Un avenir écologique pour la théologie moderne

https://wordery.com/jackets/cd0f6010/m/the-spirit-of-hope-jurgen-moltmann-9780664266639.jpgUne espérance pour des temps troublés Selon Jürgen Moltmann

Un nouveau livre de Jürgen Moltmann vient de paraître en anglais à la fin de cette année 2019. Il est publié conjointement en Europe et aux Etats-Unis avec des titres analogue : « Hope in these troubled times » et « The Spirit of hope. Theology for a world in peril » (1). En cette période de l’histoire, nous ressentons effectivement de nombreuses menaces depuis le danger du dérèglement climatique jusqu’aux reflexes politiques de repli autoritaire. Venant d’un théologien qui a pris en compte les problèmes du monde au cours de ces dernières décennies, ce livre est bienvenu. La profondeur de cette pensée éclaire nos problèmes. Et si elle reprend et approfondit des éclairages antérieurs, elle ouvre aussi des pistes toutes nouvelles, comme une réflexion sur l’interpellation des grandes religions du monde par une sensibilité religieuse nouvelle autour de la dimension écologique de la terre. L’écothéologie de Moltmann se déploie dans deux chapitres successifs : L’espérance de la terre : l’avenir écologique de la théologie moderne » ; « Une religion terrestre commune : les religions mondiales dans une perspective écologique ».

 

L’espérance de la terre : l’avenir écologique de la théologie moderne »

Une approche historique montre qu’à partir du XVIè siècle, une volonté de puissance sur la nature s’est imposée à travers la conjonction d’une approche scientifique et d’une interprétation biblique. L’humanité est devenue « le centre du monde ». Seul l’être humain a été reconnu comme ayant été créé à l’image de Dieu et supposé soumettre la terre et toutes les autres créatures. Il devient le « Seigneur de la terre » et, dans ce mouvement, il se réalise comme le maitre de lui-même.

Aujourd’hui, cette dérive apparaît clairement. Les humains sont des êtres créés au sein de la grande communauté de la vie et ils font partie de la nature. Selon les traditions bibliques, Dieu n’a pas infusé l’Esprit divin seulement dans l’être humain, mais dans toutes les créatures de Dieu. « Les êtres humains sont si étroitement connectés avec la nature qu’ils en partage la même détresse et la même espérance de rédemption « (p 19). Les humains font partie de la nature. Pour survivre, ils doivent s’y intégrer. C’est un changement de représentation : « le passage du centre du monde à une intégration cosmique, de l’arrogance de la domination sur le monde à une humilité cosmique » (p 16).

La visée dominatrice de l’humanité a été également la conséquence d’une représentation de Dieu. Au bout du compte, suite à une interprétation juive d’un monde dé-divinisé et à une certaine approche scientifique, « Dieu a été pensé comme sans le monde, de la façon à ce que le monde étant sans Dieu puisse être dominé et que les humains puissent vivre sans Dieu » (p 21). Et le monde étant compris comme une machine, l’humain est menacé aujourd’hui d’être considéré également comme une machine.

Mais aujourd’hui, une compréhension écologique de la création est à l’œuvre. « Le Créateur est lié à la création non seulement extérieurement, mais intérieurement. La création est en Dieu et Dieu est dans la création. Selon la doctrine chrétienne originelle, l’acte de création est trinitaireLe monde est une réalité non divine, mais il est interpénétré par Dieu. Si toutes les choses sont crées par Dieu le père, à travers Dieu le fils et en Dieu le Saint Esprit, alors elles sont aussi de Dieu, à travers Dieu et en Dieu « (p 22). Ce qui ressort d’une vision trinitaire, c’est l’importance et le rôle de l’Esprit. « Dans la puissance de l’Esprit, Dieu est en toute chose et toute chose est en Dieu ». C’est la vision d’Hildegarde de Bingen dans le monde médiéval (2). A la Réforme, Calvin affirme le rôle majeur de l’Esprit. Moltmann rapporte la doctrine juive de la Shekinah dans l’Ancien Testament. « Dieu désire habiter au milieu du peuple d’Israël. Il habitera pour toujours dans la nouvelle création où toutes les choses seront remplies de la gloire de Dieu (Esaïe 6.3) (p 23). Cette même pensée se retrouve chez Paul et Jean dans le Nouveau Testament. Vraiment, il y a aujourd’hui un changement de paradigme : « D’un monde sans Dieu à un monde en Dieu et à Dieu dans le monde » (p 20).

Dans la conception mécaniste du monde, celui-ci était achevé, terminé. Aujourd’hui, un monde inachevé est ouvert au futur. Et, on prend conscience que la terre, formant un système complexe et interactif a la capacité d’amener la vie. C’est la théorie, abondamment discutée, de Gaia. « Cette théorie ne signifie pas la déification de la terre, mais la terre est envisagée comme un organisme vivant qui suscite la vie » (p 24). Les êtres humains sont eux-mêmes des êtres terrestres. « Dans notre dignité humaine, nous faisons partie de la terre et nous sommes membres de la communauté terrestre de la création » (p 25). Moltmann rappelle que dans le premier récit biblique de la création, la terre est une grande entité qui engendre les êtres vivants. Et dans l’alliance de Dieu avec Noé, il y a une place pour la relation de Dieu avec la terre.

Au total, « L’Esprit divin est la puissance créatrice de la vie ». « Le Christ ressuscité est le Christ cosmique et le Christ cosmique est « le secret du monde ». Il est présent en toute chose » (p 26) . « Dans la tradition chrétienne, on a envisagé un double apport : la « théologie naturelle » qui résulte d’une connaissance de Dieu à travers le livre de la nature et une connaissance surnaturelle de Dieu, issue du « livre des livres », de la Bible. La révélation biblique n’évacue pas et ne remplace pas la théologie naturelle, mais elle la corrige et la complète (p 28). Dans la promesse d’une Nouvelle Alliance, telle qu’elle est formulée en Jérémie (31. 33-34), tous les hommes connaitront Dieu, du plus petit jusqu’au plus grand (p 28). Alors, la connaissance de Dieu sera toute naturelle. La théologie naturelle peut être ainsi envisagée comme une préfiguration. Mais, aujourd’hui, elle doit envisager la réalité dans un état où l’on y perçoit les « soupirs et les gémissements de le création ». Nous sommes en chemin. « Tous les êtres créés sont avec nous en chemin dans la souffrance et l’espérance. L’harmonie de la nature et de la culture humaine nous accompagne sur ce chemin ». « La théologie naturelle ainsi décrite est une théologie de l’Esprit Saint et de la sagesse de Dieu. Aujourd’hui, l’essentiel est de percevoir en toutes choses et dans la complexité et les interactions de la vie, les forces motrices de l’Esprit de Dieu et de ressentir dans nos cœurs l’aspiration de l’Esprit vers la vie éternelle du monde futur » (p 29).

La spiritualité parle au cœur. C’est le lieu où nous faisons l’expérience de L’Esprit de Dieu. Longtemps, dans la tradition d’Augustin, la spiritualité a été tournée uniquement vers l’intérieur ; C’était une spiritualité de l’âme et de l’intériorité. Mais les sens de l’homme : la vue, l’ouïe, le toucher peuvent également porter la spiritualité. La présence du Saint Esprit peut être perçue à travers la nature comme ce fut le cas pour Hildegarde de Bingen et François d’Assise. Jürgen Moltmann appelle à vivre une spiritualité en phase avec la création. Il évoque une nouvelle « mystique de la vie ». « Ceux qui commencent à aimer la vie – la vie que nous partageons – résisterons au meurtre des hommes et à l’exploitation de la terre et lutterons pour un avenir partagé ». (p 31).

 

Une approche religieuse de la terre.

Les religions du monde dans une perspectives écologique

Comment les grandes religions mondiales abordent la montée de la conscience écologique ? En quoi sont-elles interpellées par cette transformation profonde de la vision du monde ? Jürgen Moltmann entre ici dans un champ nouveau. C’est une approche originale.

Les grandes religions ont dépassé aujourd’hui leurs aires initiales . Elles sont entrées dans la mondialisation, le « village global ». Elles participent ainsi à une évolution qui nous appelle à passer des particularismes nationaux à une politique mondiale inspirée par la requête écologique. L’économie aussi est interpellée. Les ressources de la terre sont limitées. Il nous faut passer d’une économie quantitative à une économie qualitative, à une « économie de la terre ».

Les religions du monde existent depuis bien avant la globalisation. Elles ont accompagné la vie domestique dans « la célébration religieuse des évènements de la vie ». Mais, pour certaines, elle se sont considérablement engagées dans le champ politique. Des religions politiques ont accompagné la fondation des états. « Ces religions sont invariablement monothéistes : un Dieu, un Gouvernant, un Empire, avec un gouvernant qui se présente également comme « le grand prêtre du Ciel » (p 37). Les exemples sont multiples : Rome, la Perse, la Chine, le Japon. A l’époque moderne, les empires ont eu également une connotation religieuse. En regard , le bouddhisme est probablement la plus ancienne religion du monde indépendante des états. Les religions abrahamiques se sont référées à une conception exclusive du Dieu d’Israël. Dans l’histoire, christianisme et islam ont eu tendance à appuyer la formation d’empires à travers une religion politique. « La christianisation de l’empire romain a donné naissance aux empires d’Europe qui se sont entredéchirés et effondrés durant la première guerre mondiale (p 38).

Le monde prémoderne était caractérisé par une culture agraire vivant en symbiose avec la nature. La religion prémoderne est une religion cosmique. L’unité sociale était le village. Aujourd’hui, on est passé du village à la ville. Le monde urbanisé, globalisé donne aux religions un caractère mondial si certaines conditions sont remplies comme la séparation de la religion et de la politique et la garantie de la liberté de conscience. Ce monde urbanisé, globalisé abrite ainsi une société multireligieuse. On trouve des chamans en Californie et des bouddhistes tibétains en Allemagne.

Dans ce nouveau paysage humain, Moltmann introduit la terre comme une interlocutrice majeure à travers laquelle la nature et l’humanité se rejoignent et il revient sur la théorie de Gaia déjà évoquée. La terre est certes le sol sur lequel et à partir duquel nous vivons. Mais aujourd’hui, dans la nouvelle configuration qui résulte de la découverte de l’espace et de l’exploration spatiale (3), la terre apparaît comme un système complexe et unique qui peut être perçu comme un organisme vivant. « La théorie de Gaia n’est pas un essai pour déifier la terre, mais une compréhension de la planète terre come un organisme qui engendre la vie et suscite les environnements correspondants » (p 40). Ainsi la terre peut apparaître comme un organisme vivant avec une sensibilité propre. Et comme, nous autres humains, nous sommes des créatures terrestres, pour comprendre notre humanité, nous devons comprendre la terre. C’est « la fin de l’anthropocentrisme du monde moderne ». « La race humaine s’inscrit dans la vie du système terrestre » (p 41). Moltmann reprend en ce sens des éclairages bibliques déjà évoqués. En Genèse 1.24, c’est la terre qui engendre les êtres vivants. Et l’alliance de Dieu avec Noé n’envisage pas seulement l’humanité, mais aussi la terre.

Ce regard nouveau interpelle les grandes religions du monde, car jusqu’ici, elles se sont intéressées uniquement au monde humain. Mais, si le monde humain est inscrit dans la nature de la terre et ne peut survivre sans elle, alors l’attention des religions doit se porter également sur la terre. « Les religions mondiales ne peuvent l’être que si elles deviennent des religions de la terre et envisagent l’humanité comme humanité comme un élément intégré dans la planète terre. Si les religions missionnaires de l’histoire veulent atteindre les extrémités de la terre, elles doivent se transformer elles-mêmes en religions universelles de la terre. Pour cela, elles doivent redécouvrir la sagesse écologique aujourd’hui oubliée et la révérence naturelle des religions locales de la nature » (p 43). Beaucoup d’adhérents des religions historiques ont rabaissé les religions de la nature, les considérant comme primitives. Il y a là une erreur à corriger. « On doit chercher à réinterpréter la sagesse pré-industrielle pour notre âge post-industriel. « Car si les religions mondiales ne peuvent pas y parvenir, qui le pourrait ? » (p 43).

« Les religions mondiales se tournaient invariablement vers un monde au delà. Le nirvana des religions bouddhistes et le Dieu des religions monothéistes se tournaient vers un au delà de ce monde. Les religions politiques impériales envisageaient l’empereur dans la position d’un fils du Ciel. Ces religions percevaient le monde comme « mondain, pénible, mortel, futile et temporaire » (p 43). L’âme était destinée à échapper à ce monde. « Les religions ont offert un soulagement par rapport à l’étrangeté de ce monde, mais elles ont aussi rendu ce monde étranger ». « Si les religions du monde veulent atteindre les extrémités de la terre, elle doivent se retourner vers la terre et y apprécier les beautés et les vertus qu’elles projetaient dans le monde au-delà » (p 44). Ainsi les religions du monde doivent s’engager sérieusement dans la perspective écologique et commencer par s’appliquer à elles-mêmes les requêtes correspondantes ».

La religion hébraïque nous offre une religion de la terre dans la forme de l’année sabbatique. Tous les sept ans, la terre doit se reposer. Le repos sabbatique de la terre est béni par Dieu. Cette disposition permet à la terre de porter à nouveau du fruit » (p 44).

En terme d’image, Jürgen Moltmann rapporte qu’en Chine, les peintures comportent toujours une chute d’eau, une eau vive qui descend du ciel sur la terre. C’est un symbole fort. Puissent un jour les religions du monde couler comme une eau vive de l’au-delà dans notre monde apportant la joie du ciel pour faire le bonheur de la terre et apportant l’eau vive de l’éternité dans notre temps. « J’aspire à la venue du royaume de Dieu sur la terre comme au Ciel » (p 44)

Ce livre apporte ainsi , entre autres, un éclairage fondamental sur le rapport entre écologie et religion. « Il argumente que la foi chrétienne – et aussi les autres religions du monde – doivent s’orienter vers la plénitude de la famille humaine et l’environnement physique nécessaire à cette orientation » (page de couverture). Cet éclairage s’inscrit dans une première section du livre portant sur les défis que le monde actuel porte à l’espérance tandis que la seconde section présente des ressources en provenance de la première Eglise, de la Réforme et de la conversation théologique contemporaine. Moltmann rappelle que la foi chrétienne a beaucoup à dire en réponse à un monde qui va en se désespérant. Dans « le oui éternel du Dieu vivant », nous affirmons la valeur et le projet en cours de notre fragile humanité. De même, l’amour de Dieu nous donne force pour aimer la vie et résister à la culture de mort » (page de couverture).

Aujourd’hui, la recherche montre l’intensité des nouvelles aspirations spirituelles qui se retrouvent mal dans la religion organisée. Ce décalage existe également dans le rapport entre écologie et religion. Jürgen Moltmann décrit ce décalage et nous indique des pistes nouvelles. La voie écologique est, aujourd’hui, un chemin obligé. C’est une contribution bienvenue à un moment où des initiatives conséquentes commencent à apparaître dans le champ chrétien aussi bien dans le champ de la pensée (4) que de l’action (5).

J H

  1. Jürgen Moltmann. Hope in these troubled times. World Council of Churches, 2019 et, version américaine : Jürgen Moltmann. The Spirit of hope. Theology for a world in peril. Wesminster John Knox Press, 2019. Pour des raisons d’opportunité, nous avons travaillé sur cette seconde version.
  2. Hildegarde de Bingen. « L’homme, la nature et Dieu » : https://vivreetesperer.com/lhomme-la-nature-et-dieu/
  3. « Pour une conscience planétaire. Blueturn : la terre vue du ciel » : https://vivreetesperer.com/pour-une-conscience-planetaire/
  4. « Convergences écologiques : Jean Bastaire, Jürgen Moltmann, Pape François et Edgar Morin » : https://vivreetesperer.com/convergences-ecologiques-jean-bastaire-jurgen-moltmann-pape-francois-et-edgar-morin/ « Comment entendre les principes de la vie cosmique pour entrer en harmonie » : https://vivreetesperer.com/comment-entendre-les-principes-de-la-vie-cosmique-pour-entrer-en-harmonie/
  5. « Une approche spirituelle de l’écologie : « Sur la Terre comme au Ciel » : https://vivreetesperer.com/une-approche-spirituelle-de-lecologie/

« L’espérance en mouvement » : affronter la menace environnementale et climatique pour une nouvelle civilisation écologique » : https://vivreetesperer.com/lesperance-en-mouvement/

Voir aussi : « Comment dimension écologique et égalité hommes-femmes vont de pair et appellent une nouvelle vision théologique » : https://vivreetesperer.com/comment-dimension-ecologique-et-egalite-hommes-femmes-vont-de-pair-et-appellent-une-nouvelle-vision-theologique/

La tête et le cœur

Aujourd’hui, de plus en plus, la spiritualité se conjugue avec l’expérience. Cette expérience met en jeu toutes les dimensions de notre être : le corps et l’esprit, la tête et le cœur. Cependant des représentations peuvent faire encore barrage. En effet, si le changement culturel opérant à partir de registres convergeant, amène de plus en plus une reconnaissance des interrelations entre les différents aspects de notre être, il y a aussi dans notre héritage des philosophies antagonistes qui, pendant des siècles, ont prôné la séparation et une hypertrophie du mental par rapport aux autres dimensions de l’être humain. C’est pourquoi, aujourd’hui encore, dans certains milieux « rationalistes » comme dans certains cercles chrétiens où l’exercice de la foi s’opère principalement à travers une réflexion intellectuelle, on observe des réserves vis à vis de l’expérience spirituelle. Et nous pouvons éprouver en nous même des résistances issues de ces représentations. Il est donc important d’en comprendre l’origine pour pouvoir vivre pleinement ce que l’Esprit nous apporte à travers l’expérience.  Deux auteurs : Jürgen Moltmann et Leanne Payne,  nous apportent sur cette question des éclairages pertinents.

 

La séparation entre l’âme et le corps.

 

Ainsi Jürgen Moltmann montre comment la philosophie platonicienne a profondément influencé le christianisme occidental (1) Platon proclame l’excellence d’une âme immortelle. « Si l’homme cherche son identité dans l’âme et non dans le corps, il se trouve lui-même immortel et immunisé contre la mort ». A cette supériorité  de l’âme correspond une infériorité du corps, voire un quasi rejet. « Elle enlève à la vie corporelle tout intérêt vital et dégrade le corps en une enveloppe indifférente de l’âme ».

Le dualisme entre le corps et l’âme « sera transposé par Descartes dans la dichotomie moderne du sujet et de l’objet ». C’est seulement la pensée excluant la perception sensible qui induit la conscience de soi. Le sujet pensant exerce un commandement sur son corps et par extension sur la nature.

En regard, Jürgen Moltmann adhère à une anthropologie biblique. L’homme, « engagé dans une histoire divine » apparaît toujours comme un tout et s’inscrit dans des relations existentielles. C’est en terme d’alliance qu’on doit concevoir la relation entre l’âme et le corps.

 

La déchirure entre la tête et le cœur.

 

En analysant les obstacles à la prière d’écoute (2), Leanne Payne évoque une « déchirure grave entre la tête et le cœur ». Comment puis-je entendre Dieu, si « je n’intègre pas correctement mes capacités intuitives et imaginatives à mes facultés objectives et rationnelles pour les utiliser dans un juste équilibre ».

Ce dysfonctionnement est liè à ce qu’elle appelle la « faille cartésio-kantienne » entre la pensée et l’expérience. L’héritage intellectuel de Descartes et de Kant a engendré chez beaucoup de chrétiens une déchirure « se caractérisant par le fait qu’ils acceptent une connaissance conceptuelle au sujet de Dieu comme réalité tout en niant simultanément les manières élémentaires d’aimer Dieu, de le connaître et de marcher avec lui, ces dernières étant plus étroitement liées à la connaissance intuitive sans laquelle nous perdons les bienfaits de la raison et ceux de la connaissance conceptuelle » .

« En niant les manières intuitives de connaître, nous ne pouvons plus entendre la voix de Dieu. ».

« A l’inverse de l’idéologie kantienne, les chrétiens affirment que Dieu lui même nous parle d’une manière dont il nous donne le modèle dans l’écriture. Il a façonné nos âmes et nous a donné des oreilles et des yeux spirituels, enracinés dans le fait qu’il vit en nous et nous en lui, afin que nous le voyions, l’entendions et le connaissions ».

 

Notre propos ici n’est pas de traiter de l’expérience et des conditions de son authenticité spirituelle, mais simplement d’éclairer et donc de lever les barrières culturelles qui peuvent s’y opposer. Oui, c’est en terme de réciprocité que nous percevons la relation entre notre âme et notre corps, entre notre tête et notre cœur.

 

Leanne Payne raconte qu’une personne ayant découvert le chemin de la prière d’écoute s’attira cette remarque acerbe : « Je vois, vous avez maintenant une ligne directe avec Dieu ». Une amie me disait récemment qu’elle hésitait à faire connaître ce blog parmi les membres d’un groupe chrétien (catholique) très centré sur la réflexion à travers l’étude de livres. Elle pensait que, pour certains de ces membres, le blog leur apparaîtrait comme trop tourné vers l’expérience. Quel est notre vécu à ce sujet ? Quels sont nos cheminements ?

 

JH

 

(1)            Cette analyse est développée à plusieurs reprises par Jürgen Moltmann. A propos de cette œuvre :  www.lespritquidonnelavie.com

(2)            Payne (Leanne). La prière d’écoute. Raphaël, 1994 (p.141-143)

Comment l’esprit de l’Evangile a imprégné les mentalités occidentales et, quoiqu’on dise, reste actif aujourd’hui

Résultat de recherche d'images pour "« The making of the western mind » de Tom Holland"« The making of the western mind » de Tom Holland

 « Dominion : The making of the western mind » (la formation de la mentalité occidentale », c’est le titre du livre d’un historien britannique, Tom Holland, traduit en français sous un titre plus explicite : « Les chrétiens. Comment ils ont changé le monde » (1). Qu’est-ce à dire ? A une époque où la pratique chrétienne recule dans les pays occidentaux et particulièrement en Europe, le christianisme continue-t-il à inspirer nos sociétés ? C’est la question que s’est posé cet historien. Il y répond dans un volume de plus de 600 pages qui déroule la fil de l’histoire du christianisme à travers vingt siècles comme une véritable épopée, alternant récit épique et analyse historique dans une vingtaine de grands moments répartis entre l’antiquité, la chrétienté et la modernité.

« Le fracas des armes, le choc des ego, les guerres civiles qui scandent l’histoire des religions monothéistes nous le rappellent : la plus grande histoire du monde, l’avènement du christianisme, de l’antiquité jusqu’aux crises migratoires, est une épopée. Une histoire pleine de bruits et de fureurs opposant athées et croyants, islam et chrétienté. Face à la montée du matérialisme, du divorce entre l’Eglise et le message évangélique à la crise de foi et aux nouvelles guerres de religion, la chrétienté maintiendra-t-elle sa suprématie ? Ou, confrontée au recul du sacré, fait-elle partie du monde d’hier ? » (page de couverture).

Sans doute, dans cette affaire, l’usage du mot chrétienté porte à question. Ce que nous dit l’auteur, c’est qu’au long de cette histoire, le message de l’Evangile a été un levain et qu’il a été et reste la matrice des grandes valeurs qui inspirent le monde occidental. Tom Holland nous dit comment personnellement il a été amené à se poser ces questions à partir de son expérience de l’antiquité en prenant conscience de la violence insupportable qui y régnait. Il nous montre en quoi le christianisme a été un choc culturel par rapport à la civilisation romaine, et l’inspiration évangélique, une force transformatrice au cours des siècles, dans le sillage du Christ crucifié, prenant le parti des pauvres face aux riches et aux puissants. Cependant, le christianisme a souvent été desservi et trahi par les institutions. Le reflux du « christianisme organisé » témoigne d’un porte-à-faux. Cette histoire est donc complexe. Cependant, Tom Holland nous montre qu’aujourd’hui encore, l’imprégnation évangélique est toujours active jusque dans des milieux séculiers et éloignés de la religion . Ce sont des valeurs chrétiennes qui inspirent les mouvements contemporains au service du respect de l’humanité et des droits humains quelle qu’en soit la forme.

 

Comment Tom Holland a pris conscience de l’originalité de l’inspiration chrétienne

 Tom Holland s’est d’abord orienté vers l’étude de l’antiquité . Ses premiers ouvrages d’historien ont porté sur les invasions perses de la Grèce et les ultimes décennies de la civilisation romaine. Au départ, il était fasciné par la civilisation gréco-romaine et ses personnages emblématiques. Et puis, progressivement, il a pris conscience de la barbarie que cette civilisation véhiculait. Et elle lui est apparue comme de plus en plus étrangère : « Les valeurs de Léonidas, dont le peuple avait pratiqué une forme particulièrement atroce d’eugénisme en entrainant les jeunes à assassiner de nuit les « untermenschen », les sous-hommes, n’étaient pas les miennes, ni celles de César qui aurait tué un million de gaulois et réduit en esclavage un million d’autres Ce n’était pas seulement leur violence extrême qui me troublait, mais leur absence totale de considération pour les pauvres et pour les faibles » (p 27).

Tom Holland, après une enfance pieuse, s’était éloigné de la foi chrétienne, même « s’il continuait vaguement de croire en Dieu ». « Le Dieu biblique lui apparaissait comme l’ennemi de la liberté et du plaisir » ( p 26). Alors, dans cette prise de conscience, il a compris combien les valeurs chrétiennes étaient précieuses. « L’effacement de ma foi chrétienne au cours de l’adolescence ne signifiait pas que j’eus cessé d’être chrétien. Les postulats avec lesquels j’ai grandi sur la meilleure manière de gouverner une société et sur les principes qui devraient être les siens, ne proviennent pas de l’antiquité classique, encore moins d’une quelconque « nature humaine », mais très clairement de son passé chrétien. L’impact du christianisme sur le développement de l’Occident est un fait si profond qu’il en est venu à ne plus être perçu … Ce livre explique ce qui a rendu le christianisme si subversif et perturbateur, comment il a fini par imprégner la mentalité de la chrétienté latine et pourquoi, dans un Occident souvent incrédule à l’égard des prétentions de la religion, nos attitudes restent, pour le meilleur et pour le pire, profondément chrétiennes » ( p 28).

 

Face à la domination et à la violence, l’élan de la révélation chrétienne

Notre image de l’antiquité gréco-romaine nous renvoie généralement au prestige de grandes œuvres intellectuelles ou monumentales. Nous recevons ainsi un héritage. Mais il s’agit de la meilleure part, car, comme Tom Holland en a pris progressivement conscience, il y a à l’arrière-plan des mœurs barbares où la violence des puissants se déploie au dépens des faibles dans une omniprésence de l’esclavage.

Le châtiment de la crucifixion est emblématique de la puissance romaine. Tom Holland nous décrit cette horreur répandue au cœur de Rome et dans tout l’empire . Ce livre commence par une effroyable description d’un quartier de Rome longtemps réservé à une crucifixion de masse. « Aucune mort ne semblait égaler la crucifixion dans l’ignominie. Cela en faisait le châtiment tout désigné pour les esclaves…. Pour se montrer dissuasif, celui-ci devait s’exécuter en public. Et, rien n’évoquait avec plus d’éloquence l’échec d’une révolte que la vue des centaines et des centaines de corps suspendus à des croix alignées le long d’une voie ou amassées au pied d’une cité rebelle ou encore de collines alentour dépouillées de leurs arbres » ( p 12). Si la cruauté de ce châtiment n’échappait pas à certains esprits, « l’effet salutaire des crucifixions sur ceux qui menaçaient l’ordre républicain ne faisait guère de doute aux yeux des romains » (p 11).

Ainsi, la croix était l’instrument d’un système glorifiant la puissance des hommes de pouvoir et des dieux au détriment des opprimés. En mourant sur une croix, Jésus a bouleversé l’ordre dominant. Et cette subversion s’est répandue dans l’histoire. « Que le fils de Dieu, né d’une femme et condamné à la mort d’un esclave, ait péri sans être reconnu par ses juges était propice à faire réfléchir même le plus arrogant des monarques » Il y avait là la source « d’un soupçon capital que Dieu était plus proche des faibles que des puissants, des pauvres que des riches » ( p 20).

Par ailleurs, à tous égards, en la personne de Paul, la prédication chrétienne s’est avérée révolutionnaire. Dans un chapitre : « Mission », il nous est montré toute la portée de ce message. « Les juifs, tels des enfants soumis à la protection d’un tuteur, avaient reçu la grâce de se faire le gardien de la loi divine. Mais la venue du Christ avait rendu cette mission caduque…. Le caractère exclusif de cette alliance était abrogée. Les anciennes distinctions entre eux et les autres, dont la circoncision masculine constituait le symbole, se voyaient transcendée. Juifs et grecs, galates et scythes, tous égaux dans la foi en Jésus-Christ, formaient désormais le peuple saint de Dieu » ( p 102). « Et la loi du Dieu d’Israël pouvait être lue et inscrite dans le cœur humain par son Esprit » ( p 113). L’universalité de ce message était et est encore révolutionnaire. C’était et c’est encore un message d’amour et de respect. Dans un monde où la domination masculine s’imposait, c’était également proclamer la dignité de la femme. Dans le monde de Néron, un monde où la débauche sexuelle était à son paroxysme, comme l’auteur nous en décrit la réalité suffocante, Paul proclame le respect du corps, « temple du Saint Esprit » ( p 119). Là aussi c’est un message révolutionnaire. Pendant des siècles, ce message a transformé les consciences et il a transformé l’Occident. Si cet idéal a bien souvent été bafoué, il a néanmoins  changé les mentalités en profondeur.

Tout au long de ce livre, Tom Holland nous montre comment ce message s’inscrit encore aujourd’hui dans les esprits, chez ceux qui vivent la foi chrétienne, mais aussi dans ceux qui l’ont délaissée et ont quitté les institutions religieuses. « Comment se fait-il qu’un culte inspiré par l’exécution d’un obscur criminel dans un empire disparu ait pu imprimer une marque si profonde et durable dans le monde ? » ; C’est la question à laquelle Tom Holland répond dans ce livre. « Il suit les courants de l’empire chrétien qui se sont répandu le plus largement et ont survécu jusqu’à nous » (p 23). « Aujourd’hui, alors que nous sommes les témoins d’un réalignement géopolitique sismique, que nos principes se révèlent moins universels que certains d’entre nous ne l’auraient imaginé, le besoin de reconnaître à quel point ceux-ci sont culturellement contingents, est plus puissant que jamais. Etre citoyen d’un pays occidental revient à vivre dans une  société toujours saturée de convictions et de supputations chrétiennes » (p 23).

 

De manière visible ou invisible, l’inspiration de l’Evangile active au fil des siècles et toujours aujourd’hui.

 En rapportant l’histoire de la civilisation chrétienne, Tom Holland a cherché à en montrer les accomplissements et les crimes, mais, comme il nous le dit, son jugement a été lui-même conditionné par les valeurs chrétiennes. Ce sont ces valeurs qui, de fait, ont engendré la proclamation des droits humains, même si cette origine, fut dès l’époque plus ou moins passée sous silence. « Des deux côtés de l’Atlantique, les révolutionnaires considéraient que les droits de l’homme existaient naturellement depuis toujours et qu’ils transcendaient le temps et l’espace » Pour l’auteur, c’est là « une croyance fantastique ». « Le concept des droits de l’homme avait été à ce point médiatisé, depuis la Réforme, par les juristes et les philosophes protestants qu’il en était venu à masquer ses véritables origines. Il ne provenait pas de la Grèce antique, ou de Rome…C’était un héritage de jurisconsultes du Moyen-Age…. ».

Tom Holland nous montre la prégnance des valeurs chrétiennes jusque dans les mouvements qui sont sortis des cadres sociaux du christianisme. Les adversaires du christianisme s’y opposent bien souvent en fonction même de l’esprit de l’Evangile. « Alors même que Voltaire présente le christianisme comme hargneux, provincial, meurtrier, son rêve de fraternité ne faisait que trahir ses origines chrétiennes. De même que Paul avait proclamé qu’il n’y avait ni juif, ni grec dans le Christ Jésus, un avenir baigné dans d’authentiques Lumières ne comporterait ni juif, ni chrétien, ni musulman. Toutes leurs différences seraient dissoutes. L’humanité ne ferait qu’un «  ( p 434). Le souci des humbles et des souffrants, qui mobilise aujourd’hui tant d’hommes et de femmes pour de grandes causes, est, lui aussi, directement issu du christianisme. Des adversaires extrêmes du christianisme le montrent bien puisqu’ils rejettent à la fois le vécu chrétien  et les idéaux de compassion et d’égalité. Ce fut le cas de Nietzsche ( p 513-514).

Et, aujourd’hui, dans les débats sur les questions de société, des positions adverses s’inspirent de valeurs chrétiennes reprises différemment. « L’idée que la guerre de religion en Amérique se livre entre les chrétiens d’un côté et ceux qui se sont émancipés du christianisme de l’autre, est une exagération que les deux parties ont intérêt à promouvoir.. En réalité, évangéliques comme progressistes sont issus de la même matrice. Si les adversaires de l’avortement héritent de Macine qui avait parcouru les décharges de la Cappadoce à la recherche d’enfants abandonnés à sauver, ceux qui les combattent s’appuient sur la supposition non moins chrétienne que le corps de la femme devrait être respecté comme tel par tout hommes. Les partisans du mariage homosexuel se montrent pour leur part tout autant inspirés par l’enthousiasme de l’Eglise pour la fidélité monogame que ses opposants par les condamnations bibliques des hommes qui couchent avec des hommes » ( p 586).

Si dans l’histoire du christianisme, il y a bien des épisodes qui sont marqués par la violence et la domination, « les normes selon lesquelles ils furent condamnés pour cela restèrent chrétiennes ».

Et, aujourd’hui encore, ces normes, bien souvent non identifiées comme telles, restent vigoureuses. « Même si les Eglises devaient continuer à se vider dans tout l’Occident, il semble peu probable que ces normes changeraient rapidement. « Dieu a choisi les éléments faibles du monde pour confondre les forts ». Tel est le mythe auquel nous persistons à nous accrocher. En ce sens, la chrétienté reste la chrétienté » ( p 592).

 

Passé, présent et avenir

 Les lectures de l’histoire du christianisme  différent selon les regards qui lui sont portés. L’approche d’un historien dépend de son contexte personnel qui, lui-même induit tel ou tel questionnement.

Ainsi Jean Delumeau a exploré le climat de peur engendré par une image de Dieu et un système répressif.. Son oeuvre historique milite en faveur d’un christianisme ouvert à la modernité. Conscient de l’écart entre les propositions du christianisme institutionnel et la culture actuelle, souvent désignée comme ultra-moderne, nous avons cherché un éclairage dans des lectures historiques montrant comment l’élan du premier christianisme s’était figé et emprisonné dans une système  hérité de la conjonction entre l’empire romain et l’Eglise et ayant perduré pendant des siècles avant de soulever des vagues de protestation. Quant à lui, Tom Holland s’attache à mettre en évidence le caractère révolutionnaire du message chrétien à son apparition dans le monde antique et la puissance de la matrice chrétienne à travers les siècles jusqu’à aujourd’hui. Il retient notamment son engagement en faveur des pauvres et des faibles et son caractère universaliste . Dans cette entreprise, il accorde une place majeure à la croix alors qu’on pourrait mettre également en évidence la résurrection du Christ, l’œuvre de l’Esprit et l’espérance qui est ainsi déployée. N’est-ce pas cette espérance qui a animé certains mouvements contemporains comme la campagne pour les droits civiques  engagée par Martin Luther King contre la discrimination raciale ou la théologie de la libération.  C’est la théologie de l’espérance  exprimée par Jürgen Moltmann (2)

Ainsi, il y a bien un lien entre passé, présent et avenir
L’importance de ce livre nous paraît résider dans le fil conducteur qui met en valeur l’influence majeure de la matrice chrétienne dans la civilisation occidentale, et, tout particulièrement dans la manière dont cette influence continue à s’exercer dans une société sécularisée, apparemment déchristianisée. Ainsi parle-t-on aujourd’hui d’une « sortie de la religion », mais tout dépend de ce qu’on entend par ce terme. Tom Holland nous dit qu’en réalité le message évangélique est toujours présent et actif dans la profondeur des mentalités. Et, à bien y réfléchir, on mesure les gains accomplis au cours des siècles par rapport aux mœurs barbares qui prédominaient dans l’antiquité. C’est comme si le message chrétien avait agi comme un levain. Si le monde aujourd’hui est en danger, il y a aussi des atouts dans la créativité   scientifique et technologique et les prises de conscience qui se multiplient :  conscience écologique, mais aussi conscience de la montée d’une nouvelle donne relationnelle : promotion des femmes, respect des minorités, nouveau regard où prend place l’empathie, la bienveillance, le « care »… Voici un horizon où on peut lire une présence du levain évangélique quel que soit soit le déphasage des institutions. Et, dans une attention et une écoute croyante, ne peut-on y voir l’oeuvre de l’Esprit et regarder ainsi en avant ?

J H

 

  1. Tom Holland. Les Chrétiens. Comment ils ont changé le monde. Editions Saint Simon, 2019 . Ce livre a été présenté sur France Culture : https://www.franceculture.fr/emissions/le-tour-du-monde-des-idees/ce-que-lesprit-occidental-doit-au-christianisme Tom Holland a été interviewé en France sur la portée et la pertinence de ce livre :      https://www.youtube.com/watch?v=LMRwkqcl3Lw&feature=emb_logo
  2. Un accès à la pensée théologique de Jürgen Moltmann sur le blog : « l’Esprit qui donne la vie » : https://lire-moltmann.com

Choisir la vie !

La mort est une réalité si courante que nous risquons de l’accepter comme une fatalité.  De près ou de loin, la mort se fait entendre. Elle est tapie ou bruyante. L’actualité s’en fait constamment l’écho. En regard, pour vivre, nous avons besoin de nous situer dans une inspiration de vie, et même de savoir quelles sont nos raisons de vivre. « J’ai mis devant toi la vie et la mort. Choisis la vie ! »(Deutéronome 30.19)

 

Le théologien Jürgen Moltmann nous aide à percevoir la mort comme le terme d’une puissance de destruction et, en regard, il proclame, en Christ, la victoire de la vie sur la mort.

 

Avec lui, nous pouvons analyser les processus qui mènent à la mort. Cette analyse s’effectue à différents niveaux.

Il est clair qu’à travers l’exploitation, l’oppression et l’aliénation, la puissance destructrice de la mort est particulièrement apparente à l’échelle politique. « Certaines décisions ont des conséquences incalculables pour la vie de millions de gens. Elles rendent la vie difficile et souvent impossible. Chaque jour, les faibles, les pauvres et les malades doivent lutter pour la survie.. ». Aujourd’hui, on voit aussi combien la protection du vivant est devenue un enjeu majeur.

La puissance destructrice qui mène à la mort se fait sentir également dans la vie sociale à travers le rejet, l’isolement et une solitude croissante.

Dans notre propre existence, face à la tentation du non sens ou de l’abandon, nous avons nous même chaque jour à prendre parti chaque jour pour la vie. « Chaque matin, la vie doit être à nouveau affirmée et aimée puisque, aussi bien, elle peut être déniée, refusée ou rejetée ».

 

« Pour lutter contre la mort et ne pas abandonner, nous avons besoin de croire que la mort peut être vaincue… La résurrection de Christ porte le « oui » de Dieu à la vie et son « Non » à la mort, et suscite nos énergies vitales… Les chrétiens sont des gens qui refusent la mort . « L’origine de la foi chrétienne est une fois pour toute la victoire de la vie divine sur la mort : « La mort a été engloutie dans la victoire » (1 Cor 15.54). C’est le cœur de l’Evangile.  C’est l’Evangile de la Vie ».

 

Si la fête de Pâques évoque la résurrection de Jésus, en quoi contribue-t-elle à modifier pratiquement nos représentations et nos comportements ?

 

Ici Jürgen Moltmann proclame l’engagement chrétien dans le processus de la vie. « Là où Christ est présent, il y a la vie et il y a l’espoir dans la lutte de la vie contre la puissance de la mort…. Dans un amour créatif pour la vie, nous percevons que nous ne sommes pas seulement partie prenante aux énergies naturelles de la vie. Nous expérimentons aussi « les puissances du siècle à venir » (Héb 6.5). « Au commencement, était la Parole… En elle, était la Vie et la Vie était la lumière des hommes (Jean1.4). L’évangile de Jean est marqué par une théologie de la vie ».

 

Recevons et partageons la déclaration de foi  que Jürgen Moltmann nous exprime en ces termes : « Cette théologie de la vie doit être le cœur du message chrétien en ce XXIè siècle. Jésus n’a pas fondé une nouvelle religion. Il a apporté une vie nouvelle dans le monde, et aussi dans le monde moderne. Ce dont nous avons besoin, c’est une lutte partagée pour la vie, la vie aimée et aimante, la vie qui se communique et est partagée, en bref la vie qui vaut d’être vécue dans cet espace vivant et fécond de la terre » (3) .

 

J.H.

 

Source

 

(1) Jürgen Moltmann. In the end..the beginning. Fortress presss. 2004 (Prochaine parution en français aux éditions Empreinte sous le titre : « De commencements en recommencements »

Jürgen Moltmann. La venue de Dieu. Cerf,1977

(2) Life against death, p. 75-77. Dans : Jürgen Moltmann. Sun of        rightneousness, arise ! Fortress Pres, 2010.

(3) Texte à partir de l’article : « La vie contre la mort » dans le blog concernant la pensée de Jürgen Moltmann : http://www.lespritquidonnelavie.com/

Au réveil, prendre vie

Lorsque la vie est difficile et la santé menacée, il n’est pas toujours facile de se réveiller et de commencer la journée. Dans son livre: « Sa Présence dans ma vie » (1), Odile nous fait part de son expérience quotidienne. Ici, au réveil, prendre vie dans la participation au Vivant, à la Présence divine…

« Ce matin au réveil, fatigue immense.
Il me faut faire un trop grand effort pour rassembler mes forces. Je n’en ai pas envie. Me laisser dormir encore un peu.

L’expérience m’a montré que cette sensation provenait non pas d’une surcharge extérieure de trop d’activité, mais bien plus d’une mauvaise orientation de l’énergie. Alors, peu à peu, je me suis mise à respirer progressivement de plus en plus profondément, calmement, accueillant une sensation de détente.

La pensée me vient que cet air que je respire est porteur de vie, énergie. Dieu créateur y est présent, car cet air existe animé par Lui. Jésus a dit : Je suis la Vie. Il est tout en tous.
Alors, comme pour la prière du Pèlerin russe, à chaque longue respiration, je dis Jésus en pensant que je reçois sa Vie, sa puissance de Vie reliée au Père. Je bloque ma respiration et compte 1.2.3.4 en réalisant que sa vie imprègne mon être tout entier : mon être physique (l’air dans les poumons. L’oxygène dans le sang circule dans les cellules) ; mon être psychique, émotionnel (sensation de calme, contentement) ; mon être intellectuel (une certaine compréhension que je m’approprie) ; mon être spirituel (reconnaissance pour cette paix intérieure, une certaine joie de vivre).

L’énergie revenant peu à peu, tangible, la pensée me vient que je peux reprendre ma vie en main, faire des projets pour la journée. Et je réalise que ces deux derniers jours, je flottais, ne sachant même plus quel jour de la semaine je vivais : vendredi, samedi. .. Heureusement que mon mari me demande pour organiser sa journée quel était mon programme . Cela m’a permis d’avoir des repères durant cette période de temps. Drôle de sensation désagréable que celle de ne pas pouvoir saisir le temps. Hors du temps, je me sentais hors de la réalité tout en m’activant. Cela provoquait une sorte de déprime avec une perte d’énergie.

Ce matin, en faisant cet exercice, je récupère la notion de temps, l’énergie, la volonté de reprendre ma journée en main . Je regarde le ciel à travers la fenêtre ouverte, rideau que je ne tire pas le soir, car j’aime me réveiller avec le jour. Ce regard vers le ciel fait de mon énergie qui circule en cercle fermé en moi, une ouverture, une spirale vers le cosmos. Je me sens à ma juste place en moi, et moi dans l’univers imprégné du Créateur.

Je te loue, je t’adore, o Eternel
Toi qui me donne Vie en toi.
Merveille, magnificence, joie de vivre.
« Tout en moi bénit l’Eternel », maître du temps et de l’espace
« N’oublie aucun de ses bienfaits », aucun, c’est beaucoup dire, en tout cas, reçois ma reconnaissance.
« C’est toi qui pardonne toutes mes fautes ». Tu as remis en place ce qui était faussé en moi. Merci !
« C’est toi qui guérit toutes mes maladies ».
C’est la conséquence de la remise en place selon les lois de vie. (Psaume 103) ».

Odile Hassenforder
02.07.2006
Extrait d’écrits personnels

Odile Hassenforder. Sa présence dans ma vie. ( p 155)

(1)         Odile Hassenforder. Sa présence dans ma vie. Parcours spirituel . Empreinte Temps présent, 2011. Sur ce site : https://vivreetesperer.com/?p=2345

(2)         De nombreux écrits d’Odile Hassenforder sont publiés sur ce blog, ainsi, parmi les plus récents : « la joie jusque dans l’épreuve » : https://vivreetesperer.com/?p=2662  « Ce matin » : https://vivreetesperer.com/?p=2612   « La prière » : https://vivreetesperer.com/?p=2612  « Mon regard en Dieu » : https://vivreetesperer.com/?p=2125   « Ressembler à Jésus ? » : https://vivreetesperer.com/?p=2060   « Une vie qui a du sens » : https://vivreetesperer.com/?p=2028   ………