par jean | Déc 6, 2018 | ARTICLES, Expérience de vie et relation |
Rodolphe Gozegba, pasteur dans une paroisse alsacienne, avait Ă©tĂ© invitĂ© Ă participer Ă une rĂ©union organisĂ©e par une paroissienne qui avait invitĂ© des amis chez elle. Il y avait donc onze personnes dans ce petit groupe. Elles nâappartenaient pas toutes Ă la paroisse. Elles avaient Ă©tĂ© invitĂ©es pour quâelles puissent faire connaissance avec le nouveau pasteur de la paroisse. CâĂ©tait donc une rencontre conviviale et amicale.
Au dĂ©but de la rĂ©union, chacun sâest prĂ©sentĂ©. AprĂšs cette prĂ©sentation, chacun sâest retrouvĂ© autour dâune table avec gĂąteaux et cafĂ©. Pendant quâon mangeait ensemble, les gens parlaient seulement Ă leurs voisins. Pour permettre une conversation en commun, Rodolphe a eu une idĂ©e : poser une question qui permettrait Ă chacun de sâexprimer en mobilisant lâattention de tous sur un thĂšme commun. Et, il a donc suggĂ©rĂ© la question suivante : « Je sais que Dieu a fait des miracles dans nos vies et que nous sommes sans doute marquĂ©s par un de ces miracles. Est-ce que nous pourrions tĂ©moigner de ce miracle en peu de mots ? ». Tout le monde a trouvĂ© que câĂ©tait une excellente idĂ©e. Et donc, chacun sâest exprimĂ© Ă tour de rĂŽle.
La voisine de Rodolphe, une femme dâorigine syrienne, accompagnĂ©e par sa sĆur, a tĂ©moignĂ© pour elles deux. Elles ont connu une guerre terrible en Syrie et aussi des persĂ©cutions envers les chrĂ©tiens. Pour elles, le miracle a Ă©tĂ© la persĂ©vĂ©rance des chrĂ©tiens malgrĂ© la persĂ©cution. Aucun nâa abandonnĂ© la foi. Dieu merci, elles sont aujourdâhui vivantes en France.
La deuxiĂšme personne qui sâest exprimĂ©e nous a dit : « Mon miracle, câest que je viens dâĂȘtre guĂ©rie de mon cancer ».
Une veuve nous a ensuite parlĂ© de la vie quâelle a eue avec son mari. Au dĂ©part, elle avait hĂ©sitĂ© Ă lâĂ©pouser. Et puis, elle a trouvĂ© ensuite en lui un homme admirable. Câest « lâhomme de sa vie ».
Une autre personne, un homme, a tĂ©moignĂ© quâaprĂšs le dĂ©cĂšs de sa premiĂšre femme, il a rencontrĂ©, il y a vingt-cinq ans, une femme dâorigine amĂ©ricaine, avec laquelle il sâest mariĂ© et se trouve heureux aujourdâhui. Cette femme Ă©tait lĂ avec lui et elle a aussi tĂ©moignĂ©. Ayant quittĂ© les Etats-Unis, elle Ă©tait allĂ© en Allemagne et ensuite, elle est arrivĂ©e en Alsace oĂč elle a rencontrĂ© son mari avec lequel elle est trĂšs heureuse aujourdâhui. Ainsi nous a-t-elle dit : « Jâai fait tout un pĂ©riple pour finalement trouver lâhomme de ma vie ». Cet amour est pour elle le grand miracle de Dieu.
Nous avons entendu ensuite le tĂ©moignage du mari de la femme qui a Ă©tĂ© guĂ©ri du cancer. Cet homme a beaucoup parlĂ©. Un jour, nous a-t-il dit, il a entendu un pasteur dĂ©clarer dans sa prĂ©dication quâil ne croyait pas Ă la rĂ©surrection de JĂ©sus. Il a Ă©tĂ© profondĂ©ment choquĂ© et particuliĂšrement scandalisĂ©. Il a quittĂ© lâĂ©glise. « La foi chrĂ©tienne, vidĂ©e de la rĂ©surrection, nâest plus la foi chrĂ©tienne ». Dieu est au coeur de sa vie et sa raison dâĂȘtre. « Sans Lui, je ne suis rien ».
La paroissienne qui nous a accueilli, a racontĂ© que, lorsquâelle Ă©tait plus jeune, elle voyageait beaucoup. Et, comme elle nâavait pas beaucoup dâargent, elle prenait des avions avec plusieurs escales. Un jour, en allant au Japon, son mari et elle, ont fait une escale en Irak. Elle Ă©tait enceinte dâun garçon et a fait une fausse couche. Par la suite, en Alsace, elle a enseignĂ© le français Ă un jeune immigrĂ© irakien. Une relation forte sâest créée et celui-ci sâest mis Ă la considĂ©rer comme sa mĂšre. Ce couple a une grande fille, mais il nâavait pas de garçon. Ils ont adoptĂ© le jeune irakien. Elle, qui avait perdu un garçon, en a retrouvĂ© un. Ils ont dĂ©sormais une grande fille et ce fils adoptĂ©. Câest le miracle de leur vie.
Ce tour de table sâest terminĂ© par le tĂ©moignage de Rodolphe. Pour lui, le miracle, câest que Dieu a fait de lui son serviteur, pasteur dans lâEglise.
Comment Rodolphe a-t-il ressenti ce partage ?
Les participants étaient des chrétiens avec des sensibilités différentes. Par exemple, les deux syriennes étaient orthodoxes. Le couple franco-américain était mennonite⊠Nous étions en communion.
Câest la premiĂšre fois que Rodolphe posait cette question : quel est le miracle qui a marquĂ© votre vie ? Or, nous dit-il, « On envisage gĂ©nĂ©ralement le miracle comme une intervention extraordinaire de Dieu. Moi-mĂȘme, je mâattendais Ă des tĂ©moignages de ce genre . Mais, dans ce groupe lĂ , jâai dĂ©couvert que chaque personne a sa conception du miracle. Le miracle nâest pas forcĂ©ment une manifestation soudaine et extraordinaire de Dieu. Le miracle, ce peut ĂȘtre aussi une merveilleuse rencontre. Ce peut-ĂȘtre une bonne amitiĂ© qui dĂ©bouche sur une belle relation. Ce peut ĂȘtre la conscience affirmĂ©e dâune relation avec Dieu. Ici, dans ce groupe, le miracle Ă©tait reconnu dans une manifestation de Dieu au quotidien. Nous avons appris Ă la reconnaĂźtre. Câest un sujet de joie et de reconnaissance ».
Récit et témoignage de Rodolphe Gozegba rapporté par Jean Hassenforder
Voir aussi sur ce blog :  « Le miracle de lâexistence. Un Ă©clairage de Bertrand Vergely » : https://vivreetesperer.com/?p=2890
par jean | Fév 13, 2019 | ARTICLES, Expérience de vie et relation |

 Guy Aurenche, ancien prĂ©sident de lâACAT (Action des chrĂ©tiens pour lâabolition de la torture) et du CCFD-Terre solidaire (ComitĂ© catholique contre la faim et pour le DĂ©veloppement), a Ă©tĂ© invitĂ© dans une communautĂ© chrĂ©tienne qui affronte des problĂšmes de fragilitĂ© et de marginalitĂ©. A partir de son expĂ©rience personnelle, associative et ecclĂ©siale, il a rĂ©pondu Ă Â la question qui lui Ă©tait posĂ©e : « Comment la parole des plus fragiles mâa changĂ© et me change encore aujourdâhui ? ».
En réponse, Guy Aurenche propose cinq pistes.
« TrĂšs tĂŽt, Ă travers lâACAT, jâai rencontrĂ© les rĂ©alitĂ©s Ă©pouvantables de la torture. Jâai Ă©tĂ© bouleversĂ© par tant de capacitĂ©s destructrices. Cependant, le message que jâai reçu a Ă©tĂ© celui de notre capacitĂ© Ă rejoindre les victimes dans leur drame et Ă briser la solitude imposĂ©e pour les dĂ©truire. Par les actions, les protestations et la priĂšre, jâai dĂ©couvert que je pouvais devenir un modeste sauveteur, un briseur de solitude. Alors les victimes se dĂ©claraient sauvĂ©es car elles nâĂ©taient plus seules pour affronter leurs souffrances. La parole des plus fragiles a fait de moi un briseur de solitude, une source de vie.
La parole des plus fragiles nous met sur le chemin de la fraternitĂ©. A travers les partenariats nouĂ©s par le CCFD-Terre solidaire avec des associations combattant les injustices, jâai rencontrĂ© non pas des pauvres et des malheureux, mais des frĂšres et des sĆurs avec lesquels je pouvais agir. Cette fraternitĂ©, parfois dĂ©concertante, mâa permis de cheminer et de dĂ©couvrir que lâautre Ă©tait frĂšre.
La parole des plus fragiles a fait de moi un « porteur de parole ». a travers le mĂ©tier dâavocat, les plus fragiles mâont demandĂ© de dire leur parole dans le cadre de la justice. Ils Ă©taient alors reconnus dans leur dignitĂ© quelque soit les fautes quâon leur reprochait, alors quâils nâĂ©taient pas capables de se faire entendre. Jâai parfois rencontrĂ© des problĂšmes de conscience lorsque la parole quâil mâĂ©tait demandĂ© de porter, ne me semblait pas conforme Ă la vĂ©ritĂ©. Cependant, aprĂšs rĂ©flexion, jâai dĂ©fendu leur parole, car le juge avait besoin de lâentendre avant de se prononcer. Les plus fragiles mâont appris le lien  entre la reconnaissance de la dignitĂ© dâune personne et lâĂ©coute de sa parole.
La parole des plus fragiles a fait de moi un acteur de transformation sociale pour dĂ©couvrir peu Ă peu quâil ne suffisait pas dâentendre leur cri, mais de les rejoindre dans le combat social, Ă©conomique pour sâattaquer aux causes des injustices. Cette action de transformation sociale devait se faire non pas seulement Ă travers mes propres idĂ©es, mais en accueillant la capacitĂ© inventive de ceux avec lesquels jâintervenais. La parole des plus fragiles mâa aidĂ© et mâaide Ă donner tout son sens Ă lâengagement politique.
La parole des plus fragiles mâa aidĂ© et mâaide Ă dĂ©couvrir les profondeurs de la pauvretĂ©. Nous nous faisons une idĂ©e restreinte de la pauvretĂ© en la limitant Ă une approche matĂ©rielle. Par ailleurs, nous risquons toujours dâavoir « nos pauvres » selon nos critĂšres philosophiques ou confessionnels. Ce sont souvent les plus fragiles qui mâont fait dĂ©couvrir quâĂ cotĂ© dâeux, il y avait encore des plus pauvres et je ne lâavais pas vu. La parole des plus fragiles mâaide aujourdâhui Ă repĂ©rer les situations de pauvretĂ© qui mâentourent.
Câest une bonne nouvelle que de dĂ©couvrir que je suis capable de briser des solitudes, que jâappartiens Ă une fraternitĂ© agissante, quâen portant sa parole, je peux aider lâautre Ă ĂȘtre reconnu, quâen agissant ensemble, nous pouvons nous attaquer aux causes des injustices et que mes yeux comme mon cĆur doivent rester Ă lâaffut de toutes les pauvretĂ©s qui se cachent autour de moi ».
Interview de Guy Aurenche
Sur ce blog, voir aussi : « Justice sur la terre comme au ciel » : un livre de Guy Aurenche : https://vivreetesperer.com/dans-un-monde-difficile-un-temoignage-porteur-de-joie-et-desperance/
par jean | Déc 25, 2013 | ARTICLES, Expérience de vie et relation |
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         France a Ă©tĂ© infirmiĂšre en pĂ©diatrie et ensuite potiĂšre. MariĂ©e, elle est mĂšre de quatre fils. Elle a une relation presque « poĂ©tique » avec les enfants. « Les enfants », nous dit-elle, « ont des clefs de connaissance que nous nâavons pas ». Elle nous raconte ici deux histoires.
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        « Un petit garçon de sept ans mâa demandĂ© Ă faire de la poterie. Un jour, il arrive bouleversĂ©. Sa mĂšre est impossible et mĂ©chante. Son pĂšre est parti et lâinstitutrice est peu bienveillante. Il a du mal Ă lire et Ă Ă©crire. « On dit que je suis un poĂšte⊠mais je ne sais pas ce que câest, un poĂšte » ? Je lui rĂ©pond : « Un poĂšte, câest une personne comme toi : la tĂȘte dans les Ă©toiles et un cĆur grand comme ça ». Lui : « Ah, câest une bonne dĂ©finition ! ». Moi : « Sais-tu ce quâest une dĂ©finition ? ». Lui : « Oui, câest quand ce que lâon dit, ça s âĂ©crit âŠÂ ».
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        Dans un service de pĂ©diatrie, un enfant de dix ans, atteint dâune leucĂ©mie gravissime, va sâen aller. Il me demande de rester prĂšs de lui, cette nuit du 24 au 25 dĂ©cembre. Le chef de service refusera que je reste. Une psychologue mâa demandé : « Pourquoi voulez-vous rester ? Quâest ce que la mort de cet enfant peut vous faire ?… » Or, cet enfant avait Ă©tĂ© complĂštement abandonnĂ© par sa famille. Je suis retournĂ© voir lâenfant pour lui expliquer que je nâavais pas le droit de rester avec lui, mais lui ai-je dit : « Je penserai Ă toi toute la nuit ». Il mâa rĂ©pondu : « Je vais aller au Ciel Ă quatre heures du matin ». « Et il est parti Ă quatre heures du matin ».
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Histoires émouvantes : une invitation à écouter.
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Contribution de France.
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On pourra lire sur ce blog : « Lâenfant : un ĂȘtre spirituel » : https://vivreetesperer.com/?p=340
par jean | Déc 25, 2013 | ARTICLES, Beauté et émerveillement, Expérience de vie et relation, Vision et sens |
Accueil, confiance et émerveillement
Odile Hassenforder : Sa présence dans ma vie.
Lieu ordinaire : dans la banlieue sud de la rĂ©gion parisienne, au troisiĂšme Ă©tage dâun petit immeuble, un angle de vue sur un mĂ©lange de vĂ©gĂ©tation et de constructions et un vaste espace de ciel. Mais, Ă partir de ce lieu ordinaire, dans une mĂ©ditation quotidienne, Odile sait sâĂ©merveiller. Elle apprend Ă recevoir. Elle dĂ©couvre une harmonie. « Une atmosphĂšre de confiance germe en moi. Je pense Ă lâenfant qui accueille la vieâŠJe deviens de plus en plus attentive Ă la semence intĂ©rieure qui germe, Ă lâĂ©coute de lâintuition spirituelle, à lâĂ©veil de tout ce qui est bien-beau-bon autour de moi ». (1)
Mon fauteuil de mĂ©ditation matinale est orientĂ© Ă lâest.
Jâaime admirer le lever de soleil, ces nuages qui sâĂ©clairent, se colorent, passent du gris au rosĂ©, avancent plus ou moins vite selon le vent⊠La vie est mouvement. La vie est Ă©nergie. Elle nâest pas statique comme lâexpriment des pessimistes aveugles Ă ce renouvellement perpĂ©tuel.
Pour ma part, de tels spectacles de la nature, de la simple pĂąquerette au coucher du soleil et au ciel Ă©toilĂ©, mâĂ©merveillent. Je sens mon cĆur se dilater. Jâappartiens Ă cet univers visible, mais aussi invisibleâŠQuelle magnificence. Emerveillement qui suscite lâadoration du CrĂ©ateur : « Lâhomme a-t-il tant dâimportance pour que tu tâoccupes de lui ? » (Psaume 8/5). Et moi, je me sens toute petite, et pourtant je suis une crĂ©ature merveilleuse (Psaume 139/14).
Un contentement intĂ©rieur sâĂ©tablit peu Ă peu en moi. Comme les piĂšces dâun puzzle sâajustant les uns aux autres, je dĂ©couvre peu Ă peu un magnifique tableau. Cette vision et ce ressenti de bien-ĂȘtre mâenvahissent. Et ma respiration devient le lieu de mon corps Ă mon mental sâĂ©panouissant dans cet univers spirituel qui me dĂ©passe. Alors sâĂ©veille en moi une joie paisible, reliĂ©e Ă lâĂȘtre suprĂȘme, mon Dieu, qui mâhabite. ProblĂšmes, inquiĂ©tudes, angoisses sâĂ©loignent, se rapetissent comme les objets dans lâimage dâun appareil de photo lorsque le focus agrandit le champ de vision. Une atmosphĂšre de confiance germe en moi. Je pense Ă lâenfant qui accueille la Vie. Les paroles de JĂ©sus me reviennent Ă lâesprit : « Le Royaume de Dieu appartient Ă ceux qui ressemblent Ă ces enfants » (Matt 19/14).
En moi, je connais cette conversion progressive de mon attention : de volontaire qui cherche le « bon modĂšle » chrĂ©tien Ă reproduire, je deviens de plus en plus attentive Ă la semence intĂ©rieure qui germe, Ă lâĂ©coute de lâintuition spirituelle en moi et aussi Ă lâĂ©veil Ă tout ce qui est bien-beau-bon autour de moi.
Odile Hassenforder
Ăcrit personnel 2007
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(1) Odile Hassenforder. Sa présence dans ma vie. Parcours spirituel. Empreinte Temps présent. 2011 (p 213-214)
Sur ce blog : autres textes dâOdile Hassenforder : https://vivreetesperer.com/?tag=odile-hassenforder
par jean | Sep 15, 2014 | ARTICLES, Expérience de vie et relation, Vision et sens |
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Propos recueillis auprĂšs de Philippe M.
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Je travaille dans le gĂ©nie climatique. J’interviens dans l’Ă©tude et la rĂ©alisation de la partie Ă©lectricitĂ© et automatisme, la rĂ©gulation du chauffage/climatisation et dans la recherche de solutions techniques pour rĂ©pondre aux exigences des nouvelles rĂ©glementations thermiques. Jâhabite en Alsace et je travaille essentiellement dans la construction de plateformes logistiques dans toute la France. Je circule beaucoup et je rencontre des gens trĂšs diffĂ©rents : des ouvriers du bĂątiment de diffĂ©rentes nationalitĂ©s, des techniciens, des ingĂ©nieurs qui contrĂŽlent mon travail, des responsables dâentreprise.
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âLe milieu du bĂątiment aujourdâhui est trĂšs tendu. Il y a de plus grandes exigences au niveau technique et dĂ©lai dâexĂ©cution. Cela mâamĂšne Ă pĂ©nĂ©trer dans des univers oĂč le stress est palpable. Dans ce contexte, jâapprends beaucoup sur le fonctionnement de lâĂȘtre humain. De ce fait, jâapprends beaucoup sur moi. Câest un milieu oĂč il y a de la souffrance physique liĂ©e Ă la pĂ©nibilitĂ© du travail et des souffrances psychiques liĂ©es Ă lâĂ©loignement de la famille Ă travers de nombreux dĂ©placements professionnels. Progressivement, dans ce contexte, jâai appris Ă me rapprocher des autres. Au dĂ©but, jâai souvent Ă©tĂ© Ă©tonnĂ© de voir une personne dâapparence fermĂ©e sâouvrir facilement dĂšs que je lui posais des questions plus personnelles.
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âLe sujet de la religion revient souvent. Je vois que dans lâesprit de la plupart des gens, il y a beaucoup de prĂ©jugĂ©s et de fausses idĂ©es sur le christianisme . Par exemple, pour certains, le christianisme est synonyme de non libertĂ©, de formatage, de conflits entre les diffĂ©rentes Ă©glises. Le personnage de JĂ©sus est vu comme un deuxiĂšme MoĂŻse qui apporte des lois et des commandements. Il y a aussi la peur trĂšs prononcĂ©e des phĂ©nomĂšnes sectaires.
LâĂ©vangĂ©lisation, souvent Ă juste titre, est perçue comme une imposition dâidĂ©es reçues, et, en mĂȘme temps, paradoxalement, le chrĂ©tien prĂ©tendrait indiquer un chemin de libertĂ©. Je constate une grande dĂ©fiance vis Ă vis de tous les pouvoirs en gĂ©nĂ©ral, et notamment vis Ă vis du pouvoir religieux qui touche Ă un cĂŽtĂ© sensible de la personne parce quâon y dĂ©veloppe des idĂ©es (toutes faites / impersonnelles) sur lâamour, lâĂąme, lâesprit, lâĂȘtre, Dieu. On a plus de mal Ă confier sa personne au milieu religieux. Les gens sont trĂšs mĂ©fiants. Jâai dĂ©couvert aussi des personnes se disant athĂ©es, mais, en creusant, on dĂ©couvre quâelles sont athĂ©es en opposition Ă un Dieu reprĂ©sentĂ© sous une certaine forme par la religion : « Dieu pour moi, ce nâest pas ça ». Câest surprenant car ils dĂ©crivent ensuite un Dieu idĂ©al, un Dieu proche, un Dieu ouvert, un Dieu qui ne soutient pas un clan, qui ne suscite pas une exclusion. Malheureusement, Ă cause de la religion, ils ont abandonnĂ© lâidĂ©e de trouver ce Dieu lĂ .
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âJe dĂ©couvre dans les gens que je rencontre, au-delĂ dâune façade dâauto-dĂ©fense, de rĂ©flexes dâautoritarisme, de colĂšres exprimĂ©es, dâexpressions grivoises, des perles prĂ©cieuses qui jaillissent, comme la gĂ©nĂ©rositĂ©, la bontĂ©, l’authenticitĂ©, le partage… Je me sens naturellement en relation avec eux en voyant en eux lâimage de Dieu. Ce que je remarque aussi, câest une grande recherche de sens dans ce que lâon fait. Une fois, une personne me disait : « Jâai une belle maison, une belle voiture, une belle famille ; JâapprĂ©cie tout cela, mais jâai envie de passer Ă autre chose : donner un sens Ă ma vie, ĂȘtre tournĂ© vers les autres ». Un autre dĂ©sir revient souvent : faire les choses avec joie, avec plaisir. La dĂ©fiance vis-Ă -vis des autoritĂ©s engendre une rĂ©flexion personnelle sur ce que ces autoritĂ©s demandent et imposent. Jâobserve une plus grande autonomie et la volontĂ© dâagir si cela rĂ©sonne intĂ©rieurement. Un esprit critique se dĂ©veloppe. Ce qui fĂ©dĂšre aujourdâhui, câest le produit dâune attirance par opposition aux impĂ©ratifs du devoir. Je ne fais plus une bonne action par devoir. Jâagis parce que cela rĂ©sonne profondĂ©ment en moi. Je me laisse attirer. Cela me rappelle les lois qui rĂ©gissent notre univers : le mouvement des Ă©lectrons autour du noyau, le mouvement des planĂštes suscitĂ©es par leur attirance mutuelle. Câest un mouvement synonyme de vie et lâĂȘtre humain se sent vivant quand il se laisse naturellement attirer sans manipulation, sans contrainte. Peut-ĂȘtre, ce besoin dâexister en allant vers lâautre sans contrainte rappelle ce lien quâon a dĂ©couvert dans la science quantique.
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âA lâĂąge de cinq ans, jâai Ă©tĂ© touchĂ© par un amour profond et je peux dire que jâai goĂ»tĂ© Ă lâamour de Dieu. Pour moi, câĂ©tait trĂšs simple dâĂȘtre chrĂ©tien. Cela sâest compliquĂ© par la suite. En grandissant dans mon milieu dâĂ©glise, jâai Ă©tĂ© conditionnĂ© par des reprĂ©sentations lĂ©galistes et autoritaires de Dieu, de ce quâest « un bon chrĂ©tien ». Des Ă©vĂšnements dans ma vie mâont permis de prendre du recul face Ă une religion enfermante.. Jâai toujours Ă©tĂ© convaincu de lâamour immense que Dieu avait pour les hommes. Quand je lis les Ă©vangiles, je vois JĂ©sus-Christ trĂšs proche des gens non religieux. Je lâimagine passer la plupart de son temps avec les gens « paĂŻens ». JĂ©sus attirait les foules jusquâau point oĂč il nâarrivait plus Ă entrer dans une ville. Il la contournait. Les foules sortaient des villes pour le rejoindre, attirĂ©es par sa personne. Je pense que les gens se sentaient reconnus tels quâils Ă©taient. Ils se sentaient vivre dans ce mouvement. Ils ressentaient un esprit de libertĂ© omniprĂ©sent.
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âOn mâa appris Ă ĂȘtre « religieux » et maintenant jâapprends Ă sortir de ce comportement. Plus jâapprends Ă me connaĂźtre, moins jâai la crainte dâaller vers mon prochain et alors mon prochain sâouvre. Cette ouverture se fait naturellement, sans effort. Les personnes que je rencontre ne savent absolument pas que je suis chrĂ©tien et me parle spontanĂ©ment de Dieu, de la religion. A cette occasion, jâaime leur communiquer mon image personnelle de JĂ©sus-Christ. Une personne merveilleuse ouvrant les yeux sur les magnifiques perles prĂ©cieuses se trouvant dans les profondeurs de l’Ăąme de chaque femme, chaque homme, chaque enfant. VoilĂ oĂč se trouve aujourd’hui, le sermon, la prĂ©dication, la bible que je reçois. J’apprends Ă©normĂ©ment dans la relation avec l’autre, je chemine d’Ă©merveillement en Ă©merveillement. Est-ce que l’homme a besoin d’entendre que certaines de ses actions sont mauvaises, pas si sĂ»r. Un jour, alors, que je travaillais sur mon Ă©chelle dans un faux plafond, un homme s’approche de moi et me raconte son parcours chaotique: « A peine mariĂ©, pendant mon voyage de noce, j’ai trompĂ© ma femme et avons aussitĂŽt divorcĂ©, depuis je vais de femme en femme… » Je n’avais jamais discutĂ© avec lui. Je prenais juste le temps de le saluer. Est-ce que la femme prostituĂ©e dans les Ă©vangiles avait besoin d’entendre que ses actions Ă©taient mauvaises ? Ce qui permet un regard plus juste sur nous mĂȘme, que ce soit des perles prĂ©cieuses en nous ou un Ă©tat d’esclavage, c’est l’amour. Jean-Baptiste exprimait cette voix venant du dĂ©sert et s’adressant Ă l’extĂ©rieur de l’ĂȘtre:  » repentez-vous, vos actions son mauvaise ! ». Jean-Baptiste symbolise la clĂŽture d’une trĂšs trĂšs longue pĂ©riode oĂč la crainte est omniprĂ©sente parce que l’homme a rejetĂ© l’amour. JĂ©sus a ouvert Ă toutes les femmes, Ă tous les hommes, Ă tous les enfants une nouvelle pĂ©riode:  » Le royaume des cieux ! « . JĂ©sus n’a-t-il pas dit ? : « Je vous le dis, c’est la vĂ©ritĂ©: il n’y a jamais eu un homme plus important que Jean-Baptiste. Pourtant, celui qui est le plus petit dans le Royaume des cieux est plus important que lui… » Matthieu 11:11
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Je pense que notre sociĂ©tĂ© n’a jamais Ă©tĂ© aussi prĂȘte Ă recevoir le royaume des cieux. Je dĂ©couvre que j’ai juste Ă libĂ©rer ce royaume en Ă©tant naturellement moi-mĂȘme, construit maintenant sur le chemin de l’amour.
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Philippe
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Sur ce blog, voir aussi :
« Un chantier peut-il ĂȘtre convivial ? »
https://vivreetesperer.com/?p=133