Dieu suscite la communion

Si l’être intime de Dieu est la communion d’amour qui se manifeste dans le Dieu trinitaire, l’Esprit Saint porte et suscite cette communion. Dans notre regard sur l’univers, nous percevons aujourd’hui l’importance primordiale des relations. Tout se tient. « Rien dans le monde n’existe, ne vit et ne se meut par soi. Tout existe, vit et se meut dans l’autre, l’un dans l’autre, l’un avec l’autre, l’un pour l’autre » (p.25). L’Esprit divin est présent dans cette réalité. « En Dieu, nous avons la vie, le mouvement et l’être » (Actes 1.28). L’Esprit Saint suscite « une communauté de la création dans laquelle toutes les créatures communiquent chacune à sa manière entre elles et avec Dieu » (p.24). A l’encontre de toutes les forces contraires, le projet de Dieu est l’harmonie entre les êtres : « L’essence de la création dans l’Esprit est par conséquent la « collaboration » et les structures manifestent la présence de l’Esprit, dans la mesure où elles font connaître l’ « accord général » (p.25). Nous voyons là un principe qui éclaire notre regard, induit notre discernement et motive notre action. « Etre vivant signifie exister en relation avec les autres. Vivre, c’est la communication dans la communion… » (p.15).

 

Cette vision nous apporte un principe de discernement :  « les structures manifestent la présence de l’Esprit, dans la mesure où elles font connaître l’ « accord général » et une orientation pour notre vie : « Etre vivant signifie exister en relation avec les autres. Vivre, c’est la communication dans la communion ». Partageons concrètement cette pensée

 

 

JH

 

Source

 

Moltmann (Jürgen). Dieu dans la création. Traité écologique de la création. Cerf, 1988 ( renvoi des citations aux pagination)

Voir : « Dieu dans la création » : www.lespritquidonnelavie.com

Printemps

Printemps : expression et dynamisme de vie. Quelle beauté !

J’aime voir l’œuvre de Dieu dans la nature.

Sur ce site : Voir Dieu dans la nature

https://vivreetesperer.com/?p=152

« Le Dieu trinitaire inspire sans cesse la création …La « source de vie » est présente dans tout ce qui existe et qui est vivant. Tout ce qui est existe et vit, manifeste la présence de cette « source de vie » divine » (Jürgen Moltmann. Dieu dans la création (p. 23, 24).

En cette saison , quelques photos extraites des sites Flickr de CaptPiper et Ecstaticist.

 

 

 

 

 

 

L’œuvre de l’Esprit – Un universalisme révolutionnaire

https://www.fuller.edu/wp-content/uploads/2018/01/Prof_AmosYong.jpgDans ce monde en voie de globalisation, en voie d’unification, il y a de violentes résistances, de violentes oppositions, de violents conflits. En fait, les forces techniques et économiques qui sont à l’œuvre sont, à elles seules, incapables d’engendrer une unité. L’unité ne peut résulter d’une violence impériale ou de la pression des intérêts. On pourrait penser qu’elle requiert une harmonisation spirituelle. Et c’est ainsi qu’on peut considérer l’exemple des premières communautés chrétiennes apparues au premier siècle où nous pouvons entrevoir l’émergence d’un universalisme révolutionnaire (1). Le Saint Esprit y est puissance de réconciliation et d’unification.

C’est le mouvement que décrit Amos Yong (2) dans une séquence sur le Saint Esprit réalisée par Richard Rohr sur le site du Center for action and contemplation. Théologien pentecôtiste américain, d’origine malaisienne, Amos Yong est l’auteur d’une œuvre originale et abondante qui se décline dans de nombreux livres (3). Amos Yong propose ainsi une théologie pionnière où les ressources du pentecôtisme s’inscrivent dans une pensée chrétienne ouverte à une dimension œcuménique et interreligieuse, comme à la culture d’aujourd’hui, notamment scientifique. Amos Yong est professeur à la Faculté  Évangélique californienne Fuller où il dirige l’École des études interculturelles, un centre de recherche missiologique. Son œuvre mérite d’être mieux connue au delà de l’univers anglophone.

La dynamique de la Pentecôte

« La vie palestinienne du premier siècle, de beaucoup de manières, semblable à notre village global d’aujourd’hui, était marquée par des suspicions vis à vis de ceux qui parlaient d’autres langues où qui incarnaient d’étranges genres de vie. Ce fut l’œuvre de l’Esprit de rassembler ceux qui étaient étrangers les uns aux autres et de réconcilier ceux qui auraient pu autrement demeurer à l’écart de ceux qui leur étaient dissemblables ».

La Pentecôte ouvre un horizon nouveau. « Elle inaugure un Israël restauré et le royaume de Dieu en établissant de nouvelles structures et de nouvelles relations sociales. A noter que le don de l’Esprit n’est pas réservé aux 120 hommes et femmes qui sont rassemblés dans la chambre haute (Actes 1. 14-15) : Les langues de feu qui se sont divisées, se sont posées sur chacun et ont permis à chacun, soit de parler, soit d’entendre dans des langues étrangères (Actes 2.3-4).

Pour expliquer ce phénomène, Pierre cite le prophète Joël :

« Vos fils et vos filles prophétiseront
Vos jeunes hommes auront des visions
Vos anciens auront des songes
Et sur mes esclaves, hommes et femmes
Je déverserais mon Esprit
En ces jours, ils prophétiseront »  (Actes 2. 17-18)

 

Un changement de société

Amos Yong élargit la réception habituelle. « Les dons de l’Esprit ne sont pas destinés seulement aux individus.  Ils ont des effets sociaux en mettant en cause les pouvoirs en place, « the powers that be ».

Pierre comprenait bien que, tandis que l’ancienne ère juive avait un caractère patriarcal, la restauration d’Israël manifesterait l’égalité de l’homme et de la femme.  Les deux prophétiseraient dans la puissance de l’Esprit. Tandis que l’ancienne alliance manifestait la direction des anciens, le royaume restauré impliquera la responsabilisation (empowerment) d’hommes et de femmes de tous les âges.  En tout ceci, l’œuvre de l’Esprit était annoncée en des langues étranges, et pas dans les langues conventionnelles du statu quo.

En effet, la restauration du royaume de Dieu par la puissance de l’Esprit renversait effectivement le statut quo. Comme il avait été prédit à Marie et Zacharie, ceux qui étaient au bas de l’échelle sociale, les femmes, les jeunes et les esclaves, étaient les récepteurs de l’Esprit et les véhicules d’un revêtement de puissance (empowerment) de l’Esprit (Luc 1.46-55, 1.67-79). Les gens, autrefois divisés par la langue, l’ethnie, la culture, la nationalité, le genre et la classe seraient réconciliés par cette nouvelle version du royaume.

Potentiellement, « toute chair » serait incluse .

Une interpellation

Dans cette vision inspirante, Amos Yong interpelle.

Est-ce que ces caractéristiques continuent à marquer l’église comme une fraternité inspirée par l’Esprit ? Est-ce que l’église parle encore les langues de l’Esprit ? Ou bien restons-nous prisonniers d’une division portée par les langages, les structures et les conventions des empires de ce monde ? (4). Notre prière  devrait être : « Viens Saint Esprit » de telle manière à ce que la proclamation de l’épanchement de l’Esprit sur toute chair puisse vraiment encore trouver son accomplissement à notre époque.

Amos Yong

Rapporté en français par J H

  1. « Paul : Sa vie et son oeuvre selon NT Wright » : https://vivreetesperer.com/paul-sa-vie-et-son-oeuvre-selon-nt-wright/
  2. A reconciling power : https://cac.org/daily-meditations/a-reconciling-power-2022-06-09/
  3. Amos Yong . Fuller Seminary : https://www.fuller.edu/faculty/amos-yong/
  4. L’Esprit Saint à l’œuvre dans les sociétés et pas seulement à l’échelle individuelle : « Pour une vision holistique de l’Esprit. Avec Jürgen Moltmann et Kisteen Kim » : https://vivreetesperer.com/pour-une-vision-holistique-de-lesprit/

 

 

 

Un nouvel an, ensemble, en route…

Nouvel An. Un commencement… Comment est ce que nous considérons l’avenir ? On sait que les représentations de l’avenir varient selon les religions, les civilisations. Notre représentation de l’histoire est inspirée, implicitement ou explicitement par le message que nous avons reçu à travers la Bible, une foi en la promesse de Dieu qui nous met en mouvement à l’exemple d’Abraham ou du peuple juif sortant d’Egypte pour une nouvelle destinée. Et pour les chrétiens, entendre que Christ est ressuscité d’entre les morts et que la puissance de Dieu est à l’œuvre, dès maintenant, pour accomplir la résurrection des morts et la libération de l’humanité et de la nature, nous parle « dans un même mouvement du fondement de l’avenir et de la pratique de la libération des hommes et de la rédemption du monde » (Jürgen Moltmann, Jésus, le Messie de Dieu (Cerf), p. 328). C’est le fondement d’une théologie de l’espérance. C’est une inspiration pour notre société en ce temps de crise où les menaces abondent, et aussi, pour nous personnellement dans un chemin où se mêlent les joies et les épreuves et où parfois on ne voit plus clair.

 

A un moment où on prend de plus en plus conscience des interrelations entre l’humanité et la nature dans laquelle elle s’inscrit, un exemple issu du monde animal vient nous apporter un éclairage qui fonctionne comme une parabole.

Le magnifique film sorti en 2001 : « Le peuple migrateur » est présent dans nos mémoires … et aujourd’hui accessible sur internet :

http://www.youtube.com/watch?v=ks_nLiTSvb4

Et, sur le site Flickr, on trouve des photos parfois impressionnantes d’oiseaux en migration. En voyant les images des oies sauvages en vol pour échapper au froid de l’Arctique et gagner les pays du soleil, comment ne pas admirer l’instinct qui les conduit. On est saisi par la beauté de ces créatures. Et lorsqu’on sait qu’un vol d’oies sauvages est aussi une expérience collective où une solidarité se manifeste, n’est-ce pas pour nous une source d’inspiration, la métaphore d’un mouvement où la foi s’exercerait dans la communion. Ainsi, en ce Nouvel an, une superbe photo de ces oies en vol nous interpelle :

http://www.flickr.com/photos/warmphoto/6320042255/lightbox/

Elle nous suggère foi, courage, solidarité. N’aspirons-nous pas aussi à faire route les uns avec les autres comme beaucoup d’hommes déjà engagés sur ce chemin ?

 

JH

L’univers a-t-il un but ?

L’univers a-t-il un but ?

 

 

Une question interpellante

Selon le philosophe britannique, Philip Goff

Dans le mouvement actuel de la recherche scientifique, notre compréhension de l’univers évolue rapidement.

On s’interrogeait sur les origines de l’univers et sur le moteur de son apparition. Se demander si l’univers a un but ; est une question qui n’entre pas dans les schémas de la pensée scientifique classique. Qui peut s’aventurer à poser une telle question ? Qui a pu écrire récemment écrire à ce sujet un livre : « Why ? The purpose of the universe ? » (Pourquoi ? Le but de l’univers) (1). C’est un philosophe britannique Philip Goff, professeur à l’Université de Durham, dont la recherche porte sur la philosophie de l’esprit et de la conscience et qui s’inscrit dans l’approche du panpsychisme. Il est l’auteur de plusieurs livres et de nombreuses publications, présentant le tout sur son site :

« Philip Goff. Philosopher. Consciousness researcher » (2) On sait le rôle joué par la fondation Templeton à travers l’attribution d’un prix annuel à des personnalités scientifiques, humanitaires ou religieuses, de Freeman Dyson à Jane Goodhall, ayant apporté une contribution majeure à la vie spirituelle. Tout récemment, ce prix a été attribué à un paléontologue britannique : Simon Conway Morris (3) La Fondation soutient la recherche interdisciplinaire et rassemble des conversations qui inspirent l’admiration et l’émerveillement (awe and wonder).  Une rubrique : « Templeton ideas » présente des textes de synthèse accessible sur des thèmes significatifs. Thomas Burnett y interview Philip Goff sur le thème de son dernier livre : « Why ? The purpose of the universe » (4) Nous faisons part ici de cet éclairage.

 

Interview de Philip Goff conduit par Thomas Burnett

Pourquoi présenter que l’univers puisse avoir un but est-il presque ressenti comme une transgression ?

Goff : Je pense que c’est un peu comme au XVIè siècle quand nous commencions à obtenir des preuves que nous n’étions pas au centre de l’univers et ls gens peinaient à l’accepter parce que cela ne correspondait pas à l’image de la réalité à laquelle ils avaient été habitués…. Je pense que les gens acceptent la vision de l’univers correspondante à ce qu’ils ne peuvent voir au-delà et je pense que c’est ce qui arrive maintenant avec l’ajustement fin (fine tuning) en physique. Pendant ces quelques centaines d’années, il n’y avait pas de preuve pour l’existence d’un but cosmique et nous sommes entrés dans l’état d’esprit que la science excluait n’importe quoi en ce sens.

 

Si un scientifique rigoureux et sceptique désirait examiner les preuves pointant ver une finalité cosmique, par où devrait-il commencer ses recherches ?

En matière de sciences empiriques, je me centre sur le réglage fin de la physique de la vie, la surprenante découverte des récentes décennies selon laquelle pour que la vie soit possible, certains paramètres devaient être, à l’instar de l’expression de Boucle d’or face à son porridge, juste ce qu’il faut. Par exemple, si l’énergie sombre – la force à l’origine de l’expansion de l’univers – avait été un tout petit peu plus forte, pas deux particules n’auraient pu se rencontrer, et donc, pas d’étoiles, ni de planètes, ni aucune forme de complexité structurelle. Mais si elle avait été significativement plus faible, l’univers se serait effondré sur lui-même dès la première seconde du Big Bang. C’est seulement un exemple parmi beaucoup d’autres.

Finalement, nous sommes face à un choix. Soit le fait que les nombres de notre physique correspondent à la vie est un incroyable hasard. Soit les nombres de notre physique sont comme ils sont, parce qu’ils sont juste les nombres qui permettent l’existence de la vie. En d’autres mots, il existe une sorte de direction vers un but, une sorte de finalité » au niveau fondamental de la réalité. C’est bizarre et ce n’est pas ainsi que nous aurions attendu que la science évolue. Mais nous devrions mettre de coté nos préjugés, – à la fois religieux et laîques –  et suivre les preuves là où elles nous mènent.

 

Dans votre livre, vous présentez trois scénarios différents dans lesquels un univers pourrait manifester une finalité. Quelles sont ces options ?

Quelques-uns utilisent cette découverte du réglage fin pour argumenter en faveur de la conception de Dieu des religions occidentales traditionnelles. Mais je pense que cette théorie peine à expliquer la terrible souffrance que nous trouvons dans le monde. Mon livre a pour projet de trouver une perspective qui permette d’intégrer à la fois le réglage fin et la souffrance.

La manière de faire la plus directe est de modifier la nature de Dieu. Peut-être le créateur de notre univers est-il mauvais ou amoral ou bien a-t-il des capacités limitées ? Ou peut-être vivons-nous dans une simulation d’informatique crée par un quelconque ingénieur logiciel dans un univers parallèle.

Mais il n’est pas évident qu’une conscience soit nécessaire pour sous-tendre une finalité cosmique. Peut-être la finalité cosmique se fonde dans es lois spéciales de la nature : des lois téléologiques porteuses de finalités intrinsèques. Ce pourrait être simplement une tendance impersonnelle dans la nature qui dirige l’univers vers une émergence de la vie, une tendance qui interagit avec des lois physiques plus connues d’une manière que nous ne comprenons pas encore pleinement

Finalement, je développe une forme de cosmopsychisme, la théorie selon laquelle l’univers lui-même est une conscience dotée de ses propres buts et desseins. Cela parait extravagant, mais je soutiens que le cosmopsychisme se révèle être une conception étonnamment parcimonieuse.

 

Quels genres de finalités un univers comme le nôtre pourrait-il contenir ?

Je ne me concentre pas seulement sur le réglage ajusté, mais aussi sur le grand défi de prendre en compte l’émergence de la conscience. Fondé à la fois sur ces deux considérations, je pense que nous avons la preuve que l’univers est dirigé vers l’émergence de la vie, la vie intelligente et des créatures avec une compréhension consciente du monde autour d’elles. Il est possible que ce soit tout….  Mais si vous croyez dans une finalité cosmique, est-il probable qu’il arrive que nous vivions au sommet final ? Je crois davantage probable que le dessein de l’univers est encore en train de se déployer selon des modalités que nous ne comprenons pas pleinement

 

Si un dessein cosmique existe, quels obstacles devons-nous surmonter en vue de le découvrir ?

Tandis que je pense que nous avons de fortes preuves d’une forme de dessein cosmique, toute affirmation définitive à ce sujet à ce sujet me parait inévitablement spéculative et incertaine. Mais je suis d’accord avec le grand philosophe et psychologue William James qu’il peut être rationnel, dans certaines limites, d’espérer au-delà des preuves. Comme croyants dans un dessein cosmique – ou finalistes cosmiques – nous pouvons espérer rendre le monde meilleur – lutter pour la justice à l’échelle mondiale ou nous améliorer spirituellement – contribuent modestement à l’avancée des desseins de l’univers. J’explore les liens possibles entre le dessein cosmique, la pratique spirituelle, les communautés spirituelles et la lutte politique.

 

Est-ce que la finalité cosmique peut pratiquement avoir un rapport avec nos vies au jour le jour ?

Je ne veux pas être dogmatique quant à « une vraie voie » de vivre une vie qui a du sens. Et certainement beaucoup de gens vivent une vie qui a du sens sans aucunement considérer la finalité cosmique. Mais je puis dire que, dans mon cas, j’ai trouvé que la finalité cosmique générait une manière de vivre ayant un sens profond, de voir que le modeste bien que je fais, peut contribuer, petit à petit, à un dessein plus grand. Cela m’empêche de me focaliser étroitement sur mon intérêt personnel et de garder mon ego sous contrôle. J’aimerai que les lecteurs de mon livre considèrent que cette option n’est ni la religion traditionnelle, ni l’athéisme laïque.

 

Nouveaux regards sur l’univers

D’inspiration chrétienne, notre commentaire de l’œuvre majeure de Philip Goff

La démarche de Philip Goff est philosophique. Dans ce cadre, il développe son argumentation à partir des  données scientifiques  qui apparaissent aujourd’hui. Et effectivement de nouveaux regards et de nouvelles approches surgissent actuellement dans le domaine scientifique au point qu’on entend évoquer l’émergence d’un nouveau paradigme.

Le livre de Patrice Van Eersel qui se donne pour objet d’élucider le mystère de la conscience (5) après un long parcours d’enquête auprès de chercheurs très nombreux et très divers témoigne du remue-ménage actuel.

Patrice van Eersel fait apparaitre des convergences, l’émergence d’un paysage nouveau. « C’est une révolution à double sens. « D’une part, descendant des sommets de la théorie, les découvertes de la physique quantique démontrent que la réalité intime de la matière présente des similarités troublantes avec ce que nous appelons conscience. D’autre part, remontant de la base, d’innombrables observations et expériences empiriques nous mettent en relation de résonance intelligente et sensible avec les animaux, mais aussi avec les végétaux, voire les minéraux, et, peu à peu, avec l’univers entier visible et invisible ». « La conscience parait habiter l’univers entier » écrit Patrice van Eersel dans une perspective panpsychique qui nous rappelle celle de Philip Goff. Il est bon qu’il nous rappelle que nous sommes en train de sortir ainsi de l’emprise de la sombre dominante culturelle qui a régné durant l’achèvement de la période moderne : « D’universelle, la présence de la conscience était devenue le propre de nos cerveaux et nous étions supposé être seuls dans l’immensité indifférente de l’univers d’où nous avions émergé par hasard », comme le dit le credo matérialiste. Or ce monopole glacé craque de tous les côtés ». Des chercheurs se sont récemment réunis pour rompre avec le paradigme matérialiste et en exposer les raisons. Aujourd’hui, de plus en plus de découvertes viennent contredire les théories matérialistes. On peut envisager « une vague d’éveil pour une science et une société post-matérialiste » . Le livre publié en ce sens porte un titre significatif : « La nouvelle science de la conscience » (6). Philip Goff s’inscrit ainsi dans un vaste mouvement  lorsqu’il déclare : « Je pense que nous avons la preuve que l’univers est dirigé vers l’émergence de la vie, de la vie intelligente et des créatures avec une compréhension conscientes du monde autour d’elles »

La dynamique de recherche de Philip Goof débouche sur la reconnaissance d’une finalité                                       de l’univers. Ainsi l’existence humaine n’est pas livrée au hasard. Elle s’inscrit dans la finalité de l’univers. Appuyée sur une interprétation scientifique, cette reconnaissance de la finalité de l’univers bouscule des représentations négatives encore répandues. Cependant, elle a été précédée par une pensée pionnière, celle du paléontologue théologien et philosophe Pierre Teilhard De Chardin. Cheminant au XXè siècle, cette pensée originale a rencontré bien des oppositions tant au sein du milieu scientifique que de l’Eglise dont ce prêtre jésuite relevait. Aujourd’hui, conscient que notre humanité troublée est en quête de sens, Patrice van Eersel vient d’écrire un livre : « Noosphère » (7) en vue de montrer l’actualité de cette pensée où la finalité est au cœur de la dynamique de  l’évolution. La pensée de Teilhard de Chardin continue à être active chez une chercheuse américaine, scientifique, de spiritualité franciscaine, auteure de plusieurs livres, animant un blog : Center for Christogenesis. Très critique d’une conception de Dieu ayant prévalu longuement dans l’Eglise catholique, un Dieu en dehors du cosmos, Ilia Delio, dans un livre : « Reenchanting the Earth » (7), s’inspire de la pensée de Teilhard de Chardin : « Teilhard voit un monde  en divinisation ce qu’il exprime dans le terme de ‘christogenèse ‘ qui est le pouvoir du monde de devenir plus personnel à travers le pouvoir de l’amour ». Ilia Delio met l’accent sur « l’incarnation de Dieu dans un monde en transformation ».

Frédéric Goff accorde également une grande attention à la conscience : « Je développe également une forme de cosmopsychisme, la théorie selon laquelle l’univers est une conscience….Je ne me concentre pas seulement sur le réglage ajusté, mais aussi sur le grand défi de prendre en compte l’émergence de la conscience. Fondé à la fois sur ces deux considérations, je pense que nous avons la preuve que l’univers est dirigé vers l’émergence de la vie, la vie intelligente et des créatures avec une compréhension consciente du monde autour d’elles ». Nous avons déjà rapporté comment Patrice van Eersel nous montre une grande prise de conscience en cours, celle de l’omniprésence de la conscience : « La conscience parait habiter le monde entier ». C’est une perspective panpsychiste :« Le panpsychisme est une conception philosophique selon laquelle l’esprit est une propriété ou un aspect fondamental du monde qui s’y présente partout » (Wikipedia). De fait, sur la couverture du livre : « Why », Stephen Fry déclare que Philip Goff est « un des panpsychistes les plus convaincants ». Un monothéisme étroit longtemps privilégié dans une théologie dominante au sein du christianisme ne pouvait se prêter à la reconnaissance universelle de la présence divine. La conception d’un Dieu trinitaire s’ouvrant sur l’accent porté sur l’œuvre de l’Esprit change la donne. Aujourd’hui, le panpsychisme peut s‘inscrire dans une théologie chrétienne. C’est le thème d’un livre de Joanna Leidenhag : « Minding creation. Biological  panpsychism and the doctrine of creation » ( 8). Le panpsychisme offre un espace favorable à la théologie chrétienne. Ainsi, « Ce que le panpsychisme est le seul à offrir, c’est un espace ontologique pour la présence du Saint Esprit habitant les profondeurs subjectives des créatures et appelant toutes les créatures à s’épanouir » ( p 5) . Par ailleurs, le panpsychisme permet aux théologiens d’interpréter d’une façon réaliste des aspects négligés du témoignage biblique et de la liturgie de l’Eglise, telle que la création comme communauté sensible à même de louer le Dieu trinitaire » ( p 5). C’est ainsi que dans son livre : la « Divine dance » (9), Richard Rohr peut écrire à propos des animaux et des fleurs : « ils forment le cercle universel de la louange ». Joanna Leidenhag écrit aussi : « C’est en habitant à l’intérieur de sujets panpsychistes que l’Esprit s‘engage dans un partenariat avec les créatures et ainsi sanctifie leurs dispositions créatives et leurs pouvoirs intrinsèques pour les amener coopérativement dans le Royaume de Dieu ». Ainsi cite-t-elle un passage du livre de « Jürgen Moltmann : Dieu dans la  création (1985) : « A travers l’Esprit, Dieu est présent dans sa création » ( p 136). On peut y lire également : « Si l’Esprit Sant est répandu sur toute la création, il fait de la communauté de toutes les créatures avec Dieu et entre elles, cette communauté de la création dans laquelle toutes les créatures communiquent chacune à sa manière entre elles et avec Dieu… » .

Dans son livre, Philip Goff se confronte à l’existence du mal. Les interrogations comme les esquisses de réponse à ce sujet sont nombreuses. L’auteur choisit une orientation qui se traduit ensuite dans sa vision du monde.  Cette réalité du mal lui parait incompatible avec ce qu’il appelle : Omni-God, un Dieu omnipotent et omniscient. Cependant, Philip Goof nous retrace également son itinéraire personnel dans le chapitre : « spiritual communities » ( p 143-147). D’une enfance révoltée vis-à-vis d’un catholicisme étroitement dogmatique, après toute une période d’éloignement, il retrouve un chemin de recherche spirituelle à travers l’accueil d’une Eglise anglicane acceptant un courant « libéral » et découvre « la tradition apophatique et la rhéologie négative selon laquelle la nature de Dieu est au-delà du langage » (p 146). Le récit chrétien exprime ce qui est appelé le caractère et la passion de Dieu. « En méditant sur ce récit dans lequel Dieu est identifié non comme un roi dans son château, mais comme un paysan exécuté – le gars qui était né dans une grange et qui a été pendu avec tous les proscrits de la société – nous recevons une vision profonde de que Dieu ou le Plus (the More)  est vraiment » (p 155). Au total, l’auteur recommande une démarche spirituelle et ce en quoi la religion, en l’occurrence, le christianisme , peut l’étayer.

En rapportant le parcours religieux de Philip Goff, nous faisons ainsi état de la diversité des chemins. Ces chemins influent sur les croyances et jusque sur les points de vue philosophiques. Dans nos réflexions, nous faisons appel à différentes sources. Dans notre commentaire du livre de Philip Goff, nous avons retenu le mouvement de l’apport de nouvelles données scientifiques et de leur interprétation à la mise en évidence d’une finalité de l’univers. Des universitaires ont manifesté leur appréciation pour ce livre, ainsi Donald Hoffman, professeur de science cognive à l’université de Californie : « Suis-je là par accident ? y a-t-il un but ? C’est un territoire contentieux de la science et de la philosophie. Goff dresse un état lucide et attirant d‘idées clé, de données et de théories. Puis, avec une rare audace, il ouvre de nouvelles pistes. C’est un terrain fascinant à explorer et Goff se révèle un expert et un guide génial ».

 

J H

 

  1. Philip Goff. WHY ? The purpose of the universe. Oxford university press, 2023
  2. Philip Goff  site : https://philipgoffphilosophy.com
  3. Simon Conway Morris. Prix Templeton : https://www.youtube.com/watch?v=vV6Qu0TFajU
  4. Interview de Philip Goff : https://www.templeton.org/news/why-the-purpose-of-the-universe Traduction personnelle avec l’aide de la traduction automatique
  5. Elucider le mystère de la conscience : https://vivreetesperer.com/elucider-le-mystere-de-la-conscience/
  6. La nouvelle science de la conscience : https://vivreetesperer.com/la-nouvelle-science-de-la-conscience/
  7. Une spiritualité se l’humanité en devenir : https://vivreetesperer.com/une-spiritualite-de-lhumanite-en-devenir/
  8. Joanna Leidenhag. Minding creation. Theological panpsychism and the doctrine of creation. t&tclark, 2021
  9. The divine dance : https://vivreetesperer.com/reconnaitre-et-vivre-la-presence-dun-dieu-relationnel/