par jean | Fév 3, 2016 | ARTICLES, Expérience de vie et relation, Hstoires et projets de vie |
Une ressource spirituelle
Grâce à des recherches comme celles de Rebecca Nye (1), nous apprenons aujourd’hui à découvrir la spiritualité de l’enfant comme un univers original, original et merveilleux… Pour nous qui sommes devenus adultes, cette découverte nous invite à revisiter notre enfance comme une ressource qui peut nous éclairer et nous inspirer. C’est ce à quoi Rebecca Nye nous encourage lorsqu’elle écrit : « Nous avons vu que la spiritualité de l’enfant et celle de l’adulte ne sont pas complètement distinctes. Elles ont beaucoup en commun. Les enfants deviennent des adultes pour lesquels les expériences avec Dieu pendant l’enfance sont souvent très formatrices. Il serait précieux de vous interroger sur votre propre vie avec Dieu, celle que vous vivez aujourd’hui et celle que vous viviez étant enfant… Une des façons d’être à l’écoute de votre être et, en particulier de votre âme d’enfant est de faire l’inventaire de quelques moments marquants de votre enfance » (p 41).
Un moment d’enfance
Nous voici donc en train de nous remémorer un moment d’enfance. Dans cette enfance environnée par la guerre et finalement protégée, il y a eu bien des moments heureux. Cependant, dans la réévocation d’une histoire spirituelle, il y a un événement qui est toujours revenu à ma mémoire. C’est un moment où, dans le mouvement de ce qui était alors la « communion solennelle », sans doute au moment où on me prenait en photo, j’ai remis en pensée ma vie à Jésus. Mais quand je me remémore ce printemps 1942, il y a eu finalement une « période sensible » que je découvre comme une oasis à l’orée d’une adolescence inquiète. Mon père était médecin militaire. Fin 1941, on lui confie la direction de l’hôpital Bégin qui accueille des prisonniers de guerre rapatriés pour raison de santé. A Noël 1941, j’arrive donc avec ma mère habiter le grand appartement de fonction qui nous était destiné. Mon père était très bon. Ce fut une grande joie de le retrouver après la séparation de la guerre, puis de son poste à Chateauroux en « zone libre ». Enfant unique, j’étais aussi objet d’affection et d’attention pour mon père, et je me rappelle combien, dans ces mois là, j’ai cherché à l’initier à ma jeune culture, à mes lectures, à mes apprentissages scolaires. Je lui faisais partager mes découvertes avec mon intuition enfantine, source de bonheur pour l’un et pour l’autre. On avait finalement trouvé pour moi à Vincennes une petite école privée destinée à un public de filles, mais où on acceptait un petit groupe de garçons. Le climat était familial et j’en perçois rétrospectivement la douceur. L’hôpital se situait dans un grand parc où je me promenais librement. Dans les beaux jours lorsque des familles s’installaient sur la pelouse, j’aimais jouer avec les plus petits et participer à ce bonheur. Cependant, il me revient aussi la forte mémoire des rencontres que j’ai eu à cette période avec des prisonniers de guerre africains rapatriés pour raison de santé. Je les rencontrais au tournant d’une allée. J’allais vers eux, je leur manifestais ma sympathie, parfois en leur offrant des fleurs cueillis au bord du chemin. Spontanéité et empathie de l’enfance…
Au printemps 1942, il y eut donc cette communion solennelle dans une grande église bondée. Avec papa, j’avais été acheter à Saint Sulpice des images de Jésus, de Marie, de saints et j’en avais tapissé le mur de ma chambre. Et sur la cheminée de ma chambre, initiative quelque peu singulière, j’avais disposé un Ancien et un Nouveau Testament illustrés par des grands dessins peut-être de Gustave Doré. Tous les soirs, j’invitais mon père à venir prier. Je ne me rappelle pas ce qui se disait, mais c’était un vrai élan de foi. Cependant, le point d’orgue de tout ceci, c’est la paix qui m’a imprégné pendant ces quelques semaines alors que j’étais un enfant très peureux, vivant dans la crainte des bombardements. C’est un souvenir très prégnant d’autant que j’ai vécu ensuite à nouveau dans la peur de cette menace. Ce fut donc une oasis par rapport aux craintes et aux tourments qui allaient monter par la suite. Je me souvenais de ce mouvement de mon cœur où j’avais confié ma vie à Jésus… En revisitant cette période, je me rends compte qu’il y a eu là une « période sensible » où amour, confiance et foi se sont conjugués dans mon vécu, un moment de grâce. Et puis les nuages sont arrivés. Le paysage intérieur s’est brouillé. Des années difficiles ont suivi.
Enfance : nos racines
A la suite de l’invitation de Rebecca Nye dans son livre sur « la spiritualité de l’enfant », nous nous sommes donc engagés dans cette exploration de la mémoire en faisant le choix de ce moment d’enfance. Certes, nous avons chacun une relation différente avec les différentes étapes de notre vie. Et de telle ou telle période, on peut garder des souvenirs qui, pour les uns, ont besoin d’être guéris (2), et qui, pour les autres, nous porteront. Pour moi, si l’adolescence a été souffrante, je puis entrer dans la vision d’Antoine de Saint-Exupéry lorsqu’il écrit dans « Pilote de guerre » (1942) : « D’où suis-je ? Je suis de mon enfance comme d’un pays ». Cette dynamique nous paraît correspondre à l’émerveillement que suscite le livre de Rebecca Nye.
A travers les expériences positives qui transparaissent dans nos vies, sachons apprécier l’œuvre de l’Esprit, et, par delà, sa puissance de guérison et de transformation dans l’immédiat et dans la durée (4).
J H
(1) Nye (Rebecca). La spiritualité de l’enfant. Comprendre et accompagner. Empreinte Temps présent, 2015. Présentation sur le site de Témoins : http://www.temoins.com/index.php?option=com_content&view=article&id=1106:l’enfant-est-un-être-spirituel&catid=14:developpement-personnel&Itemid=84
Voir aussi sur ce blog : « L’enfant : un être spirituel » :
https://vivreetesperer.com/?p=340
(2) Lecomte (Jacques). Guérir de mon enfance. Odile Jacob, 2004
(3) Nous renvoyons ici à nouveau à la pensée théologique de Jûrgen Moltmann : Moltmann (Jürgen). De commencements en recommencements. Une dynamique d’espérance. Empreinte Temps présent, 2012. Sur ce blog : « Une dynamique de vie et d’espérance » : https://vivreetesperer.com/?p=572
Mise en perspective de la pensée théologique de Jürgen Moltmann sur le blog : « L’Esprit qui donne la vie » : http://www.lespritquidonnelavie.com
par jean | Mar 4, 2014 | ARTICLES, Société et culture en mouvement |
Gilles Babinet, un guide pour entrer dans ce nouveau monde.
En ce temps de crise, la France est atteinte par le pessimisme et une perte de confiance. On voit bien le mal, mais on peine à distinguer les changements qui commencent à ouvrir des voies nouvelles. Cependant, il y a bien des analyses qui nous permettent de nous orienter.
Parmi ceux qui nous apportent une meilleure compréhension de la situation actuelle, on compte un jeune entrepreneur, engagé dans la pratique du numérique, et, en fonction de son expérience, appelé à exercer un rôle dans la vie publique comme premier président du Conseil national du numérique, puis comme représentant de la France auprès de la Commission européenne pour les enjeux du numérique. Cette compétence a permis à Gilles Babinet de publier un livre : « L’ère numérique. Un nouvel âge pour l’humanité. Cinq mutations qui vont bouleverser notre vie » (1).
Cependant, cet ouvrage n’est pas seulement le fruit d’une expérience de terrain. Il témoigne d’une culture historique et économique à même de situer et d’interpréter les développements en cours à partir d’une collecte d’informations particulièrement significatives. L’auteur sait aussi nous entraîner dans la compréhension des nouveaux processus avec beaucoup de pédagogie. Ce livre peut éclairer à la fois les décideurs et les acteurs. Accessible à tous, il met à la disposition de chacun une synthèse dynamique qui permet de prendre conscience de la dimension et de la portée de la révolution numérique comme une mutation en voie de transformer radicalement l’économie et la société.
« Gilles Babinet démontre que nous sommes, bien qu’au paroxysme de la crise, à l’aube d’une révolution de l’innovation sans précédent, d’un changement de paradigme majeur pour l’humanité. Il identifie cinq domaines dont l’évolution en cours, intrinsèquement liée au numérique, va changer toute notre vie : la connaissance, l’éducation, la santé, la production, l’Etat. Pour chacun d’eux, il explique les enjeux des changements et en précise les contours, nous invitant à retrouver foi dans l’innovation et la raison, nos meilleures chances de rebond, et peut-être de salut » (page de couverture).
#
Evolution et croissance de la productivité.
Pour situer l’originalité et l’ampleur de la révolution numérique, l’auteur nous présente une rétrospective de l’évolution économique en mettant en évidence les aspects les plus significatifs. Ainsi consacre-t-il, à juste titre, un chapitre à l’étude de la productivité.
Pendant des siècles, celle-ci a stagné, mais depuis la première révolution industrielle au XVIIIè siècle, la productivité s’est accrue très rapidement. « On estime que, lors de la production d’une casserole, les gains de productivité se sont accrus de 150 à 500 fois entre le milieu du XVIIè siècle et l’époque actuelle » (p 43).
L’auteur retrace les grandes étapes de cette évolution. Ainsi, l’accès à l’énergie est un facteur important. La prospérité de l’Empire romain a dépendu d’une main d’œuvre asservie. « Avec la première révolution industrielle, on a trouvé un véritable substitut à la force de l’être humain en tant que source d’énergie. Ce substitut est le charbon ou, plus précisément, la houille utilisée pour alimenter la machine à vapeur, inventée en 1769 » (p 43). La seconde révolution industrielle est fondée sur l’électricité et le pétrole. Gilles Babinet nous rapporte l’épopée des inventions techniques qui se sont succédées pendant cette période.
Et, pour l’histoire récente, il évoque la période des « Trente Glorieuses », les années de croissance économique qui ont suivi la seconde guerre mondiale et ont été appelées ainsi par Jean Fourastié, un grand économiste, qui, lui-même, a mis en évidence l’importance de la productivité et analysé la progression du niveau de vie, débouchant sur une transformation du genre de vie. Cette période de prospérité s’est achevée en raison du renchérissement du prix du pétrole, une tendance de fond liée à l’accroissement de la demande et qui se révèle avec acuité en 1973 à l’occasion de la guerre du Kippour et l’augmentation du prix du baril par l’Opep. Les années qui ont suivi ont pu être dénommées les « Trente Piteuses », caractérisées notamment par l’apparition et la persistance du chômage.
Gilles Babinet analyse finement les causes de cette crise, qui ne tiennent pas uniquement au coût de l’énergie. Il met en évidence un recul des gains de productivité. Le développement de l’informatique à partir des années 70 n’a pas eu d’effets immédiatement visibles.
De fait, on constate par ailleurs que les innovations techniques ne produisent pas immédiatement leurs effets en terme d’amélioration de la productivité. Cependant, la révolution numérique actuelle est si puissante que son impact se manifeste plus rapidement. « Dès que nous sommes entrés dans l’ère de l’ordinateur personnel et que l’on a commencé à connecter tous ces ordinateurs entre eux, à peu près au milieu des années 1990, il a été possible d’observer un accroissement de la productivité et de la croissance américaine » (p 65).
Aujourd’hui, en 2011, « les gains de productivité observés sont au plus haut niveau connu aux Etats-Unis » (p 67).
Le monde entier est désormais engagé dans la révolution numérique. « Qu’il s’agisse de paysans travaillant dans les campagnes reculées de pays en voie de développement ou de chercheurs de sciences fondamentales, tous vont connaître dans les années qui viennent un bouleversement de leurs méthodes de travail… La révolution numérique n’est qu’à ses prémisses et le rythme des innovations va progressivement s’accélérer » (p 67).
Quel horizon pour l’économie et la société ?
Nous sommes au courant des menaces qui se dessinent aujourd’hui, parmi lesquelles celles qui ont rapport ave les équilibres naturels. Cependant, Gilles Babinet met en évidence les difficultés de la prévision. « La complexification croissante de l’information disponible diminue notre capacité de séparer le signal du bruit » (p 31). Tout doit être fait pour réduire les risques, mais l’accélération du changement ne devrait pas induire une peur irraisonnée de la catastrophe.
« La thèse défendue dans cet ouvrage est que la révolution digitale va représenter une rupture de paradigme majeur pour l’ensemble de l’humanité » (p 33). Mais, « si l’histoire rencontre parfois des scenarii de rupture aux conséquences catastrophiques (la première guerre mondiale ), elle présente plus souvent que l’on ne veut bien l’accepter des ruptures de paradigme positives : l’invention de l’électricité, du moteur à explosion, du téléphone, de la pénicilline, des antibiotiques » (p 33). L’accroissement de la durée de vie est redevable aux nouveaux médicaments, mais aussi à la diminution de la pénibilité du travail.
La révolution numérique n’est pas un changement parmi d’autres. Elle concerne tous les registres de l’activité humaine. Après l’invention de l’écriture, puis de l’imprimerie, elle transforme radicalement la communication de l’information, mais entraîne également de nouvelles formes de production et une nouvelle manière de vivre en société. En étudiant, dans cinq chapitres, l’impact de la révolution numérique sur la connaissance, l’éducation, la santé, l’industrialisation et la production, l’Etat, Gilles Babinet nous montre, à travers des exemples concrets, l’ampleur et la portée des changements en cours et à venir. En lisant ces chapitres, on découvre avec émerveillement un potentiel immense. Les risques ne doivent pas être négligés, mais il y a là un horizon fabuleux. L’auteur évoque les opportunités d’une « société de la connaissance » (p 217-133).
Questions pour aujourd’hui
A travers l’histoire, on sait combien la réalisation de certaines innovations a entraîné des souffrances pour ceux qui n’ont pu s’y adapter et y participer. Aujourd’hui, on voit aussi combien tous ceux qui n’ont pas les ressources nécessaires pour entrer dans les nouvelles pratiques sont menacés. Il y a donc un immense besoin de formation et d’accompagnement. Et, parallèlement, comme le souligne l’auteur, il est nécessaire de ménager des transitions. « La transition, la mue sera complexe et potentiellement très douloureuse dans certains secteurs. On ne peut pas, du jour au lendemain, changer la fonction publique ou l’outil productif et mettre en chômage des millions de gens. Et, à contrario, ne rien faire, c’est l’assurance d’un décrochage massif et le risque d’une sortie de l’histoire du progrès » (p 229).
C’est pourquoi Gilles Babinet propose des « régulations transitoires ». « Le principe de ces régulations serait d’offrir un délai raisonnable aux industries traditionnelles pour s’adapter au nouveau monde numérique, délai qui serait défini par avance » (p 230). A plus long terme, c’est toute l’organisation sociale qui est appelée à changer. « La raréfaction du travail, conséquence des gains de productivité, va nous imposer de repenser avec une grande radicalité notre modèle social… » (p 229).
Cependant, une autre question est posée : la France va-t-elle entrer dans cette transformation, sans une longue et coûteuse résistance ? « La France est un pays qui reste bloqué dans le modèle de la seconde révolution industrielle, initiée il y a cent trente ans. Une ère de cycle long, au cours duquel nos institutions, nos grands corps ont été particulièrement adaptés. La thèse de cet ouvrage est que cette ère a commencé à se refermer, il y a près de quarante ans, avec la fin du plein emploi et le début de la crise énergétique. Une autre ère s’ouvre, qui n’a que peu à voir, en terme de codes, avec celle que nous quittons » (p 23).
Pour aller de l’avant, une impulsion politique est nécessaire. Mais, on se heurte ici à l’héritage d’un passé séculaire : un pouvoir centralisé, une société hiérarchisée (2). « La France est un pays jacobin, centralisé et les institutions de la République n’en sont pas moins néo-monarchistes. L’idée que la société civile puisse être, à l’instar de ce que l’on observe dans les pays scandinaves, largement associée à la marche de l’Etat, semble avoir du mal à faire son chemin » (p 22-23)
Gilles Babinet, un guide pour entrer dans un nouveau monde.
Au début de son livre, Gilles Babinet nous raconte comment il a été appelé à devenir président du Conseil national du numérique et comment il a été alors confronté aux pesanteurs des institutions. On peut y voir un conflit entre une culture de l’authenticité et une culture du formalisme, une culture de la créativité et des formes répétitives. De plus, « D’une façon générale, l’ensemble du corps institutionnel n’a qu’une très faible idée de ce qui peut être fait avec le numérique » (p 23). Voilà une des raisons qui a incité Gilles Babinet à écrire ce livre : « Faire comprendre à l’ensemble de ce corps, mais aussi à autant de décideurs que possible, que nous ne sommes pas condamnés au déclin, voire à l’effondrement » (p 22).
Nous recommandons tout particulièrement au lecteur les chapitres thématiques qui, à travers des études de cas et des histoires de vie, montrent une imagination créatrice à l’œuvre avec un impact considérable. Sur ce blog, nous avons évoqué la manière dont la révolution numérique permettait de mettre en œuvre une nouvelle manière d’enseigner, une nouvelle éducation (3). Nous rejoignons le mouvement décrit dans le chapitre sur l’éducation (4).
Dans sa globalité, ce livre nous apparaît comme un guide qui nous permet de comprendre les changements en cours et d’entrer dans une nouvelle dimension. Ainsi, face à la crise actuelle, nous voyons mieux les chemins pour en sortir. A cet égard, nous avions déjà trouvé un éclairage stimulant dans le livre de Jérémie Rifkin sur « La Troisième Révolution Industrielle » (5). Les angles d’approche de ces deux ouvrages sont différents, mais ils nous paraissent complémentaires. Et ils se rejoignent sur certains points, par exemple dans l’évocation de la raréfaction à terme du travail et l’avènement d’un nouveau modèle de société.
Il y a quelques mois, nous avons découvert et lu avec enthousiasme le livre de Anne-Sophie Novel et de Stéphane Riot : « Vive la co-révolution. Pour une société collaborative ». (6). A partir de la présentation de très nombreuses innovations qui sont fondées sur la mise en oeuvre de la collaboration et du partage sur le web, les deux auteurs peuvent écrire : « La bonne nouvelle, c’est que le temps est venu : la révolution à laquelle nous croyons est une révolution du cœur. Une révolution de l’ « être ensemble » qui peut rendre hommage à la société conviviale imaginée dans les années 70 par le père de la pensée écologiste : Ivan Illich ». Ces deux auteurs mettent ainsi un accent sur les valeurs qui irriguent ce courant nouveau en rapide progression. Cependant, le champ couvert par Gilles Babinet est beaucoup plus vaste, et dans ce cas, la réalité est plus complexe, plus contradictoire, plus diversifiée. Et pourtant, Gilles Babinet, lui aussi, à partir de la présentation d’études de cas (7), peut écrire : « D’une façon générale, la collaboration est devenue consubstantielle de l’internet. Elle s’y trouve au cœur » (p 85). Pour notre part, nous réjouissant de la réalité de ce mouvement, nous pouvons l’interpréter dans les termes de la pensée d’un théologien : Jürgen Moltmann : « L’ « essence » de la création dans l’Esprit est la « collaboration », et les structures manifestent la présence de l’Esprit dans la mesure où elles font connaître l’accord général ». « Au commencement était la relation (M Buber) » (8).
Gille Babinet termine son livre par des remerciements. On peut lire en premier : « Je voudrais remercier avant tout Jimmy Wales, le fondateur de Wikipedia. Sans lui, ce livre n’aurait peut-être pas vu le jour, tant les sources, presqu’illimitées, qu’il m’a procurées via sa plateforme, ont été précieuses. (p 235). Ainsi, cette étude sur la révolution numérique s’inscrit, elle-même, dans la transformation de nos modes de travail. Et elle participe à une intelligence collective à laquelle nous sommes convié. Gilles Babinet nous ouvre un nouvel horizon.
J H
(1) Babinet (Gilles). L’ère numérique. Un nouvel âge de l’humanité. Cinq mutations qui vont bouleverser notre vie. Le Passeur, 2014
(2) Voir : Algan (Yann), Cahuc (Pierre), Zylberberg (André). La fabrique de la défiance. Grasset, 2015. Présentation sur ce blog : « Promouvoir la confiance dans une société de défiance. Transformer les mentalités et les institutions. Réformer le système scolaire. Les pistes ouvertes par Yann Algan » https://vivreetesperer.com/?p=1306 Comment internet ébranle les structures hiuérarchiques : Clay (Shirky). Here comes everybody. The power of organising without organisation.Allen Lane, 2008. Sur le site de Témoins : « Le pouvoir d’organiser sans organisation. Les structures hiérarchiques en question » http://www.temoins.com/publications/le-pouvoir-d-organiser-sans-organisation.-les-structures-hierarchiques-en-question./toutes-les-pages.html
(3) Voir le livre de Michel Serres : Serres (Michel). Petite poucette. Le Pommier, 2012 (Manifestes). Présentation sur ce blog : « Une nouvelle manière d’être et de connaître » https://vivreetesperer.com/?p=820 Sur ce blog : « Une révolution en éducation. L’impact d’internet pour un nouveau paradigme en éducation » https://vivreetesperer.com/?p=1565
(4) Le modèle de l’enseignement français correspond à l’ère industrielle aujourd’hui dépassée. Aujourd’hui, dans le mouvement de la révolution numérique, des innovations surgissent dans le monde et montrent une nouvelle voie. Gilles Babinet nous présente des études de cas particulièrement impressionnantes. En 2011, Sebastian Thrun, jusque là professeur à Stanford, crée : Udacity, y met en ligne un cours sur l’intelligence artificielle auquel 135 000 étudiants s’inscrivent, alors que le même enseignement était suivi par 200 étudiants à Stanford. Salman Khan, ayant aidé sa nièce à apprendre les mathématiques à travers des vidéos, constate que, mises en ligne sur You tube, ces vidéos sont consultées chaque jour par milliers. Il crée un organisme d’enseignement : la « Khan academy » qui diffuse aujourd’hui près de 5 000 vidéos (pour beaucoup, traduites en plusieurs langues). « Le plus frappant reste sans doute les commentaires qui accompagnent la plupart des vidéos. On y trouve d’innombrables histoires d’élèves qui s’estimaient incapables et qui ont retrouvé espoir grâce à ces vidéos ». Un chercheur indien en informatique, Sugatra Mitra lance en 1999 une expérimentation dans la banlieue sud de Delhi. Il met un ordinateur et un clavier connectés à internet à la disposition d’enfants de rue et d’eux seuls. Neuf mois après, il constate avec stupéfaction que ces enfants ont appris l’anglais. C’est la réussite d’une éducation informelle. Gilles Babinet évoque le fait que de nombreux entrepreneurs de l’économie de la connaissance aux Etats-Unis ont fait un passage dans des écoles de type Montessori qui privilégie l’éveil plutôt que le taux de réussite aux examens. « Un enseignement qui vient d’en haut » n’est plus reçu et Gilles Babinet dessine une « deuxième révolution éducative ».
(5) Rifkin (Jérémie). La Troisième révolution industrielle. Comment le pouvoir latéral va transformer l’énergie, l’économie et le monde. LLL Les liens qui libèrent, 2012. Présentation sur ce blog : « Face à la crise, un avenir pour l’humanité. La troisième révolution industrielle » https://vivreetesperer.com/?p=354
(6) Novel (Anne-Marie), Riot (Stéphane).Vive la Co-révolution ! Pour une société collaborative. Alternatives, 2012 (Manifeste). Présentation sur ce blog : « Une révolution de « l’être ensemble ». La société collaborative : un nouveau mode de vie ». https://vivreetesperer.com/?p=1394
(7) A partir de nombreux exemples, Gilles Babinet nous montre un développement de la coopération. Dans les pays en voie de développement, les changements introduits par le téléphone mobile sont spectaculaires. Les télécommunications rendent de multiples services. « Aujourd’hui, pour quatre milliards d’êtres humains, les smartphones représentent un moyen d’accès à internet. Leur vie en est changée… Il s’agit d’une révolution qui, en ce qui concerne l’accès à la connaissance, ne ressemble à rien de comparable dans toute l’histoire de l’humanité ». Ces possibilités nouvelles de communication renforcent le lien social. Dans son chapitre sur la connaissance, Gilles Babinet présente aussi les multiples innovations qui entraînent un développement de la collaboration : « Connaissance collective, crowd et cocréation. Crowd et gain d’opportunité dans le monde de la finance. Data et big data… ». Dans son chapitre sur l’industrialisation, en regard du développement de robots concentrés dans des usines où les hommes sont de moins en moins nombreux, Gilles Babinet décrit le développement des « fablabs » (laboratoires de fabrication) qui permettent de « distribuer massivement les moyens de conception, mais aussi de production et de les rendre accessibles à tous ». Là aussi, la logique est celle de la collaboration.
(8) Moltmann (Jürgen). Dieu dans la création. Traité écologique de la création. Cerf, 1988 (citation p 25). La pensée théologique de Jürgen Moltmann est présentée sur le blog : « L’Esprit qui donne la vie » http://www.lespritquidonnelavie.com/
par jean | Avr 16, 2014 | ARTICLES, Expérience de vie et relation, Vision et sens |
#
Lytta Basset : Oser la bienveillance
#
Nous avons en mémoire ou dans notre vécu immédiat, la présence d’une personne bienveillante. Et quand nous y pensons, nous ressentons paix et joie. Cette présence transforme notre perception des situations. Ainsi, lors d’un enterrement, j’ai souvenir d’un prêtre âgé qui accueillant chacun avec bonté, dans une conversation toute simple, a suscité un ressenti positif de la célébration. Je me rappelle une directrice de mon institut qui savait reconnaître et encourager le travail de chacun par des petits mots à l’occasion de telle ou telle production. Respectée par tous, elle facilitait le développement d’un climat de collaboration. Et, en famille, j’ai tant reçu de la bienveillance d’êtres chers qui m’ont permis de vivre et de me transformer. La bienveillance peut également se manifester dans des figures publiques et elle entraîne alors une ouverture des coeurs au delà des barrières sociales et religieuses. La bienveillance est communicative. Elle se répand. Contrairement à ce que peuvent penser ceux qui, pour des raisons religieuses ou philosophiques, ont une vision très sombre de la nature humaine, elle est reconnue par un grand nombre de gens, car elle correspond à une attente de leurs cœurs. Dans l’Evangile, Jésus ne dit-il pas ? : « Que votre lumière luise devant les hommes afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Mat 5.16).
#
Lytta Basset : Oser la bienveillance
#
Une théologienne, Lytta Basset, vient de publier un livre : « Oser la bienveillance » (1). Il y a eu en effet dans la culture de la chrétienté, une représentation pervertie de la nature humaine dans la doctrine du péché originel. « Lytta Basset écrit la généalogie et l’impact de cette notion profondément nocive qui remonte à Saint Augustin et qui contredit les premiers Pères de l’Eglise. Elle montre comment ce pessimisme radical est totalement étranger à l’Evangile. Tout au contraire, les gestes et les paroles de Jésus nous appellent à développer un autre regard sur l’être humain, fondé sur la certitude que nous sommes bénis dès le départ et le resterons toujours. Appuyé sur le socle de cette bienveillance originelle, chacun de nous peut oser la bienveillance envers lui-même et envers autrui, et passer ainsi de la culpabilité à la responsabilité ». Le livre de Lytta Basset ouvre de nombreuses pistes de réflexion sur notre héritage religieux, sur le problème du mal, sur la culpabilité et le péché, et sur la réalité de la bienveillance. Dans cette contribution, nous évoquerons l’approche de Lytta Basset dans sa description de la bienveillance et dans son commentaire d’épisodes de la vie de Jésus dans lesquels la bienveillance s’exprime et se répand.
#
Lytta Basset : un chemin
#
Lytta Basset nous parle à partir de son histoire personnelle où elle a vécu, pendant des années, un enfermement : au départ, hantise de la question de la culpabilité, de la faute et du péché, et puis, à la suite d’« une violente irruption et invasion du mal jadis souffert », la préoccupation lancinante du mal commis ». « Autre préoccupation qui appartient à la préhistoire de ce livre : dans les déclarations publiques comme dans les accompagnements spirituels, je suis frappée par l’image négative que les gens ont d’eux-mêmes et des humains en général » (p 9). « Ma réflexion a donc eu pour point de départ mon propre malaise par rapport à la question du péché et à l’image désastreuse qu’elle nous avait donné de nous-mêmes » (p 9). « Nos contemporains ont un besoin brûlant d’être valorisés pour qui ils sont. Mais si la voix qu’ils entendent n’est pas celle d’un Dieu inconditionnellement bienveillant, faut-il s’en étonner ? J’ai trouvé utile de chercher du côté de ce qui, trop longtemps, a parasité la ligne. Je veux parler de ce dogme du péché originel qui, adopté au Vè siècle grâce à Saint Augustin, a « plombé » l’Occident de manière ininterrompue jusqu’au XXè siècle avec sa vision catastrophique de la nature humaine » (p 11) (2).
Il y a dans ce livre un parcours particulièrement utile pour engager un processus de libération par rapport à des représentations qui emprisonnent et détruisent. A partir de cette perspective, Lytta Basset propose ensuite une vision nouvelle fondée sur son expérience de la relation humaine et sur sa lecture de l’Evangile.
#
Ainsi Lytta Basset nous invite à examiner les paroles et les comportements de Jésus. « Avec cette personne, je peux être moi-même… elle me voit comme quelqu’un de précieux et se réjouis que j’existe… Tel était le regard de Jésus sur chaque personne qu’il rencontrait, adulte ou enfant. Un regard tout à fait insolite, en ce qui concerne les enfants. C’est à cela, entre autres, que je le vois incarner la Bienveillance. A rebours de la mentalité de son époque, il les bénissait et les présentait comme les êtres les plus proches de Dieu, ceux dont l’image divine est la plus perceptible à qui sait regarder » (p 313) (3). Et, à contre-courant de l’état d’esprit dominant, Jésus porte également « un regard inconditionnellement bienveillant sur l’adulte dysfonctionnant en rupture de relation, « pécheur » (p 316).
#
#
#
Vivre et reconnaître la bienveillance.
#
Mais comment Lytta Basset envisage-t-elle la bienveillance ? « Etre bien-veillant, c’est veiller sur quelqu’un dans une bonne intention, lui vouloir du bien sans lui imposer quoique ce soit ».
« Jamais une abstraction… la Bienveillance s’expérimente entre nous bien avant que nous en ayons conscience. Et sans avoir besoin que nous nous déclarions croyants. Elle se contente de nous pousser chaque jour à être attentifs à cette bienveillance que nous vivons de la part d’autrui et/ou à l’égard d’autrui » (p 317). De fait, lorsqu’elle parle de la Bienveillance avec un grand B, Lytta Basset y voit une manifestation de Dieu : « Je mets la majuscule quand je désire me laisser habiter et traverser par le regard du Tout-Autre. Sans m’imaginer que j’en suis l’initiatrice… Il me saute aux yeux qu’elle vient d’ailleurs en ces occasions où je ne l’attendais pas du tout : quand je m’entends et me perçoit bienveillante envers une personne qui m’avait contrariée, mise hors de moi, traitée en ennemie » (p 317-318). Dans les moments difficiles, « un bon entraînement est à notre portée : être attentif à la bienveillance qui circule entre les autres, y compris les inconnus, et dont nous sommes témoins tous les jours, dans la rue, le train, se réjouir de cette Bienveillance qui s’immisce dans nos relations incognito, suppléant inlassablement à nos carences individuelles… » (p 319)
#
La Bienveillance : Jésus dans les évangiles.
#
C’est ainsi que Lytta Basset est amenée à nous présenter un commentaire éclairant de plusieurs textes des évangiles : Luc 19, 1-10 ; Luc 5, 17-26 ; Jean 8, 1-11.
Elle nous montre la Bienveillance à l’oeuvre et cette vision renouvelle notre lecture. Ainsi commente-t-elle la rencontre « fortuite » de Jésus avec Zachée : à elle seule, la Bienveillance dont Jésus est porteur va inciter son vis-à-vis à reprendre le chemin de la relation et devenir responsable de ses actes !
Le récit fait partie d’une section qu’on a appelé « l’Evangile des exclus », de toutes ces personnes considérées comme irresponsables… » (p 319) (4). « Cela se passe à Jéricho. Jésus vient de guérir un aveugle qui l’a appelé au secours. Juste après, « voilà qu’un autre homme : Zachée, cherche aussi à voir Jésus. La similitude me frappe : tous les deux sont des exclus, parce que des « pécheurs »… or tous les deux sont en demande, plus ou moins consciente, plus ou moins explicite, de relation » (p 319-320). « La Bienveillance qui traverse la ville, ce jour là, va faire fond sur le désir d’un homme Zachée, qui « cherchait (simplement) à voir qui était Jésus » (p 320).
Lytta Basset nous invite donc à reconnaître dans cette rencontre différents aspects de la bienveillance : « La bienveillance à l’affût du désir d’autrui. Une bienveillance qui traite d’égal à égal. Une bienveillance désireuse de relations qui durent. Une bienveillance qui pousse à des actes responsables. Une bienveillance qui accueille autrui dans les limites du moment. Une bienveillance qui rend clairvoyant. Une bienveillance qui réveille en l’humain sa capacité relationnelle. Une bienveillance qui fait lâcher culpabilité et perfectionnisme. Une bienveillance restauratrice du tissu social… » (p 321-335) ». Ces titres évocateurs balisent le commentaire du texte de Luc qui décrit la rencontre entre Jésus et Zachée. A travers cette grille de lecture que nous pouvons nous aussi appliquer à ce texte, Lytta Basset excelle à nous montrer les éclairages qu’on peut y découvrir. Ecoutons par exemple ce qu’elle écrit à propos de « la bienveillance qui traite d’égal à égal ». Dans sa rencontre avec Zachée, elle voit en Jésus une parfaite humilité « comme pour mieux nous encourager à nous identifier avec lui : n’importe quel être humain, marqué dans sa plus grande humanité du sceau de la Bienveillance, peut offrir à un semblable, aussi emmuré soit-il, son propre désir de lien, peut se mettre à la « recherche » en lui, de « ce qui était perdu » pour la relation, le sauver du repli mortel sur lui-même. Quand nous faisons cela, nous ne faisons que laisser la Bienveillance agir à travers nous : plus nous sommes humains (fils et fille de l’humain) et tendons la perche aux autres, plus nous incarnons ce Dieu qui est en démarche constante de relation » (p 323).
#
Un livre pionnier
#
Ce livre ouvre notre regard. En phase avec le tournant des sciences humaines qui découvrent en l’homme un potentiel positif (5), dans une période où un changement profond intervient dans les mentalités, où la prégnance des enfermements du passé est en voie de décrue, Lytta Basset prend appui sur son expérience spirituelle et sur une lecture renouvelée des textes bibliques pour mettre en valeur la bienveillance, une manière d’être, de sentir et d’agir, qui a toujours existé, mais qui, aujourd’hui, répond à une aspiration nouvelle telle qu’on peut l’entendre aujourd’hui dans des expressions de convivialité ou des démarches collaboratives (6).
Il y a aussi aujourd’hui une quête spirituelle de plus en plus répandue (7). En regard, le livre aborde très concrètement des questions existentielles majeures. La réponse se situe dans une approche relationnelle (8). « Ce qui concerne par dessus tout les auteurs bibliques, c’est d’être en lien avec le Vivant, de l’écouter et de l’entendre pour s’orienter dans la vie » (p 230). La relation avec Dieu va de pair avec la relation avec les humains. Le mal se trouve là où la relation est en péril ou interrompue, dans des situations énoncées par Lytta Basset en terme « d’enfermement, d’errance, d’aveuglement, de maladie, de division, d’exclusion, d’idolâtrie, de dette.. ». L’exigence, c’est de « ne pas nous couper les uns des autres » (p258).
Ce livre embrasse un champ très vaste. L’auteur a donc effectué un grand travail de documentation et de synthèse. Certains points peuvent parfois être discutés, mais ce qui compte ici, c’est le mouvement et l’état d’esprit. Ce livre ne parle pas seulement à notre intelligence, il parle également à notre cœur. Et en élargissant notre vision, il nous libère de nos limites et de nos enfermements. C’est une ressource dans laquelle on peut venir et revenir puiser.
Nous avons orienté cette contribution sur un des aspects du livre qui en est aussi l’inspiration directrice : la bienveillance. Quand nous interrogeons notre mémoire, il nous vient de multiples échos d’une bienveillance reçue qui a engendré et engendre encore aujourd’hui paix et joie. Au cœur de nous même, nous savons en vérité qu’accueillir la Bienveillance, la manifester envers ceux qui nous entourent dans un regard, dans un sourire, dans un geste, c’est nous sentir en harmonie avec Dieu, avec les humains, avec nous-même et percevoir le bonheur d’être qui réside dans cette harmonie.
#
J.H.
#
#
(1) Basset (Lytta). Oser la bienveillance. Albin Michel, 2014
Présentation du livre par Lytta Basset en vidéo : http://www.albin-michel.fr/Oser-la-bienveillance-EAN=9782226253880
Lytta Basset est une théologienne réputée qui ouvre de nouveaux horizons : http://fr.wikipedia.org/wiki/Lytta_Basset
(2) Dans un livre sur la post chrétienté, Stuart Murray décrit bien le tournant intervenu au Vè siècle à la suite de la théologie d’Augustin d’Hippone (doctrine du péché originel et conception très sombre de l’humanité) et aussi le devenir de l’Eglise comme pouvoir. Sur le site de Témoins, voir : http://www.temoins.com/etudes/faire-eglise-en-post-chretiente.html
(3) « Découvrir la spiritualité des enfants. Un signe des temps ? » : http://www.temoins.com/etudes/decouvrir-la-spiritualite-des-enfants.-un-signe-des-temps/toutes-les-pages.html Depuis une quinzaine d’années, on constate un tournant dans le regard concernant la spiritualité des enfants. La recherche met en évidence la dimension spirituelle de l’enfant, ainsi la recherche de Rebecca Nye : Nye (Rebecca). Children’s spirituality. Church House publishing, 2004. Des théologiens trouvent une inspiration dans les paroles de Jésus sur les enfants. Sur ce blog : « L’enfant : un être spirituel » https://vivreetesperer.com/?p=340
(4) Sur ce blog : « Dedans…dehors ! Face à l’exclusion, vivre une commune humanité ! ». Entre autres, une réflexion sur Jésus et le phénomène de l’exclusion, par le théologien : Jürgen Moltmann. https://vivreetesperer.com/?p=439
(5) En février 2011, le magazine : « Sciences Humaines » publie un dossier sur le « Retour de la solidarité, empathie, altruisme, entraide ». Sur ce blog : « Quel regard sur la société et sur le monde. Un changement de perspective » : https://vivreetesperer.com/?p=191 Un livre de Jérémie Rifkin : Rifkin (Jérémie). Vers une civilisation de l’empathie. Les liens qui libèrent, 2011. Après une critique sévère et utile des thèses opposées, comme celle de Freud, Jérémie Rifkin met en évidence des tendances convergentes vers une montée de l’empathie. Sur le site de Témoins, une mise en perspective : http://www.temoins.com/etudes/vers-une-civilisation-de-l-empathie.-a-propos-du-livre-de-jeremie-rifkin.apports-questionnements-et-enjeux.html Le livre de Jacques Lecomte sur la bonté humaine est plusieurs fois cité par Lytta Basset : Lecomte (Jacques). La bonté humaine. Altruisme, empathie, générosité. Odile Jacob, 2012. https://vivreetesperer.com/?p=674
(6) Novel (Anne-Sophie), Riot (Stéphane). Vive la CO-révolution. Pour une société collaborative. Alternatives, 2012. Mise en perspective sur ce blog : « Une révolution de l’être ensemble » : https://vivreetesperer.com/?p=1394
Sur le site de Témoins : « Emergence d’espace conviviaux et aspirations contemporaines : http://www.temoins.com/index.php?option=com_content&view=article&id=1012&catid=4
(7) La manière dont la quête spirituelle se développe et s’oriente aujourd’hui est mise en évidence par Frédéric Lenoir dans son livre : « Chemin de guérison ». Mise en perspective sur ce blog : « Un chemin de guérison pour l’humanité. La fin d’un monde. L’aube d’une renaissance » : https://vivreetesperer.com/?p=1048
A travers une recherche méthodique, Davif Hay met en évidence la dimension spirituelle de l’homme : Hay (David). Something there. The biology of human spirit. Darton, Longman and Todd, 2006. « La vie spirituelle comme une conscience relationnelle » : mise en perspective sur le site de Témoins : http://www.temoins.com/etudes/la-vie-spirituelle-comme-une-conscience-relationnelle-.-une-recherche-de-david-hay-sur-la-spiritualite-aujourd-hui./toutes-les-pages.html. Sur ce blog: « Les expériences spirituelles » : https://vivreetesperer.com/?p=670
(8) Cette approche relationnelle est également développée dans la pensée théologique de Jürgen Moltmann. Sur ce blog : « Dieu suscite la communion » : https://vivreetesperer.com/?p=564
« Amitié ouverte » : https://vivreetesperer.com/?p=14 Voir une présentation de la pensée de Jürgen Moltmann sur le blog : L’Esprit qui donne la vie : http://www.lespritquidonnelavie.com/
Pour poursuivre notre méditation sur la bienveillance, on pourra se reporter à plusieurs contributions sur ce blog, entre autres :
« Développer la bonté en nous : « un habitus de bonté » ».
https://vivreetesperer.com/?p=1838
« Comme les petits enfants ».
https://vivreetesperer.com/?p=1640
« Entrer dans la bénédiction ».
https://vivreetesperer.com/?p=1420
« La beauté de l’écoute ».
https://vivreetesperer.com/?p=1219
« Geste d’amour ».
https://vivreetesperer.com/?p=1204
par jean | Juil 2, 2020 | ARTICLES, Emergence écologique |
« S’élancer vers une nouvelle terre. Une approche contemporaine pour s’éveiller à demain et traverser les changements ».
https://youtu.be/CxrfhAgi_0s
A la sortie de la pandémie, le monde va-t-il reprendre ses habitudes, se réinstaller dans un système économique et social dont on voit bien qu’il va à sa perte. La crise du coronavirus va-t-elle permettre une accélération de « la transition vers des sociétés post-carbone respectueuses des limites de la biosphère, de la justice globale et des droits des générations futures ? » (1). Cependant, cette mutation globale requiert une profonde transformation des mentalités. Cette transformation appelle un cheminement spirituel qui induise une évolution des comportements et la mise en pratique de valeurs nouvelles. C’est aussi, comme l’écrit Michel Maxime Egger dans un article du « Temps » (2), « le besoin d’un nouvel imaginaire qui puisse entrainer une mobilisation collective ».
Michel Maxime Egger est un sociologue et un théologien (chrétien orthodoxe) qui anime aujourd’hui le « Laboratoire de transition intérieure » de l’association suisse : « Pain pour le prochain ». Depuis plus de vingt ans, il milite pour le développement durable et des relations Nord Sud plus équitables. En 2004, il a fondé le réseau « Trilogies » (3) qu’il anime depuis « pour mettre en dialogue : traditions spirituelles, quête de sens, écologie et grands enjeux socio-économiques ». C’est une approche qui associe « le cosmique, l‘humain et le divin ». Dans cette perspective, Michel Maxime Egger a écrit plusieurs livres :
A partir de la spiritualité chrétienne, « La Terre comme soi-même. Repères pour une écospiritualité » (2015).
A partir de la profondeur de la psychè humaine : « Soigner l’esprit. Guérir la terre. Introduction à l’échopsychologie » (2015).
A partir de la spiritualité dans une approche interreligieuse : « Ecospiritualité. Réenchanter notre relation à la nature » (2018).
Michel Maxime Egger a préfacé récemment un livre de la grande militante écologiste américaine : Joanna Macy : « L’espérance en mouvement » Nous avons présenté cette œuvre sur « Vivre et espérer » (4).
Michel Maxime Egger intervient dans de nombreuses rencontres. Et ainsi, en mai-juin 2020, il a répondu à une interview rapportée dans une vidéo qui introduit un cycle de méditation : « meditatio écologie » « organisée par la « Communauté mondiale pour la méditation chrétienne ». L’horizon ouvert nous est annoncé par le titre de cette vidéo : « S’élancer vers une nouvelle terre. Une approche contemporaine pour s’éveiller à demain et traverser les changements » (1). Nous accompagnons ici cette interview en évoquant quelques unes de ses expressions. Mais la vidéo s’entend avec tant de clarté et avec tant de sympathie qu’elle se suffit à elle-même.
La première question porte sur la réaction personnelle : « Pouvez-vous nous dire dans un registre personnel comment vous voyez ce qui se passe aujourd’hui ? En quoi vous êtes touché de manière sensible et comment y faites vous face ? » Chacun réagit selon les conditions d’habitat et de travail, mais aussi selon les circonstances familiales. Ici Michel Maxime Egger profite du confinement pour être présent à sa maman dans son départ au Ciel et accompagner son papa dans sa nouvelle solitude, une école de compassion. Et naturellement les nouvelles limitations sont une invitation à « aller vers le dedans, revenir vers soi, descendre à l’intérieur de soi » : prière, méditation, contact avec la nature…
La seconde question est plus générale. « Qu’est-ce que cette crise du Covid 19 nous dit de notre manière de vivre aujourd’hui ? Quel lien avec la crise écologique ? Comment met-elle le doigt sur une fragilité et questionne-t-elle nos vies spirituelles ? »
Si on entend par apocalypse révélation et dévoilement, cette crise a une « dimension apocalyptique ». Nous sommes conviés à écouter, à entendre. A travers ses symptômes, le coronavirus est un puissant révélateur . « Il donne le fièvre et tue par suffocation. Le symbole d’un système qui réchauffe et asphyxie la planète par son obsession de la croissance, sa démesure consumériste et sa quête du produit sans fin. Ensuite par son origine : le Covid 19 vient d’animaux abominablement maltraités , et son développement est indissociable des perturbations climatiques et écosystémiques…. Enfin par sa diffusion et ses impacts : impressionnant d’observer comment un virus microscopique peut mettre le monde à l’arrêt et l’économie à terre. L’expression de la vulnérabilité d’un système globalisé dont l’interconnexion est à la fois la force et la faiblesse » (2)
Cependant, Michel Maxime Egger nous appelle également à redécouvrir des éléments essentiels. Et tout d’abord, « Nous sommes un avec le Vivant. Le Vivant est un ». Nous sommes ensemble dans une situation de profonde interdépendance Or « par notre domination, par notre arrogance, nous avons brisé cette unité ». C’est un appel à la réconciliation avec la Terre, avec le Vivant.
Cette crise nous rappelle que « nous ne sommes pas les maitres et possesseurs de la nature. La nature n’est pas qu’un stock de ressources, mais elle est au contraire la source de la vie, une source qui nous appelle au respect, à un respect profond » .
Un troisième élément que cette crise du coronavirus nous rappelle, c’est que « nous ne sommes pas tout puissants, mais profondément fragiles, profondément vulnérables. C’est un appel à redécouvrir l’humilité ».
Et puis, parce que nous avons été amenés à réduire notre consommation, « nous avons appris que le bonheur ne réside pas dans des biens en quantité, mais dans des biens de qualité. Et, bien que physiquement, nous ayons du garder nos distances, nous avons redécouvert l’importance des relations humaines, des relations d’entraide pour la coopération. Ainsi ce virus nous apprend à retrouver, d’une part, la solidarité, et, d’autre part, par la réduction de la consommation, la sobriété ».
« A quels changements, attitudes et actions sommes-nous appelés, individuellement et collectivement, en lien avec un chemin spirituel tel que celui de la méditation ? »
« J’entend dans cette crise un triple appel : un appel à un choix radical, un appel à une métanoïa, un appel à un engagement, ces trois dimensions étant profondément interreliées »
« Choix radical : Je vis depuis longtemps avec cette idée que l’humanité est arrivée à une croisée des chemins, à une forme de carrefour. Nous avons en fait le choix, selon l’expression du sociologue Edgar Morin, entre le coté de l’abime et la métamorphose. Pour moi, cette crise du coronavirus a confirmé cette vision d’un carrefour de l’humanité ». « La grande question aujourd’hui : Est-ce que l’après sera un simple retour à l’avant ou au contraire aurons nous su, pu profiter de ce temps de ralentissement, de retour sur soi-même pour pouvoir faire des pas vers cette transition écologique et sociale qui est absolument nécessaire ». « J’ai souvent médité sur la phrase du Deutéronome (Deutéronome 30) dans le Premier Testament : « Je te propose vie et bonheur, mort et malheur. Choisis la vie pour que toi et ta postérité (les générations futures), vous viviez ». Mais de quelle vie parle-t-on ? D’une Vie avec un grand V, d’une vie connectée avec ce qui est vivant, d’une vie ralliée avec ce qui est Vivant, mais aussi à la source du Vivant, à ce Souffle, cet Esprit qui est à la source de toute chose, qui anime toute chose, qui anime la Création, qui est le mystère du Divin quelque soit le nom qu’on veuille lui donner. Evidemment, pour entrer dans cette connection là, la méditation est un espace, un chemin privilégié. S’ouvrir à ce Souffle, à cet Esprit, à cette dimension, attire une métamorphose, une métanoia, un retournement. Se métamorphoser, c’est en quelque sorte mourir pour renaitre. Mourir à ce qui conduit à la mort… pour pouvoir renaitre…renaitre au nouveau et donc à la vie, une vie plus forte que la mort, une vie animée par le souffle de l’Esprit et dont la résurrection du Christ a été une des manifestations et un des symboles et qui nous ouvre à une dimension d’inconnu. Ce choix de la vie, cette métanoia sont les fondements d’un engagement, à la fois personnel et collectif, pour la transition écologique et sociale, au sens fort du mot transition : trans ire : aller au delà, parce qu’il ne s’agit pas simplement de corriger un système ou de l’améliorer, mais bien de changer le système, changer le paradigme pour opérer, ce que le pape François, dans son encyclique, Laudato Si, appelle une révolution culturelle courageuse.
Quel encouragement, quelle perspective pourriez-vous nous donner pour s’élancer vers une nouvelle terre ?
Cette tâche est gigantesque, mais il est important de ne pas se décourager devant l’ampleur de la tâche ! Michel Maxime Egger nous propose plusieurs pistes.
Ne pas rejeter les émotions que nous pouvons avoir comme la peur, la tristesse, le découragement, le sentiment d’impuissance, mais simplement les accueillir … Elles sont . Elles appartiennent à notre humanité. Mais ce qui est extrêmement important, c’est de ne pas nous laisser enfermer, dominer, submerger par ces émotions, et, pour cela, créer des espaces où ces émotions puissent s’exprimer, se partager pour pouvoir ensuite être transformées….
Deuxième piste : « le mot confiance ou le mot foi ». Et à coté de toutes ses failles, « il y a en l’être humain créé à l’image de
Dieu… un être capable d’amour, capable de relations harmonieuses avec les autres. Ce sont des qualités, des dimensions à reconnaître, à cultiver et ce à l’intérieur de chaque être humain.
Troisième piste : entrer dans la conscience que chacun de nous tient le fil d’un autre possible. Un fil parfois ténu, mais qui est bien là. Mais pour pouvoir tisser ce fil, c’est extrêmement important d’aller à la source de ce fil, se connecter à ce qui est le plus vivant, le plus vibrant en nous, c’est à dire en fait se connecter à notre désir. Cela prendra des formes différentes…il ne pourra y avoir d’écologie intégrale durable si c’est une écologie du défaut. Ce doit être une écologie du désir.
Quatrième piste : commencer là où nous sommes, par de petits pas … L’important, c’est de se mettre en mouvement….
Cinquième élément : croire que c’est possible. Et pour cela se rappeler que l’histoire est pleine de causes qui apparaissaient au départ impossibles et sans espoir et qui se sont réalisées. Pensons à l’abolition de l’esclavage, à la chute du mur, à la fin de l’apartheid. … Il y a eu des basculements systémiques et structurels…
Sixième piste : construire des appuis et des alliances. On a besoin des autres. On ne peut pas réaliser la transition tout seul. Et pour cela, pour construire ces alliances, on a besoin de dialogue. On a besoin de s’écouter, on a besoin de coopérer. Passer du pouvoir sur au pouvoir de… c’est à dire on se met au service de quelque chose avec d’autres…
Septième piste. Comme l’a dit Joanna Macy, opérer le changement de cap en gardant le cap de la joie profonde. C’est à dire cultiver des énergies comme l’amour, comme la joie, comme l’enthousiasme. Ces énergies ne sont pas seulement des énergies renouvelables. Ce sont, bel et bien, des énergies inépuisables.
Huitième piste. Pour tout cela, il est nécessaire de créer à l’intérieur de nous un espace où va pouvoir agir à travers nous une force, un esprit, une énergie ( c’est tout le rôle de la méditation), qui n’est pas celle de notre égo, ce moi volontariste qui est aux commandes, une force qui va pouvoir agir en nous, nous traverser, agir à travers nous, une autre force, une autre énergie , un souffle qui est aussi un souffle de la terre, un souffle du vivant, mais aussi un souffle du Vivant avec un grand V, un souffle de l’Esprit, le souffle du Mystère au delà de tout nom. Et quand on laisse ce Souffle agir, dans cette ouverture, c’est aussi une ouverture à l’avenir, a ce qui va advenir, dans la confiance, dans une ouverture au fait que cette terre, cette terre nouvelle vers laquelle on s’élance, on ne sait pas la forme qu’elle va prendre. Il y a là une dimension d’inconnu, une dimension d’inouï, une dimension d’improgrammable à respecter. Oui, cette terre nouvelle, on ne peut pas la programmer, mais elle va émerger de quelque chose qu’on ne connait pas encore.
Voici une pensée unifiante, tournée vers l’avenir, qui en rejoint d’autres, présentes sur ce blog, telle que celle de Jürgen Moltmann. Cette méditation s’inscrit dans la réflexion que le vision écologique induit également sur ce blog . « Nous sommes un avec le Vivant. Le Vivant est un », nous dit Michel Maxime Egger.
J H
- Dans cette interview en vidéo, Michel Maxime Egger introduit Meditatio Ecologie sur le thème : « S’élancer vers une nouvelle terre. Une approche contemplative pour s’éveiller à demain et traverser les changement » : https://www.youtube.com/watch?v=CxrfhAgi_0s&feature=share&fbclid=IwAR1ynwSqVhbTPyTDqv8QudnoR6vkT8fNr7VSexdHr25Xv83SSwH2B407jPQ
- Michel Maxime Egger. Après le coronavirus, besoin d’un nouvel imaginaire. Le Temps, 6 mai 2020 : https://www.letemps.ch/opinions/apres-coronavirus-besoin-dun-nouvel-imaginaire?utm_source=facebook&utm_medium=share&utm_campaign=article&fbclid=IwAR0PcSdvtfQ1UN62KbGft6FFgTSpeKSIKpKI2WppO69zGTEkqv672oGM7kA
- Le site de Michel Maxime Egger : Trilogies. Entre le cosmique, l’humain et le divin : https://trilogies.org/auteurs/michel-maxime-egger
- L’espérance en mouvement. Vivre et espérer : https://vivreetesperer.com/lesperance-en-mouvement/
Voir aussi :
En route pour l’autonomie alimentaire : https://vivreetesperer.com/en-route-pour-lautonomie-alimentaire/
Vers une économie symbiotique : https://vivreetesperer.com/vers-une-economie-symbiotique/
L’homme, la nature et Dieu : https://vivreetesperer.com/lhomme-la-nature-et-dieu/
Comment entendre les principes de la vie cosmique pour entrer en harmonie : https://vivreetesperer.com/comment-entendre-les-principes-de-la-vie-cosmique-pour-entrer-en-harmonie/
Une approche spirituelle de l’écologie (Sur la Terre comme au Ciel) : https://vivreetesperer.com/une-approche-spirituelle-de-lecologie/
Un avenir écologique pour la théologie moderne
https://vivreetesperer.com/un-avenir-ecologique-pour-la-theologie-moderne/
Comment dimension écologique et égalité hommes-femmes vont de pair et appellent une nouvelle vision écologique : https://vivreetesperer.com/comment-dimension-ecologique-et-egalite-hommes-femmes-vont-de-pair-et-appellent-une-nouvelle-vision-theologique/
Convergences écologiques : Jean Bastaire, Jürgen Moltmann, pape François, Edgar Morin : https://vivreetesperer.com/convergences-ecologiques-jean-bastaire-jurgen-moltmann-pape-francois-et-edgar-morin/
par jean | Juil 22, 2026 | ARTICLES, Vision et sens |
Le défi de la philosophie africaine au réductionnisme occidental
Les grandes menaces qui compromettent aujourd’hui l’avenir du monde : la crise écologique, une expansion incontrôlée d l’intelligence artificielle sont toutes liées à l’individualisme et eu matérialisme qui prospèrent actuellement en Occident. L’entente avec la nature a été rompue. Le désenchantement du monde a prévalu. La philosophie de la déconstruction a contesté les fondements transcendants. Cependant, la science elle-même remet en valeur l’interconnexion . Une attention se porte sur la conscience (1). Un courant post-matérialiste émerge (2). Une spiritualité écologique est apparue (3). Par ailleurs, les équilibres mondiaux se sont modifiés. La décolonisation s‘est imposée (4). La voix de grandes civilisations peut se faire partout entendre . Et c’est bien le cas lorsque l’apport de la civilisation africaine est reconnue. Nous avions déjà mis en valeur l’apport de l’« Ubuntu » (5). On lira ici avec une particulière attention la contribution de Elvis Imafidon, nigerian, directeur de l’Ecole d’histoire, de religion et de philosophie de SOAS (université de Londres) (6) : « Le défi de la philosophie africaine au réductionnisme occidental » (7).
L’article est présenté ainsi : « La société occidentale expose souvent les systèmes – des sociétés aux écosystèmes – en les brisant en morceaux – atomes, pierres, arbres, individus isolés. Mais beaucoup de philosophies africaines comme l’Ubuntu (5) contestent l’idée d’entités isolées, prédéfinies formant des ensembles plus vastes. Le philosophe, Elvis Imafidon argumente que les relations ne connectent pas des individus préexistants, plutôt toutes les chose deviennent ce qu’elles sont à travers leurs relations avec d’autres choses. De cette compréhension relationnelle de l’être, un thème dominant dans la philosophie africaine est une éthique particulière centrée sur la communauté qui accorde une valeur égale à la fois aux aspects humains et non humains de la réalité ».
Comment envisageons-nous le sens de l’existence ?
« Il y a une question qui a tenu la philosophie en activité pendant des milliers d’années, c’est la question existentielle de l’humain : Qu’est ce qui donne un sens à l’existence humaine ? Cette question est en quelque sorte différente de celle des origines : Qu’est-ce qui rend l’existence humaine possible ? Tandis que la dernière suscite un intérêt partagé à travers différentes disciplines, de l’anthropologie et de la biologie à la philosophie, la première sur la signification de l’existence humaine est souvent en premier sous le radar de la philosophie et des disciplines sœurs telles que la théologie. Mais ces questions ont aussi des frontières partagées, une préoccupation métaphysique commune. La réponse que nous donnons à la question de l’origine de l’existence humaine a une influence significative sur notre compréhension du sens de l’expérience humaine. La manière dont que nous comprenons le sens comme venant totalement de l’intérieur du monde ou de quelque source transcendante, d’un autre monde, sera influencée par selon ce que nous croyons que la vie vient uniquement de substances matérielles ou de quelque chose de transcendant et de spirituel. L’entrelacement de ces deux questions se poursuivra dans cet essai, même quand le sujet central sera la signification de l’existence humaine ».
Sur quoi s’appuie l’existentialisme et qu’est-ce qu’il nous dit sur l’existence humaine,
Elvis Imafidon s’interroge alors sur une philosophie répandue aujourd’hui : l’existentialisme. « Les incidences de l’existentialisme pour la signification de l’existence, lesquelles reflètent aujourd’hui beaucoup de notre pensée sur le sujet, sont qu’une existence qui a du sens est à la fois anthropocentrique (centrée sur l’humain) et subjective (définie par le soi).
« il est facile de déchiffrer comment l’expérience des deux guerres mondiales pendant la première moitié du XXè siècle, parfois semblant dépourvues de sens, ont intimé aux philosophes de penser plus concrètement sur le sens. Ce qui peut n’être pas facile à déchiffrer est que le mouvement existentialiste qui a grandi dans cette période a été aussi un déplacement radical d’une compréhension transcendante, d’un autre monde d’une existence humaine pleine de sens à une perspective mondaine. Dans ce déplacement, l’idée que l’essence et la signification précède ou transcende cette existence d’ici-bas est rejetée et remplacée par l’idée que l’être humain existe d’abord et seulement dans ce monde, et puis graduellement forge et organise sa propre essence et signification. C’est pourquoi, pour Friedrich Nietzsche : « Dieu ou la tradition religieuse et morale de l’Europe doivent mourir d’abord pour que le ‘surhomme’, avec la volonté de créer son propre sens et sa propre moralité, émerge. Et cela explique pourquoi dans l’ontologie existentielle de Martin Heidegger, toute compréhension de l’être et de l’existence doit commencer et se centrer à partir du sujet humain :’ Dasein ‘.
Ainsi, au cœur de l’existentialisme, est l’idée, populaire aujourd’hui, que je suis une entité indépendante créant son propre sens à travers une vie authentique et auto-gouvernée….Selon l’existentialisme, une existence qui a du sens est à la fois anthropocentrique (centrée sur l’humain) et subjective (définie par le soi) ». Elvis Imafidon s’interroge à ce sujet : « Dans quelle mesure cela saisit notre vraie manière d’être, d’exister et de créer du sens ? Est-ce que nos qualités individuelles de rationalité, d’autonomie et de liberté sont suffisantes pour garantir une existence qui a du sens ? Quelle est la place des autres êtres humains et des êtres autres qu’humain dans la poursuite du sens ? »
En regard, la tradition philosophique de l’Afrique sub-saharienne
Elvis Imafidon ne se sentait pas à l’aise dans ce contexte et il s’est alors tourné vers sa culture d’origine, la culture africaine. « Mon sentiment que la perspective anthropocentrique et subjective ne répondait pas particulièrement à ces questions m’a conduit à explorer la perspective métaphysique relationnelle qui émerge de mon héritage, la tradition philosophique de l’Afrique sub-saharienne. Comme j’argumente dans mon nouveau livre : « Doing african philosophie », pendant des générations, cette tradition a été préservée dans des ressources à la fois textuelles et non textuelles (orales et symbolique). Dans cette tradition, il y a une compréhension portée dans des langues, des proverbes, des énigmes, des adages et des paroles énigmatiques, des symboles et des formes conventionnelles et non conventionnelles d’écrire que la réalité est composée de plusieurs entités, visibles et invisibles, qui partagent, participent à et sont collectivement responsables d’ une essence commune – une aura, une énergie ou force. Une vie qui a du sens pour une identité dans cet écosystème d’entités est essentiellement dépendante pas seulement de qualités qui lui sont propres comme la rationalité et l’instinct, mais d’une relation soutenue avec d’autres membres de la communauté et d’un effort collectif pour préserver la communauté dans laquelle chaque entité a pour but de prospérer. Les membres de la communauté qui sont activement en relation les uns avec les autres et créant en collaboration du sens et de l’existence incluent les êtres humains, les arbres, les animaux, les corps aquatiques et les êtres invisibles tels que les ancêtres et les déités.
Tout se tient
Dans cette communauté, les entités, soit possèdent une forme active de force vitale partagée, rendant possible pour eux d’agir ou d’être agi, soit de posséder une forme passive de cette force vitale partagée de telle manière qu’ils requièrent un autre être pour agir sur eux pour émettre leur énergie. Par exemple, un être humain (une entité avec une force vitale active), quelque part en Afrique occidentale, peut bouillir ou presser la plante venomia amygdalina, appelé communément feuilles amères (une entité avec une force vitale passive) pour extraire le jus afin de guérir une maladie en vue de poursuivre une vie pleine de sens et de bien-être. A la fois, l’entité humaine et l’entité non humaine sont ainsi fondamentales pour permettre à la communauté ainsi qu’à ses membres individuels de prospérer. Ainsi il n’est pas rare dans les sociétés africaines de voir des soignants et des professionnels de santé indigènes parler avec une plante, un arbre ou un corps aquatique comme ils le feraient avec un être humain durant le processus de guérison ». L’auteur évoque également les usage des noix de kola dans de nombreuses régions d’Afrique occidentale « Des cérémonies telles que des mariages, le don d’un nom à un enfant, des funérailles et le commencement de nouvelles saisons débutent avec le cérémonial de briser la noix de kola avec un accompagnement de prières et de bénédictions. Tandis que la noix de kola est tenue en main pour être brisée, une des déclarations clé est : « la personne qui apporte le kola apporte la vie ». Les noix de kola sont alors brisées par l’ancien et partagées avec tous ceux qui suivent la cérémonie. La déclaration que celui qui apporte le kola apporte la vie, affirme le potentiel du don de vie et de l’apport de sens des noix de kola en terme de ses bénéfices de santé et signifie l’impact profondément relationnel de l’hospitalité dans la réalisation du sens et du bien-être. Dans la communauté africaine, les entités humaines et non humaines viennent en existence en participant à la force vitale partagée et prospèrent et développent le sens à travers les relations avec d’autres êtres dans un échange réciproque d’énergie ».
L’Ubuntu
« L’Ubuntu (avec son origine dans le langage Zulu Xhosa), est devenu un concept africain populaire parce qu’il saisit cette métaphysique relationnelle. La philosophie de l’Ubuntu se traduit simplement comme « une personne est une personne à travers d’autres personnes ». C’est une philosophie afro-communautarienne ontologique et existentielle de la relation, de la solidarité, de la co-dépendance et de la coopération qui tient qu’une personne devient ainsi pleine et signifiante à travers les relations (5). Nous pouvons facilement pointer à d’autres concepts similaires dans différents langages africains. Dans ma langue (esan du Nigéria du sud), le mot ‘akomen’ (« Nous sommes mieux ensemble » ou « on trouve le sens collectivement » saisit également cette métaphysique relationnelle. Tous les êtres, l’humain, l’environnement, les ancêtres, les déités etc forment un tissu solidaire de relations tel qu’un écart entre le soi humain, le mort physiquement, le monde phénoménal, et les déités intangibles n’est ni possible, ni désirable. Les entités existantes ont besoin les unes des autre pour prospérer et mener une vie qui a du sens. Ainsi la quête de solidarité et d’harmonie et essentielle et non négociable pour le bien-être. Par exemple, les ancêtres sont des membres humains d’une communauté africaine qui ont quitté convenablement le royaume physique de l’existence pour un état non physique. Ce sont ceux qui ont achevé la part physique de leur cours de vie et ont pris des formes plus élevées d’être, une plus intense énergie. Une fois qu’un être humain devient un ancêtre, il reste intrinsèquement relié avec ses proches. L’existence d’un ancêtre devient cruciale pour une explication causale des évènements dans la famille que l’ancêtre a quitté physiquement, aussi bien que dans la communauté plus large.
Les apports d’une métaphysique relationnelle
Une métaphysique relationnelle a au moins deux implications importantes pour la manière dont nous vivons une vie qui a du sens.
D’abord, les communautés ne sont pas seulement des arrangements sociaux et politiques, mais des réalités métaphysiques. Par la nature même de la réalité, nous sommes entrelacés avec d’autres entités, humaines et non humaines. Les humains ne peuvent pas exister et prospérer sans d’autres humains, les plantes, le soleil, la lune, les animaux, la pluie, etc. Penser à nous-même comme prospérant grâce nos seules qualités, c’est s’efforcer de lutter contre notre propre essence ontologique comme entités relationnelles. Les feuilles nous disent quand c’est l’automne. Les nuages nous parlent au sujet de la pluie.
Et des avertissements globaux nous disent combien nous avons perturbé notre relation avec des entités non humaines.
Deuxièmement, la reconnaissance de et la relation avec les énergies et les forces invisibles et cependant réelles dans la communauté, telles que les ancêtres, est pertinente pour notre prospérité et notre construction de sens. Nous ne pouvons pas expliquer le présent et le sens que nous y voyons ou pas, sans reconnaitre le passé. Par exemple, une personne humaine dans une communauté africaine subsaharienne (yoruba) ne peut pas trouver un sens à son expérience de présence en déconnection de ses parents qui peuvent déjà être morts. Ainsi, tandis qu’un parent peut avoir vécu dans le passé, il reste réel et présent dans le maintenant sous forme d’un transfert d’énergie, de traits de caractère, de comportement et de mémoire ». L’auteur en donne un exemple dans la manière d’affecter des prénoms
« Dans un monde si focalisé sur les humains, leur autonomie et leur non-dépendance, une métaphysique relationnelle nous rappelle que notre existence est attachée à l’existence d’autres entités humaines et non humaines. Pour mon bien-être et pour une vie pleine de sens, il est contre-productif de prendre soin seulement de mes droits et de mon bien-être et non également des droits, du bien-être et de la survie des autres entités.
De nouveaux courants de pensée rejoignent la vision relationnelle africaine
Dans un monde où les idées circulent, il est bon que Elvis Imafidon évoque « le défi de la philosophie africaine au réductionnisme occidental ». Si ce réductionnisme a dominé et persiste encore dans certains milieux, il est de plus en plus contesté dans le mouvement des idées et une dynamique relationnelle est affirmée dans la prise de conscience écologique, le tout se manifestant dans une nouvelle théologie trinitaire.
Un nouveau sujet d’inquiétude apparait aujourd’hui. C’est le développement accéléré de l’intelligence artificielle dans un contexte où l’individualisme prévaut. Dans un livre intitulé : « le péril IA », (8) un expert français du numérique, Gilles Babinet met l’accent sur la nécessité de ne pas oublier un aspect de la culture humaine découlant du temps long dans laquelle elle s’est développée et qui a été caractérisé « par un univers symbolique, structuré par le mythe, les rites, les récits archétypaux, bien plus que par la rationalité abstraite » ( p 124). Et il rejoint Elvis Imafidon en mettant l’accent sur les conséquences néfastes d’une existence dénuée de transcendance. Gilles Babinet évoque « un malaise civilisationnel profond – largement documenté, mais toujours non résolu. Ce malaise est d’autant plus insoluble qu’il repose sur une fracture philosophique fondamental entre deux grandes familles de pensée. D’un côté, une école qui accompagne le monde technologique et qui s’ancre dans une double dynamique ; celle de la déconstruction, inaugurée par Nietsche, prolongée par Foucault, Derrida ou Deleuze. Cette pensée refuse l’idée de lois naturelles, elle conteste les fondements transcendants ou éternels du politique, de l’éthique, voire du langage. Elle s’aligne ainsi avec l’ontologie même des technologies contemporaines, des machines qui ne pensent plus selon des règles, mais selon des modèle statistiques…… sans ancrage métaphysique, sans référent stable… Si tout est calcul, alors rien n’est sacré » ( p 126).
De même, le défi écologique nous appelle à une prise de conscience qui implique un nouvelle vision des rapports entre les différentes composantes du vivant. Dans son livre : « Les Lumière à l’âge du vivant » (9), la philosophe Corinne Pelluchon constate la dérive qui entaché l’apport des Lumières en l’attribuant à « une raison se réduisant à une rationalité instrumentale, oubliant d’accorder son attention à la dimension des fins : ce qui vaut et un dualisme séparant l’humain du vivant ». Corinne Pelluchon prend en compte les différentes composantes du vivant : « Notre capacité à relever le défi climatique et promouvoir plus de justice envers les autres, y compris les animaux, suppose un remaniement profond de l’humain dans la nature…. L’écologie, la cause animale et le respect ais personnes vulnérables sont indissociables et la conscience du lien qui nous unit aux vivant fait naitre en nous le désir de réparer le monde ».
Si la pensée communautaire africaine fait ressortir, en contraste, les dissociations régnant dans les sociétés occidentales, un mouvement s’y lève pour y remédier. C’est ainsi qu’un livre collectif est paru sous le titre : « Relions-nous ! La constitutions des liens » (10). Ce livre se présente ainsi : « Nous vivons une vraie crise de représentation et donc une crise politique.. Nous continuons à interpréter le monde selon des concept dépassés. Aujourd’hui, le coeur des savoirs n’est plus la séparabilité, mais à l’inverse, les liens, les interdépendances, les cohabitations…. Cinquante des plus éminents philosophes, économistes, historiens, anthropologies, médecins, juristes, historiens, chacun dans leur domaine, éclairent magistralement cette transition à l’œuvre… » .
Rappelons ici les grands traits de la communauté africaine selon Elvis Imafidon : « Dans la communauté africaine, les entités humaines et non humaines viennent en existence en participant à la force vitale partagée et prospèrent et développent le sens à travers les relations avec d’autres êtres dans un échange réciproque d’énergie ». Ce texte nous parle de force vitale, une réalité fortement évoquée par Bergson dans son concept d’élan vital. Il n’est pas alors étonnant que le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne, dans son livre : « Bergson postcolonial » (11) montre les affinités entre l’écrivain et le politique Léopold Sedar Senghor et Bergson, ce dernier ouvert à la pensée du scientifique visionnaire que fut Teilhard de Chardin.
« Senghor suivra Bergson pour entreprendre la tâche de retrouver une approche du réel hors du cours de la pensée philosophique tel qu’il a été orienté par Aristote et tel qu’il a culminé dans la pensée mécanicienne de Descartes. Cette approche non mécanicienne lui parait la signification même que porte l’art africain où il voit une compréhension du réel qu’il entend comme un accès à la sous-réalité des choses visibles… ». D’autre part, la philosophie politique de Bergson s’inscrit dans la continuité de sa pensée vitaliste, née de la rencontre qu’il organise entre la philosophie de « l’évolution créatrice et la vision du monde qu’il lit dans les rel1gions africaines ». « Cette philosophie vitaliste de Senghor est l’effet d’une rencontre entre une ontologie de forces qui est au principe de religions de différents terroirs africains et la pensée bergsonienne de l’élan vital ».
Selon Elvis Imafidon, « Les membres de la communauté qui sont activement en relation les uns avec les autres et créant en collaboration du sens et de l’existence incluent les êtres humains, les arbres, les animaux, les corps aquatiques et les êtres invisibles tels que les ancêtres et les déités ». Cette conception de l’existence de différentes entités en relations les unes avec les autres et créant du sens et de l’existence nous parait pouvoir être éclairée par une recherche contemporaine qui met en évidence l’élargissement du champ de la conscience dont une certaine présence apparait chez des animaux et chez des plantes. De même, à travers de d nombreuse expériences, il apparait que la mort des humains n’entrainent pas une extinction de leur conscience. Le titre du nouveau livre de Patrice Van Eersel est à cet égard très significatif en se portant à l’extrème : « Le soleil est-il conscient ? Et les dauphins ? Et les baobabs, Et l’IA, Et vous-même ? ». Le bas de la couverture explicite l’intention de l’auteur : « élucider le mystère de la conscience » (1) Une vision nouvelle s’ouvre : « Cela parait fou, mais les faits sont là. La conscience parait habiter le monde entier. Dans toutes les cultures anciennes, la conscience habite l’intégralité des êtres de l’univers. Les monothéismes, puis les modernes l’ont progressivement réduit à une exclusivité humaine … Aujourd’hui, ce monopole craque de tous les côtés ».
Une approche théologique
Comme son titre l‘indique, Le texte d’Elvis Imafidon s’inscrit dans le champ philosophique. Il n’entre pas dans des considérations religieuses. Cependant, nous sommes informé par ailleurs sur l’état des religions en Afrique et le rapport qu’elles entretiennent avec la culture qui nous a été décrite par Elvis Imafidon. En ce qui concerne les religions traditionnelles africaines, on pourra trouver un article substantiel sur Wikipedia ( 12). On peut y lire que ces religions « sont monothéistes, caractérisée par la croyance en un Dieu suprême créateur de toutes choses, mais qu’on n’invoque pas, et dont les manifestations sont nombreuses en formes ». Gans l’article sur l’Ubuntu (5), nous avons montré la manière dont la culture relationnelle africaine pouvait être en phase avec la foi chrétienne comme ce fut le cas dans le ministère de justice restaurative de l’archevêque Desmond Tutu
Cependant, il y a bien eu, et peut-être encore des formes de christianisme dominatrices centrée sur l’annonce d’un salut individualiste Aujourd’hui, notamment à travers certains théologiens comme Jürgen Moltmann, Dieu apparait comme un Dieu actif dans sa création et comme un Dieu trinitaire en constante communion et la répandant à travers l’Esprit Saint, une réalité et une image particulièrement en phase avec une vision relationnelle de la société. Dans son livre : « The living God and the fullness of life » (13), Moltmann conjugue trois thèmes : dans la communion de la vie divine ; dans la communion entre les vivants et ls morts ; dans la communion avec la terre. Sachant la place donnée aux ancêtres dans la culture africaine, on notera au passage l’attention porté à cette question par Moltmann : « Les sociétés traditionnelles, en particulier, celles d’Extrême-Orient ont quelque chose à nous rappeler… Les êtres humains participent à une communauté des vivants et des morts même s’ils n’en ont pas toujours conscience »
Nous rapporterons ici la recherche de deux théologiens africains, Kucipa Nalwamba et Teddy Chalwe Sakupapa qui propose une étude théologique en phase avec la culture relationnelle africaine, l’une sur la théologie de la création, l’autre sur une théologie de l’Esprit, tous deux s’appuyant notamment sur la pensée de Moltmann
Kuzipa Nalwamba, théologienne zambienne, (14) s’inspire de la vision trinitaire de Dieu comme Dieu en relation communautaire qui ouvre la voie à une vision non hiérarchique de la création. Dans sa réinterprétation de Genèse 1, Kuzipa Nalwamba s’inspire de la cosmogonie zambienne qui s’inscrit dans celle du monde bantou. Elle envisage un « univers interconnecté qui commence avec la Créateur et se poursuit dans le reste de la création ». Ces nouvelles perspectives sur la création et l’identité humaine ouvrent « un espace interprétatif qui pourraient situer les êtres humains dans un continuum avec le reste de la création et ouvrir une piste pour un éthos alternatif du maintien de la création ».
Teddy Chalwe Sakupapa, théologien à l’Université » du Cap ouest (15) nous introduit dans une théologie de l’Esprit en en montrant l’importance fondamentale dans le contexte de la culture africaine. Ainsi, montre-t-il que « la manière dont la théologie africaine peut contribuer au développement d’un ethos écologique dans le christianisme africain, réside dans l’appropriation du cadre conceptuel de la notion africaine de force vitale en articulation avec la pneumatologie, la théologie de l’Esprit, dans le contexte de la théologie africaine ». La force vitale est une conception majeure dans la culture africaine, mais elle est reconnue sous des appellations différentes dans d’autres cultures comme le ‘chi’ parml les chinois, le ‘prana’ chez les indiens… Teddy Chalwe Sakupapa avance qu’on peut interpréter que « la force vitale est l’Esprit de Dieu comme principe de vie et facilitateur de la communion au sein de la création ». La vision de la relationalité inspire l’ensemble de cette théologie tant dans « la compréhension trinitaire de la communalité de l’être de Dieu » que dans la présence de l’Esprit dans l’ensemble de la création en terme panenthéiste ».
Au terme de ce parcours, on peut constater combien la prise en compte des visions de cultures trop souvent méconnues peut nous aider à rééquilibrer des conceptions qui prévalent encore en Occident et ouvrir un nouvel horizon. A cet égard, l’article de Elvis Imafidon : « Le défi de la philosophie africaine au réductionnisme occidental » nous parait exemplaire. Cela vaut également pour la théologie. On peut constater par exemple les récentes avancées de la théologie autochtone (16). Teddy Chalwe Sakupapa met remarquablement en valeur l’importance des rencontres théologique à une échelle interculturelle :
« il peut y avoir une contribution significative au développement de la théologie chrétienne dans un contexte culturel à partir d’une interaction avec des théologies développées dans d’autres contextes culturels ».
Dans ce monde en transformation, cet article nous montre l’importance d’une écoute tous azimuts
J H
- Elucider le mystère de la conscience : https://vivreetesperer.com/elucider-le-mystere-de-la-conscience/
- Pour une science post-matérialiste : https://vivreetesperer.com/la-nouvelle-science-de-la-conscience/
- Ecospîritualité : https://vivreetesperer.com/ecospiritualite/
- Universaliser : https://vivreetesperer.com/universaliser/
- Ubuntu : https://vivreetesperer.com/ubuntu-une-vision-du-monde-relationnelle/
- Elvis Imafidon Wikipedia : https://en.wikipedia.org/wiki/Elvis_Imafidon
- African’s philosophy challenge to Western reductionism ( traduction non professionnelle) : https://iai.tv/articles/african-philosophys-challenge-to-western-reductionism-auid-3525?fbclid=IwY2xjawSUipdleHRuA2FlbQIxMABicmlkETBuMTBXdjJXS1FJbmFmajBxc3J0YwZhcHBfaWQQMjIyMDM5MTc4ODIwMDg5MgABHlDUajYvJRcVqg7T-v_qWoMs_SSJ976Hiho0faBxRbvkFMOcbjAfieRv7a9v_aem_tDYjzq_Z_G1dLwfsk48BqQ
- Gilles Babinet. Le péril IA. Le passeur, 2026
- Les Lumières à l’âge du vivant : https://vivreetesperer.com/des-lumieres-a-lage-du-vivant/
- Tout se tient : https://vivreetesperer.com/tout-se-tient/
- Bergson postcolonial. Une nouvelle vision du monde : https://vivreetesperer.com/une-nouvelle-vision-du-monde/
- Les religions traditionnelles africaines : https://fr.wikipedia.org/wiki/Religions_traditionnelles_africaines#:~:text=La%20dénomination%20de%20religions%20traditionnelles,abrahamiques%20importées%20%3A%20christianisme%20et%20islam.
- Le Dieu vivant et la plénitude de vie : https://vivreetesperer.com/le-dieu-vivant-et-la-plenitude-de-vie-2/
- Une théologie de la création : https://www.temoins.com/une-theologie-de-la-creation/
- Esprit et Ecologie dans le contexte de la théologie africaine : https://www.temoins.com/esprit-et-ecologie-dans-le-contexte-de-la-theologie-africaine/
- Un théologie autochtone et l’avenir du christianisme : https://www.temoins.com/la-theologie-autochtone-et-lavenir-du-christianisme/