Et si tout n’allait pas si mal !

 Le monde va beaucoup mieux que vous ne le croyez

selon Jacques Lecomte

 71mvkBrqYOLEn 2016, le ciel s’est assombri. Des évènements inquiétants ont ponctué l’actualité. Et, en ce début d’année 2017, nous sommes en attente d’un horizon.  Il y a bien des signes contradictoires, mais choisir la vie, c’est discerner le positif pour tracer notre chemin.

Il y a le temps court et il y a le temps long. Dans l’immédiat, tout s’enchevêtre. Dans la durée, des tendances apparaissent. Il est bon de pouvoir distinguer ces tendances.

Comme le montre Yann Algan, dans son livre : « La fabrique de la défiance » (1), on enregistre en France un manque de confiance bien plus élevé que dans beaucoup d‘autres pays. Dans le désarroi actuel, cela se traduit en pessimisme, en cynisme, en rejet. Alors, on peut remercier ceux qui regardent au delà et affrontent la morosité ambiante pour mettre en évidence des évolutions positives dans la durée. Ainsi, le livre publié tout récemment par Jacques Lecomte vient exposer une réalité à même de nous encourager : « Le monde va beaucoup mieux que vous ne le croyez » (2). Cet ouvrage vient à la suite d’une réflexion de fond que l’auteur a entreprise sur le potentiel de l’homme. Si les méfaits de l’histoire humaine sont affichés (3), l’homme n’est pas nécessairement voué au mal. Il montre aussi une aptitude à la bonté, des dispositions à l’altruisme, à l’empathie et à la générosité. Jacques Lecomte a pu ainsi écrire un livre sur « la bonté humaine » (4). Et, dans un autre ouvrage, à partir de l’analyse d’un grand nombre d’études, il met en évidence l’émergence d’attitudes et de pratiques nouvelles dans des « entreprises humanistes » où se développent un climat de travail plus collaboratif et plus convivial.

Dans une conférence rapportée en vidéo sur le thème : « Vers une société de la fraternité » (5), Jacques Lecomte, un des pionniers de la psychologie positive en France (6), présente sa démarche en commençant par nous raconter son parcours personnel. Brisé par le contexte familial de sa jeunesse, il en réchappé en rencontrant un environnement bienveillant et convivial. Il a vécu là une conversion chrétienne « qui a radicalement changé sa vie et où il a surtout compris que les forces de l’amour et de la bonté sont plus fortes que les forces de la violence et de la haine ». De cette expérience, il a compris que le meilleur peut sortir du pire et que le pire n’est pas une fatalité. A partir de là, Jacques Lecomte a développé un optimisme réaliste, un « optiréalisme ». C’est une disposition d’esprit qui permet de percevoir dans une situation, tout ce qu’elle porte de positif, en germe ou en activité, et, ainsi, de susciter une évolution favorable. Dans son livre : « Le monde va beaucoup mieux que vous ne croyez », Jacques Lecomte met en œuvre cette approche dans une évaluation de l’évolution du monde.

 

 

Le monde va mieux que nous le croyons

« Comment le monde pourrait-il aller mieux quand le chômage, la guerre, les attentats, le réchauffement climatique et tant d’autres mauvaises nouvelles font la une des médias ?… Pourtant les chiffres nous disent ceci : ces dernières décennies, sur l’ensemble du globe, la pauvreté, la faim, l’analphabétisme et les maladies ont fortement reculé comme jamais avantQuant à la violence, elle connaît, depuis plusieurs siècles, un inexorable déclin… En résumé, contrairement à une opinion largement répandue, l’humanité va mieux qu’il y a vingt ans, même s’il reste encore malheureusement de fortes zones sombres… Quant à la planète, elle est certes en moins bonne posture sur certains aspects, mais en meilleur état sur d’autres… «  (p 9-10). Chapitre après chapitre, l’auteur analyse la situation à partir des meilleures sources : « L’humanité vit mieux… Et en meilleure santé. Environnement : on avance… Jamais aussi peu de violence » (p 209-210).

Bref, l’auteur rompt avec la vision catastrophiste du monde qui nous influence bien souvent. Cette vision est suscitée par l’attrait de nombreux médias pour le sensationnel. Elle abonde là où manque la culture nécessaire pour trier les informations et distinguer ce qui relève du court terme et du moyen terme. Bien sur, nous souffrons personnellement de l’inquiétude qui nous atteint ainsi.

Certes, les responsables de l’information peuvent estimer qu’il est nécessaire d’alarmer pour sensibiliser. Mais cette attitude est bien souvent contre-productive. « Les prophètes de malheur nous démobilisent. Ils mènent souvent à des mesures politiques autoritaires » (p 15). « Fournir des informations catastrophistes sans présenter des moyens d’agir, pousse à l’immobilisme, voire au rejet des informations… » (p 31). La peur est mauvaise conseillère. « De nombreuses études montrent que les périodes d’anxiété sociale ont tendance à  accentuer le désir de soumission à l’autorité…  Le ressenti de menace est une cause d’autoritarisme au sein de la population. Ainsi, aux Etats-Unis, pendant les périodes menaçantes, les Eglises à tendance autoritaire bénéficient d’un afflux de conversions, alors que ce sont les Eglises non autoritaire  qui vivent ce phénomène pendant les périodes non menaçantes » ( p 43).

A l’inverse, il y a une manière de partager l’information à même de produire des effets positifs. Et il y a des faits significatifs qui font exemple. Ainsi, aujourd’hui, en apprenant que le trou d’ozone est en train des se refermer grâce à la mise en œuvre du protocole de Montréal (1987), nous voyons là « le premier succès majeur face à un problème environnemental mondial » (p 107), Manifestement, cette victoire suscite l’espoir et contribue à nous mobiliser dans la lutte contre le réchauffement climatique.

 

« Si nous voulons un monde meilleur, nous devons être conscient des progrès accomplis, et inspirer plutôt qu’accuser » (couverture). Ce livre est source d’encouragement. Il nous aide à réfléchir sur les modes de communication. Ainsi, l’ignorance des évolutions positives tient pour une part à une communication qui met en exergue les mauvaises nouvelles.

Cependant, ne doit pas aller plus loin dans l’analyse du catastrophisme. Comme le complotisme, cet état d’esprit n’est-il pas lié à une agressivité qui se déploie à la fois contre soi-même et contre les autres ? Et ne témoigne-t-il pas d’une absence d’espérance personnelle et collective ? Comme l’écrit le théologien Jürgen Moltmann, agir positivement dépend de notre degré d’espérance : « Nous devenons actif pour autant que nous espérions. Nous espérons pour autant que nous puissions entrevoir des possibilité futures. Nous entreprenons ce que nous pensons possible ». « Si une éthique de la crainte nous rend conscient des crises, une éthique de l’espérance perçoit les chances dans les crises ». Pour les chrétiens, « l’espérance est fondée sur la résurrection du Christ et s’ouvre à une vie à la lumière du nouveau monde suscité par Dieu » (7). Ainsi, quelque soit notre cheminement, notre comportement dépend de notre vision du monde. En ce sens, Jacques Lecomte ne se limite pas à nous offrir des données positives concernant la situation du monde à même de nous encourager, il conclut son livre par la vision d’ « une grande réconciliation ». « Une société plus fraternelle et conviviale est possible (5), dès lors que l’on y croit et que l’on s’engage à la faire advenir » (p 197).

 

J H

 

(1)            Algan (Yann), Cahuc (Pierre), Zybergerg (André). La fabrique de la défiance, Grasset, 2012. Sur ce blog : « Promouvoir la confiance dans une société de défiance » : https://vivreetesperer.com/?p=1306

(2)            Lecomte (Jacques). Le monde va beaucoup mieux que vous ne le croyez ! Les Arènes, 2017

(3)            « Une philosophie de l’histoire, par Michel Serres. Au sortir de massacres séculaires, vers un âge doux portant la vie contre la mort » : https://vivreetesperer.com/?p=1306

(4)            Lecomte (Jacques). La bonté humaine. Altruisme, empathie, générosité. Odile Jacob, 2012. Sur ce blog : « La bonté humaine, est-ce possible ? » : https://vivreetesperer.com/?p=674

(5)            Conférence de Jacques Lecomte : « Vers une société de la fraternité », à l’invitation,  le 8 juin 2016 du Pacte civique et de la Traversée. Vidéo sur You Tube : https://www.youtube.com/watch?v=KALjpMcwpWU&feature=youtu.be

(6)            http://www.psychologie-positive.net

(7)            Moltmann (Jürgen). Ethics of life. Fortress Press, 2012 (p 3-8)

 

Voir aussi :  « Quel avenir est possible pour le monde et pour la France? (Jean-Claude Guillebaud. Une autre vie est possible) » : https://vivreetesperer.com/?p=937

https://vivreetesperer.com/?p=942

https://vivreetesperer.com/?p=945

Partager les solutions. Propager les innovations. C’est changer le monde

Entretien entre Christian de Boisredon et Pierre Chevelle

Comme l’écrit Jürgen Moltmann, un théologien de l’espérance, « Pour agir, nous avons besoin de croire que notre action peut s’exercer avec profit. Nous devenons actifs pour autant que nous puisions entrevoir des possibilités futures. Nous entreprenons ce que nous pensons être possible » (1). Ainsi, nous pouvons nous demander quelles sont les incidences de l’information qui nous parvient constamment à travers les médias. Si l’accent est mis sur les mauvaises nouvelles, jugées plus spectaculaires, si le ton se fait constamment critique, il en résulte un pessimisme qui entraine le repli et la démobilisation . Si, au contraire, à travers l’analyse des évènements, l’énoncé des problèmes et des menaces s’accompagne d’une recherche de voies nouvelles et de la mise en évidence des initiatives et des innovations déjà en cours pour faire face, alors une mobilisation pourra s’opérer. C’est tout le mérite du journalisme des solutions de contribuer à cet état d’esprit. Ne pas délivrer l’information, comme si elle nous conduisait fatalement dans une impasse, mais rechercher les issues et mettre en évidence les solutions à travers les multiples initiatives, innovations et découvertes déjà en route. Aujourd’hui, il y a bien un courant d’action qui œuvre pour nous apporter une information à partir de laquelle nous puissions construire.

Christian de Boisredon fait partie des innovateurs qui ont introduit en France ce nouvel état d’esprit comme en témoignent ces quelques jalons dans son parcours (2). En 1998, à l’âge de 24 ans, avec deux amis, Christian entreprend un tour du monde, en Afrique, en Amérique latine, en Asie à la rencontre des gens « qui font avancer le monde ». A la suite de cette aventure,  il écrit un livre : « L’espérance autour du monde » (3) qui devient un best-seller et est traduit en plusieurs langues. « Ce projet a été le premier tour du monde de ce type et il a lancé la vogue des tours du monde engagés dans cet esprit ». Christian de Boisredon initie et fonde ensuite l’association : « Reporters d’espoir » qu’il préside et dirige jusqu’en 2007. En 2011, Christian fonde « Sparknews », une entreprise sociale qui a pour mission de partager les projets qui proposent des solutions innovantes aux problèmes de société. Sparknews travaille à l’échelle internationale en collaboration avec les grands journaux de référence des quatre continents. (4)

L’exemple de Christian est un exemple pour une jeune génération qui s’engage dans le même sens. Ainsi, Pierre Chevelle (5), diplômé de l’Ecole de commerce ESCP Europe, se consacre aujourd’hui à la promotion de l’innovation sociale et solidaire. Intervenant sur You Tube, conférencier, il est aussi l’auteur d’un livre : « Changer le monde en deux heures ». Une interview de Christian de Boisredon par Pierre Chevelle est donc particulièrement éclairante (6). C’est une  conversation entre deux innovateurs autour de l’information comme vecteur de changement.

Sparknews (6)

Il Inspire 120 MILLIONS de Personnes | Christian de Boisredon, Sparknews

Pierre Chevelle nous dit comment il a découvert l’entreprenariat social en travaillant à Sparknews, agence d’information fondée par Christian de Boisredon.

Mais quelles sont au juste les objectifs de Sparknews ? Christian répond en ce sens : « L’idée, c’est de repérer les plus beaux projets qui existent dans le monde entier, les faire connaître notamment avec les médias, les connecter avec les entreprises pour qu’ils travaillent ensemble et qu’ensemble nous changions le monde ». Pierre demande à Christian d’expliquer en quoi consistent les opérations que Sparknews réalise avec certains journaux. « On a convaincu 60 journaux dans le Monde, parmi les plus grands : Times, Die Welt, El Pais, Figaro. On leur a proposé d’écrire deux articles sur les plus beaux projets innovants qu’il y avait dans leur pays. Ensuite, on a tout mis en commun. Le même jour, ils ont publié des articles en provenance de tout le monde. Au total,  le lectorat de ces tous ces médias, ce sont 120 millions de lecteurs.

Quand les journaux ne parlent que des problèmes, les gens se disent : je suis au courant. Mais qu’est-ce que je peux faire avec cela ? et donc, c’est totalement déprimant. Notre idée, ce n’est pas d’annoncer de bonnes nouvelles. En regard des problèmes, c’est de parler aussi des solutions ».

 

Faire connaître les initiatives à impact positif

Pierre : « Peux-tu nous donner des exemples d’initiatives concrètes que vous avez relayées dans les médias ? ».

Christian : «  Par exemple, c’est une entreprise au Maroc : « Go Energyless », une entreprise sociale. Ils ont fabriqué une sorte de réfrigérateur pour les endroits où il n’y a pas d’électricité, un système de double pot où on met du sable entre les deux pots avec de l’eau, et, de fait, l’évaporation de l’eau fait refroidir la température à l’intérieur des pots. Ce qui permet de conserver beaucoup plus longtemps fruits et légumes, mais aussi l’insuline pour les diabétiques dans les endroits où il n’y a pas d’électricité, donc pas de frigidaires. Ce projet a été médiatisé dans tous les journaux lors de « l’impact journalism day » et ces entrepreneurs ont été contactés par quatre ou cinq pays. Ils sont en train de travailler ensemble pour répliquer le projet. L’impact des médias est vraiment colossal. Il peut être parfois négatif, mais il peut être aussi très positif. Il y a des informations qui peuvent changer notre vie. Ce peut être un petit article ou bien une page de livre de Pierre (« Changer le monde en deux heures »)

Christian rapporte d’autres exemples : « Quand j’avais quatorze ans, mon frère, avec un de ses amis, était au Chili . La semaine, il travaillait dans une banque, et, le week-end, il faisait du bénévolat. Il se demandait : « Qu’est-ce qu’on peut faire vraiment pour aider les gens dans les bidonvilles ? » C’était dans les années 80. Un jour, il tombe sur un article qui parle de Mohammed Yunus au Bangladesh qui avait inventé la première banque de microcrédit. Là bas, à l’époque, personne ne connaissait. C’était un des tous premiers articles. Ils se disent : « C’est génial. Une banque pour les pauvres. Si cela a marché là bas, il n’y a pas de raison que cela ne marche pas au Chili. Et donc, ils ont créé la première banque de microcrédit au Chili et, trente ans plus tard, cette banque a permis la création de près de  30000 micro entreprises. Cent mille personnes ont ainsi changer de vie. Un jour, je me suis dit : Ce qui est fou, c’est que si un  journaliste n’avait pas écrit l’article que mon frère et son copain ont lu, la vie de 100000 personnes n’aurait pas été changée.

Voici un autre exemple. Tristan Lecomte est celui qui a créé Alter eco. qui a vraiment démocratisé le commerce équitable en France, qui l’a introduit dans les grandes surfaces chez Monoprix. Tristan me racontait qu’auparavant il travaillait dans le marketing. Voilà. C’était passionnant. Mais cela ne lui suffisait pas. Et puis, un jour, sa sœur lui avait découpé un article qui parlait du commerce équitable à une époque où personne ne connaissait vraiment. Cet article, il ne l’avait vraiment pas lu. Il l’avait mis dans un coin, et puis, un an plus tard, en rangeant ses affaires, il est tombé dessus. Et il s’est dit : c’est cela que je veux faire et c’est comme cela qu’il a eu autant d’impact.

Avec nos opérations, on touche 120 millions de personnes, mais en plus, on donne envie aux médias de continuer, de parler plus souvent de ces sujets. Par exemple, le rédacteur du Tages Anzeiger, qui est le plus grand journal suisse, nous a dit : On a rarement un impact de retours  aussi positifs des lecteurs, et, du coup, la rédaction s’est dit :  Comment peut-on parler plus souvent de ces sujets ? Ils ont commencé par faire une chronique hebdo sur les solutions ».

Pierre : « J’avais parlé de vous dans mon premier livre : « Changer le monde en deux heures ». Comment les gens qui regardent cette vidéo peuvent-ils vous aider ? ».

Christian : « La meilleure façon de nous aider, c’est de nous signaler les projets innovants que vous connaissez. Je me souviens par exemple d’une personne qui nous avait envoyé une vidéo sur un projet absolument génial. C’est une école de langues au Brésil qui s’est rendu compte qu’il y avait beaucoup d’élèves qui ne pouvaient aller apprendre l’anglais aux Etats-Unis. Ils se sont rendu compte qu’aux Etats-Unis, il y avait des maisons de retraite où les vieux s’ennuyaient toute la journée. Donc, ils ont créé un système un peu comme Skype. Cela s’appelle : « Speaking exchange ». Ce sont des conversations qui se passent entre de jeunes brésiliens et des retraités américains. Cette vidéo est bouleversante parce que c’est plus d’humanité. Tout le monde est gagnant. Les jeunes apprennent l’anglais et les vieux ont du lien social et se sentent utiles. Nous avons médiatisé le projet : « Speaking exchange » dans plus de soixante journaux dans lesquels nous travaillons ».

Pierre : « La partie émergée de Sparknews, c’est votre site qui est un peu le You Tube des solutions. Si vous déprimez un peu, vous pouvez aller vous balader sur le site ». Christian : « Effectivement, sur le site, il y a plus de 3000 vidéos qui montrent qu’on peut trouver des solutions. Face à tous les problèmes, quelqu’un me disait que tous les dimanches, il regarde une vidéo avec ses enfants Pour lui, c’est une façon de leur monter autre chose que ce qu’ils voient tous les jours à la télé ».

 

Avec qui peut-on collaborer ?

Pierre : « Vous travaillez beaucoup avec Axa et Total.  Qu’est-ce qu’on peut répondre aux gens qui trouvent que cela pose un problème éthique ? Christian :  « Nous avons une autre stratégie. Si on les met sur les bancs des accusés en leur disant : « Vous êtes des méchants », finalement, ils n’ont aucun intérêt à évoluer, alors on leur dit : « Oui, vous faites partie des problèmes, mais on peut peut-être réfléchir ensemble comment vous pouvez faire partie des solutions ». On leur amène des innovations positives dans le domaine de l’énergie qui peuvent potentiellement être le « busines model » du domaine. On ne peut pas leur dire du jour au lendemain : vous allez arrêter le pétrole. Cela prend du temps de gérer cette transition. Après, si on constate qu’ils n’en ont rien à faire, on arrête de travailler avec eux, mais ce n’est pas du tout ce qui s’est passé ».

 

Entreprendre : Entreprenariat social et micro engagement

Pierre : « Et si on parlait de toi ? La moyenne d’âge des entrepreneurs sociaux est souvent assez jeune. Toi, tu as un peu plus d’expérience. Tu as fait un tour du monde. Tu as réalisé Reporters d’espoir, maintenant Sparknews et surement plein d’autres projets. Quel regard portes-tu sur la carrière d’entrepreneur social ? »

Christian : Je me souviens qu’à trente ans, au fond de moi, j’avais envie d’être entrepreneur social, mais je pensais que je n’étais pas capable de l’être.  Un jour, il y a quelqu’un qui m’a dit : « Mais, en fait, tu es un entrepreneur ». C’est quelqu’un qui avait dix ans de plus que moi, qui avait monté sa boite. En fait, c’est le plus grand compliment qu’on ait pu me faire parce que j’ai réalisé qu’on n’avait pas besoin d’être parfait pour être entrepreneur ».

Pierre : « Le micro engagement, qu’est-ce que cela évoque pour toi ? ». Christian : « Pierre, je trouve cela super que tu aies fait ce bouquin : « Changer le monde en deux heures », parce que je m’en souviens très bien : Quand j’avais 23-24 ans, il y avait des jeunes qui partaient une semaine,  un mois dans une association et des gens leur disaient : « C’est pour te donner bonne conscience. Cela ne sert à rien ». Quand j’ai fait le tour du monde, on s’est arrêté quelques jours dans un mouroir de Mère Térésa. En principe, n’importe qui  peut passer la porte des soeurs et aider pour une demie journée, pour quelques heures. Il y avait un homme qui venait d’arriver, que des gens venaient d’apporter parce qu’il n’arrivait plus à marcher, un indien rachitique visiblement en train de mourir. Et là, il y a un américain qui arrive, un touriste et qui dit : « Est- ce que je peux aider ? Une bonne sœur lui passe une bouteille d’huile et lui dit : « tu vas masser l’homme qui est là ». L’américain se met à le masser pendant une heure, deux heures. Au début de la matinée, cet homme était totalement terrorisé et au fur à mesure que le jeune américain prenait soin de lui, le regardait dans les yeux, il ne pouvait pas parler, mais il y avait une humanité. Ce vieil homme indien est mort au bout de deux heures. Il est vrai que ce jeune américain n’a passé que deux heures. C’est peu, mais c’est sans doute les deux heures les plus importantes de la vie de cet homme. Bien sûr, c’est un cas un peu extrême, mais je pense qu’on a toujours la tentation de se dire : cela ne sert à rien. Il faudrait que je donne ma vie. Il faudrait que je m’engage complètement et, du coup, on ne fait pas les petites choses qu’on pourrait faire ».

Pierre : « Aurais-tu des conseils à donner à des personnes, et notamment aux jeunes, comme il y en a plein sur You tube, qui ont envie d’agir, mais qui ne savent pas par où commencer ? »

Christian : « Partez de vos passions et regardez ce qui vous plait. Cela peut être le cheval, cela peut être les jeux vidéo, cela peut être n’importe quoi… et regardez ce qui se fait dans ces domaines. Par exemple, les jeux vidéos ont un impact social, sensibilisent. Partez de vos passions et partez de ce qui vous provoque, de ce qui vous choque parce que c’est cela qui vous donnera le moteur et l’énergie… »

 

Muhammad Yunus et le microcrédit

Pierre : « Quels sont les gens qui t’inspirent aujourd’hui ? »

Christian : « Celui qui m’a le plus inspiré, c’est Muhammad Yunus. Muhammad Yunus a été le premier grand entrepreneur social. Ce que je trouve incroyable, c’est qu’il n’était pas du tout destiné à cela. C’est simplement parce qu’un jour il s’est dit : j’enseigne des théories mathématiques économiques qui ne sont même plus capables de résoudre les problèmes  de la famine, et donc, avec ses étudiants, il est allé dans un village pour comprendre ce qui se passait et, c’est comme cela qu’il a compris le problème des pauvres et qu’en prêtant quelques dollars, il pouvait changer leur vie. Ensuite, il est allé voir les banquiers en disant : « Tiens, vous devriez le faire puisque c’est votre job ». et puis, comme ils n’ont pas compris ou ils n’ont pas voulu le faire, il l’a fait lui-même. Et, à chaque fois qu’il y avait un problème, il est arrivé à le contourner. Je me souviens par exemple qu’au Bangladesh, il y a les mollahs puisque c’est un pays musulman. Ils lui disaient : « Vous n’avez pas le droit de prêter aux femmes ». il leur dit : « Je vais vous raconter l’histoire d’une femme entrepreneur ». Donc, il leur raconte l’histoire de cette femme entrepreneur. En fait, cette femme, c’était une des femmes de Mahomet… Donc, cela prouve bien que, si Mohammed l’a épousé, c’était très bien qu’elle soit une femme entrepreneur ».

 

Changer le monde 

Pierre : « Tu penses qu’on peut changer le monde ? »

Christian :  « Oui, je suis convaincu qu’on peut changer le monde.

Je suis croyant, donc je ne peux pas croire que Dieu se soit amusé de nous mettre dans un monde où les clés étaient pipées d’emblée. Après, on peut croire ce que l’on veut, mais je ne peux pas croire dans un monde où il n’y a pas des clés pour qu’on y arrive. C’est sûr que c’est compliqué, mais, en fait, il suffit parfois de changer quelques paramètres et cela change tellement de choses  qu’on peut vraiment inverser la tendance. C’est se rappeler que rien n’est impossible . Cela ne veut pas dire qu’on peut tout réussir, mais, en tout cas, c’est possible qu’on réussisse. Quand je suis sorti de l’Ecole, l’entreprenariat social, cela n’existait pas . Les formations supérieures autour de l’entreprenariat social n’existaient pas. Quand j’ai fait mon tour du monde de l’espérance en 1998, j’avais 24 ans. On a trouvé des projets super, mais ces projets étaient des projets ridicules par rapport à ce qu’on trouve aujourd’hui. Non seulement il y en avait beaucoup moins, mais ils étaient dix mille fois moins innovants. Aujourd’hui, comme le dit Olivier Kayser, le laboratoire d’innovations positives est rempli. Maintenant, il faut créer des usines pour changer d’échelle ».

Pierre : «  Pour toi, changer le monde, cela veut dire quoi ? »

Christian : Cela veut dire que tout le monde puisse être heureux. Cela ne veut pas dire forcément être riche, mais que tout le monde puisse être heureux ».

Dans cette mutation profonde dans laquelle l’humanité est engagée depuis plusieurs décennies, vague après vague, nous sommes nombreux à participer à ce mouvement pour un changement positif. A cet égard, cette conversation entre Christian de Boisredon et Pierre Chevelle nous paraît exemplaire, car elle met en évidence une même orientation entre deux personnes  dont le positionnement varie quelque peu selon l’âge. Et le questionnement de Pierre Chevelle est particulièrement précieux parce qu’il traduit également les aspirations et les attentes d’une jeune génération.

Christian de Boisredon, à travers de multiples exemples, corrobore notre conviction que les représentations ont un rôle majeur et que c’est à travers des représentations positives que les comportement peuvent évoluer favorablement et contribuer à un changement social pour une vie meilleure. Et, en tout cela, nous avons besoin d’une vision animée par l’espérance (1). Ainsi Christian de Boisredon a-t-il intitulé « l’espérance autour du monde », le livre qui rapporte son projet pionnier. Aujourd’hui encore, c’est le même esprit qui nous anime. Dans la tourmente, gardons cette boussole.

 

J H

 

(1)            « Agir et espérer. Espérer et agir.  Selon Jürgen Moltmann » https://vivreetesperer.com/?p=2720

(2)             Présentation de Christian de Boisredon sur Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Christian_de_Boisredon  Témoignage de Christian de Boisredon à TED x Saint Sauveur Square (You Tube) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Christian_de_Boisredon

(3)            Christian de Boisredon.Nicolas de Faugeroux. Loïc de Rosando. L’espérance autour du monde. Préface de Dominique Lapierre. Presses de la renaissance, 2000

(4)            Sparknews « Pour construire un monde meilleur, commencer par le raconter autrement  et valoriser les initiatives à impact positif pour retrouver la confiance et donner envie d’agir » : https://www.sparknews.com

(5)            Le site de Pierre Chevelle : Changer le monde en deux heures : https://www.en2heures.fr

(6)            Interview de Christian de  Boisredon par Pierre Chevelle : « il inspire 120 millions de personnes. Christian de Boisredon. Sparknews. » Sur You tube : https://www.youtube.com/watch?v=9F9d6VS6EoU

 

Au fil des années, Vivre et espérer participe  à la mise en valeur des projets innovants et des initiatives à impact positif. Quelques exemples en rappel :

 

« Vers une économie symbiotique » : https://vivreetesperer.com/?p=2165

« Le film : Demain » : https://vivreetesperer.com/?p=2422

« Vers un nouveau climat de travail dans des entreprises humanistes et conviviales. Un parcours de recherche avec Jacques Lecomte » : https://vivreetesperer.com/?p=2318

« Le monde va beaucoup mieux que vous ne le croyez, selon Jacques Lecomte » : https://vivreetesperer.com/?p=2604

« Alexandre Gérard : chef d’entreprise, pionnier d’une »entreprise libérée » : https://vivreetesperer.com/?p=2746

« Pour une éducation nouvelle, vague après vague . L’expérimentation de Céline Alvarez dans une classe maternelle de Gennevilliers » : https://vivreetesperer.com/?p=2497

« Sugata Mitra : Un avenir pédagogique prometteur à partir d’une expérience d’auto apprentissage d’enfants indiens en contact avec un ordinateur » : https://vivreetesperer.com/?p=2165

« Médiation animale » : https://vivreetesperer.com/?p=2785

« Pourquoi et comment innover face au changement accéléré du monde » : https://vivreetesperer.com/?p=2624

« Cultiver la terre en harmonie acec la nature. La permaculture : une vision holistique du monde » : https://vivreetesperer.com/?p=2405

« Les plantes médicinales au cœur d’une nouvelle approche médicale : phytothérapie clinique intégrative et médecine endobiogénique » : https://vivreetesperer.com/?p=2687

« Génération Y : une nouvelle vague pour une nouvelle manière de vivre » : https://vivreetesperer.com/?p=2652

Avant toute chose, la vie est bonne !

https://images-na.ssl-images-amazon.com/images/I/51auQ7srgSL._SX195_.jpgSi tu vis, c’est beau que tu existes !

L’émerveillement est le fondement de l’existence.

Propos de Bertrand Vergely

Dans son livre : « Retour à l’émerveillement » (1), Bertrand Vergely ouvre notre regard et notre horizon : « Qui s’émerveille n’est pas indifférent. Il est ouvert au monde, à l’humanité, à l’existence. Il rend possible un lien à ceux-ci » (p 9). Invité par le réseau Picpus (2) dans le cadre d’une séance : « Lire aux Eclats », dans une courte intervention enregistrée en vidéo, Bertrand Vergely revient sur cet ouvrage (3) . Et, en termes passionnés, il nous communique sa vision de la vie. C’est une vision qui rompt avec le marasme ambiant, une invitation à la vie et l’espérance (4).

Ainsi, en quelques mots, nous retrace-t-il son parcours. Venant d’une enfance heureuse et éclairée, il s’est trouvé ensuite confronté à « un monde en colère, malheureux, triste, révolté ».  (Dans mon enfance et ma première jeunesse), j’ai vécu dans un monde qui était marqué par la joie de vivre, par une mère formidable. J’ai grandi dans la beauté de l’église orthodoxe. J’ai eu le sentiment incroyable de la beauté de la vie… »

Et ensuite, ce fut un choc : « J’ai débarqué avec effroi dans un monde qui ignorait tout de la beauté de la vie, dans un monde très en colère contre l’existence. J’ai vu des gens tellement fâchés à l’égard de l’existence qu’ils étaient totalement fâchés avec Dieu… J’ai été sidéré par le nihilisme, le désespoir de notre époque ». Dans cette colère, Bertrand Vergely perçoit aussi une recherche de sens : « Qu’est ce que nous faisons sur terre ? Pourquoi est-ce que nous sommes là ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Est-ce que l’homme a une identité ? Est-ce qu’il est porteur de quelque chose ?

Et, comme philosophe, il entre en mouvement pour y répondre. « Il faut absolument dire à ce monde que la vie vaut la peine d’être vécue. J’ai revisité la tradition philosophique. J’ai essayé  d’expliquer pourquoi il fallait absolument revenir aux fondamentaux de l’existence. J’ai essayé de dire une chose que Platon a très bien expliqué au livre 6 de « La République », c’est que l’émerveillement est le fondement de l’existence. En termes métaphysiques, Platon a exprimé une vérité qui est une vérité religieuse. L’essence du monde, c’est la beauté. C’est cela qui tient le monde en équilibre ».

Pourquoi Dieu a-t-il créé le monde ? Parce que c’est beau ! Si tu vis, c’est beau que tu existes ! Pourquoi fait-on des enfants ? Parce que c’est beau ! Nous venons de la beauté. L’émerveillement devant la beauté, c’est ce qui donne du sens au monde ».

Alors, dans un milieu marqué  par le pessimisme, Bertrand Vergely interpelle ses interlocuteurs. « Tu vas avoir une vie à construire. Tu vas avoir des enfants à élever. Qu’est ce que tu vas leur dire ?: « Tu viens de rien. Tu vas vers rien. Tu es porteur de rien » ou bien : « Tout est foutu, mais il faut y aller quand même ». Et, en regard, il proclame : « Moi, je dis une chose. Tu viens de choses extraordinaires. Tu vas vers des choses extraordinaires. Tu es porteur de choses tout à fait extraordinaires ».

Bien sûr, dans la vie, il y a des difficultés à traverser, des épreuves à affronter.  Mais, « avant toute chose, la vie est bonne ! Avant toute chose, il est magnifique que nous soyons là ! Ensuite, on peut discuter parce qu’il arrive quantité de choses dans l’existence. Et, à un moment, tout n’est pas merveilleux, tout n’est pas magnifique ! » . Alors, pour faire face, « il convient de retrouver nos racines ». « Il est très important de retrouver les sources de notre existence » (5). « Nous sommes dans un monde qui a perdu la connaissance de lui-même ». A certains moments, « nous avons été émerveillés par la vie ». « Nous avons en nous une part d’émerveillement ». « Si nous luttons contre le mal qui existe à l’intérieur du monde, c’est parce que, quelque part, nous avons en nous ce souvenir de l’émerveillement ». Saint Augustin a dit : « Si tu ne te souvenais pas de ton bonheur, tu ne te souviendrais pas de toi même ».

Bertrand Vergely nous invite à revisiter « la magnifique tradition biblique, évangélique où Dieu crée le monde ». «  D’abord, il y a un Dieu. On ne vient pas de rien. On vient d’une volonté qui veut que le monde soit et d’un Dieu qui se réjouit que le monde soit ». Il y a « quelque chose de magnifique qui veut que la joie se perpétue ». « Vivre, c’est célébrer l’existence ! ».

Ce sont là des propos percutants. On aime entendre ce parler direct dans la bouche d’un  philosophe, auteur de nombreux livres concernant la  philosophie. Celle-ci n’est plus seulement une affaire d’intellectuels ou de spécialistes, elle est aujourd’hui de plus en plus en prise avec les questions de la vie quotidienne. Et Bertrand Vergely poursuit également une réflexion sur le bonheur (6). Les propos que nous venons d’entendre nous invitent à revisiter son livre : « Retour à l’émerveillement ».  Bertrand Vergely nous appelle à entrer dans une dynamique de vie (7). « Avant toute chose, la vie est belle ! Il est magnifique que nous soyons là ! La vie vaut la peine d’être vécue ! ».

J H

 

(1)            Vergely (Bertrand). Retour à l’émerveillement. Albin Michel, 2010 (Essais clés). Voir sur ce blog : « Emerveillement. Un regard nouveau » : https://vivreetesperer.com/?p=17 Bertrand Vergely est l’auteur de nombreux livres. Il expose sa pensée à travers une interview dans un livre récent : « Regards sur notre monde ». Entretiens d’Anne Christine Fournier avec Rémy Brague, Jean-Luc Marion, Edgar Morin, Eric de Rosny, Bertrand Vergely. (Mame, 2012)

(2)            « Réseau Picpus, mouvement picpusien des jeunes, est né à l’intuition de religieux de la  Congrégation des Sacrés-Cœurs de Picpus qui ont souhaité offrir à des étudiants et jeunes professionnels un espace d’enrichissement mutuel à partir de leurs attentes. Ainsi, à partir d’un panel d’entrées possibles (artistiques, culturelles, spirituelles) s’ouvre l’occasion d’une appropriation personnelle de la foi ». Ce réseau est très actif sur internet en y présentant de nombreuses vidéos : gospel, rencontre avec des personnalités…. http://www.reseau-picpus.com/

(3)            Vidéo : Echange et débat avec Bertrand Vergely dans le cadre de la séance : « Lire aux Eclats » du dimanche 11 décembre 2011 à partir de son livre sur l’émerveillement. Mise en ligne le 18 février 2012 :

 

(4)            Sur un autre plan, cette révolte contre la pessimisme ambiant et cette dynamique de vie se trouvent dans le récent livre de Jean-Claude Guillebaud : « Une autre vie est possible ». Mise en perspective sur ce blog : « Quel avenir pour la France et pour le monde » : https://vivreetesperer.com/?p=937

(5)            Dans un article précédent : « La vie est un cadeau », nous rapportons l’expérience d’Odile Hassenforder qui, face à une dure épreuve de santé, a continué à recevoir la vie comme un cadeau en puisant à la source : un Dieu bon, puissance de vie : https://vivreetesperer.com/?p=1085.

(6)            Vergely (Bertrand). Petite philosophie du bonheur. Milan, 2012

(7)            Dans la même perspective, nous trouvons une inspiration dans la pensée de Jürgen Moltmann qui nous fait entrer dans une théologie de l’espérance qui met en évidence une puissance de vie.  L’Esprit de Dieu est « l’Esprit qui donne la vie » . Voir le blog : « L’Esprit qui donne la vie » : http://www.lespritquidonnelavie.com « Le Dieu vivant appelle toujours à la vie, que nous vivions ou que nous mourions. Sa proximité vivifie toujours et partout ». Moltmann (Jürgen). De commencements en recommencements Une dynamique d’espérance. Empreinte, 2012. Présentation sur ce blog : « Une dynamique de vie et d’espérance » : https://vivreetesperer.com/?p=572

Comprendre la mutation actuelle de notre société requiert une vision nouvelle du monde

La nouvelle conjoncture, selon Jean Staune.

 CapturehgjfggDans l’inquiétude et l’incertitude actuelle concernant l’évolution de notre société, nous sentons bien que nous vivons à une époque de grandes mutations.  Et d’ailleurs, nous sommes éclairés à ce sujet par des auteurs capables d’analyser cette évolution historique (1). Plus nous nous situons dans ce mouvement, plus nous voyons en regard émerger de nouvelles pensées et de nouvelles pratiques, plus nous sommes à même de nous diriger. Et comme le nouveau monde qui apparaît est aussi un puzzle dans lequel des éléments très variés viennent prendre place, nous avons avantage à recourir à des œuvres de synthèse. A cet égard, le livre de Jean Staune : « les clés du futur. Réinventer ensemble la société, l’économie et la science » (2) est particulièrement éclairant.

En effet, son auteur met ici en œuvre une culture fondée sur une observation et une recherche qui se développent dans des champs différents. Ainsi, le texte de quatrième de couverture, présente Jean Staune comme philosophe des sciences, diplômé en économie, management, philosophie, mathématiques, informatique et paléontologie. Jean Staune est enseignant dans la MBA du groupe HEC et expert de l’Association Progrès du Management (APM). Il est notamment l’auteur d’un best-seller : « Notre existence a-t-elle un sens ? (Presses de la Renaissance, 2007) ». Ce livre témoigne du rôle pionnier de l’auteur dans l’exploration des nouveaux rapports entre sciences, religions et spiritualités. A travers la démarche internationale de l’Université  Interdisciplinaire de Paris (3),  Jean Staune a fait connaître en France une vision nouvelle des implications philosophiques et métaphysiques de la révolution scientifique. Cette culture a inspiré la rédaction des « Clés du futur » qui nous invite à « réinventer ensemble la société, l’économie et la science ».

Et effectivement, l’auteur tient son engagement. Dans un livre de 700 pages, préfacé par Jacques Attali, il nous emmène à la découverte de la mutation en cours en une quinzaine de chapitres particulièrement accessibles si bien, que d’un bout à l’autre, on entre ainsi dans un grand mouvement qui se déroule en cinq parties : « Les deux révolutions qui vont changer notre vie. Aux racines de la crise. Les germes d’une nouvelle société. Les bases d’une nouvelle économie. De nouveaux types d’entreprises, piliers du monde de demain ». A travers une immense information qui s’exprime dans une multitudes d’exemples et d’études de cas, ce livre se lit avec une joie d’apprendre constamment renouvelée. Devant la richesse de ces données et de ces analyses originales, on ne peut procéder à un compte-rendu détaillé. Nous donnerons un bref aperçu des principaux mouvements de ce livre pour encourager la lecture de ce qui nous apparaît non seulement comme un livre ressource, mais aussi comme un livre clé.

 

Les deux révolutions qui vont changer notre vie

Dans la mutation en cours, comment Jean Staune envisage-t-il le moteur du changement ? « Deux grandes révolutions vont changer notre vie ». Il y a « une révolution fulgurante » : la révolution internet que constituent les « quatre internets ». L’auteur sait dégager les évènements significatifs qui ponctuent cette histoire. Cependant, si nous sommes tous plus ou moins conscients de cette transformation accélérée, il y a également une évolution plus profonde, plus discrète qui est souvent sous-estimée, voire inaperçue : un changement de paradigme scientifique et une nouvelle vision du monde qui commencent à influencer nos manières de penser. Jean Staune est bien placé pour nous parler des effets de cette révolution scientifique : « Cette révolution silencieuse, c’est celle qui nous fait passer du monde de la science classique, déterministe, mécaniste et réductionniste qui s’est développée après les travaux de Galilée, Copernic et Newton, et sur laquelle reposent les fondements de la modernité à un monde beaucoup plus complexe, subtil et profond lié à la physique quantique, à la théorie du chaos, à la relativité générale, à la théorie du Big Bang et aux découvertes que l’on peut prédire dans le monde des sciences de la vie et de la conscience… Comme toute civilisation dépend pour son organisation sociale et économique, de la vision du monde qui domine parmi ses membres, les changements de vision du monde sont les évènements les plus importants de l’histoire humaine. Cette révolution, malgré son caractère théorique est porteuse de profonds changements sociétaux que viendront renforcer à terme ceux issus de la révolution fulgurante » (p 180).

 

Aux racines de la crise.

Si Jean Staune nous aide ainsi à percevoir les grands mouvements dans lesquels nous sommes engagés, il nous éclaire aussi sur les racines de la crise financière et économique qui a ravagé le monde au cours de ces dernières années et sur les attendus idéologiques des menaces qui pèsent encore sur nous aujourd’hui.

Pendant toute une période, le capitalisme a réussi à élever notre niveau de vie. Mais, constate Jean Staune, « Aujourd’hui, c’est un véritable champ de ruines qui se dresse sous nos yeux … Nous sommes passés très près d’un effondrement général du système en 2008, et si celui-ci a pu être rafistolé, les solutions adoptées dans l’urgence ne sont à l’évidence que provisoires » (p196). L’auteur nous fait comprendre de l’intérieur les mécanismes qui ont entraîné en 2008, la chute du système économique. De fait, les mécanismes financiers secrétés peu à peu par les banques étaient devenus des « armes financières de destruction massive ». En analysant ainsi l’apparition de la crise et son déroulement, Jean Staune nous montre en quoi elle est le produit d’une pensée sur l’économie alors devenue dominante. Il évoque deux erreurs fondamentales. «  La première est une erreur idéologique qui consiste à affirmer de façon répétitive : « le marché le sait mieux que nous… », ce que le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz a appelé « le fanatisme du marché »…L’autre est une erreur théorique qui amène à sous estimer de façon systématique le risque que prennent réellement les acteurs économiques et financiers dans un monde globalisé… » (p 237). L’absence croissante de régulation a mené l’économie financière américaine à sa perte. De nombreux exemples montrent les dangers d’une déréglementation irréfléchie.

En bref, « comme la crise des « subprimes » l’a parfaitement démontré, la recherche de l’intérêt économique d’un petit nombre d’acteurs peut aller à l’encontre des intérêts  de quasiment tous les acteurs économiques et gravement menacer l’équilibre de la société… Nous avons ensuite fait une grande erreur théorique, celle qui a conduit à minimiser les évènements extrêmes et les risques qu’ils représentent dans le monde économique et financier… enfin, par avidité, pour mieux multiplier les profits grâce aux effets de levier et parfois tout simplement pour pouvoir mieux soustraire les risques potentiels aux yeux des acheteurs, nous avons créé volontairement de l’hypercomplexité dans un monde déjà complexe… » (p 304)

 

Les bases d’une nouvelle économie

Face à la décomposition actuelle, une recomposition s’impose et s’esquisse. Le diagnostic de la crise du capitalisme ayant été posé, Jean Staune peut reprendre sa marche en avant en étudiant les bases de la nouvelle économie qui s’annonce. Ainsi il décrit l’essor d’une économie du savoir qui ouvre l’ère du postcapitalisme. Il plaide pour l’intégration du bien commun au cœur des processus économiques et montre en quoi des innovations positives commencent à apparaître en ce domaine. Oui, une évolution morale est possible ! Enfin il fait le point sur l’impact de la prise de conscience écologique et les transformations qui en résultent. Certains d’entre nous sont déjà avertis des évolutions en cours (4), mais, comme pour le reste du livre, on découvre sans cesse dans ces chapitres des innovations percutantes et des points de vue originaux. Oui aujourd’hui, « nos pratiques économiques connaissent une triple évolution, conceptuelle, écologique et éthique » (p 527).

 

De nouveaux types d’entreprises, piliers du monde de demain

Dans cette évolution, les entreprises peuvent être des vecteurs privilégiés de changement. Déjà certaines montrent le chemin. Expert en management, bien informé sur toutes les innovations significatives au plan international, dans la dernière partie du livre, l’auteur traite «  des nouveaux types d’entreprise, pilier du monde de demain ».

Ces innovations sont en phase avec un changement en profondeur des aspirations sociales et culturelles, le refus d’une imposition hiérarchique et le désir de participation et de collaboration, une créativité et un élan d’initiative, le développement d’attitude empathiques qui débouchent sur un climat de confiance. On retrouve ici l’inspiration positive qui irrigue le livre de Jacques Lecomte : « Les entreprises humanistes » (5) dans sa démonstration des effets bénéfiques de « la motivation par le sens donné au travail, la confiance dans la collaboration, le leadership serviteur, le sentiment de la justice organisationnelle, la finalité humaniste de l’entreprise, sa responsabilité sociétale, et environnementale , y compris dans des moments difficiles ».

Jean Staune nous montre dans quelles directions la finalité de l’entreprise commence à être repensée : « Il existe deux grands mouvements qu’il faut pousser les entreprises à adopter et à développer : la mise en place de processus pouvant permettre aux salariés de mieux se réaliser et une série de pratiques incitant les entreprises à travailler pour le bien commun et non pas seulement pour celui des actionnaires » (p 649). Dans un monde plus complexe, et donc selon la théorie du chaos, plus incertain, pour s’adapter, l’entreprise est appelée à devenir plus flexible, moins hiérarchique, mieux insérée dans son environnement et moins tournée vers le profit d’un petit groupe.

 

Les germes d’une nouvelle société

Les « germes d’une nouvelle société » sont déjà apparus. Jean Staune nous présente ce phénomène en faisant appel aux concepts aujourd’hui de plus en plus répandus de « modernité, postmodernité et transmodernité ». Aujourd’hui, après le rejet des cadres rigides de la modernité dans la révolution culturelle de la postmodernité, une nouvelle phase apparaît : celle de la transmodernité  « susceptibles de reconstruire une nouvelle société avec de nouvelles valeurs et d’autres modes de fonctionnement ».

Un groupe moteur apparaît comme le fer de lance de cette transformation, celui des « culturels créatifs ». A plusieurs reprises, nous avons déjà présenté ce groupe socio-culturel, identifié pour la première fois aux Etats-Unis à la fin des années 1990, et aujourd’hui en pleine croissance dans les pays occidentaux et au Japon (6). Jean Staune nous présente en ces termes le nouvel état d’esprit qui se développe chez les créatifs culturels : « Ils se définissent  par un intérêt pour l’écologie, la préservation de la nature, les médecines douces et les civilisations traditionnelles. Ils pratiquent au quotidien des gestes qui contribuent au développement durable, achètent des produits de l’agriculture biologique ou du commerce équitable, voire investissent dans des produits éthiques…. Ces personnes recherchent une dimension spirituelle, mais pas forcément dans le cadre des grandes religions constituées, ont une morale qui implique le retour à la fidélité, mais pas forcément dans le mariage, la sincérité et la transparence, valeurs qui s’accompagnent d’une ouverture à l’autre, aux autres civilisation, aux autres religions et au rejet du dogmatisme » (p 383).

Ainsi s’organise une société nouvelle : « Même si les contours de cette nouvelle société sont encore flous, on voit bien qu’une grande partie de nos pratiques et de nos attitudes vont en être – et en sont déjà – profondément bouleversés ». Cela vaut dans tous les domaines, y compris dans le champ religieux. Ainsi, dans le chapitre : « Les métamorphoses de Dieu » (p 370-382), l’auteur met en évidence une puissante expression personnalisée des aspirations spirituelles qui interpelle les modes hiérarchisées et structurés des religions traditionnelles (7).

 

Jean Staune nous propose une vue globale sur l’évolution actuelle du monde en montrant les interrelations entre « cinq révolutions quasiment simultanées dont les effets se renforcent : une révolution technologique, une révolution conceptuelle, une révolution sociétale, une révolution économique, une révolution managériale ». Mais grâce à son expertise dans le domaine scientifique, il peut nous montrer l’influence majeure exercée par la révolution conceptuelle : « L’ambition de cet ouvrage est de vous donner des clés pour comprendre non seulement comment le monde change, mais aussi pourquoi. Et c’est ici qu’il faut se tourner vers la révolution scientifique et conceptuelle qui a commencé il y a plus d’un siècle »  (p 661). De fait, à partir d’un ensemble d’observations que nous avons rapporté de temps à autre, tant sur notre manière d’agir que sur notre manière d’être, Jean Staune affirme que « la courbe de l’évolution de la société et, de façon souterraine et indirecte, dirigée par la courbe de l’évolution des idées scientifiques » (p 655). Si on peut s’interroger sur le caractère causal de certains rapports, l’analyse de l’auteur nous paraît éclairante et on abonde dans son sens lorsqu’il proclame que « la vision du monde est première ».

Quelles sont les incidences majeures de cette approche sur notre manière de voir et de penser aujourd’hui ? « Ce monde d’incertitude, d’incomplétude, d’imprédictibilité est certes un monde qui peut être angoissant, mais aussi un monde plein d’opportunités. Mais c’est surtout, sur le plan spirituel, un monde ouvert » (p 687). Tout est dit là. Nous voyons dans cette conjoncture une invitation à reconnaître l’œuvre de l’Esprit, une ouverture à ce qui advient (8). A tous égards, ce livre nous paraît une lecture indispensable.  Il nous éclaire dans la compréhension du nouveau monde qui est en train d’apparaître. Il nous montre les voies des potentialités positives. Il nous invite à un dépassement.

 

J H

 

(1)            « Quel avenir pour le monde et pour la France ? » (Jean-Claude Guillebaud. Une autre vie est possible) : https://vivreetesperer.com/?p=937                                « Un chemin de guérison pour l’humanité. La fin d’un monde. L’aube d’une renaissance » (Frédéric Lenoir. La guérison du monde) : https://vivreetesperer.com/?p=1048

(2)            Staune (Jean). Les clés du futur. Réinventer ensemble la société, l’économie et la science. Préface de Jacques Attali. Plon, 2015

(3)            Université interdisciplinaire de Paris : http://uip.edu.                       L’UIP a tenu, en janvier 2016, un colloque : Science et Connaissance. De la matière à l’Esprit. Sur ce blog, nous avons rapporté l’intervention de Mario Beauregard : pour une approche intégrale de la conscience : https://vivreetesperer.com/?p=2341

(4)            « Face à la crise : un avenir pour l’économie » (La troisième révolution industrielle. Jérémie Rifkin) : https://vivreetesperer.com/?p=354                              « Une révolution de « l’être ensemble » (Vive la co-révolution. Pour une société collaborative. Anne-Sophie Novel et Stéphane Riot) : https://vivreetesperer.com/?p=1394                        « L’ère numérique » (Gilles Babinet) : https://vivreetesperer.com/?p=1812

« La société collaborative. La fin des hiérarchies » (OuiShare)         https://vivreetesperer.com/?p=2205

(5)            « Vers un nouveau climat de travail dans des entreprises humanistes et conviviales » (les entreprises humanistes. Jacques Leconte) : https://vivreetesperer.com/?p=2318

(6)            Sur le site de Témoins : « Les créatifs culturels. Un courant émergent dans la société française »

(7)            Dans son livre : « La guerre des civilisations n’aura pas lieu », Raphaël Liogier met en évidence un courant religieux ascendant qui allie souci de soi et conscience du monde.         « Dynamique culturelle et vivre ensemble dans un monde globalisé » : https://vivreetesperer.com/?p=2296

(8)            La pensée théologique de Jürgen Moltmann nous apprend à regarder vers le nouvel univers que Dieu prépare en Christ ressuscité et à en reconnaître les manifestations. « Vivre dans l’espérance de la parousie… C’est vivre dans l’anticipation de ce qui vient, dans l’attente créatrice (Jésus. Le messie de Dieu, p 462). Introduction à la pensée de Jürgen Moltmann sur le blog : « L’Esprit qui donne la vie » : http://www.lespritquidonnelavie.com    Notamment : « L’avenir de Dieu pour l’humanité et la terre » : http://www.lespritquidonnelavie.com/?p=798

 

Un mouvement émergent pour le partage, la collaboration et l’ouverture : OuiShare

communauté leader dans le champ de l’économie collaborative

En considérant le monde d’aujourd’hui, les préoccupations ne manquent pas. Les menaces abondent. Et, en France même, on  perçoit crainte et désarroi. Les récentes élections européennes ont manifesté une poussée de crispations identitaires. Mais l’orientation de notre réflexion dépend beaucoup de notre regard. Si nous sommes inspirés par une espérance qui va au delà des turbulences et des orages marquant notre immédiat, alors nous pourrons être attentifs aux émergences qui préparent un avenir meilleur. Nous prêterons attention aux tendances positives. Le développement de l’économie collaborative en France paraît ainsi exprimer un changement prometteur dans les représentations et les comportements. À cet égard, l’apparition, puis la croissance rapide de la communauté « OuiShare » est un phénomène particulièrement significatif.

En 2012, Anne-Sophie Novel et Stéphane Riot publient un livre qui, à partir de l’apparition de nouveaux comportements, exprime la vision d’une société collaborative : « Vive la Co-révolution. Pour une société collaborative » (1). Ils mettent en évidence l’éclosion de nombreuses entreprises qui développent des pratiques de partage. Cette révolution tranquille traduit la montée d’une manière nouvelle d’envisager la vie. Ainsi, avons- nous présenté ce livre dans ce blog sous le titre : « Une révolution de l’être ensemble » (2), expression elle-même empruntée à cet ouvrage innovant et visionnaire. En 2013, Anne-Sophie Novel publie un second livre : « Le vie share. Mode d’emploi » (3). Elle définit son livre comme « un espace d’exploration et de discussions sur les alternatives qui s’offrent à nous pour vivre autrement et s’adapter aux crises ». « Cet ouvrage prolonge et complète sous un angle pratique le premier livre : « Vive la Co-révolution ». Et elle note que ce travail est soutenu par « OuiShare », la communauté internationale de l’économie collaborative. Effectivement, le groupe « OuiShare », créé en janvier 2012, a grandi rapidement. Anne-Sophie Novel continue à analyser et à commenter le développement de l’économie collaborative sur un blog qui s’inscrit dans l’espace du journal « Le Monde » : « Même pas mal ! Partage d’alternatives pour mode de vie en temps de crise » (4).

Ouishare : une communauté émergente qui prend forme

Oui au partage. Oui, nous partageons. Cette affirmation se traduit sous le terme franco-anglais : Ouishare. À l’automne 2011, un petit groupe se réunit chaque mois. Ce sont « des amis qui se sont rencontrés à travers Antonin qui a lancé le premier blog français sur l’économie collaborative ». Et, en janvier 2012, la communauté « OuiShare » est créé à Paris. La croissance va être extrêmement rapide, puisqu’en deux ans, OuiShare est devenue « un leader international dans le champ de l’économie collaborative qui a rapidement évolué, passant d’une poignée de personnes enthousiastes, à un mouvement global dans 25 pays en Europe, Amérique Latine et Moyen Orient avec un réseau des 50 experts connecteurs engagés avec 2000 membres et contributeurs à travers le monde » (5).

         Comment la communauté OuiShare se présente-t-elle aujourd’hui ?

         « OuiShare a pour mission d’apporter aux citoyens, aux institutions publiques et aux entreprises la capacité de développer une économie collaborative fondée sur le partage, la collaboration et l’ouverture en s’appuyant sur des communautés et des réseaux horizontaux. Nous croyons que cette économie peut résoudre une bonne part des défis complexes auxquels le monde fait face et permettre à chacun d’accéder aux ressources et aux opportunités dont il a besoin pour vivre.

         Comme communauté globale, non tournée vers la recherche du profit, les activités de OuiShare consistent à construire une communauté, produire de la connaissance, discuter de projets en rapport avec la communauté et avec l’économie collaborative, offrir un soutien aux individus et aux organisations à travers une formation et des services professionnels ».

         OuiShare trouve son identité dans un ensemble de valeurs qui inspirent comportements et orientations.

« Voici les principes qui nous unissent. Ces principes ne sont pas apparus en un jour, mais ils sont le produit d’un long processus qui a commencé au second  sommet de OuiShare à Rome en novembre 2012. Cette liste exprime un mouvement et elle continuera à évoluer. Ces valeurs se déclinent autour des termes suivants :

° Transparence

° Ouverture : organisation non hiérarchique à laquelle chacun peut se joindre et participer. Un processus qui est fondé sur le gouvernement des pairs

° Rencontre avec les gens de la vie réelle : l’internet ne peut remplacer le contact avec la vie réelle

° Inventivité « Permanent Beta » : Ouishare est une expérience avec une approche de start up. Avec curiosité et ouverture, nous nous efforçons d’entreprendre continuellement des choses nouvelles

° Inclusion : Ouishare bénéficie de contributions très variées

° Indépendance : refus de toute dépendance ; pas de partenariats exclusifs

° Action : agir sans attendre

° Jeu : le travail ne doit pas être ennuyeux

° Feedback : contribue à la participation

° Impact : accélérer le mouvement vers une économie plus participative

Cette liste exprime bien un accent sur le partage, l’ouverture et la créativité.

On peut observer dans OuiShare une dynamique d’association et de participation. Cette dynamique est facilitée par l’engagement  de membres plus engagés dans un travail d’animation et de mise en contact : une cinquantaine de « connecteurs ». Le terme : connection est lui-même significatif. Cette communauté se développe dans une connection en réseau. Mais le processus ne repose pas seulement sur internet. Les organisateurs insistent sur l’importance des rencontres et ils organisent des évènements qui permettent aux membres de faire connaissance et de partager leurs expériences et leurs projets.

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Fête 2014 de OuiShare : l’âge des communautés

Et c’est ainsi que, du 5 au 7 mai 2014, à Paris, au Cabaret Sauvage, a eu lieu la fête 2014 de OuiShare : « L’âge des communautés ». Venant de 50 pays, 1000 participants s’y sont retrouvés. Un moment très dense avec 120 sessions et 140 contributeurs, mais aussi des espaces où la convivialité et la créativité ont pu s’exprimer en témoignant de la vitalité d’une jeune génération (6). On pourra accéder à cette réflexion commune à travers une remarquable politique de communication associant différents apports : vidéos, e books, mais aussi graphismes sur des registres différents où l’expression personnelle est bien présente (7). OuiShare publie également un magazine. La créativité se déploie.

Dans la reconfiguration actuelle du rapport entre individus et entités sociales, on assiste aujourd’hui à la montée d’aspirations nouvelles comme un désir de convivialité et une recherche de sens (8). Le développement de la communauté OuiShare témoigne d’un changement en profondeur dans les représentations et les comportements. Cette émergence se réalise à travers la convergence d’acteurs agissant dans des champs différents. OuiShare est une communauté connectée qui favorise et suscite la créativité et l’esprit d’initiative chez les participants. On pourra interpréter ce phénomène sur différents registres (9). Et le processus à l’œuvre dans cette communauté peut faire école dans d’autres champs. Dans le climat français actuel, où morosité et manque de confiance se font sentir, l’émergence de OuiShare est une bonne nouvelle.

J H

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(1)            Novel (Anne-Sophie), Riot (Stéphane). Vive la CO-révolution. Pour une société collaborative. Alternatives, 2012 (Manifestô)

(2)            Sur ce blog : Présentation du livre : Vive la Co-révolution » « Une révolution de « l’être ensemble » : https://vivreetesperer.com/?p=1394

Egalement sur ce blog, une interview de Pippa Soundy à propos du livre : « Vive la Co-révolution » : « Pour une société collaborative. Un avenir pour l’humanité dans l’inspiration de l’Esprit » : https://vivreetesperer.com/?p=1534

(3)            Novel (Anne-Sophie). La vie share. Mode d’emploi. Consommation, partage et modes de vie collaboratifs. Alternatives, 2013 (Manifestô)

(4)            Blog de Anne-Sophie Novel (M blog) : « Même pas mal ! Partage d’alternatives pour mode de vie en temps de crise » : http://alternatives.blog.lemonde.fr/

(5)            Site de Ouishare : http://ouishare.net/en

(6)            Présentation du festival 2014 de OuiShare dans sa dynamique et sa diversité sur le site : We demain (Une revue. Un site. Une communauté) : http://www.wedemain.fr/La-generation-co-prepare-l-avenir-au-OuiShare-Fest_a512.html

La revue : We Demain promeut l’économie collaborative, les recherches innovantes et les causes écologiques.

(7)            Une politique de communication pour transmettre tout l’apport du festival : http://magazine.ouishare.net/2014/05/ouishare-fest-collaborative-economy/

(8)            « Emergence d’espaces conviviaux et aspirations contemporaines », sur le site de Témoins : http://www.temoins.com/parcourir-le-site/recherche-et-innovation/etudes/1012–emergence-despaces-conviviaux-et-aspirations-contemporaines-troisieme-lieu-l-third-place-r-et-nouveaux-modes-de-vie.html

(9)            Sur ce blog, nous trouvons inspiration dans la pensée théologique de Jürgen Moltmann. Dans le livre : « Dieu dans la création » (Cerf, 1988), Moltmann reconnaît l’Esprit de Dieu à l’œuvre dans la création, dans le monde et dans l’humanité. Il écrit : « Tout existe, vit et se meut dans l’autre, l’un dans l’autre, l’un avec l’autre, l’un pour l’autre, dans les structures cosmiques de l’Esprit divin… L’« essence » de la création dans l’Esprit est par conséquent la « collaboration », et les structures manifestent la présence de l’Esprit, dans la mesure où elles font reconnaître l’« accord général ». « Au commencement était la relation » (M Buber) (p 25). C’est dire l’importance de tout mouvement qui tend vers la collaboration et le partage.