par jean | Déc 6, 2018 | ARTICLES, Expérience de vie et relation |
Rodolphe Gozegba, pasteur dans une paroisse alsacienne, avait été invité à participer à une réunion organisée par une paroissienne qui avait invité des amis chez elle. Il y avait donc onze personnes dans ce petit groupe. Elles n’appartenaient pas toutes à la paroisse. Elles avaient été invitées pour qu’elles puissent faire connaissance avec le nouveau pasteur de la paroisse. C’était donc une rencontre conviviale et amicale.
Au début de la réunion, chacun s’est présenté. Après cette présentation, chacun s’est retrouvé autour d’une table avec gâteaux et café. Pendant qu’on mangeait ensemble, les gens parlaient seulement à leurs voisins. Pour permettre une conversation en commun, Rodolphe a eu une idée : poser une question qui permettrait à chacun de s’exprimer en mobilisant l’attention de tous sur un thème commun. Et, il a donc suggéré la question suivante : « Je sais que Dieu a fait des miracles dans nos vies et que nous sommes sans doute marqués par un de ces miracles. Est-ce que nous pourrions témoigner de ce miracle en peu de mots ? ». Tout le monde a trouvé que c’était une excellente idée. Et donc, chacun s’est exprimé à tour de rôle.
La voisine de Rodolphe, une femme d’origine syrienne, accompagnée par sa sœur, a témoigné pour elles deux. Elles ont connu une guerre terrible en Syrie et aussi des persécutions envers les chrétiens. Pour elles, le miracle a été la persévérance des chrétiens malgré la persécution. Aucun n’a abandonné la foi. Dieu merci, elles sont aujourd’hui vivantes en France.
La deuxième personne qui s’est exprimée nous a dit : « Mon miracle, c’est que je viens d’être guérie de mon cancer ».
Une veuve nous a ensuite parlé de la vie qu’elle a eue avec son mari. Au départ, elle avait hésité à l’épouser. Et puis, elle a trouvé ensuite en lui un homme admirable. C’est « l’homme de sa vie ».
Une autre personne, un homme, a témoigné qu’après le décès de sa première femme, il a rencontré, il y a vingt-cinq ans, une femme d’origine américaine, avec laquelle il s’est marié et se trouve heureux aujourd’hui. Cette femme était là avec lui et elle a aussi témoigné. Ayant quitté les Etats-Unis, elle était allé en Allemagne et ensuite, elle est arrivée en Alsace où elle a rencontré son mari avec lequel elle est très heureuse aujourd’hui. Ainsi nous a-t-elle dit : « J’ai fait tout un périple pour finalement trouver l’homme de ma vie ». Cet amour est pour elle le grand miracle de Dieu.
Nous avons entendu ensuite le témoignage du mari de la femme qui a été guéri du cancer. Cet homme a beaucoup parlé. Un jour, nous a-t-il dit, il a entendu un pasteur déclarer dans sa prédication qu’il ne croyait pas à la résurrection de Jésus. Il a été profondément choqué et particulièrement scandalisé. Il a quitté l’église. « La foi chrétienne, vidée de la résurrection, n’est plus la foi chrétienne ». Dieu est au coeur de sa vie et sa raison d’être. « Sans Lui, je ne suis rien ».
La paroissienne qui nous a accueilli, a raconté que, lorsqu’elle était plus jeune, elle voyageait beaucoup. Et, comme elle n’avait pas beaucoup d’argent, elle prenait des avions avec plusieurs escales. Un jour, en allant au Japon, son mari et elle, ont fait une escale en Irak. Elle était enceinte d’un garçon et a fait une fausse couche. Par la suite, en Alsace, elle a enseigné le français à un jeune immigré irakien. Une relation forte s’est créée et celui-ci s’est mis à la considérer comme sa mère. Ce couple a une grande fille, mais il n’avait pas de garçon. Ils ont adopté le jeune irakien. Elle, qui avait perdu un garçon, en a retrouvé un. Ils ont désormais une grande fille et ce fils adopté. C’est le miracle de leur vie.
Ce tour de table s’est terminé par le témoignage de Rodolphe. Pour lui, le miracle, c’est que Dieu a fait de lui son serviteur, pasteur dans l’Eglise.
Comment Rodolphe a-t-il ressenti ce partage ?
Les participants étaient des chrétiens avec des sensibilités différentes. Par exemple, les deux syriennes étaient orthodoxes. Le couple franco-américain était mennonite… Nous étions en communion.
C’est la première fois que Rodolphe posait cette question : quel est le miracle qui a marqué votre vie ? Or, nous dit-il, « On envisage généralement le miracle comme une intervention extraordinaire de Dieu. Moi-même, je m’attendais à des témoignages de ce genre . Mais, dans ce groupe là, j’ai découvert que chaque personne a sa conception du miracle. Le miracle n’est pas forcément une manifestation soudaine et extraordinaire de Dieu. Le miracle, ce peut être aussi une merveilleuse rencontre. Ce peut-être une bonne amitié qui débouche sur une belle relation. Ce peut être la conscience affirmée d’une relation avec Dieu. Ici, dans ce groupe, le miracle était reconnu dans une manifestation de Dieu au quotidien. Nous avons appris à la reconnaître. C’est un sujet de joie et de reconnaissance ».
Récit et témoignage de Rodolphe Gozegba rapporté par Jean Hassenforder
Voir aussi sur ce blog : « Le miracle de l’existence. Un éclairage de Bertrand Vergely » : https://vivreetesperer.com/?p=2890
par jean | Fév 15, 2012 | ARTICLES, Vision et sens |
Qui n’aspire pas à une vie harmonieuse par delà tout ce qui peut nous entraver parfois douloureusement ? En ce domaine, notre avancée dépend pour une bonne part de notre regard.
Pour les chrétiens, l’harmonie est reconnue et se répand à travers l’œuvre de Dieu, ce que Jésus appelle le « Royaume de Dieu » . Comment peut-on y accéder et y participer dans notre vie intérieure ? « Odile Hassenforder, dans son livre : « Sa présence dans ma vie » nous guide dans une recherche de plénitude et partage avec nous une expérience qui a changé sa vie, nous offrant ainsi un véritable condensé d’espérance » (1). Nous présentons ici un texte inédit, extrait de ses écrits personnels qui, dans sa spontanéité, nous parle de respiration spirituelle : « Le Royaume de Dieu et sa justice ».
Le Royaume de Dieu et sa justice.
Justice : justesse
bien ajustée
Les lois de vie étant respectées au niveau spirituel, les autres niveaux se mettent en place. C’est pourquoi, ceux-ci seront donnés par surcroît.
Il ne m’appartient pas de savoir comment pousse ce qui est semé. Je ne suis pas propriétaire. C’est l’affaire de l’Esprit. Je sais une chose : toute personne est aimée de Dieu telle qu’elle est.
Psaume 89 :
« Je chanterai toujours les bontés de l’Eternel…Car je dis : la bonté a des fondements éternels ».
Les béatitudes.
° Conscience ++ que Jésus et le Père demeurent en moi.
D’où dialogue : « priez sans cesse.. »..
° Temple de l’Esprit : lien-relation indestructible.
Jésus a fait connaître le Père sur terre et lui demande « En ta présence, donne moi la gloire auprès de toi avant que le monde existe.. ». Jean 17
La Vie Eternelle : connaître le seul vrai Dieu en Jésus Christ..
Non pas retrouver le jardin d’Eden, ce qui est souvent notre envie, notre désir de se dorer sur la plage au repos
Mais la Terre promise , en marche avec courage, fortifie.
« L’Eternel marchera lui-même devant toi » (Josué 1.13 Deutéronome 31.7).
La louange précède l’intercession.
Quand je regarde le matin
Le paysage de ma fenêtre,
Le ciel qui s’illumine, rose, rouge, ou blanc, bleu,
Les nuages qui avancent…
Je rentre dans l’univers
J’y respire, va et vient
inspire : me laisser imprégner
expire : me dilater dans l’univers
fenêtre ouverte : respiration une narine après l’autre : altérité.
Conscience d’une dimension cosmique
A laquelle j’appartiens.
La louange Tu es mon Dieu
adoration et je t’adorerai
prosternation (chant)
Liberté, contentement, joie, plénitude…
Que la pensée de Dieu devienne ma pensée
Alors, je peux exprimer mes besoins..
Les soucis, peurs..
Les remettre.
M’attendre à une réponse dans l’accueil, l’éveil…(intuition, méditation..)
Reconnaissance
« Compte tous les bienfaits de Dieu
En les mettant devant tes yeux
Tu verras en adorant
Combien leur nombre en est grand ».
(chant)
Odile
Ecrits personnels
20.02.2006
Hassenforder (Odile). Sa présence dans ma vie. Empreinte, 2011. Présentation du livre sur le site de Témoins accompagnée de commentaires et de témoignages : http://www.temoins.com/evenements-et-actualites/sa-presence-dans-ma-vie.html
par | Juin 3, 2012 | ARTICLES, Expérience de vie et relation, Société et culture en mouvement |
Parcours professionnel, choix d’orientation et présence de Dieu
François a d’abord travaillé comme soignant, puis ensuite comme conseiller d’insertion et de probation au sein de l’administration pénitentiaire. A partir de cette double expérience professionnelle, il occupe aujourd’hui un poste de responsable de la santé des détenus dans le cadre d’une direction des services pénitentiaires. A la fin des années 70, François, déjà croyant, a eu une expérience de rencontre personnelle avec Dieu. A partir de cette étape, sa foi s’est approfondie, et par la suite, il a de plus en plus expérimenté son implication chrétienne dans la vie professionnelle.
Au long des années, François a l’impression d’avoir été accompagné par Dieu dans ses orientations de travail et dans la résolution de nombreux problèmes. A plusieurs reprises, il s’est trouvé dans des tournants professionnels où, dans une attitude de confiance, les portes se sont ouvertes devant lui. A chaque fois, il a réalisé qu’il était parvenu à des choix qui ont pu se réaliser grâce à Dieu.
Ainsi, lorsqu’il est entré dans l’administration pénitentiaire, cela s’est fait à la suite d’une démarche qui avait été mûrie et qui est devenue un choix très clair dans une réflexion éclairée par la foi et par la certitude que Dieu allait pourvoir à cette nouvelle orientation. Il avait l’impression que cette démarche allait se concrétiser. Effectivement, François a été le seul choisi sur ce poste en position de détachement à partir de son corps initial d’infirmier de secteur psychiatrique.
Par la suite, après plusieurs années d’expérience, il a cherché à évoluer dans sa carrière. Pour cela, à deux reprises, il s’est présenté à un concours. Mais il n’avait pas l’assurance correspondante, il ne se sentait pas bien et, au total, il a échoué. Depuis un certain temps, d’autres projets se faisaient jour en lui. A un moment critique, il a appris qu’un poste qui correspondait à ses aspirations se trouvait vacant. Pour lui, cette opportunité l’a en même temps fortifié en lui donnant l’assurance qu’il avait la capacité de remplir cette fonction. Effectivement, il a reçu un très bon accueil et le poste lui a été attribué. François voit dans cet événement la manifestation du projet de Dieu à son égard.
Et lorsqu’il repense à sa carrière professionnelle, il est convaincu que, dans certaines circonstances, Dieu lui a ouvert les portes et qu’à ce moment là, rien ne pouvait se mettre en travers, et qu’à d’autres moments, Dieu a fermé des portes car ces choix ne correspondaient pas à ce qu’il y avait de meilleur.
« Je me rends compte des difficultés que beaucoup de mes collègues rencontrent parce qu’ils se sentent emprisonnés dans des tâches répétitives qui limitent le développement de leur potentiel, leur niveau d’aspiration et suscitent chez eux découragement et sentiments négatifs. Moi aussi, j’ai vécu difficilement un certain nombre de situations. Nous nous construisons nous-même des limites, mais Dieu nous permet de dépasser ces limites en nous redonnant confiance en nous-même et en nos capacité, et en nous donnant les moyens d’avancer ».
Contribution de François.
par jean | Juil 25, 2012 | ARTICLES, Société et culture en mouvement, Vision et sens |
Des fleurs tapissent un coin de la vieille tranchée
La charge des coquelicots monte sur la colline
Des corbeaux noirs croassent sur les champs dépeuplés.
Souvenirs du passé, force d’un renouveau
Le vent de la forêt berce le cimetière
Et des enfants s’en vont sur les chemins boisés.
Pourquoi étions-nous jeunes au temps de la grande guerre.
Nous sommes née trop tôt et avons tout perdu
Dans le brouillard sombre et le bruit des obus.
Fêtes de la victoire, discours éparpillés un jour par année
Ne nous rendrons jamais les beaux draps blancs que nous avons quittés.
La vue d’un peuplier qui miroite au printemps
L’amour d’une femme, le sourire d’un enfant.
Comme l’orage qui vient est sillonné d’éclairs
Comme la tempête arrache pièce à pièce notre vieille toiture,
Comme le flot débordant emporte la bonne terre
Et comme le tonnerre qui toujours retentit
Porteur de la grêle et de son clapotis,
O guerres maudites, vous parsemez l’histoire
Et quand la guerre finit
Voilà comme une vague du fond de l’océan
La sombre épidémie et ses halètements.
Pourquoi étions-nous jeunes au temps de la variole ?
Nous sommes nés trop tôt au vent du choléra.
Pensez à nos chemins, hommes des temps modernes,
Notre passé vaut bien vos lendemains.
Vous tenez votre vie de nos frêles amours
Les tours des cathédrales dominent encore vos cours.
Pourtant étions démunis de ce qui aujourd’hui affranchit votre vie.
O temps de l’avenir, brillante cité terrestre,
A quoi servirait-il que nous te construisions
Si nos yeux devaient à jamais mourir
Et dans les cimetières nos corps pourrir
Comme tous ceux-là qui sont morts avant nous ?
La foule immense désarmée, massacré par le temps
Défile devant nos yeux comme l’avenir de nos plans
Et même si demain ils se réalisaient
Alors ne pourrions oublier vos souffrances et vos plaies.
A quoi serviraient-ils les lendemains qui chantent
Si tous vos cimetières recouvraient la terre ?
A quoi servirait donc la roue de la technique
Si pour toujours vos cris étaient des cris
Et vos pleurs des pleurs ?
Dans le désert d’un infini et dans le poids du temps
Planète d’entre milliers au sein du firmament
Le murmure de la vie s’est fait appel.
A quoi bon le festin et à quoi bon la fête
Si demain est la mort et la mort demain ?
Présence salutaire, vivante Eternité,
A nos cœurs douloureux envoie un Messager
Un murmure secret a réveillé nos cœurs,
Partie d’un coin de terre est venue l’Espérance
Comme une onde, atteint les plus lointains rivages,
A travers les siècles, à travers le temps, sans cesse se propage.
C’est la bonne nouvelle, la seule décisive
Résurrection du Christ, résurrection des morts
Et puisqu’en attendant, il faut que l’homme vive
Et que tombent les écailles de nos déchirements
Présence de l’Esprit, renouveau de la terre, résurrection des vivants.
J H
Ce poème, en forme de cri, a été écrit, il y a des années. C’est une question lancinante qui est toujours là. En regard, un théologien, Jûrgen Moltmann, qui a vécu l’enfer du bombardement de Hambourg en 1943, a trouvé le chemin pour nous dévoiler la puissance infinie de Dieu à l’œuvre pour libérer les vivants et les morts, pour nous délivrer du mal.
Délivre-nous du mal !
Jürgen Moltmann entend et se fait le porte parole de tous ceux qui ont souffert de la violence et de l’injustice. Il y a dans ce monde, un grand cri, une grande demande de justice. « S’il n’y avait pas de Dieu, qu’arriverait-il à ceux qui ont faim et soif de justice dans ce monde ? » (p.61).
Ainsi, les différentes séquences de la Bible nous montre comment Dieu vient à notre secours, apporte la justice, nous rend juste.
A travers la résurrection de Jésus-Christ, l’histoire change de visage. A la croix, Jésus devient le compagnon de tous ceux qui se sentent abandonnés de Dieu. Il libère les hommes du péché et de la culpabilité. « A travers la puissance de vie de sa résurrection, Il entraîne à la fois les victimes et les persécuteurs dans une relation juste avec Dieu et les uns avec les autres. Dans cette loi de vie nouvelle, ils peuvent vivre, car elle s’étend à la fois aux vivants et aux morts et met fin aux revendications du mal » (p.76). Nous voici engagés dans un immense processus. « La création nouvelle de Dieu apparaît déjà aujourd’hui au milieu d’un monde encore marqué par la mort. Elle sera accomplie quand, en Christ, « le Royaume sera remis à Dieu » et qu’ainsi le but sera atteint et que Dieu sera tout en tous » (1 Cor 15.28).
J H
Source : Les malheurs de l’histoire. Délivre-nous du mal. Présentation de la pensée de Jürgen Moltmann sur le site : l’Esprit qui donne la vie http://www.lespritquidonnelavie.com/? p=702
« Délivre-nous du mal. La justice de Dieu et la renaissance de la vie », p 71-98. In : Jürgen Moltmann. De commencements en recommencements. Une dynamique d’espérance. Empreinte, 2012.
Plus largement, « L’espérance des chrétiens n’est pas une espérance exclusive ou particulariste, mais une espérance inclusive et universelle en la vie qui surmonte la mort ». Voir : « La vie par delà la mort » sur le site : « L’Esprit qui donne la vie ». http://www.lespritquidonnelavie.com/?p=822
par jean | Oct 26, 2026 | Société et culture en mouvement |
Selon Gilles Babinet
Nous sommes confrontés aujourd’hui à une irruption de l’intelligence artificielle dans les activités humaines, jusqu’à une possibilité de substitution de l’intelligence artificielle dans l’exercice de fonctions intellectuelles. Dans un grand nombre de tâches, l’activité de l’homme pourrait être remplacée par l’intelligence artificielle. Si les facultés de l’homme étaient laissées en friche, elles seraient en passe de dépérir. L’intelligence artificielle affecte non seulement les conditions de travail et la répartition des richesses, mais aussi notre genre de vie. Si l’intelligence artificielle ouvre des opportunités, elle soulève également de vives inquiétudes. En conséquence, elle suscite une intense recherche et de nombreux écrits. Le sujet est au cœur de la récente encyclique du pape Léon XIV ‘Magnifica Humanitas’ (1), elle-même abondamment commentée.
À Témoins, nous avons toujours prêté une grande attention aux incidences des transformations technologiques et tout particulièrement du numérique. C’est ainsi que nous avons présenté, à plusieurs reprises des livres de Gilles Babinet. Entrepreneur talentueux, soucieux de bien public, Gilles Babinet fut élu premier président du Conseil National du Numérique en 2011. Ainsi, nous avons présenté son livre ‘L’ère numérique. Un nouvel âge de l’humanité’ (2). Comme le suggère son titre, cet ouvrage paru en 2014 nous annonce les grandes mutations à venir dans un esprit très positif. Une dizaine d’années plus tard, en 2023. Gille Babinet publie une remarquable histoire d’internet, ‘Comment les hippies, Dieu et la science ont inventé internet’, que nous avons présenté sous le titre ‘l’épopée d’internet’ (3). Cependant, si la dynamique de cette histoire prend sa source dans la culture californienne à l’ère des communautés hippies, l’auteur en montre la dérive qui apparait dans les années 1980 et va ensuite s’aggraver jusqu’aux travers actuels. Au départ, « l’objectif était de disposer d’un pouvoir décentralisé, créatif et autonomisant… Puis survint la révolution conservatrice avec l’élection de Reagan, de Thatcher et les crises pétrolières. Les rêves de communauté se dissoudront peu à peu dans le projet conservateur pour lequel l’entreprenariat et la réussite sont des valeurs cardinales. C’est l’ère des marchands, des start-up, de la bourse, des fonds d’investissement et de la montée en puissance du Web. Son apogée, ce sera le ‘Cloud’ dont l’une des caractéristiques sera de concentrer d’immenses quantités de richesses tout en dévoyant la promesse de décentralisation. Au XXIe siècle, la révolution numérique semble avoir été accaparée par quelques méta-entreprises aux valorisations se comparant à la richesse produite par de grandes nations ».
C’est dans le contexte de cette même dérive que Gilles Babinet publie en 2026 un nouveau livre sur le péril de l’intelligence artificielle, ‘le péril IA’ (4) et y décrit précisément l’idéologie actuellement dominante des milieux ‘techno-réactionnaires’. À travers ce livre, Gilles Babinet nous permet de faire le point sur l’état actuel de l’intelligence artificielle, sa croissance accélérée, ses promoteurs, ses conséquences humaines et sociales actuelles et potentielles, les chemins pour faire face aux enjeux majeurs et choisir ‘entre assimilation et divergence’. « L’intelligence artificielle a connu ces dernières années des avancées fulgurantes transformant radicalement nos usages quotidiens, nos manières de travailler, de nous informer, d’entrer en relation avec les autres et surtout notre rapport à la vérité et au vivant. Cette accélération n’est pas un simple progrès numérique ; elle marque l’émergence d’une infrastructure invisible qui façonne nos comportements… Nous sommes confrontés à un choix décisif : poursuivre dans une redoutable trajectoire d’assimilation à la machine ou renouer d’urgence avec la part symbolique qui a porté l’humanité durant des siècles pour en faire le socle d’un nouvel humanisme » (couverture). Comme cet ouvrage est étendu dans son champ et particulièrement dense, on n’en rendra pas compte ici dans tous ses aspects, mais nous mettrons l’accent sur quelques points significatifs.
La ‘Silicon Valley’ motrice de l’IA
On comprendra mieux l’intelligence artificielle en la situant dans l’histoire d’internet déjà retracée par Gilles Babinet (3). Son berceau, aujourd’hui, le lieu de sa puissance, est la ‘Silicon Valley’ en Californie.
« Pour un observateur de longue date de la Silicon Valley, dont je pense faire partie, son évolution sociologique et désormais politique a quelque chose de particulièrement vertigineux. C’est un point important car scruter cette dynamique sur une longue période permet de percevoir ce qui la sous-tend et ainsi les directions que pourraient prendre les entreprises d’IA à long terme » (p 87).
Gilles Babinet, après avoir retracé à nouveau l’histoire d’internet en Californie, rappelle la déviance qui est intervenu avec la montée du courant conservateur aux Etats-Unis. « L’idéal de collaboration et de communauté qui avait été autrefois au cœur de la Silicon Valley devint rapidement obsolète, remplacé par la glorification de l’individu et de sa réussite personnelle » (p 92). « Son élite politique a en partie cessé de défendre le principe d’une liberté inclusive et émancipatrice pour l’ensemble de la société pour privilégier un projet exclusif où, si la liberté reste une valeur fondamentale, elle ne concerne plus qu’un petit nombre d’individus, prêts à renoncer aux valeurs démocratiques pour la préserver à leur profit » (p 94). L’auteur connait bien les grands acteurs de la Silicon Valley, aussi est-il au fait de leur évolution idéologique. « Au total, la question du maintien des privilèges devient centrale : privilège blanc pour les américains conservateurs, privilège économique et d’influence pour les acteurs de la technologie. Mais de quelle influence parle-t-on ? Il faut avoir à l’esprit que les outils génératifs vont prendre une place centrale dans nos quotidiens avec une influence croissante au fur et à mesure que la pertinence de ces systèmes s’améliorera. On peut évidemment concevoir que les abus que l’on continue de constater à l’égard de la régulation des plateformes ne pourront être qu’amplifiés par l’immission permanente de l’IA dans nos vies aussi bien sur le plan économique, social, qu’intime » (p 103).
Bertrand Babinet nous entretient ensuite de l’ ‘hypnocratie’, « quand les algorithmes gouvernent nos émotions et nos votes ». Il évoque la dégradation du lien social en fonction d’une exposition croissante aux écrans. « En 1980, chaque américain passe un peu plus de 2h30 devant le petit écran » (alors un petit nombre de chaines de télévision)… En 2025, les Etats-Uniens passent plus de 7 heures par jour devant un écran. Le sociologue Robert Putnam déplore la réduction du temps consacré à la vie sociale. Des analyses montrent que le sentiment de solitude a fortement augmenté aux Etats-Unis. Par ailleurs, l’auteur dénonce la manière dont, à travers leurs algorithmes, certains réseaux sociaux encouragent « le spectaculaire, l’outrancier, le révoltant ». « Les réseaux sociaux, avec leurs algorithmes de personnalisation, ne se contentent pas de filtrer nos conversations : ils nous enferment dans des bulles de filtre et des chambres d’écho, nous privant des désaccords nécessaires à une vie sociale saine » (p 108). Un sentiment de frustration élevé est également remarqué. « Si les technologies informationnelles sont une source indiscutable de nouvelles opportunités, elles induisent aussi un fort sentiment de perte de contrôle ». Une ‘opacité algorithmique’ s’introduit dans l’informatisation des services publics. Au total, le jugement de Gilles Babinet est sévère : « Nous avons toutes les raisons de craindre que l’avènement de l’IA n’accroisse radicalement l’isolement des personnes les plus fragiles, n’explose la vérité alternative à des niveaux de dissension inimaginables, qu’elle nous ôte une large part de notre libre arbitre sans que les plateformes ne fassent quoique ce soit pour l’éviter » (p 114).
Pour comprendre le phénomène de l’IA, Gilles Babinet s’intéresse à la mentalité des chercheurs de la Silicon Valley. « Ils se concentrent des jours durant sur la production de code informatique… Chercheur en psychologie cognitive, Baron-Cohen théorisa progressivement, au cours des années 1990, l’idée que le ‘cerveau automatisant extrême’ est la caractéristique la plus surreprésentée dans les milieux technologiques et en particulier dans la Silicon Valley, dont il considère qu’elle constitue ‘un véritable pôle d’attraction génétique et cognitive pour les personnes autistes’ ». Ce constat se répètera par la suite. On voit là « une froideur relationnelle, une obsession de l’optimisation, et un rapport instrumental au monde -autant de signes d’une rationalité exacerbée et déconnectée des affects ». En 2006, « The Complete Guide to Asperger’s syndrome, met en évidence, entre autres, une caractéristique commune aux dirigeants fondateurs des startups de la Silicon Valley : une mentalité associée à ce syndrome neuro-atypique » (p 115). En 2022, l’ouvrage ‘The legacy of autism and neurodiversity’ de Steve Silberman « mit non seulement en évidence la représentation disproportionnée de profils neuro-atypiques dans la Silicon Valley, mais en démontra aussi une forte influence sur la nature même des services qui y sont développés » (p 116).
À partir de ces constats, Gilles Babinet va dresser un portrait de l’intelligence artificielle. « L’intelligence artificielle dont l’épicentre de développement se situe en large partie dans la Silicon Valley, n’est pas seulement une technologie ; elle reflète une manière particulière d’appréhender le monde, centrée sur la formalisation, les probabilités et la modélisation. Là où d’autres y voient un outil, ces profils de personnalité y perçoivent une extension de leur propre mode cognitif, un prolongement naturel de leur rapport au langage, au calcul et à la systématisation. L’idée que l’humanité devienne l’auxiliaire de la machine y est en conséquence très présente… Ici, la différence cognitive cesse d’’être un handicap pour se transformer en moteur de rupture générant à la fois des innovations radicales et une certaine vision du futur » (p 117). « Ce tropisme cognitif, s’il a permis des avancées technologiques spectaculaires, n’est pas sans induire des biais profonds. En façonnant un écosystème valorisant la rationalité froide, l’hyper-compétence analytique et l’efficacité logique, la Silicon Valley tend à marginaliser d’autres formes d’intelligence : émotionnelle, relationnelle, intuitive, symbolique. Cette hiérarchisation implicite des individus favorise une sorte d’ ‘élitisme cognitif’ devenue peu-à-peu excluante pour ceux qui ne partagent pas ces normes mentales dominantes – les femmes, les neurotypiqus, les individus issus de parcours personnels qui valorisent moins les techniques etc. » (p 119).
Gilles Babinet ne méconnait pas les réussites de l’IA, mais il y perçoit un biais inquiétant si bien qu’il écrit : « Se joue ainsi peut-être une partie d’échecs cruciale pour le devenir de l’humanité : celle entre une dynamique versant décidément dans le monde analytique, et un autre monde, sans doute moins adapté à la maitrise des techniques, mais autrement plus compatible avec ce qui constitue notre essence profonde » (p 122).
Le péril de l’IA et l’évolution de la situation
Comment en est-on arrivé à redouter le développement de l’IA et à y voir un réel péril ? En fonction de sa compétence tout particulière, Gilles Babinet est bien placé pour nous apporter une réponse. Il consacre le premier chapitre du livre à ‘Un état de l’art de l’IA : risques et opportunités’, mais dès l’introduction, il met en évidence le péril et l’évolution de la situation.
« Nous sommes des êtres façonnés pendant des centaines de millénaires par une relation directe à la nature, et projeté depuis peu dans un monde de chiffres, d’analyses, de techniques et d’abstractions… Notre dialogue avec les techniques est ancien. Elles se sont peu-à-peu sophistiquées au point que, dès le début du XXe siècle, Max Weber observe que : « le sort de notre époque est caractérisé par la rationalisation et l’intellectualisation et, surtout, par le ‘désenchantement du monde’… Cette complexité de la technique distend notre rapport au monde en créant un filtre d’analyse qui limite notre capacité à ressentir le réel, avec notre corps et notre esprit » (p 8). Or, selon Gilles Babinet, « l’intelligence artificielle rend désormais un dilemme impossible à esquiver tant celle-ci mécanise à l’extrême notre relation au monde ». « Très bientôt, soit nous accepterons de nous fondre dans la logique de la machine – prédictive, calculatoire, optimisatrice – soit nous choisirons de renouer avec ce qui nous constitue profondément : l’être symbolique qui s’est formé au fil de millions d’années d’évolution » (p 8-9).
Cependant, nous dit l’auteur, le processus est déjà bien engagé.et il décrit les différents aspects de l’induction de l’IA. Sont notamment évoqués « les risques existentiels contre lesquels les plus grands scientifiques nous ont mis en garde, car, si ces risques n’existent probablement que marginalement à court terme, ils n’en sont pas moins des hypothèses à considérer et à traiter avec une grande attention » (p 13). Il y a une question cruciale, c’est la vitesse à laquelle ces technologies se développent et vont se développer. L’humanité a besoin de temps pour s’adapter. « Il y a peu, au cours de la période allant de fin 2022 à mi 2025, l’IA fait des progrès de géant et la perspective de l’intelligence artificielle générale (artificial general intelligence ou AGI) a paru à portée de main. À partir de la sortie de GPR-5, en août 2025, le secteur a semblé moins confiant sur sa capacité à atteindre cet objectif, du moins dans un futur proche. En conséquence, un débat s’est installé entre les partisans de l’AGI et ceux qui promeuvent plutôt des IA spécialisées par fonction. Le fait que ces technologies semblent désormais se développer à une vitesse moins élevée qu’initialement envisagée nous ramène à une perspective de temps long. Un temps qui doit être investi – notamment par l’action politique – pour préparer le monde qui vient, probablement fort différent de celui que nous connaissons » (p 13).
On apprend combien l’intelligence artificielle porte une transformation radicale dans les aspects majeurs de notre vie sociale, ce qui touche à l’emploi, à la répartition des richesses, à la vie démocratique. L’auteur nous décrit ces changements et leurs conséquences. Et Gilles Babinet termine son introduction en insistant sur le choix décisif qui se présente à nos consciences, un choix de civilisation duquel dépend l’avenir de l’humanité. « Le moment du choix approche à grands pas. De fait, jamais notre espèce dans son ensemble n’aura été mise au défi par l’évènement d’un phénomène s’exprimant dans une période aussi brève. Mais ce défi n’est pas seulement d’ordre technique, économique ou politique : il engage la nature même de notre rapport au réel. Si l’intelligence artificielle incarne l’apothéose de la raison instrumentale, alors il revient à l’humain de retrouver ce qui, en lui, perçoit le monde dans son unité profonde – non comme un ensemble de forces en tension, mais comme une transe vivante et signifiante où chaque chose participe d’un même souffle. Retrouver cette compréhension symbolique du monde pourrait bien consister à renouer avec une intelligence spirituelle qui ne sépare plus, mais relie – une intelligence qui ne cherche pas à dominer la création mais à y reconnaitre le reflet du mystère dont elle procède » (p 17-18). Dans le dernier chapitre du livre, Gilles Babinet s’explique sur la manière dont il envisage la résistance à la suprématie de la machine. Cet ouvrage mérite d’être lu de bout en bout, comme cette présentation y invite.
Nous sommes aujourd’hui confrontés à un grand défi, ce que Gilles Babinet exprime radicalement dans le sous-titre de son livre, ‘devenir des machines ou rester vivant’. Dans la conjoncture actuelle, nous avions besoin de l’avis d’un expert. Nous avons eu recours à Gilles Babinet que nous avions déjà consulté dans le passé. Ce n’est pas quelqu’un qui méconnait les apports de la technique. Au contraire, au départ, il nous avait présenté tous les bienfaits pouvant résulter de ‘l’ère numérique’. Son apport n’était pas seulement un travail parfaitement documenté, c’était le fruit de l’expérience d’un acteur particulièrement actif et, à ce titre, reconnu par les instances de sa profession. Les années passant, Gilles Babinet pu écrire une histoire d’internet, nous permettant d’en connaitre à la fois l’invention et les dérives. Il était donc une des personnalités les mieux à même d’y voir plus clair dans le débat suscité par la rapide expansion de l’intelligence artificielle. Et sa réponse est sans détour. La question de l’intelligence artificielle n’est pas une question mineure. L’alarme n’est pas exagérée. C‘est l’avenir de l’humanité qui est en jeu. C’est donc un appel à une mobilisation tant pour le discernement que pour l’action. Théologiens et philosophes sont attendus. Déjà ‘Magnifica Humanitas’ est parue. On prendra connaissance des pistes tracées par Gilles Babinet dans son dernier chapitre. Rappelons ce qu’il a écrit plus haut : « renouer avec une intelligence spirituelle qui ne sépare plus, mais relie – une intelligence qui ne cherche pas à dominer la création, mais à y reconnaitre le mystère dont elle procède ».
Jean Hassenforder
- Magnifica Humanitas ; présentation détaillée dans Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Magnifica_humanitas
- Un guide pour entrer dans l’ère numérique : https://www.temoins.com/un-guide-pour-entrer-dans-lere-numerique/
- L’épopée d’internet : https://www.temoins.com/lepopee-dinternet/
- Gilles Babinet. Le péril IA. Devenir des machines ou rester humain. Le Passeur, 2026.