité est reconnue. La condition, c’est le respect de l’autre. La caractéristique, c’est un climat de confiance.
Manon note :
« L’ambiance anglaise est très différente, car on a le droit de se lever et de parler pour discuter du travail en cours ».
« La maîtresse est tout le temps positive, très attentive aux problèmes des enfants et elle explique très bien ».
« On a, de temps en temps, des réunions de classe pour parler d’un thème, en particulier comme l’amitié ou : c’est quoi une bonne relation ? ».
« « La Rainbow Room (la salle Arc en Ciel) sert à calmer les enfants et à les faire s’expliquer en racontant chacun (e) leur vision du problème. Puis ils demandent à des enfants témoins de donner leur avis… ».
« A l’école, il y a des assemblées (assembly », c’est à dire des moments où toute l’école est réunie. Elles sont différentes à chaque fois. Par exemple, il y en a sur le chant dans lesquelles on chante. Une autre fois, sur le thème du harcèlement… »
Quand un enfant peut ainsi être reconnu, s’exprimer, participer, vivre en bonne entente, il peut être heureux. « J’aime beaucoup mon école anglaise », écrit Manon. « Elle et géniale ».
Depuis des décennies, le courant de l’éducation nouvelle œuvre pour promouvoir une école où l’on puisse apprendre dans un climat de confiance, de partage et d’entraide (2). Cette éducation est fondée sur des valeurs. Celles-ci sont inégalement actives dans les différentes sociétés, et parfois on doit avancer à contre-courant.
L’école anglaise, fréquentée par Manon, n’est pas, en soi, une « école nouvelle » . C’est une école publique d’un quartier populaire de Londres, mais elle participe à la même approche. Les cultures nationales sont différentes (3), mais, en France, de plus en plus de parents désirent que leurs enfants puissent apprendre dans une ambiance conviviale et créative. (4).
Bref, du bonheur à l’école. Ce témoignage tout simple de Manon nous dit : Oui, c’est possible !
J H
(1) Merci à Blandine Aurenche. Bibliothécaire, Blandine Aurenche a publié un article sur ce blog : « Susciter un climat de convivialité et de partage » : https://vivreetesperer.com/?p=1542
(2) « Et si nous éduquions nos enfants à la joie. Pour un printemps de l’éducation » : https://vivreetesperer.com/?p=1872 « Pour une éducation nouvelle, vague après vague » : https://vivreetesperer.com/?p=2497
(3) En France, « Promouvoir la confiance dans une société de défiance » : https://vivreetesperer.com/?p=1306 Dans certains pays, l’enseignement public a muté vers une approche conviviale et créative. C’est le cas en Finlande comme l’expose « le film : Demain » : https://vivreetesperer.com/?p=2422
(4) Ce désir des parents s’expriment par exemple dans le développement rapide des écoles Montessori en France.
Manon à l’école anglaise
Je m’appelle Manon, j’ai 10 ans. J’ai déménagé à Londres en septembre avec ma famille. Je suis à l’école Anglaise de mon quartier. L’école Anglaise est assez différente de l’école Française dans son organisation et pour plein d’autres choses encore…
L’ambiance en classe est très différente car on a le droit de se lever et de parler pour discuter du travail en cours. De plus, si on n’y arrive vraiment pas on peut aller au bureau de la maîtresse et elle vient à notre table, elle nous aide et nous écoute pour voir ce que l’on a compris et regarde sur quoi nous bloquons. En Angleterre, les enfants sont plus attentifs car ils décident de leurs propres règles de classe, tout en respectant celles de l’école qui sont les mêmes pour toutes les classes. Bon, on doit quand même souvent se mettre en ligne sans parler. Pour le silence, il y a un signal : la maîtresse lève la main en l’air et tape 3 tape trois fois dans les mains et tous les enfants répètent après elle. La politesse est aussi très importante.
Ma maîtresse s’appelle Tina, elle a les cheveux violet/rose. Ma prof de sport s’appelle Sharon, elle a plein de tatouages et de piercings. Tout ça pour vous dire qu’à Londres le style n’a pas d’importance ! Nous, par contre, nous sommes tous en uniformes. Contrairement à la France, certaines filles musulmanes portent le voile.
Mais revenons à ma maîtresse ! Je sais qu’elle est allemande car elle m’a dit qu’elle aussi était arrivée à 14 ans en Angleterre sans savoir parler anglais. Elle est tout le temps positive, très attentive aux problèmes des enfants et elle explique très bien. Les maîtresses ne sont PAS SEULES dans la classe, elles ont des aides (Teacher Assistants) pour certains élèves qui ont besoin d’une aide vraiment spéciale et d’autres pour le reste de la classe. Donc, dans ma classe, il y a parfois 5 personnes en plus de la maîtresse ! On a de temps en temps des réunions de classe pour parler d’un thème en particulier comme « l’amitié ou c’est quoi une bonne relation ? ». Et puis, on peut comme cela travailler souvent en petits groupes !
Pour régler les problèmes dans la cour, les Teacher Assistants envoient les enfants dans une salle qui s’appelle la Rainbow Room (la salle arc-en-ciel). C’est une salle qui sert à calmer les enfants et les faire s’expliquer en racontant chacun(e) leur version du problème. Puis ils demandent à des enfants témoins de donner leur avis. Le problème est vite réglé. Ceux qui se sont mal comportés comprennent pourquoi car on leur explique et les autres sont contents d’être écoutés.
A l’école, il y a des assemblées (Assembly) c’est à dire des moments où toute l’école est réunie dans une même salle. Elles sont différentes à chaque fois. Par exemple, il y en a sur le chant dans lesquelles on chante… Une autre fois sur le thème du harcèlement. Elles servent aussi à célébrer les Goldens Stars tous les vendredi. Les Goldens Stars sont les élèves de la semaine qui sont récompensés car ils ont bien travaillé ou qu’ils se sont bien comportés en classe. Les assemblées apprennent aux enfants à prendre la parole en public mais c’est très impressionnant quand on ne parle pas encore anglais !
On commence l’école à 8H45 et on fini à 15H30 tous les jours même le mercredi et on a moins de vacances MALHEUREUSEMENT ! Mais ce qui est super c’est qu’après l’école on peut rester pour faire des afterschools : coding club, musique (j’ai pu commencer la guitare et jouer devant toute l’école à la fête de Noël), football, netball, mandarin, science, cours de cuisine en famille, art, girl’s sport, piscine, etc…
Bref, même si mes copines de France me manquent beaucoup et que je suis pressée de parler Anglais, j’aime beaucoup mon école anglaise, elle est géniale !
Manon Aurenche
Janvier 2017
par jean | Fév 7, 2019
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