Une expérience d’accueil et d’accompagnement partagée par Cécile Entremont, psychologue, animatrice et théologienne.
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Pendant plus de trente ans, en Savoie, dans la région de Chambéry, Cécile Entremont a exercé la profession de psychologue . Peu à peu,elle en est venue à souhaiter élargir sa relation d’aide dans une dimension d’accueil. C’est pourquoi, elle s’est installée aujourd’hui en Bourgogne du sud, entre Châlon-sur-Saône et Lons-le-Saunier, où avec son mari, elle a pu acquérir et restaurer une grande maison bressanne pour en faire un gîte d’accueil capable de recevoir une quinzaine de personnes.
Cette maison est située en pleine campagne parsemée de bois et d’étangs où on trouve la nature authentique et le silence. La maison est connue sous le nom de « La Reure » et est située sur la commune de La Chapelle Saint-Sauveur. Au long des années, parallèlement à l’exercice de sa profession de psychologue, Cécile est entrée de plus en plus dans un champ spirituel et théologique. Elle a soutenu une thèse en théologie à Strasbourg sur le thème : apprendre la fraternité (1).Et, par ailleurs, elle anime des sessions dans le domaine del’accompagnement spirituel.
A partir du lieu d’accueil qui s’est ainsi développé à la Reure, deux activités majeures se sont mises en place : réception et organisation de sessions (2).
Pour le moment, il y a ainsi un accueil régulier de vacanciers à la semaine ou pour des week-ends prolongés. « Les gens viennent beaucoup par l’intermédiaire des Gîtes de France et ils nous choisissent pour le cadre naturel, la qualité de l’hébergement et notre position centrale au milieu de la France ». Par ailleurs, il y a également trois appartements qui permettent d’accueillir,pendantune période de une à plusieurs semaines, des personnes qui y viennent pour un suivi d’ordre psychologique etspirituel. Ces personnes participent au réseau que Cécile entretient à travers ses activités professionnelles ou militantes.
Parmi les sessions organisées par Cécile, certaines sont animées par des professionnelles amies, par exemple dans le domaine du yoga, du qi gong et de la peinture. Cécile anime deux types de sessions. Il y a des sessions de thérapie de groupe et d’autres, à visée plus spirituelle, telles qu’une session de jeûne, une session de pleine conscience,une session de ressourcement à partir des éléments de la nature et de la symbolique biblique correspondante (Jardiniers del’âme). Cécile pense s’orienter de plus en plus vers des propositions qui associent la méditation en pleine conscience et des temps de partage sur le ressenti. Les sessions de thérapie de groupe ne sont pas seulement centrées sur la parole, mais proposent des expériences corporelles et émotionnelles pour prendre en compte la globalité de la personne.Au total, chaque année, Cécile anime une dizaine de sessions auxquelles participent, à chaque fois, une dizaine de personnes d’horizons variés.
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« Les personnes cherchent aujourd’hui de plus en plus une voie leur permettant de se recentrer, en prenant en compte les différents aspects de leur histoire et en associant corps et esprit. La méditation en pleine conscience permet ce recentrage dans l’expérience vécue de l’ici et maintenant, et une meilleure présence au monde, un meilleur équilibre mental face aux stress et aux angoisses générées par la société actuelle.La pratique de la pleine conscience en sessions de groupe permet aussi de développer un sens du vivre ensemble, de la convivialité et même de la fraternité ».
« Les gens qui viennent sont en recherche de profondeur, d’intériorité et d’authenticité. Leur chemin d’évolution commence souvent par une recherche de développement personnel pour continuer dans un approfondissement spirituel ». Dans le dialogue correspondant, Cécile explicite ses références parmi lesquelles figurent son identité chrétienne et sa formation de théologienne. « Si j’accompagne quelqu’un qui est chrétien, je prie avec lui, relie ce qu’il vit à des textes bibliques. Pour les autres, en respectant la voie de chacun, il est tout à fait possible pour moi de méditer avec lui sur un texte du trésor spirituel de l’humanité ».
Quelles sont les évolutions et les découvertes des participants au cours de ce temps partagé ?« Chez beaucoup, il se produit une réconciliation avec l’intérieur de soi, l’ouverture aux autres et undésir de continuer ce chemin d’ouverture, y compris dans la vie quotidienne ».
« En faisant des études de théologie, je me suis sentie interpellée par le fait que la plupart des institutions chrétiennes n’offrent pas de ressources spirituelles en phase avec l’attente de nos contemporains. Je ressens la distance, et même le fossé qui existe entre beaucoup de personnes et ce qu’elles ont vécu ou ce qu’elles perçoivent dans les institutions religieuses. Aussi, ma réponse se situe sur un plan plus personnel, et pour les chrétiens sur le plan de la spiritualitéchrétienne. Dans les sessions que j’anime, j’essaie de répondre à la demande de ressourcement et de sens que je peux percevoir. Le lieu d’accueil que nous avons ouvert, mon mari et moi,se veut unespace d’accueil et de respiration où tout soit en harmonie, y compris la prise en compte de la dimension écologique ».
Nos sociétés sont traversées par des poussées de violence. Il y a là des phénomènes complexes qui peuvent être analysés en termes sociaux, économiques, culturels, politiques, mais également dans une dimension psychosociale, un regard sur les comportements. En dehors même de ces épisodes, dans la vie ordinaire, nous pouvons percevoir et éprouver des manifestations d’agressivité. A une autre échelle, au cours de l’histoire, nous savons combien la guerre a été un fléau dévastateur (1). Ainsi, affirmer la paix aujourd’hui, c’est garder la mémoire du malheur passé pour empêcher son retour, mais c’est aussi effectuer un pas de plus : réduire les sources de violence, pacifier les comportements.
Psychothérapeute, engagé depuis des années dans une campagne pour le développement de la personne, auteur de plusieurs livres, animateur d’un site (2), Thomas d’Ansembourg milite pour répandre des pratiques de paix. Dans cette interview en vidéo à la Radio Télévision Belge Francophone (3), il explique pourquoi il vient d’écrire un nouveau livre en ce sens : « La paix, ça s’apprend. Guérir de la violence et du terrorisme » (4). « Nous avons réagi, David (le co-auteur) et moi à l’attentat du Bataclan, vite relayé par l’attentat de Bruxelles. Nous avons réalisé qu’on ne peut se contenter de mesures de sécurité (renforcement de frontières et traitement de symptômes). Il nous est apparu que le terrorisme est un épiphénomène d’un malaise extrêmement profond de la société et qu’il était intéressant de voir ce qui génère un tel malaise. Dans nos pratiques, lui comme historien et moi comme accompagnant de personnes, nous avons réalisé que la paix, c’est une discipline. Cela ne tombe pas du ciel. C’est une rigueur, c’est un exercice. Cela demande un engagement, de la détermination et du temps, et, petit à petit, on atteint des états de paix qui deviennent de plus en plus contagieux. Et cela devrait s’apprendre, depuis la maternelle, dans toutes les écoles. Tel est le propos de ce livre. C’est de faire savoir. Mettons en place des processus pour pouvoir éduquer des populations à se pacifier ».
Pour une pacification intérieure
« Depuis près de vingt-cinq ans que j’accompagne des personnes dans la quête de sens et la pacification intérieure, j’ai acquis cette confiance que la violence n’est pas l’expression de notre nature. C’est parce que notre nature est violentée que nous pouvons être violents. Quand mon espace n’est pas respecté, je puis être agressif. Quand mon besoin d’être compris et écouté, n’est pas nourri et respecté, je puis être agressif. Et il en va de même lorsque des besoins importants ne sont pas respectés. D’où l’importance d’apprendre à respecter notre nature et donc de la connaître ». Ainsi « apprendre la connaissance de soi dès l’école maternelle nous paraît absolument essentiel aujourd’hui. Jusqu’ici, cela me semblait un enjeu de santé publique, mais aujourd’hui cela me paraît aussi un enjeu de sécurité publique. Tout citoyen qui va à l’école a besoin d’apprendre qui il est, qu’est-ce qui le met en joie… mais aussi qu’est-ce qui le chagrine, qu’est-ce qui le met en colère. Il est bon de comprendre ce qui vous met en rage avant de faire exploser sa rage à la tête des autres. On a largement dépassé la notion de développement personnel. Il y a là un enjeu de santé publique. La plupart de nos gouvernants ne savent pas tout cela, ne connaissent même pas les outils correspondants et la plupart des médias dédaignent cette approche en la considérant comme du « bisounours » alors que ces outils sont des clés pour le vivre ensemble ».
Des outils pour le vivre ensemble
La paix peut s’apprendre à travers des outils. Thomas d’Ansembourg n’a pas souhaité réaliser un inventaire de tous les outils. Dans ce livre, il nous en présente trois qui sont particulièrement efficaces.
« La Pleine conscience » est une approche de méditation qui se dégage des rituels religieux traditionnels et qui peut être vécue d’une façon laïque et d’une manière spirituelle si on le souhaite. Elle permet de trouver un espace de fécondité, de créativité, d’alignement qui est très bénéfique pour le vivre ensemble ».
Thomas d’Ansembourg nous parle également de la communication non violente, une approche « qu’il enseigne depuis des années et qui est proposée dans de nombreux milieux depuis des classes maternelles jusqu’à des prisons en passant par des cockpits d’avion… C’est une approche pratico-pratique pour mieux vivre les relations humaines, dépasser les conflits, les querelles d’égo ».
Il y a une troisième pratique, celle de la bienveillance.
« Il y a plusieurs aspects de la bienveillance : accueillir l’autre tel qu’il est et non tel que je voudrais qu’il soit, être ouvert à son attitude et à sa différence, être disponible à une remise en question par son attitude. Cela demande de l’humilité, peut-être du courage. Et puis, il y a cette attitude positive de prendre soin, bien veiller sur l’autre, l’encourager dans son développement qui n’est pas forcément celui que j’aurais aimé avoir pour lui. Je pense par exemple à notre attitude avec les enfants, ne pas projeter sur eux nos attentes. Cela demande du travail sur soi. Ce n’est pas ingénu. Cela requiert une hygiène de conscience pour remettre en question nos projections, nos attentes, nos préjugés, des idées toutes faites, pour ouvrir notre cœur.
Le monde se transforme à vive allure. « Nous assistons à un métissage incroyable de la planète, de grands exodes en fonction du réchauffement climatique. C’est plus urgent d’apprendre à vivre ensemble, et pour cela, d’avoir des clés de connaissances de soi pour avoir une bonne estime de soi et une capacité d’accueillir la différence, des clés d’ouverture à l’autre et la cohabitation. Cela ne tombe pas du ciel. On voit bien qu’il y a des tentatives de repli et de méfiance. Ce n’est pas comme cela que nous allons grandir ensemble. Nous avons besoin d’approches pour vivre ensemble. On n’en trouve pas encore dans nos pratiques scolaires, ni même dans nos pratiques religieuses. Il y a de belles idées , mais cela appelle une pratique. Comment est-ce qu’on vit quand on est plein de rage et de colère ? On a besoin d’apprendre à vivre la rage et la colère pour la transformer. Grâce à la communication non violente, j’ai appris à faire des colères non violentes, à exprimer ma colère sans agressivité. Ce sont des apprentissages que l’on peut faire ».
Promouvoir la paix
Thomas d’Ansembourg porte une dynamique et il l’envisage sur différents registres. Ainsi peut-il souhaiter la création d’un ministèrede la paix avec un budget, des formations, de la recherche scientifique en neurosciences, en relations humaines.
Et au plan de la transformation des relations quotidiennes, il a conscience de la puissance des outils existants. « Je sais que ces outils transforment la vie des gens. Je rencontre des personnes dont la vie a pivoté parce qu’ils ont appris à savoir qui ils sont, qu’est ce qui fait sens pour eux… ». Ainsi, « il y a des processus, il y a des clés efficaces. J’aimerais qu’ils soient fournis au grand public. Nous assistons à tellement de détresses dans notre société : solitudes, addictions, divorces douloureux, dépendances… Des outils magnifiques existent. Ne pas les faire connaître est une sorte de non assistance à personne en danger ».
Au milieu des drames de l’histoire, l’inspiration de la non violence apparaît comme un fil ténu, mais solide avec des moments de lumière qui sont entrés dans notre mémoire collective depuis les premières communautés chrétiennes jusqu’à Gandhi et Martin Luther King.
Aujourd’hui, le mouvement pour la paix peut s’appuyer sur de nouvelles méthodes où s’allient une orientation d’esprit et des approches nourries par la psychologie, une conscience renouvelée du corps et les neurosciences. Ainsi, face aux routines traditionnelles, une motivation nouvelle peut apparaître en s’appuyant sur l’efficacité démultipliée de nouvelles méthodes. Dans ce livre et dans cette interview, Thomas d’Ansembourg nous apporte une bonne nouvelle : la paix, ça s’apprend ! La paix, c’est possible ! Une voie est ouverte. A nous de nous mobiliser…
Une rencontre franco-africaine entre Yacouba Sawadogo, paysan pionnier, et Damien Deville, géographe du lien.
En ce temps d’urgente prise de conscience écologique, voici un livre qui nous fait voir une initiative pionnière, celle d’un paysan burkinabé qui ne s’est pas résigné face à la menace de désertification, mais a planté une forêt. Le récit provient d’une rencontre, celle de Yacouba Sawadogo avec Damien Deville, un géographe de la nature, un géographe du lien déjà approché sur ce site à travers la présentation d’un de ses livres, ‘La société jardinière’ (1). Cependant, ce récit ne raconte pas seulement une initiative courageuse et originale ; il la situe dans son contexte et il sent bon l’Afrique, car il se trouve que son auteur est franco- burkinabé et, au fait de la complexité des cultures ouest-africaines, sait observer dans les rythmes quotidiens (p 11).
Damien Deville avait entendu parler de l’œuvre prestigieuse de Yacouba. « L’homme avait en effet, des années auparavant, défriché un chemin. Face à la colère des sables, il avait su fabriquer des remparts de verdure. À l’orée d’un désert violent, et suite à la grande sécheresse des années 1980, qui abima les corps et les cœurs, le village de Yacouba Sawadogo est devenu un véritable jardin. Une forêt y a repris ses droits, si bien qu’elle est dorénavant un phare pour l’humanité, une sentinelle face à l’érosion du vivant et une forteresse contre la désertification des territoires qui menace au-delà des frontières du continent africain » (p 9). Damien Deville a donc entrepris de rencontrer longuement Yacouba Sawadogo et c’est à partir de là qu’il a écrit le livre ‘L’homme qui arrêta le désert’ publié en 2022 (2).
Ayant connaissance des bouleversements politiques, intervenus récemment au Burkina Faso, nous avons voulu nous renseigner sur l’état actuel de l’expérience. À travers deux articles (3,4) nous avons appris qu’après le décès de Yacouba en 2023, son fils Lookman a pris en charge la poursuite de l’initiative. Il entretient le ‘Bang Raaga’, le nom du terrain fondé par son père, « un vaste espace s’étendant sur près de 40 hectares, comptant près de 20 000 arbres et abritant 60 espèces végétales source de savoir… ».
Un village dans la tourmente
Damien Deville sait nous décrire la vie d’un village africain traditionnel. C’est cette vie-là qui régnait à Gourga, « un petit village à l’ouest du Burkina Faso, proche de la frontière malienne, à l’exact carrefour où se rencontrent les grands peuples des savanes et les commerçants du désert » (p 18).
Or, dans les année 1980, « un jour néanmoins, le village tranquille s’est mis à trembler. Ce monde séculaire a subi des violences venues d’ailleurs. Les industries naissantes dans les grandes villes alentour ont provoqué une importante saignée. La moitié du village a tourné son regard vers ces fondations d’un monde en devenir… ». Ici, l’auteur commente les effets négatifs d’un exode rural débridé : « Ici, comme partout ailleurs, répondre à l’appel des métropoles est une réelle tentation. Pourtant, ces villes finissent souvent par gâter des vies. Sommées de produire et de consommer, commandées par les impératifs d’une course folle à la modernité, écrasées par les diktats d’une compétition effrénée, les grandes villes ouest-africaines sont des nœuds d’excitation, de tension, d’anonymisation » (p 27). Cependant, un autre phénomène plus redoutable encore pour la vie rurale est intervenu dans la même période. Ce fut un changement de climat. « Le climat s’est emballé. Les vents chauds soufflés du désert se sont faits plus opaques et de sinueuses bourrasques ont pris de court les habitants du territoire. Les volées de sable ont grignoté les végétaux et attaqué les animaux. Les arbres ont disparu, les cultures se sont asséchées… » (p 27). Le village a été lui aussi emporté par le choc climatique. « La grande sécheresse de 1980 a vidé le village de l’intégralité ou presque de sa population. Plusieurs années durant, les forges n’ont plus ronflé, les marchands n’ont plus négocié, les agriculteurs n’ont plus célébré les moissons, et les bruits si typiques des ambiances africaines se sont tus… Le village a été mis sous cloche comme si sa mélodie avait été subitement interrompue… » (p 28)
Face à ce cataclysme, un homme a résisté. « Contre toute attente, un homme est néanmoins allé à contre-sens. Au lieu de suivre les familles en partance pour la ville, Yacouba Sawadogo a choisi une autre voie. Il s’est dirigé vers les champs brûlés. D’une persévérance sans faille, il a tout essayé, n’a pas abandonné… Il avait alors trente ans et il a réussi le prodige de tenir, de vivre seul et isolé » (p 28). Damien Deville nous montre comment il a trouvé la force nécessaire dans son éducation et un tissu de relations auprès desquelles il a pu trouver encouragement et conseil.
Comment le paysan Yacouba a inventé une nouvelle pratique de culture et fondé une forêt
Yacouba a donc choisi de rester. « Au lieu de partir lui aussi s’installer dans la capitale, il ferma sa boutique et utilisa ses économies pour financer du matériel agricole. Il retourna la terre, s’épuisa à la tâche pour tenter de donner aux plantes une dernière chance. Jour après jour, il commença de creuser sans se décourager… Il démarra classiquement par un champ de sorgho et quelques légumes. Très vite, cependant, il vit que ses efforts resteraient vains, qu’il ne récolterait que désillusions du temps passé aux champs ». (p 55).
Yacouba s’est alors décidé à demander conseil. Il a rendu « visite aux ainés, glanant dans leurs mots des sagesses ancestrales, des techniques qui avaient jadis fait leurs preuves… Il alla voir quelques paysans qui n’avaient pas encore tout abandonné… enfin, il se tourna vers les cheikhs pour recueillir leurs préceptes. Et c’est lors d’une conversation avec un cheikh qu’il trouva la solution et traça une nouvelle voie pour son village » (p 55).
En effet, celui-ci lui rappela un conte qui, en énonçant les vertus de la forêt, ouvrait une grande perspective désignant un chemin que Yacouba allait emprunter. « Le conte se transmet sur plusieurs générations dans les savanes du Burkina Faso. Faisant référence à des temps oubliés, il est porteur d’une éthique et d’une parole qui permettent à chacun de s’ouvrir au milieu qui l’entoure. La parole est ici toujours chargée de représentations et de poésie qu’il faut savoir décrypter pour comprendre les messages véhiculés ». Le cheikh relata longuement ce conte : « Dans des temps anciens, les arbres peuplaient des étendues infinies et savaient marcher sur la terre. De temps à autre, ils se retrouvaient en grande assemblée et ils parlaient le vieux langage. Une nouvelle arrivée sur la terre, avait motivé une assemblée exceptionnelle. Les premiers bébés humains naissaient et les arbres se proposaient de devenir leurs parrains et marraines » (p 56). Alors chaque arbre énonça les cadeaux qu’ils pouvaient apporter aux humains. « Cette histoire du cheikh berça Yacouba. Il sut l’entendre par-delà les simples mots. Il sut cueillir l’invitation dont elle était la messagère. Les arbres sont source de qualité et de résilience pour les sociétés humaines. Car, vivre sans relations, sans racines, conditionne souvent la mort de l’être et les ténèbres de l’âme… Face au mal qui rongeait le village, Yacouba a eu l’instinct de s’allier aux arbres pour combattre les calamités et ouvrir une nouvelle perspective commune » (p 59).
« Tout n’était pourtant pas gagné d’avance. Planter un arbre est une affaire complexe… Planter un arbre exige de creuser profondément, également beaucoup d’eau lors des premiers mois de croissance dans un milieu où elle est déjà si rare et si précieuse… Il faut une indéfectible patience, être convaincu que les arbres pousseront envers et contre tout… Pour faire face à tous ces enjeux, Yacouba dut revoir ses pratiques.
Ecoutant de nouveau la voix des ancêtres, il fit renaitre une technique depuis longtemps abandonnée, néanmoins connue des vieux paysans du Sahel : le zaÏ. Cette pratique consiste à creuser manuellement des trous pour y collecter de l’eau et des matières organiques. C’est une tâche méticuleuses grâce à laquelle le sol peut retrouver sa fertilité… ». L’auteur explique les opérations qui sont réalisées durant la saison sèche, un peu d’eau étant versée dans le trou avant les pluies. Cette eau fut l’objet de jalousies. « Il fut pris pour un fou. Planter au moment de la saison sèche allait à l’encontre des manières de faire… ».
« Parmi tous les obstacles qui lui barrait la route, la question de l’eau demeurait centrale… surpris par un violent orage alors qu’il travaillait dans la forêt, Yacouba se rendit compte que, lorsque des pluies diluviennes frappent le sol, l’eau suit des itinéraires escarpés et insoupçonnés… Le vieux paysan n’eut de cesse d’étudier cette course et de tenter de la domestiquer… Il apprit à en tirer profit. Il décida de creuser les poquets propres à la technique du zaÏ, à l’exact endroit où l’eau fraye son écoulement… Modifier les lieux de plantation fut couronné de succès. La grande majorité des arbres franchissent dorénavant le cap de leurs jeunes années… » (p 63).
Quelques mois plus tard, Yacouba découvrit au Mali une technique lui permettant d’assurer davantage encore la survie de ses arbres… « C’est chez les Dogons, ce peuple charismatique, que de nouvelles réponses lui sont apparues… Les paysans Dogons ont eu l’ingéniosité de fabriquer des cordons pierreux… Ils ont construit de petits murets qui forment des barrages contraignant l’eau à ralentir sa course ; une quantité modérée peut ainsi s’infiltrer dans le sol et contribuer à sa fertilité » (p 64). Ce fut un travail demandant beaucoup de patience et de minutie.
Cependant l’auteur ajoute encore une autre initiative : la reconnaissance par Yacouba de l’apport des termites. « Les voir s’installer dans une forêt naissante est un merveilleux présage. Les modèles agricoles post-industriels ont toujours prôné la simplification. Pourtant, c’est par la diversités des petits êtres qui habitent les sols que l’agriculture peut être pérennisée. Au Sahel, les termites sont la condition même de la régénération des sols (p 65).
Au vu de tous ces mouvements, Damien Deville peut faire l’éloge de l’écosystème qui est ainsi apparu. « La forêt de Yacouba forme à présent un système complexe où chaque acteur est le maillon essentiel d’une chaine vertueuse, pleine de vie et de poésie… Les arbres, au fil de leur croissance, stockent l’humidité… et s’élèvent contre les vents chauds en provenance du Sahara. Un microclimat qui agit comme un phare puisque les oiseaux et d’autres animaux sont revenus… » (p 66-67). De plus, l’attirance par la forêt profite aux cultures des terre voisines.
Les efforts de Yacouba ont donc payé. Sa persévérance et son dévouement ont offert un havre de nature et une oasis agricole au village de Gourga. Ce sont désormais 40 hectares feuillus qui se dressent là. Damien Deville voit en Yacouba un ‘paysan chercheur’. « Il n’a pas fait d’études, mais sa curiosité et son opiniâtreté l’ont rempli de connaissances et de mérite. Aujourd’hui il est devenu ce que sa société nomme un sage qui incarne une somme de labeur et une certaine philosophie. Son travail est reconnu au point qu’il dispense ses enseignements… » (p 67-68).
Soigner la terre et les cœurs
Les bienfaits de la forêt s’étendent au-delà de ce qui est communément reconnu. C’est ainsi que Damien Deville en a découvert l’aspect thérapeutique : « La forêt de Yacouba ne soigne pas que la terre, elle réussit également l’exploit de soigner les hommes et les femmes… Chaque plante distille des vertus susceptibles de soulager une crampe, un mal de tête, des brûlures d’estomac, une lésion de peau… ». Ces ressources sont d’autant plus précieuses dans les campagnes africaines que la médecine en est encore éloignée. Il y a là une carence fortement ressentie. « Yacouba, à son échelle, a souhaité colmater la brèche. Chaque semence qu’il a plantée, a été choisie pour sa capacité à soigner un corps, à réparer un cœur… Pour réunir les meilleurs remèdes, Yacouba est retourné sur les routes, et là encore, c’est auprès des détenteurs de savoirs ancestraux qu’il a trouvé la plus belle des bibliothèques. Le petit bois, les feuilles des grands arbres, les racines, délicatement coupées, sont bouillis dans de l’eau et préviennent ainsi les maux les plus anodins comme les maladies graves de la région. Ces connaissances, qui se transmettent autant dans les lignées familiales que lors des rassemblements villageois, font de nécessité vertu. Parsemée de plus de quatre-vingt-dix essences médicinales différentes, la forêt de Yacouba offre de puissantes défenses aux corps douloureux. Yacouba les connait toutes sur le bout des doigts et sait les recommander avec précision en fonction des affections de chacun. Grâce à ses compétences et à sa pertinence, il a même réussi à décrocher le certificat de ‘soigneur traditionnel’, un métier qui, pour nous, hisse celui qui l’exerce au rang de légende » (p 93).
Il y a là un phénomène novateur qui prend de l’extension. « Par la relation aux arbres qui soignent, c’est toute la société burkinabé qui se réinvente. Récemment, des médicaments à destination du monde entier ont été élaborés d’après les connaissances des tradipraticiens et des villages désormais rémunérés vivent dignement de leurs pratiques médicinales… » (p 96).
À une époque où nous sommes confrontés au dérèglement climatique, ce récit est précieux, car il nous montre le potentiel d’une action humaine lorsqu’elle s’exerce avec courage et intelligence. Cependant, il nous introduit également dans un contexte original. L’auteur, Damien Deville, connait intimement l’Afrique et, avec une grande sensibilité, en Yacouba Sawadogo, il nous dresse le portrait d’une personnalité exceptionnelle.
« Yacouba Sawadogo est le pionnier d’un monde qui advient. Toute sa vie, il a planté des arbres, renouvelant les techniques ancestrales de tout un pays. Il a ravivé la cohésion sociale là où l’environnement est instable et où les conséquences du réchauffement climatique violentent à l’avenant les corps et les esprits. Dans ce village aux portes du Sahara, planter un arbre n’est pas seulement un geste écologique, c’est un acte qui puise dans les héritages de plusieurs générations. Yacouba s’est souvenu des paroles des Sawadogo, les talentueux paysans de sa lignée familiale… Il s’est souvenu également des paroles de l’islam qui l’ont formé quand il était entant. Yacouba a enfin écouté la voix du sacré, celle qui, dans sa religion animiste considère chaque être vivant comme un supplément d’âme qui contribue à dessiner un chemin commun… D’une technique agricole réinventée, qui fera sa marque de fabrique, à une vision globale du continent, Yacouba a construit un pont entre les peuples, et, j’en suis maintenant persuadé, un pont entre les continents. Car, de ce petit bout de terre qu’il a fait sien, Yacouba a su mettre en acte un universel : les arbres savent soigner les humains, les arbres savent soigner les territoires » (p 11-12).
Ce texte, qui résonne comme un hymne, provient d’un géographe et anthropologue de la nature dont il nous est dit qu’il « cultive une pensée qui cherche à dynamiter l’individualisme et l’anthropocentrisme en repensant le lien à l’autre ». Effectivement, c’est bien, sur différents registres, la relation qui est mise en valeur dans ce livre. Et, à partir de l’exemple de Yacouba, Damien Deville nous invite à l’espérance.
Aujourd’hui, nous savons que la terre est menacée. C’est le changement climatique et le recul de la biodiversité. Et nous, nous prenons conscience de tout ce que nous recevons de la nature, une symbiose elle aussi en danger. En regard, à travers de multiples organisations, un puissant mouvement écologique est apparu. Les états entrent peu à peu dans cette mobilisation pour ce qu’on peut appeler la sauvegarde de l’humanité. Nous sommes tous concernés. C’est un appel pressant à changer de genre de vie. L’agriculture est particulièrement concernée. Au cours des dernières décennies, elle a été entrainée dans une escalade productiviste en rupture avec une relation équilibrée et durable avec l’environnement naturel. En regard, on a pu observer un engagement militant dans une manière nouvelle de vivre et de cultiver la terre. Cette approche est illustrée notamment par la grande figure de Pierre Rabhi. On assiste par ailleurs à l’invention de nouvelles pratiques qui allient efficacité accrue et respect de la nature. C’est un lieu d’innovation, c’est un front pionnier qui attire de nouveaux acteurs à la recherche d’une vie plus proche de la nature.
Ce courant est porteur d’espérance et il nous a par utile d’en faire mention sur ce blog. Nous avons déjà décrit l’apparition et le développement des « Incroyables comestibles » en France (1). Un ami engagé dans un « Jardin de Cocagne » (2), nous a récemment fait connaître cette belle innovation. Aujourd’hui, nous découvrons une nouvelle manière de cultiver la terre en harmonie avec l’environnement naturel. Ces initiatives innovantes sont « des fermes d’avenir ». Elles apparaissent et se développent dans des formes diverses selon la personnalité des intervenants et les caractéristiques de l’environnement.
La ferme biologique du Bec Hellouin
En naviguant sur le web, une expérience s’impose, celle de la ferme biologique du Bec Hellouin en Normandie. Cette réalisation est le fruit d’un itinéraire singulier. Au début des années 2000, Perrine etCharles Hervé-Gruyer s’installent en ce lieu avec le désir d’y vivre une vie de famille. Au départ, pour assurer leur subsistance alimentaire, ils s’engagent progressivement dans une aventure agricole, découvrent en 2008 la permaculture et, à partir de là, développent une microagriculture intensive en s’inspirant à la fois de pratiques ancestrales et de recherches innovantes .
Aujourd’hui, « la ferme biologique du Bec Hellouin est une ferme expérimentale fonctionnant selon les principes de la permaculture… Nous mettons en pratique un ensemble de solutions inspirées du fonctionnement des écosystèmes naturels, qui permettent de produire en abondance des fruits et des légumes sains : cultiver en buttes, agroforesterie, cultures associées, traction animale… La production maraichère de la ferme est plusieurs fois supérieure à la moyenne nationale par unité de surface, pratiquement sans recours aux énergies fossiles… L’herbage, situé en zone protégée Nature 2000, où nous avons créé les jardins, est devenue une oasis de vie où se côtoient un grand nombre d’espèces végétales et animales : 800 végétaux différents environ sont cultivés sur la ferme. Les deux iles-jardins, le jardin mandala, les mares, la foret nourricière, les vergers forment un agro-écosystème hautement productif et durable » .
Depuis fin 2011, la ferme du Bec Hellouin est engagée dans un programme de recherche avec l’INRA (Institut national de recherche agronomique) et AgroParis Tech. Elle met en oeuvre également un programme de formation. (3) Il y a là une belle dynamique que Perrine et Charles Hervé-Gruyer nous communiquent dans une vidéo (4).
Une approche holistique : la permaculture
Cette entreprise innovante s’inspire d’une vision évoquée par le terme de permaculture. Différentes définitions ont été proposées pour décrire cette approche. Nous reprenons ici la présentation qu’en donne Perrine et Charles Hervé-Gruyer, eux-mêmes auteurs d’un livre sur la permaculture.
« Créée dans les années 90 en Australie par Bill Molisson et David Holmgren, la permaculture est un système conceptuel inspiré du fonctionnement de la nature. Depuis des centaines de millions d’années, la nature crée des écosystèmes harmonieux et durables, qui génèrent eux-mêmes les conditions favorables au développement de formes de vie plus évoluées. Permaculture signifiait, à l’origine, agriculture permanente, puis le concept s’est élargi pour devenir culture permanente dans le sens de durable.
L’être humain, particulièrement en Occident, durant les derniers siècles, artificialise les écosystèmes et s’impose de ce fait l’obligation de devoir compenser par son travail et par des entrants les fonctions remplies naturellement par le vivant… La permaculture cherche à concevoir des installations harmonieuses, durables, résilientes, économes en travail comme en énergie, à l’instar des systèmes naturels. Son concept de design repose sur un principe essentiel : positionner au mieux chaque élément de manière à ce qu’il puisse agir positivement avec les autres…
La permaculture repose sur trois principes : prendre soin de la terre, prendre soin des hommes, partager équitablement les ressources. La permaculture a un objet large : elle intègre l’agro-écologie, la construction écologique, les énergies renouvelables… dans une vision pragmatique et souple pouvant être adaptée à chaque territoire, aux besoins et aux aspirations de chaque personne ou communauté.
A la ferme du Bec Hellouin, nous étudions particulièrement les adaptations de la permaculture à l’agriculture biologique. Contrairement à une idée trop répandue, la permaculture n’est pas un ensemble de techniques de jardinage, mais bien un système conceptuel. Ces applications sont toutefois particulièrement pertinentes dans le domaine de la production agricole. La permaculture permet de concevoir des agro-systèmes tout à la fois harmonieux, durables, économes et productifs ».
Fermes d’avenir
On constate aujourd’hui que la vision éthique d’une activité humaine en phase avec la nature inspire beaucoup de gens et suscite un attrait pour de nouvelles formes de travail agricole. Dans un monde troublé, on peut y voir un désir d’enracinement. Ainsi, de nouvelles initiatives apparaissent comme celle des « fermes d’avenir.
Une association s’est créée pour favoriser le développement de ces fermes (5). Quelle est la vision de cette association ?
« Nous souhaitons donner au plus grand nombre l’envie et les moyens de lancer leur propre projet agricole, écologique et rentable. Notre démarche touchera en particulier les agriculteurs souhaitant effectuer leur transition, les citadins souhaitant lancer une activité de maraichage et les propriétaires fonciers soucieux de valoriser une partie de leurs terres… L’objectif primordial est de montrer qu’il est possible, sur un hectare, de créer un emploi pérenne de maraichage biologique…Dans un premier temps, notre défi est donc de créer une microferme exemplaire en maraichage, s’inspirant de la permaculture et de l’ensemble des techniques efficaces de l’agro-écologie…L’association Fermes d’avenir s’est développée autour d’un projet fondateur : la création de la microferme expérimentale de la Bourdaisière (37). Mais, au demeurant, de nombreuses fermes partout en France sont engagées dans une démarche exemplaire respectant la terre, respectant les hommes et imprégnée d’une forte dimension éthique ».
Action pionnière : Maxime de Rostolan
Dans ce mouvement, les itinéraires des acteurs sont significatifs. C’est le cas pour Maxime de Rostolan, fondateur et dirigeant de l’association « Fermes d’avenir ». « Ingénieur chimiste de formation, Maxime de Rostolan, son diplôme en poche, s’intéresse au traitement de l’eau et s’engage alors dans un tour du monde afin de sensibiliser le public à cette question. A son retour dans l’hexagone, il se passionne pour la biomimétisme et crée l’association : « Biomecry France » qui encourage les entreprises à transformer leurs produits et métiers en s’inspirant de la nature. Il planche ensuite sur le financement participatif et lance « Blue Bees », une plateforme dédiée aux projets d’agriculture et d’écologie. Aujourd’hui, Maxime dirige « Fermes d’avenir ». Son nouveau défi : déployer un modèle agricole écologique et rentable à grande échelle ».
Maxime de Rostolan nous parle de son projet dans un exposé (vidéo) lors d’un colloque Ted X à Tours (6). « Depuis que j’ai vingt ans, j’essaie de trouver des solutions pour changer le monde… A force de chercher, j’ai découvert qu’il existe un partenaire de choix : le laboratoire du vivant ». Effectivement, on peut s’inspirer de la nature comme nous l’enseigne le biomimétisme. Maxime a pris conscience de l’impasse où se trouve aujourd’hui l’agriculture classique qui abuse de la mécanisation et des produits chimiques. « En 50 ans, on a divisé par 25, notre efficacité énergétique pour produire de l’alimentation ». Maxime se réfère lui aussi à la vision nouvelle ouverte par la permaculture. En 2010, il en découvre les potentialités à la ferme du Bec Hellouin.
Mais comment déployer ce type de ferme sur le territoire ? Les chercheurs de l’INRA sont intéressés par la possibilité de suivre une ferme de ce genre en phase d’installation. Maxime va donc se lancer dans l’innovation. Il se forme en conséquence et il s’engage dans le développement d’une ferme expérimentale de 1 ha 4, la ferme de la Bourdaisière à Montlouis sur Loire. Premier objectif : fournir les données correspondantes aux chercheurs de l’INRA. Deuxième objectif : créer une boite à outils qui permette à toute personne qui le souhaite de reproduire cette expérience. Troisième objectif : évaluer les services écosystémiques rendus par ce type d’agriculture : préserver la diversité, entretenir la qualité de l’eau, favoriser le paysage, créer une dynamique sur les territoires… ». Dans cet entretien en 2015, Maxime de Rostolan nous dit que depuis un an et demi, l’objectif a été tenu. « La nature est généreuse ! ». Et il a découvert un métier dans lequel il se trouve à l’aise.
Manifestement, les fermes d’avenir ouvrent une voie nouvelle en permettant à de nombreux acteurs de s’engager dans ce nouveau métier. « C’est une triste chose de songer que la nature parle et que l’homme n’écoute pas » a écrit Victor Hugo. Aujourd’hui, ce constat est battu en brèche. La permaculture témoigne d’une vision nouvelle qui est en train de se communiquer et de se répandre. De la ferme du Bec Hellouin à celle de la Bourdaisière, un puissant mouvement d’innovation apparaît et porte une nouvelle conception des rapports entre l’homme et la nature. C’est une nouvelle éthique.
J H
(1) « Incroyable, mais vrai ! Comment « Les incroyables comestibles » se sont développés en France » : https://vivreetesperer.com/?p=2177
(3) Le site de la ferme du Bec Hellouin ne présente pas seulement les activités de la ferme, mais aussi les principes de la permaculture et de l’agroécologie : http://www.fermedubec.com
(4) Histoire et présentation de la ferme du Bec Hellouin par les créateurs : Perrine et Charles Hervé-Gruyer. Cette vidéo montre concrètement les différents visages de la ferme et exprime l’inspiration de cette innovation : https://www.youtube.com/watch?v=5w3VqluGfGY
Une campagne du mouvement Colibris pour une (r)évolution intérieure.
Face aux dysfonctionnements de notre société, le mouvement Colibris, qui puise son inspiration tout particulièrement chez PierreRabhi, appelle ses membres à des voies alternatives de reconstruction. « Soyons le changement ! ». Et « si la plus importante révolution à mener était votre (r)évolution intérieure ! ». Le mouvement Colibris vient donc de lancer une nouvelle campagne citoyenne dans ce sens. « Dans la continuité du travail réalisé autour des principaux leviers de la société : économie, agriculture, démocratie, énergie, Colibris souhaite passer un message fort et montrer que la vraie (r)évolution est celle qui nous amène à nous transformer nous mêmes pour transformer le monde » (1). Le mouvement Colibris a donc suscité une rencontre où une douzaine de participants ont apporté leur témoignage sur leur évolution intérieure. Ces messages ont été enregistrés sur de courtes vidéos que nous pouvons regarder avec respect et reconnaissance (2).
On trouvera parmi ces témoignages une intervention de Thomas d’Ansembourg. Sur ce blog, à deux reprises, nous avons fait connaître des vidéos de Thomas d’Ansembourg particulièrement éclairantes (3). Thomas sait nous parler de son expérience de vie et des clés de compréhension et de transformation dont il fait usage en psychothérapie. On trouvera ces mêmes qualités dans la vidéo que nous présentons ici, et qui, en quelques minutes, nous ouvre un chemin (4).
L’itinéraire de Thomas d’Ansembourg est rappelé au préalable en ces termes : « Thomas d’Ansembourg a exercé la profession d’avocat. Parallèlement, il s’est engagé dans une association d’aide concrète aux jeunes qui connaissent des problèmes de délinquance, violence, prostitution et dépendances de toutes sortes. Par cette double approche juridique et sociale, il s’est impliqué dans la gestion des conflits et la recherche de sens. Dans le souhait de comprendre la difficulté d’être en général et particulièrement la violence, Thomas a entrepris une psychothérapie. Il découvre alors la liberté de prendre du champ sur l’inconscient et mesure qu’il aurait pu passer sa vie, se croyant libre, alors qu’il était pris au piège de ses conditionnements éducatifs, habitudes de pensée et systèmes de croyances. Il décide de devenir psychothérapeute pour partager ces prises de conscience et accompagner d’autres personnes dans ces processus de cœur et de conscience. Il se forme à différentes approches et particulièrement à la méthode de communication non violente (CNV) avec son fondateur Marshall Rosenberg.
Quel est le message de cette vidéo ? Nous présentons ici quelques citations qui en sont extraites pour qu’elles nous accompagnent dans le chemin de réflexion ouvert par Thomas d’Ansembourg.
Evoquant son expérience d’avocat, Thomas d’Ansembourg évoque un manque de formation pour l’exercice de cette profession : « Nous éviterions bien des conflits si nous avions quelques clés de connaissance de soi, de compréhension des émotions, de capacité à mieux les gérer et les exprimer sans agresser, à exprimer ses besoins et à être à l’écoute des besoins des autres d’une façon ouverte et empathique et que cela faisait très clairement défaut dans nos éducations. Moi-même comme avocat, je n’ai pas reçu une clé d’écoute, pas une clé de compréhension de la mécanique relationnelle, pas une clé de gestion des émotions. J’étais éduqué pour faire des contrats, des plaidoiries, mais pas pour être à l’écoute d’un humain en difficulté ».
En s’orientant, parallèlement à son travail d’avocat, vers l’accompagnement de jeunes en difficultés, il s’est « vite rendu compte que quelques clés de connaissance de soi faciliteraient la vie collective : Apprendre à connaître ses émotions, à les démélanger les unes des autres, à identifier nos besoins, à leur donner des priorités, à ne pas les confondre avec nos envies, nos désirs qui sont changeants, multiples et dispersants, à être capables d’exprimer cela par des demandes tout en étant en empathie avec le besoin de l’autre dans la capacité d’écouter ce besoin même si il est différent, tolérer le désaccord et la différence et chercher ensemble des solutions négociées qui seraient satisfaisantes pour chacun ».
Thomas s’est alors engagé dans une psychothérapie. Il a senti « un pivotement intérieur » en prenant du champ sur l’inconscient : « J’aurais pu passer ma vie dans des enfermements » avec la prise de conscience que le mot : « enfer » peut s’appliquer à ceux-ci. Thomas d’Ansembourg est maintenant psychothérapeute depuis plus de vingt ans. Il encourage le développement d’une « intériorité citoyenne », une vie intérieure qui peut s’exprimer au service de la vie communautaire. « Je fais le lien avec ce que la plupart des spiritualités nous disent de façon concordante : si nous prenons du temps d’écoute intérieure, de discernement et d’entrer dans un puits de connaissance universelle qui est, semble-t-il, au cœur de chacun de nous, nous nous relions, nous appartenons ». « Et voilà, il m’est donc apparu qu’un citoyen pacifié devient un citoyen pacifiant (5). Il s’implique. Il laisse un sillage de bienveillance, de bienfaisance, de douceur, de générosité, de collaboration, de synergie. Il donne envie qu’on aille avec lui. En se sentant pacifié, il donne envie d’être pacifiant à notre tour ».
J’ai la conviction que cette vie intérieure peut se nourrir de multiples façons. Bien sûr, je recommande de porter régulièrement des moments de gratitude (6). Toutes les personnes qui pratiquent régulièrement des moments de gratitude sentent une énergie, une vitalité, une joie d’être au monde ». Cela ne vient pas nécessairement immédiatement, mais cela « ne manque pas de venir si on jardine cette vie intérieure avec suffisamment de bienveillance et d’attention ».
Dans ce travail, je propose également un exercice, c’est de se poser cette simple petite question que l’on pose autour de soi une dizaine de fois par jour : Comment cela va ? Comment te sens-tu ? Se poser à soi cette question : Comment vas-tu ? Comment te sens-tu ? Qu’est-ce qui est heureux dans ton cœur ? Célébrer ce qui va bien. Commencer par ce qui va bien. Il y a des chose qui vont bien même si nos vies sont tragiques ». Repérons ce qui correspond à nos aspirations profondes et qui nous procurent du contentement. Quand ces aspirations sont nourries en moi, je vais bien. « Je tend donc vers cela. Si ce qui me correspond, c’est « le partage, l’écoute et la sincérité », je vais chercher à créer ces conditions. « Ainsi nous apprenons à nous centrer. Il y a les choses joyeuses qui vont bien dans mon cœur. Je les honore, les célèbre et j’oriente ma vie dans ce sens. Et puis il y a les choses moins joyeuses, plus difficiles, plus éprouvantes. Je les accueille, je les écoute et j’essaie de les comprendre. Petit à petit, j’oriente ma vie pour ne plus retomber dans les circonstances dont je sais par expérience qu’elles ne m’apportent pas de bien-être. Et ainsi, je récupère les manettes de mon existence.
Qu’est ce qui arrive à la plupart de nos contemporains ? Ils n’ont pas les manettes pour orienter leur vie. Or ce n’est pas compliqué. Cela demande juste un peu de jardinage intérieur ».
Ce message est porteur car il se développe à partir d’une expérience et il s’exprime sur un ton qui suscite la sympathie. Il aide à mieux interpréter nos situations de vie et à y faire face. Il nous encourage. Un changement est possible. Oui, nous pouvons !
Bien sûr, dans ce court message, Thomas d’Ansembourg n’a pas le temps d’aborder des situations critiques ou d’entrer dans une réflexion approfondie sur la manière dont nous percevons le sens profond de nos existences, lequel a tant d’importance dans la dynamique de notre vie.
Il s’exprime cependant sur le rapport entre psychologie et spiritualité.
« Je fais le lien avec ce que la plupart des spiritualités nous disent de façon concordante. Si nous prenons un temps d’écoute intérieure, de discernement et d’entrer dans un puits de connaissance universelle qui est, semble-t-il, au cœur de chacun de nous, nous nous relions, nous appartenons ».
Cette conscience d’une relation, d’une appartenance à plus grand que soi, nous paraît essentielle. Et il en est de même du fil conducteur que nous pouvons suivre dans le monde. Sommes-nous inspirés par la sympathie et l’amour ? A certains moments et dans certaines conditions, certains milieux religieux ont pu être pollués par des représentations négatives. Mais aujourd’hui ce n’est pas le courant principal. Thomas d’Ansembourg évoque les bienfaits de la gratitude. A ce sujet, un remarquable article est paru dans Wikipedia. Free encyclopedia (anglophone) (6). « L’étude systématique de la gratitude à l’intérieur de la psychologie a commencé seulement autour des années 2000, peut-être parce ce que la psychologie traditionnellement se focalisait sur les situations de détresses… ». Des études récentes suggèrent que les gens reconnaissants sont aussi plus altruistes et vivent dans un état de bien être subjectif plus élevé. Cependant cet article met également l’accent sur la manière dont la gratitude et la reconnaissance sont au cœur des pratiques de vie chrétiennes et juives. « Dans le judaïsme, la gratitude est une part essentielle de l’acte d’adoration et de la vie du croyant. De même l’expression de la gratitude modèle et donne sa forme à la pratique de vie chrétienne ». Ainsi, sur des registres différents, l’expression de la gratitude est bien une démarche fondamentale. Elle éclaire la relation positive et débouche sur une harmonie.
Dans la gratitude comme dans la démarche de prendre soin de nous-même, il y a un mouvement commun qui est la bienveillance. Dans son livre : « Oser la bienveillance », Lytta Basset a mis en valeur cette dimension essentielle de notre existence : « Bienveillance humaine, bienveillance divine » (7).
Cette vidéo de Thomas d’Ansembourg nous invite à fréquenter ses autres enseignements et notamment les deux autres vidéos rapportées sur ce blog (3). Dans ce monde où nous pouvons être tenté par le pessimisme, l’agressivité ou le repli, cette vidéo contribue à la campagne du mouvement Colibris : « Faisons notre part ! Soyons le changement ! Engageons-nous dans une (r)évolution intérieure ». Thomas d’Ansembourg nous apporte un message tonique. Oui, cette évolution positive est possible. Il y a de l’espoir !
Sur ce blog, un regard sur le mouvement Colibris : « une jeunesse engagée pour une société plus humaine et plus durable » : https://vivreetesperer.com/?p=1780
(5) Dans son livre : « la guérison du monde», Frédéric Lenoir met en évidence le développement d’un courant spirituel qui allie intériorité et engagement collectif. Sur ce blog : « Un chemin de guérison pour l’humanité » : https://vivreetesperer.com/?p=1048
(7) Sur ce blog : Lytta Basset. « Oser la bienveillance ». « Bienveillance humaine. Bienveillance divine. Une harmonie qui se répand » : https://vivreetesperer.com/?p=1842