par jean | Jan 21, 2019 | ARTICLES, Beauté et émerveillement |
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par jean | Nov 2, 2019 | ARTICLES, Beauté et émerveillement, Société et culture en mouvement |
Enthousiasme de la beauté. Enthousiasme de la vie
Un nouveau livre de Jean-Claude Guillebaud
« Sauver la bontĂ© du monde » (1), câest le titre dâun nouveau livre de Jean-Claude Guillebaud. Nous savons aujourdâhui combien la nature et lâhumanitĂ© sont conjointement menacĂ©es par les dĂ©sordres engendrĂ©s par les excĂšs humains. Le milieu urbain sâest Ă©loignĂ© de la nature. Les Ă©quilibres naturels sont dĂ©rĂ©glĂ©s. La pollution dĂ©figure les paysages. Allons-nous perdre de vue la beautĂ© de la nature ? Nous les humains, nous participons au monde vivant. Si nous nous reconnaissons dans le mouvement de la crĂ©ation, nous percevons lâharmonie du monde, nous sommes mus et transportĂ©s par sa beautĂ©. Alors, oui, si quelque part, cette beautĂ© lĂ est menacĂ©e, notre premier devoir, câest de proclamer combien elle nous est prĂ©cieuse, indispensable. Ensuite nous pourrons la dĂ©fendre. Câest dans cet esprit que nous entendons lâappel de Jean-Claude Guillebaud : Sauver la beautĂ© du monde.
Certes, pour sauver la planĂšte du dĂ©sastre, conjurer la fin du monde, « une Ă©norme machinerie diplomatique et scientifique est au travail » (p 15). Et, on le sait, il est nĂ©cessaire dâaccĂ©lĂ©rer le mouvement. Une grande mobilisation est en train de se mettre en route. Cependant, si la peur vient nous avertir, elle nâest pas Ă mĂȘme de nous entrainer positivement. Alors, Jean-Claude Guillebaud est Ă mĂȘme de nous le rappeler : « Si lâon veut mobiliser les terriens, il faut partir de lâĂ©merveillement. Serait-ce naĂŻf ? Bien sur que non. Câest un Eveil » (p 17). LâĂ©merveillement, ce nâest pas un concept. Câest une expĂ©rience. Lâauteur sait nous en parler dans un mouvement dâenthousiasme. « Chaque Ă©merveillement me remet debout sur mes jambes, heureux dâĂȘtre vivant. La beautĂ© fait lever en nous tous une exaltation ravie qui ressemble au bonheur. Et, quâon ne sây trompe pas. Beaucoup de savants, parmi les plus grands, ont parlĂ© de ces moments radieux. Oui dâabord sâĂ©merveiller. Câest sur cet Ă©merveillement continuel quâil fait tabler si lâon veut sauver la beautĂ© du monde⊠» (p 18-19).
Jean-Claude Guillebaud est bien la personne adĂ©quate pour nous adresser cet appel (2). Dans ses missions de journaliste, correspondant de guerre pour de grands journaux, il connait la face sombre de lâhumanitĂ© et le poids de la souffrance et de la mort. RĂ©sidant, dans sa vie quotidienne au plus prĂšs de la nature, dans un village de Charente Ă Bunzac, il sait se nourrir de la beautĂ© qui transparait de la prĂ©sence du vivant. Et enfin, Ă©diteur, familier de grands chercheurs, câest un homme de savoir et il sait traduire cet Ă©merveillement dans les termes dâune pensĂ©e construite. A partir de 1995, Ă travers une sĂ©rie dâessais, face au dĂ©sarroi contemporain, il a su faire le point en alliant les savoirs issus des sciences humaines et une rĂ©flexion humaniste. Effectivement, pour ce faire, il a pu puiser Ă de trĂšs bonnes sources : « Plus jâavance en Ăąge, mieux je comprend ce que je dois Ă de grandes figures de lâhistoire de la pensĂ©e : Jacques Ellul, RenĂ© Girard, Edgar Morin, Cornelius Castoriadis et Maurice Bellet » (p 227). Chez Jean-Claude Guillebaud, la dimension humaniste se joint Ă une dimension spirituelle. En 2007, il en dĂ©crit un mouvement : « Comment je suis redevenu chrĂ©tien ».
Dans ce contexte, ce livre de J C Guillebaud nous apparaĂźt comme un tĂ©moignage personnel dans une grande diversitĂ© de registre. Lâauteur rend hommage Ă la nature, mais pas seulement. Sauver la beautĂ© du monde, câest aussi reconnaĂźtre les grandes Ćuvres de lâhumanitĂ©, la puissance de la crĂ©ativitĂ© qui sây manifeste. Ainsi dans cette dizaine de chapitres, Jean-Claude Guillebaud nous parle des nouveaux moyens de communication au service de la dĂ©couverte du monde (« Un monde « augmentĂ© »), du mystĂšre de lâart prĂ©historique (« La beautĂ© inaugurale », du « grand secret des cathĂ©drales ». Dâautres chapitres explorent les visages de lâhumain.
Les belles personnes
Son expĂ©rience de la vie lâamĂšne Ă consacrer un chapitre sur « les belles personnes ». « Câest un ĂȘtre humain qui irradie je ne sais quelle douceur pacifiĂ©e, une trĂȘve dans la grande bagarre de la vie » (p 207). « Câest une disposition de lâĂąme Ă©nigmatique comme la beautĂ© elle-mĂȘme » (p 208). Lâauteur nous en trace des portraits trĂšs divers. Face aux cyniques, au dĂ©ni des autres et de soi-mĂȘme, Jean-Claude Guillebaud milite pour la reconnaissance des qualitĂ©s humaines. Et il peut sâappuyer sur une littĂ©rature scientifique toute nouvelle. « Plaisir de donner, prĂ©fĂ©rence pour lâaide bĂ©nĂ©vole, choix productif de la confiance, dispositions empathiques du cerveau, stratĂ©gies altruistes et rĂ©ciprocitĂ©s coopĂ©ratives : on dĂ©couvre dans lâĂȘtre humain des paramĂštres qui remettent en cause la vision noire de lâĂȘtre humain⊠» (p 217). Il y a lĂ un nouveau paradigme qui nous inspire et que nous mettons en Ă©vidence sur ce blog (3).
Les passions humaines
Lâauteur se risque Ă parler des passions humaines. « Un homme sans passions est un roi sans sujets (Vauvenargues). Mais câest lĂ un sujet ambigu. Il y a bien des passions mauvaises. Le titre du chapitre reconnaĂźt cette disparitĂ© : « la dangereuse beautĂ© des passions humaines ». Mais il y a aussi dans la passion une force motrice qui porte de grandes causes pour le plus grand bien. Jean-Claude Guillebaud envisage les passions comme des « Ă©crins » (p 253). Face au calcul et Ă une excessive prudence, il met en Ă©vidence des passions pour le bien. « On ne cite presque jamais certains Ă©lans alors quâils sont en tous points admirables » (p 254). « La gĂ©nĂ©rositĂ© et le souci de lâautre conjuguĂ©s avec le courage du partage, de toute Ă©vidence, composent la plus irremplaçable des passions humaines » (p 239).
Un hymne Ă la nature.
Cependant, le parcours de ce livre a bien commencĂ© par un hymne Ă la nature. Et cet hymne peut ĂȘtre entonnĂ© parce quâil est la rĂ©sultante dâun choix de vie. Au chapitre 2 : « Heureux comme Ă Bunzac », Jean-Claude Guillebaud nous raconte comment, depuis plusieurs dĂ©cennies, il a choisi, avec son Ă©pouse Catherine, de partager sa vie, chaque semaine, entre Paris (deux jours) et un village de Charente (cinq jours), Bunzac oĂč il sâest installĂ© dans une grande maison familiale. Et il sait nous parler avec enthousiasme de la vie des champs et des bois, des multiples rencontres avec des animaux sauvages sur les petites routes de cette campagne. « Un essayiste assure que tous ces animaux, petits ou grands, reprĂ©sentent la part sauvage de nous-mĂȘme. Lâexpression est belle⊠Câest cette part sauvage que depuis des annĂ©es, jâessaie de mettre Ă lâabri, autour de ce que nous appelons avec Catherine, ma femme, la grande Maison devant la forĂȘt » (p 30). Câest le choix dâun genre de vie, oĂč le temps a une autre Ă©paisseur et oĂč lâannĂ©e est ponctuĂ©e par le rythme des saisons. « Mon idĂ©e de bonheur est liĂ©e Ă un instant trĂšs fugitif du mois dâavril oĂč les lilas sâĂ©panouissent et se fanent en deux semaines. Ce qui mâĂ©meut, câest lâagencement rigoureux des dates, des floraisons⊠».
Sauver la beauté du monde
Sauver la beautĂ© du monde : câest quâaujourdâhui elle est menacĂ©e. Lâavant dernier chapitre intitulĂ© : « Quand la Terre pleure » est introduit par une citation de Thich Nhat Han : « Ce dont nous avons le plus besoin, câest dâĂ©couter en nous les Ă©chos de la Terre qui pleure » (p 261). Les menaces abondent. Parmi elles, Jean-Claude Guillebaud cite lâenlaidissement. Lecteur engagĂ© dâAlbert Camus, il raconte comment celui-ci « venu du grand soleil dâAlgĂ©rie, a dĂ©couvert avec effroi la laideur des banlieues dâEurope ». Revenu meurtri dâEurope, Albert Camus raconte son retour Ă Tipisa, un site sur le rivage de la MĂ©diterranĂ©e⊠(p 267). Jean-Claude Guillebaud Ă©voque Ă ce sujet quelques lignes dâAlbert Camus dans « lâEtĂ© » : « Je redĂ©couvrais Ă Tipisa quâil fallait garder intactes en soi une fraicheur, une source de joie, aimer le jour qui Ă©chappe Ă lâinjustice, et retourner au combat avec cette lumiĂšre conquise⊠Jâavais toujours su que les ruines de Tipisa Ă©taient plus jeunes que nos chantiers ou nos dĂ©combres. Le monde y recommençait tous les jours dans une lumiĂšre toujours neuve. Ce recours dernier Ă©tait aussi le nĂŽtre⊠Au milieu de lâhiver, jâapprenais enfin quâil y avait en moi un Ă©tĂ© invincible » (p 268). Visitant ce lieu, Jean-Claude Guillebaud en est impressionnĂ©. « GrĂące Ă Camus, jâavais lâimpression dâĂȘtre tenu debout par la beautĂ© du monde. Ou ce quâil en reste » (p 269).
Face Ă un « enlaidissement du monde qui sâaccĂ©lĂšre » (p 270), le chapitre se poursuit par un questionnement de lâauteur sur la maniĂšre de remĂ©dier aux mĂ©faits du capitalisme. Cependant le problĂšme nâest pas seulement Ă©conomique, politique et social, il est aussi culturel et spirituel, lâauteur explore cette question Ă©minemment complexe.
Changer de regard
Au terme de ce voyage dans lâespace et dans le temps, Jean-Claude Guillebaud sâemploie Ă rĂ©pondre Ă son questionnement initial. Et si il nous fallait changer de regard et « avoir dâautres yeux ».
« Le seul vĂ©ritable voyage, le seul bain de Jouvence, ce ne serait pas dâaller vers de nouveaux paysages, mais dâavoir dâautres yeux » (Marcel Proust) (p 293). « Cette citation », nous dit lâauteur, « mâĂ©meut toujours⊠Elle signifie, au bout du compte, que la beautĂ© est â aussi â une grĂące humaine. Câest elle qui enchante, dĂ©senchante et rĂ©enchante le monde. Un des proches conseillers de Nicolas Hulot, le philosophe Dominique Bourg, rejoignait Proust quand il affirmait que le seul choix qui nous reste, Ă©tait de repenser notre maniĂšre de voir le monde, câest Ă dire dâĂȘtre au monde » (p 296).
Et « changer notre maniĂšre dâĂȘtre au monde, dâavoir dâautres yeux, implique une rĂ©volution intĂ©rieure⊠» (p 296). Appel Ă une mystique (Pape François), Ă un nouveau rĂ©cit personnel (Cyril Dion ). « Yann Arthus Bertrand a cent fois raison quand il dit que la rĂ©volution Ă©cologique sera spirituelle » (p 297). « Avec le monde en danger, nous devons accĂ©der Ă une vĂ©ritable conscience amoureuse », nous dit Jean-Claude Guillebaud, rappelant quâil avait intitulĂ© le premier chapitre de ce livre : « Une dĂ©claration dâamour Ă la terre » (p 297). Et ceci implique et induit des changements de comportements face Ă un consumĂ©risme Ă tout-va.
En fin de compte, sauver la beautĂ© du monde, câest aussi la reconnaĂźtre, et donc vivre lâĂ©merveillement. Câest un enthousiasme. « Le marquis de Vauvenargue est lâauteur dâun aphorisme : « Câest un grand signe de mĂ©diocritĂ© que de louer toujours modĂ©rĂ©ment ». Cette maxime a du faire son chemin au plus profond de moi au point de me constituer. SâĂ©merveillerâ du monde, de la vie, des humains â me semble aujourdâhui la moindre des choses » (p 305).
Une dynamique de vie
Le monde est en crise. Devant la menace climatique, le pĂ©ril est dĂ©clarĂ©. Câest dans ce contexte que Jean-Claude Guillebaud Ă©crit ce livre : « Sauver la beautĂ© du monde ». Il y participe aux alarmes et aux interrogations concernant lâavenir de lâhumanitĂ©. Le trouble est sensible aujourdâhui. Sans boussole, le voyageur se perd. Nous avons besoin de comprendre et dâespĂ©rer. Il y a donc lieu de rappeler quâen 2012, Jean-Claude Guillebaud a Ă©crit un livre intitulĂ© : « Une autre vie est possible. Comment retrouver lâespĂ©rance ? » (4). Si le pĂ©ril nous semble plus grand aujourdâhui quâhier, il reste que cet ouvrage nous paraĂźt toujours dâactualitĂ©. Et, dĂ©jĂ Ă lâĂ©poque, il y avait en France une propension au nĂ©gatif. « Depuis longtemps, lâoptimisme nâest pas tendance. On lui prĂ©fĂšre le catastrophisme dĂ©clamatoire ou la dĂ©rision ». Ce livre nous aide Ă mesurer « la mutation anthropologique » dans laquelle nous sommes engagĂ©s sur plusieurs registres Ă la fois. Mais, en mĂȘme temps, des chemins nouveaux commencent Ă apparaĂźtre : « Partant de nous, autour de nous, un monde germe. Un autre monde respire dĂ©jà ».
Nous nous retrouvons sur ce blog dans le mĂȘme esprit. Aujourdâhui, une civilisation Ă©cologique commence Ă germer. Ce sera nĂ©cessairement, une civilisation relationnelle. Câest dans ce sens que nous sommes appelĂ©s Ă avancer. Comme lâĂ©crit JĂŒrgen Moltmann, « Sil y a une Ă©thique de crainte pour nous avertir, il y a une Ă©thique dâespĂ©rance pour nous libĂ©rer » (5). Nous voici en mouvement. « Les sociĂ©tĂ©s fermĂ©es sâenrichissent aux dĂ©pens des sociĂ©tĂ©s Ă venir. Les sociĂ©tĂ©s ouvertes sont participatives et elles anticipent. Elles voient leur futur, dans le futur de Dieu, le futur de la vie, le futur de la crĂ©ation Ă©ternelle » (6)
Il y a dans ce monde des voix qui anticipent et nous ouvrent un chemin. Parmi elles, on compte Joanne Macy, militante Ă©cologiste amĂ©ricaine engagĂ©e depuis plus de cinquante ans pour la paix, la justice et la protection de la terre et chercheuse associant plusieurs approches et inspirations. Labor et Fides vient de publier un de ses livres : « LâespĂ©rance en mouvement » (7), coĂ©crit avec Chris Johnstone et prĂ©facĂ© par Michel Maxime Egger. Il y a lĂ une dĂ©marche qui contribue Ă baliser le chemin. « LâhumanitĂ© se trouve Ă un moment crucial oĂč elle doit faire le choix entre trois maniĂšres de donner du sens Ă lâĂ©volution du monde : le « on fait comme dâhabitude », la grande dĂ©sintĂ©gration, ou le « changement de cap ». Cette derniĂšre histoire est « la transition dâune sociĂ©tĂ© qui dĂ©truit la vie vers une sociĂ©tĂ© qui la soutient Ă travers des relations plus harmonieuses avec tous les ĂȘtres, humains et autres quâhumains ». EngagĂ©e dans une approche de partage et de formation, Joanne Macy ouvre le champ de vision Ă travers la gratitude, lâacceptation de la souffrance pour le monde, la reliance⊠Sur ce blog, on retrouve cette dimension dâouverture et de mise en relation dans la vision thĂ©ologique de JĂŒrgen Moltmann (6) et de Richard Rohr (8).
Une intelligence Ă©clairĂ©e, multidimensionnelle vient Ă©galement Ă notre secours. Câest la dĂ©marche de JĂ©rĂ©my Rifkin dans son livre : « Le New Deal Vert mondial » (9) qui nous montre comment lâexpansion des Ă©nergies renouvelables va rĂ©duire la pression du CO2 et contribuer Ă lâavĂšnement dâune civilisation Ă©cologique.
Comme lâa Ă©crit Jean-Claude Guillebaud, « Changer notre maniĂšre dâĂȘtre au monde implique une rĂ©volution intĂ©rieure », il y a bien un profond mouvement en ce sens. Ainsi, Bertrand Vergely a Ă©crit un livre sur lâĂ©merveillement (10) : « Câest beau de sâĂ©merveiller⊠Qui sâĂ©merveille nâest pas indiffĂ©rent. Il est ouvert au monde, Ă lâhumanitĂ©, Ă lâexistence. Il rend possible un lien entre eux⊠Tout part de la beautĂ©. Le monde est beau, lâhumanitĂ© qui fait effort pour vivre avec courage et dignitĂ© est belle, le fond de lâexistence qui nous habite est beau⊠Quand on vit cette beautĂ©, on fait un avec le monde. On expĂ©rimente le rĂ©el comme tout vivant. On se sent vivre et on sâĂ©merveille de vivre⊠BeautĂ© du monde, mais aussi beautĂ© des ĂȘtres humains, autre Ă©merveillement⊠BeautĂ© des ĂȘtre humains tĂ©moignant dâune beautĂ© autre. Quelque chose nous tient en vie. Une force de vie, la force de la vie. Une force venue dâun dĂ©sir de vie originel. Personne ne vivrait si cette force nâexistait pas. Cela donne du sens Ă Dieu, source ineffable de vie⊠» (p 9-11). Le livre de Jean-Claude Guillebaud nous dit comment on peut vivre cet Ă©merveillement dans la vie dâaujourdâhui. Câest un hymne Ă la beautĂ©. Il ya chez lui, un enthousiasme, enthousiasme de la beautĂ©, enthousiasme de la vie. Et, par lĂ , comme lâĂ©crit Bertrand Vergely, il y a une force qui sâexprime. Dans un contexte anxiogĂšne, Jean-Claude Guillebaud nous permet de respirer. Il ouvre un espace oĂč nous engager avec lui, dans une dynamique de vie et dâespĂ©rance.
J H
- Jean-Claude Guillebaud. Sauver la beautĂ© du monde. LâIconoclaste, 2019-10-13
- Biographie et bibliographie : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Claude_Guillebaud
- « Empathie et bienveillance : révolution ou effet de mode ? » : https://vivreetesperer.com/empathie-et-bienveillance-revolution-ou-effet-de-mode/
- Jean-Claude Guillebaud. Une autre vie est possible. Choisir lâespĂ©rance. LâIconoclaste, 2012 « Quel avenir pour le monde et pour la France ? » : https://vivreetesperer.com/2012/10/
- « Agir et espérer. Espérer et agir » : https://vivreetesperer.com/agir-et-esperer-esperer-et-agir/
- « Le Dieu vivant et la plĂ©nitude de vie. Eclairages apportĂ©s par la pensĂ©e de JĂŒrgen Moltmann » : https://vivreetesperer.com/le-dieu-vivant-et-la-plenitude-de-vie/
- Joanna Macy et Chris Johnstone. PrĂ©face de Michel Maxime Egger. LâespĂ©rance en mouvement. Labor et Fides, 2018Une vidĂ©o de Michel Maxime Egger prĂ©sente la formation mise en Ćuvre par Joanna Macy : le travail qui relie : https://www.youtube.com/watch?v=CRk5dpvoUDQ
- ReconnaĂźtre et vivre la prĂ©sence dâun Dieu relationnel. Extraits du livre de Richard Rohr : « The divine dance » : https://vivreetesperer.com/reconnaitre-et-vivre-la-presence-dun-dieu-relationnel/
- Jeremie Rifkin. « Le New Deal Vert mondial ». Pourquoi la civilisation fossile va sâeffondrer dâici 2028. Le plan Ă©conomique pour sauver la vie sur la terre. Les liens qui libĂšrent, 2019
- Bertrand Vergely. Retour Ă lâĂ©merveillement. Albin Michel, 2010 (Format de poche : 2017). « Le miracle de lâexistence » : https://vivreetesperer.com/le-miracle-de-lexistence/
par jean | Avr 12, 2023 | Vision et sens |
Selon Bertrand Vergely
A plusieurs reprises, nous avons prĂ©sentĂ© sur ce blog des Ă©crits de Bertrand Vergely (1). Bertrand Vergely, philosophe de culture et de conviction chrĂ©tienne orthodoxe, vient de publier un nouveau livre : « Voyage en haute connaissance. Philosophie de lâenseignement du Christ » (2). En page de couverture, ce livre est prĂ©sentĂ© dans les termes suivants : « Il existe aujourdâhui une crise morale et spirituelle trĂšs profonde en Occident, qui rend la vie fondamentalement absurde. Lâabsence de sens se traduit par une fuite dans les illusions et lâirresponsabilitĂ©. Bertrand Vergely propose une lecture stimulante et novatrice de lâenseignement christique qui nous montre comment naĂźtre Ă la vie spirituelle et grandir en conscience.
Quand la religion sort des visions politiques et dogmatiques lĂ©guĂ©es par lâhistoire, spiritualitĂ© et philosophie se rencontrent. Le Christ nâest pas un adepte du dolorisme, ni uniquement un missionnaire social, il rĂ©vĂšle surtout que nous avons en nous une destinĂ©e et des potentialitĂ©s inouĂŻes quâil sâagit de dĂ©couvrir ! ».
Ce livre est foisonnant. Les points de vue, les ouvertures se succĂšdent autour de lâenseignement du Christ, lui-mĂȘme inĂ©puisable. On ne peut rĂ©sumer un tel ouvrage et nous ne nous sentons pas en mesure dâen rendre compte. Câest une approche originale. Bertrand Vergely ouvre et renouvelle les angles de vue. Nous ne le suivons pas toujours. Souvent, il nous dĂ©concerte et nous nous interrogeons sur ses propos. Mais lorsque nous sommes perplexes, cela nous appelle Ă rĂ©flĂ©chir plus avant.
A travers son interprĂ©tation des textes, son hermĂ©neutique, son exĂ©gĂšse, Bertrand Vergely nous ouvre de nouveaux horizons. Dans ce « voyage en haute connaissance », les visions se succĂšdent. Le parcours se dĂ©roulent en quelques grandes parties : « I NaĂźtre. Sâouvrir Ă la connaissance. II Grandir. Rompre avec lâagitation. III LibĂ©rer. Sortir du dolorisme. IV Resplendir. Rentrer dans la vie divine.
Lâauteur nous aide Ă encourager chacun de ces mouvements : naĂźtre, grandir, libĂ©rer, resplendir dans une meilleure comprĂ©hension et un immense Ă©merveillement. Parce que nous constatons frĂ©quemment un Ă©cart entre cette Ă©lĂ©vation et un repli en terme de culpabilitĂ©, en terme de complaisance et dâenfermement dans la souffrance, nous Ă©voquerons ici la sĂ©quence : « LibĂ©rer. Sortir du dolorisme ».
Lâauteur dĂ©cline cette partie en six chapitres : Sortir de la culpabilitĂ©, sortir de la malĂ©diction, sortir du mĂ©rite, sortir de la punition, sortir de lâignorance, sortir de lâobscuritĂ©.
Sortir de la culpabilité
Issu de Saint Augustin, le dogme du pĂ©chĂ© originel a assombri le christianisme occidental pendant des siĂšcles. Dans son livre : « Oser la bienveillance » (3), la thĂ©ologienne Lytta Basset a mis en Ă©vidence le mal-ĂȘtre engendrĂ© par cette reprĂ©sentation pervertie de la nature humaine. Elle-mĂȘme en a souffert pendant de nombreuses annĂ©es. Elle a vĂ©cu au dĂ©part une hantise de la question de la culpabilitĂ©, de la faute et du pĂ©chĂ©. « Autre prĂ©occupation qui appartient Ă la prĂ©histoire de ce livre : Dans les dĂ©clarations publiques comme dans les accompagnements spirituels, je suis frappĂ©e par lâimage nĂ©gative que les gens ont dâeux-mĂȘmes et des humains en gĂ©nĂ©ral ». « Ma rĂ©flexion a donc eu pour point de dĂ©part mon propre malaise par rapport Ă la question du pĂ©chĂ© et Ă lâimage dĂ©sastreuse quâelle nous avait donnĂ© de nous-mĂȘmes ». Il y a dans ce livre un parcours particuliĂšrement utile pour engager un processus de libĂ©ration par rapport Ă des reprĂ©sentations qui emprisonnent et dĂ©truisent. A partir de cette perspective, Lytta Basset propose une vision nouvelle fondĂ©e sur son expĂ©rience de la relation humaine et sur sa lecture de lâEvangile.
Dans un autre contexte, lâhistorienne et thĂ©ologienne amĂ©ricaine, Diana Butler Bass, a vĂ©cu, dans sa jeunesse, une emprise religieuse mortifĂšre dont elle a pu sâĂ©chapper (4). Ainsi a-t-elle, Ă lâĂ©poque, frĂ©quentĂ© un sĂ©minaire oĂč elle sâest sentie formatĂ©e dans une vision de plus en plus sombre de lâhumanitĂ©. Les humains Ă©taient considĂ©rĂ©s comme de misĂ©rables pĂ©cheurs. « Il y avait dĂ©sormais un fossĂ© entre la dĂ©pravation de lâhumanitĂ© et la saintetĂ© divine ». Le culte devenait un exercice « de rĂ©affirmer le pĂ©chĂ© et dâimplorer le pardon ». « Je mâeffondrais dans lâobscuritĂ©, intellectuellement convaincue que lâhumanitĂ© Ă©tait mauvaise, tombĂ©e si bas quâil ne restait plus rien de bien, entiĂšrement dĂ©pendant dâun Dieu qui pouvait dans sa sagesse, choisir de sauver quelques-uns parmi lesquels je priais avec ferveur de figurer ». Par la suite, Diana, Ă travers des Ă©tudes historique, a pu dĂ©construire cette impĂ©rieuse « certitude thĂ©ologique ».
Dans dâautres contextes encore, on pourrait Ă©voquer une incessante auto-surveillance dans une dĂ©libĂ©ration sur la qualification des pĂ©chĂ©s, entre pĂ©chĂ© mortel et pĂ©chĂ© vĂ©niel, dans la perspective de la confession. A lâĂ©poque, un livre Ă©tait paru ave un titre significatif : « Lâunivers morbide de la faute ».
Bertrand Vergely dĂ©crit avec justesse lâunivers socio-religieux dans lequel la culpabilitĂ© sâimpose. « A lâorigine, est-il dit, on trouve le Bien et le Mal. Le Bien est lâordre voulu par Dieu, le Mal, ce qui sâoppose Ă cet ordre. Agir consiste Ă obĂ©ir au Bien. Lorsquâon choisit le Bien et quâon lui obĂ©it, on va au paradis. Lorsquâon choisi le mal, on va en enfer. Le Christ est venu faire triompher le Bien contre le Mal. En acceptant de souffrir et de mourir sur la croix, il a Ă©tĂ© et il est le modĂšle absolu de lâobĂ©issance quâil convient de suivre. Il a Ă©tĂ© le mĂ©rite mĂȘme en montrant comment il faut mĂ©riter. Cette vision-lĂ a beaucoup existĂ© de par le passĂ©. Elle existe encore, bien plus quâon ne le pense » (p 164). Bertrand Vergely impute cette conception Ă une volontĂ© de puissance de lâorganisation. « Pour tout un christianisme, si lâon veut demeurer une rĂ©alitĂ© collective qui dure Ă travers le temps, il nây a pas dâautre solution que dâorganiser cette rĂ©alitĂ© de façon militaire en crĂ©ant un ordre et lâobĂ©issance Ă cet ordre⊠Pour des raisons politiques, le christianisme a Ă©tĂ© organisĂ© sur la base dâun modĂšle Ă la fois militaire et mĂ©ritocratique. Il continue de lâĂȘtre. ModĂšle ambigu. En apparence, il respecte la foi et Dieu. En profondeur, il les Ă©vacue subtilement » (p 165).
En remontant Ă lâorigine, Ă la GenĂšse, « tout est crĂ©Ă© par le Verbe. Il sâagit lĂ dâune rupture radicale avec toute culpabilitĂ©âŠ
Le Verbe est la divine intelligence qui rend toute chose lumineuse en la rendant parlante. Dieu crĂ©ant tout par le Verbe, il y a lĂ une nouvelle vertigineuse. Tout existe parce que tout est amenĂ© Ă lâexistence par une divine information⊠Autre trait qui rompt ave la culpabilitĂ© : Dieu crĂ©e la terre et trouve cela bien. Dieu crĂ©e, mais le bien nâest pas donnĂ© au dĂ©part. Il rĂ©sulte de la crĂ©ation qui apprend quelque chose Ă Dieu. Pour que le bien existe, il a fallu que la crĂ©ation ait lieu. Le bien Ă©tant ainsi crĂ©ation accomplie, on comprend le divin contentement⊠Un troisiĂšme Ă©lĂ©ment vient confirmer cette vision trĂšs dĂ©culpabilisĂ©e. Dieu ne veut pas garder Dieu pour lui. Quand il crĂ©e lâhomme, il le crĂ©e non seulement Ă son image, mais pour sa ressemblance avec lui. Lâhomme qui est crĂ©Ă© par Dieu, est habitĂ© par le Verbe divin et lâinformation cĂ©leste qui lui permettent dâĂȘtre ce quâil est. Par cette information, il est appelĂ© Ă informer le monde, lâhumanitĂ© et lâexistence⊠Cette vision dĂ©pourvue de toute honte est couronnĂ©e par lâĂ©tat dans lequel sont lâhomme et la femme. Nus, ils nâen ont pas honte. La nuditĂ© dĂ©signe lâĂ©tat de connaissance absolue⊠» (p 167-168).
Bertrand Vergely ne voit Ă©galement aucune culpabilitĂ© dans la chute de lâhomme. « Quand il est racontĂ© que lâhomme, ayant le choix entre le bien et le mal, a choisi le mal en raison de sa volontĂ© mauvaise, on invente, le rĂ©cit de la chute montrant tout autre chose. Le rĂ©cit, dit du pĂ©chĂ© originel, se trouve au chapitre 3 de la GenĂšse. Comme toute la GenĂšse, ce rĂ©cit est un rĂ©cit de libĂ©ration. Il sâagit de comprendre la condition humaine. Tout vient de la connaissance. Lâhomme est invitĂ© Ă tout connaĂźtre, mais il importe de ne pas tout connaĂźtre avant lâheure. La connaissance est insĂ©parable du temps de la connaissance qui renvoie Ă lâassimilation intĂ©rieure⊠» (p 171). Que nous enseigne le rĂ©cit de la chute ? « Avant tout, Ă lâorigine, il nây a nullement une volontĂ© mauvaise, mais bien plutĂŽt une perte de volontĂ©. Qui nâest plus lui-mĂȘme, rompt sa relation avec la divine connaissance, non parce quâil est mĂ©chant et rĂ©voltĂ©, mais parce quâil nâest plus capable de vouloir. Quand on se laisse capturer par la sĂ©duction, ne connaissant plus rien dâautre, on cesse de connaĂźtre ce que lâon aimaitâŠ(p 171-172). Câest un drame, mais « tout nâest pas perdu pour autant. AprĂšs la mise au point sur le pĂ©chĂ© de lâhomme, Ă savoir son Ă©loignement de Dieu », une autre rĂ©alitĂ© apparaĂźt : « Quand on a mal agi, il est beau dâen avoir honte, dâĂȘtre conduit Ă le dire. Commence alors le dĂ©but dâun retournement intĂ©rieur conduisant Ă retrouver la connaissance perdue. La GenĂšse le signifie par lâhomme et la femme qui se cachent quand ils entendent la voix de Dieu. La divine connaissance ne peut pas ĂȘtre vĂ©cue sans un Ă©tat intĂ©rieur divin. Quand cet Ă©tat nâexiste pas, câest en sĂ©parant la connaissance divine de ce qui nâest pas divin, que lâon prĂ©serve la connaissance. Dans la GenĂšse, câest exprimĂ© Ă travers lâexclusion du jardin dâEden. Cette exclusion prĂ©pare le renouveau de la connaissance » (p 172-173).
On sâinterroge Ă propos de lâorigine du mal. Le mal est supposĂ© venir dâun principe mĂ©chant. Mais, lâinterprĂ©tation de Bertrand Vergely est autre. « Câest lâĂ©loignement de Dieu et avec lui, lâignorance qui rend mĂ©chant et non une mĂ©chancetĂ© fonciĂšre. On ne sait pas qui on est. VoilĂ pourquoi on ne sait pas ce que lâon fait, et ce que lâon fait de pire. Cette ignorance nâest pas un accident. Elle provient dâun Ă©tat intĂ©rieur, en lâoccurrence dâun manque total dâintĂ©riorité⊠» (p 173).
Dans ce mouvement de libĂ©ration Ă lâĂ©gard de la culpabilisation, Bertrand Vergely nous appelle Ă lire le prologue de lâĂ©vangile de Jean aprĂšs la GenĂšse. Dans ce prologue, on retrouve ce qui se trouve dĂ©jĂ dans le rĂ©cit de la GenĂšse. « Dieu qui crĂ©e, crĂ©e le monde et lâHomme par la Parole. Il crĂ©e pour que la vie divine se diffuse partout, dans lâinvisible comme dans le visible » (p 174). Le concept de transmission est trĂšs prĂ©sent « Le Royaume, qui veut dire transmission, est diffusion » Dans le prologue de Jean, on lit : « La lumiĂšre a Ă©tĂ© envoyĂ©e dans les tĂ©nĂšbres et les tĂ©nĂšbres ne lâont pas retenue ». « Cette parole a Ă©tĂ© mal traduite. Ne pas recevoir ne veut pas dire rejeter, mais ne pas pouvoir contenir. La LumiĂšre divine est tellement lumineuse que rien ne peut la contenir ni lâarrĂȘter. On a lĂ le fondement de la connaissance divine⊠Dans la GenĂšse, lâĂ©chec concernant la connaissance de Dieu vient de la faiblesse et des limites humaines. Dans le prologue de Jean, lâĂ©chec concernant la connaissance de Dieu est la gloire mĂȘme de Dieu. Dans la GenĂšse, lâhomme retrouve la connaissance Ă travers la noble honte. Dans le prologue de Jean, il trouve la connaissance dans lâhumilitĂ© » (p 175).
Sortir de la punition
Bertrand Vergely aborde la question du mal. Câest lĂ , quâentre autres, il Ă©voque lâusage de punition dans un prĂ©tendu service du bien.
« Lorsquâil fait passer le mal pour le bien, le mal se sert toujours de la justice. En punissant, il peut faire du mal en toute impunitĂ©. Il ne punit pas. Il Ćuvre pour le bien. Il purifie⊠Il est tentant de punir. Les bourreaux ne rĂ©sistent jamais Ă se faire passer pour des justiciers venant punir afin de rĂ©tablir la justice. Cela Ă©claire lâautre face du mal. Sâil ne va pas de soi de ne pas subir, il ne va pas de soi de ne pas faire subir. A chaque fois que lâon a affaire Ă une tentative de prise de pouvoir, cela ne manque jamais : lâaspirant au pouvoir ne dit pas quâil veut le pouvoir, il veut la justice⊠» (p 206).
En regard, lâattitude du Christ est claire. « Le Christ nâest pas venu punir. Il nâest pas venu condamner la femme adultĂšre. Il est venu au contraire mettre fin au mensonge de la punition permettant par exemple de lapider une femme en toute bonne conscience au nom de la justice. Il a ensuite Ă©tĂ© condamnĂ© Ă mort et exĂ©cutĂ©. Ce nâest pas Ă©tonnant. DĂ©nonçant le mensonge de la punition, il a Ă©tĂ© puni par ceux qui entendent pouvoir punir en toute impunitĂ© » (p 206).
« On ne remet pas facilement en cause la morale et la religion punitive⊠Dans le domaine religieux, on sâen rend compte. La difficultĂ© voire lâimpossibilitĂ© de se dĂ©livrer dâune religion punitive et sacrificielle en tĂ©moigne. LâimpossibilitĂ© de se dĂ©livrer dâun Dieu punitif et sacrificiel aussi » (p 207).
« La tradition qui pense que le Christ est venu souffrir pour nous les hommes est insĂ©parable de celle qui punit et qui magnifie le sacrifice. Souffrir, punir, se sacrifier, la logique est la mĂȘme. Il faut mĂ©riter. Pour mĂ©riter, il faut souffrir. On souffre quand on se sacrifie. On se sacrifie quand on se sacrifie pour se sacrifier. Afin de parvenir Ă un tel rĂ©sultat, un rituel sacrificiel sâimpose. Il faut quâil y ait le sacrifice suprĂȘme, Ă savoir la mort pour la mort, pour que, le sacrifice absolu Ă©tant fondĂ©, le sacrifice le soit. Avec un coupable, il y a de la justice. Avec un innocent, la mort Ă©tant la mort pour la mort, il nây en a pas. La mort est alors sure dâĂȘtre sacrĂ©e. SacrĂ©e, elle peut fonder le sacrifice, la souffrance, lâobĂ©issance et le mĂ©rite » (p 207).
Dans les sociĂ©tĂ©s hiĂ©rarchisĂ©es, une pression sâexerce en faveur de lâobĂ©issance. « Les sociĂ©tĂ©s humaines sont perdues quand les hommes nâobĂ©issent pas. PrĂ©sentĂ© comme lâinnocent qui accepte de mourir pour mourir, faisant vivre une mort sacrĂ©e Ă travers une mort absolue, le Christ devient celui qui fonde lâobĂ©issance et le mĂ©rite, et sauve les sociĂ©tĂ©s humaines. Il conforte lâidĂ©e quâil faut obĂ©ir Ă la sociĂ©tĂ©. Dieu veut quâon lui obĂ©isse et il offre son fils pour cela » (p 208).
On peut sâinterroger sur la position du christianisme sur cette question dans lâhistoire. Bertrand Vergely a dĂ©montĂ© les mĂ©canismes de la religion punitive et sacrificielle. Le christianisme ne doit pas ĂȘtre une religion de la souffrance et du sacrifice. « Le pouvoir, le mĂ©rite, lâobĂ©issance, la souffrance ne sont pas les buts cĂ©lestes. Dieu attend des hommes quâils fassent mieux que mĂ©riter, souffrir, obĂ©ir et se sacrifier. Les premiers chrĂ©tiens lâentendent. Câest la raison pour laquelle ils ne poursuivent pas de but politique⊠» (p 208). Lâauteur sâinterroge ensuite sur lâattitude de Paul et les consĂ©quences du dĂ©sir de celui-ci de rallier une communautĂ© juive traditionnaliste.
Sortir de lâignorance
Bertrand Vergely Ă©voque un texte de PĂ©guy qui reproche aux « honnĂȘtes gens », caricaturant ainsi les bourgeois du XIXe siĂšcle, de se draper dans une armure, de refuser toute vulnĂ©rabilitĂ© et de ne se prĂȘter Ă aucune repentance. « Ils ne prĂ©sentent pas cette entrĂ©e Ă la grĂące quâest essentiellement le pĂ©chĂ©. Parce quâils ne sont pas blessĂ©s, ils ne sont plus vulnĂ©rables⊠Parce quâils ne manquent de rien, on ne leur apporte pas ce qui est tout. La charitĂ© mĂȘme de Dieu ne panse point celui qui nâa pas de plaies⊠» (p 211). Bertrand Vergely commente ce texte en le situant dans son contexte. « Ce texte qui souhaite au bourgeois sĂ»r de lui de souffrir est un texte de salut, sur le salut et pour le salut. Si le bourgeois souffre, comprenant quâil ne peut pas se sauver tout seul, il va devenir humble. Il sera sauvĂ©. Certes, il y a le salut, mais Ă quel prix ! PĂ©guy sâinscrit dans la tradition dâun christianisme doloriste. Pour lui, cela ne fait pas de doute : la souffrance rend humble et Dieu sauve les humbles qui souffrent. Il oublie quâil nây a pas que la souffrance qui rend humble. La lumiĂšre divine rend humble. Le Verbe rend humble. Lâaventure de la connaissance rend humble » (p 213) Un autre danger de ce genre de raisonnement, câest dâinduire que « Dieu fait exprĂšs de faire chuter lâhomme et de le faire souffrir pour mieux le sauver ». Ainsi Bertrand Vergely conclut que « pour aller vers le salut, occupons-nous de ce qui nous illumine et non de ce qui nous assombrit. Dieu se trouve dans ce qui sauve lâhumanitĂ© et non dans ce qui fait exprĂšs de la faire chuter pour mieux la sauver » (p 214). Lâauteur pointe Ă©galement un autre danger : lâexaltation de la souffrance. « PĂ©guy a choisi les siens. Il est du cĂŽtĂ© des victimes, de ceux qui souffrent. Ce sont eux qui sauvent le monde. Tout un christianisme se fonde donc sur la figure du pauvre, de celui qui souffre, de la victime. Dieu, câest eux. Le salut, câest eux⊠Cet Ă©lan du cĆur se comprend. Il nâen est pas moins dĂ©sastreux. En faisant de la douleur ce qui sauve, on finit par faire dâelle non seulement un Dieu, mais ce qui le crĂ©e. Câest parce que lâhomme est Ă terre que Dieu peut sauver et sauve, dit PĂ©guy. Donc, câest la douleur qui crĂ©e Dieu » (p 217). Selon Bertrand Vergely, il y aurait une complaisance dans la douleur. « Le moi, afin de sâimposer, crĂ©e un Dieu Ă sa mesure. Avec la douleur, il en va de mĂȘme. Les victimes ayant besoin dâĂȘtre rĂ©confortĂ©es, elles crĂ©ent une vision de la douleur qui invente Dieu et le salut⊠» (p 217). Bertrand Vergely situe cette attitude vis Ă vis de la souffrance au XIXe siĂšcle et jusquâĂ nos jours. Et en Ă©voquant « la dĂ©rive qui enfonce le monde au lieu de le libĂ©rer », il en voit la traduction dans une reprĂ©sentation du Christ « crucifiĂ©, les yeux fermĂ©s, le visage ensanglantĂ© par une couronne dâĂ©pines, les mains transpercĂ©es par des clous, seul, absolument seul » (p 218). A vrai dire, cette reprĂ©sentation remonte trĂšs loin dans le temps. Lâauteur lâĂ©voquait au dĂ©but de son livre : « A Belem, non loin de Lisbonne, au Portugal, dans lâĂ©glise du monastĂšre des HiĂ©ronymites, on peut voir un Christ grandeur nature crucifiĂ©, souffrant et ensanglantĂ©. On est loin du Christ glorieux. Il faut souffrir, dit ce Christ, et il faut faire souffrir parce quâil faut obĂ©ir et faire obĂ©ir. Message politique venu de loin, des lĂ©gions romaines avec leur culte de lâordre qui a inspirĂ© tout un christianisme et lâinspire encore » (p 16-17).
Bertrand Vergely en vient Ă Ă©voquer comment il envisage la confrontation avec la souffrance. « Face Ă la souffrance, la douleur est une attitude possible. Il y en a une autre. Elle repose sur lâĂȘtre. La souffrance renvoie Ă lâexpĂ©rience du retournement qui fait passer du refus de subir Ă la capacitĂ© de supporter. Entre les deux, il y a cet entre-deux qui forme lâattente consistant Ă ĂȘtre en souffrance » (p 218). On cherchera Ă comprendre cette maniĂšre de voir en se reportant aux explications de lâauteur. Il envisage cet entre-deux comme un hors temps. « Qui fait le vide, fait silence. Qui fait silence, fait taire le mental. Qui fait taire le mental fait taire la tentation dâĂȘtre la victime⊠Quand ce silence se fait, lâĂȘtre pouvant parler, il peut enseigner. Pouvant enseigner, il peut vraiment guĂ©rir et sauver » (p 219). Bertrand Vergely voit dans cette rĂ©flexion un Ă©clairage pour envisager ce quâil appelle : le sommeil cĂ©leste. Il nous introduit lĂ dans un univers chrĂ©tien oĂč la croix nâapparaĂźt pas en termes morbides. Câest lâexemple du christianisme orthodoxe. « Lâorthodoxie ne reprĂ©sente pas le Christ sous la forme dâun crucifiĂ© sur une croix. Quand il y a des reprĂ©sentations de la croix, celles-ci sont des icĂŽnes et non des tableaux. Une icĂŽne nâest pas un tableau et un tableau nâest pas une icĂŽne. Un tableau a pour but de reprĂ©senter la rĂ©alitĂ© matĂ©rielle. Une icĂŽne a pour but de laisser passer la lumiĂšre divine⊠Avec une icĂŽne, la rĂ©alitĂ© matĂ©rielle et humaine est le reflet du ciel et du divin » (p 219). Bertrand Vergely engage une mĂ©ditation sur la signification de la Croix auquel sera consacrĂ© son chapitre : « Sortir de lâobscuritĂ© ». Ici, il traite de la victoire sur la mort : « Par la mort, il a vaincu la mort », clame lâhymne pascal des Ă©glises orthodoxes pour cĂ©lĂ©brer la rĂ©surrection du Christ. Mourir, câest aller au ciel et non dans la mort. La mort ne met pas le ciel en Ă©chec. Câest plutĂŽt le ciel qui met la mort en Ă©chec. Le Christ dormant sur la croix est lĂ pour le rappeler. Il est lĂ pour que lâon fasse silence en stoppant le mental. Ne donnant pas Ă voir une victime dĂ©vorĂ©e par la douleur, mais un endormi cĂ©leste, lâicĂŽne de la croix rend impossible toute la mĂ©canique mentale et politique qui se met en marche dĂšs que le regard aperçoit une victime ».
(p 220).
Certes, aujourdâhui, le dolorisme a reculĂ© en France. Mais, une telle mentalitĂ© religieuse associĂ©e Ă des justifications thĂ©ologiques laisse des traces. Comme lâĂ©crit Bertrand Vergely, « cette vision-lĂ a beaucoup existĂ© dans le passĂ©. Elle existe encore bien plus quâon ne le pense » (p 164). RĂ©cemment encore, une amie me faisait part dâun vif ressenti Ă cet Ă©gard. Dans les annĂ©es 1970, au cours dâune sĂ©ance de catĂ©chisme le vendredi saint, ses garçons avaient Ă©tĂ© contraints de venir embrasser le Christ souffrant en croix. Et ils en Ă©taient revenus trĂšs choquĂ©s. « Maman, je ne veux plus aller au catĂ©chisme. Ce nâest pas nous qui avons tuĂ© JĂ©sus-Christ ». On pourrait Ă©voquer aussi des prĂ©dications oĂč la rĂ©surrection compte peu par rapport Ă une crucifixion salvatrice. Refuser le dolorisme, câest choisir une autre perspective thĂ©ologique. Câest lâapproche de Bertrand Vergely. Dans un autre contexte, nous Ă©voquerons le livre de JĂŒrgen Moltmann : « The living God and the fullness of life » (Le Dieu vivant et la plĂ©nitude de vie) (5). Il y Ă©crit : « Pourquoi le christianisme est-il uniquement une religion de la joie, bien quâen son centre, il y a la souffrance et la mort du Christ sur la croix ? Câest parce que, derriĂšre Golgotha, il y a le soleil du monde de la rĂ©surrection, parce que le crucifiĂ© est apparu sur terre dans le rayonnement de la vie divine Ă©ternelle, parce quâen lui, la nouvelle crĂ©ation Ă©ternelle du monde commence. LâapĂŽtre Paul exprime cela avec sa logique du « combien plus ». « LĂ oĂč le pĂ©chĂ© est puissant, combien plus la grĂące est-elle puissante ! » (Romains 5.20). « Car le Christ est mort, mais combien plus, il est ressuscitĂ© » (Romains 8.34). VoilĂ pourquoi les peines seront transformĂ©es en joie et la vie mortelle sera absorbĂ©e dans une vie qui est Ă©ternelle » (p 100-101).
J H
- Avant toute chose, la vie est bonne : https://vivreetesperer.com/avant-toute-chose-la-vie-est-bonne/ Avoir de la gratitude : https://vivreetesperer.com/avoir-de-la-gratitude/ Dieu vivant : rencontrer une prĂ©sence : https://vivreetesperer.com/dieu-vivant-rencontrer-une-presence/ Dieu veut des dieux : https://vivreetesperer.com/dieu-veut-des-dieux/ Le miracle de lâexistence : https://vivreetesperer.com/le-miracle-de-lexistence/
- Bertrand Vergely. Voyage en haute connaissance. Philosophie de lâenseignement du Christ. Le ReliĂ©, 2023
- Bienveillance humaine. Bienveillance divine : une harmonie qui se répand : https://vivreetesperer.com/bienveillance-humaine-bienveillance-divine-une-harmonie-qui-se-repand/
- LibĂ©rĂ©e dâune emprise religieuse : https://vivreetesperer.com/liberee-dune-emprise-religieuse-2/
- Le Dieu vivant et la plénitude de vie : https://vivreetesperer.com/le-dieu-vivant-et-la-plenitude-de-vie/
par jean | Mai 5, 2018 | ARTICLES, Vision et sens |
Selon Bertrand Vergely. Prier, une philosophie
Nous avons de plus en plus conscience que lâapproche intellectuelle dominante dans le passĂ© tendait Ă diviser la rĂ©alitĂ©, Ă en opposer et en sĂ©parer les Ă©lĂ©ments plutĂŽt que dâen percevoir les interrelations et une Ă©mergence de sens dans la prise en compte de la totalitĂ©. Ainsi, dans « Petite Poucette », Michel Serres met en Ă©vidence des changements que la rĂ©volution numĂ©rique suscite actuellement dans la maniĂšre dâĂȘtre et de connaĂźtre (1). Il constate que lâordre qui quadrillait le savoir est en train de sâeffriter. Et il remet en cause les cloisonnements universitaires. « LâidĂ©e abstraite maitrise la complexitĂ© du rĂ©el, mais au prix dâun appauvrissement de la prise en compte de celui-ci ». Et, de mĂȘme, dans une Ćuvre thĂ©ologique de longue haleine, JĂŒrgen Moltmann montre lâĂ©mergence dâune nouvelle approche intellectuelle et culturelle qui se dĂ©partit du penchant dominateur Ă lâĆuvre dans la prĂ©pondĂ©rance dâune pensĂ©e analytique gĂ©nĂ©ralisĂ©e. Ainsi, dans son livre : « Dieu dans la crĂ©ation » (2), paru en France en 1988, JĂŒrgen Moltmann Ă©crit : « Le traitĂ© de la crĂ©ation dans son rapport Ă©cologique doit sâefforcer dâabandonner la pensĂ©e analytique avec ses distinctions sujet-objet, et apprendre une pensĂ©e nouvelle communicative et intĂ©grante. Dans cette critique de la pensĂ©e analytique, Moltmann Ă©voque lâantique rĂšgle romaine de gouvernement : « divide et impera » (diviser et rĂ©gner). Aujourdâhui, des sciences nouvelles comme la physique nuclĂ©aire et la biologie mettent en Ćuvre des approches nouvelles. « On comprend beaucoup mieux les objets et les Ă©tats de chose quand on les perçoit dans leurs relations avec leur milieu et leur monde environnant Ă©ventuels, lâobservateur humain Ă©tant inclus » (p 14). Cette approche prĂ©alable appuie une part de la rĂ©flexion de Bertrand Vergely dans son livre : « Prier, une philosophie » (3).
En effet, aux yeux de certains, la priĂšre et la philosophie sont deux domaines sĂ©parĂ©s. Au contraire, Bertrand Vergely met en Ă©vidence les interrelations. Ainsi met-il en exergue une pensĂ©e de Wittgenstein : « La priĂšre est la pensĂ©e du sens de la vie ». « Quand on considĂšre les relations entre philosophie et religion, celles-ci sâopposent. Si on envisage philosophie et religion de lâintĂ©rieur, il en va autrement. Au sommet, tout se rejoint » (p 15). Et, de mĂȘme, Bertrand Vergely montre quâil nâest pas bon, de sĂ©parer lâaction et la priĂšre. Il ouvre des portes par rapport au dĂ©ficit engendrĂ© par un exercice de la pensĂ©e autosuffisant et coupĂ© de la rĂ©alitĂ© existentielle. « La modernitĂ©, qui poursuit un idĂ©al de rationalitĂ© et de laĂŻcitĂ©, divise la rĂ©alitĂ© en deux, avec dâun cĂŽtĂ©, lâaction, et, de lâautre, la priĂšre. Les choses sont-elles aussi simples ? » (p 10). De fait, « il y a quelque chose que nous avons tous expĂ©rimentĂ©, Ă savoir la prĂ©sence. Devenir prĂ©sent Ă ce que nous sommes Ă©veillant la prĂ©sence en nous, on fait advenir la prĂ©sence de ce qui vit autour de nous » (p 11)⊠Mettons nous Ă vivre dans le prĂ©sent, on rentre dans la prĂ©sence. En restant dans la prĂ©sence, on rencontre ce qui demeure stable Ă travers le changement et le multiple⊠PrĂ©sence emmenant loin au delĂ de soi vers le supra-personnel, le supra-conscient comme le dit Nicolas Berdiaeff. « Nul ne sait ce que peut le corps » dit Spinoza. La prĂ©sence est en relation avec une prĂ©sence qui dĂ©passe tout, la divine prĂ©sence⊠(p 12). DâoĂč lâerreur de penser que la condition humaine est fermĂ©e. Quand on prie en allant de toutes ses forces dans son ĂȘtre profond, ce qui semble impossible devient possible » (p 13).
Bertrand Vergely nous parle Ă la fois en philosophe et en chrĂ©tien de confession et de culture orthodoxe. Ce livre nous emmĂšne loin : « Prier ? Prier les dieux, Prier Dieu ? ; Quand la priĂšre humanise ; Quand la philosophie spiritualise ; Quand la priĂšre divinise ». Il tĂ©moigne dâune immense culture. Certes, nous pouvons parfois nous sentir dĂ©passĂ© par le langage philosophique. Mais lâauteur recherche lâaccessibilitĂ©, notamment en dĂ©coupant le livre en de courts chapitres. Il nâest pas nĂ©cessaire de le lire en continu. Et, dans cette prĂ©sentation, nous ne couvrirons pas lâensemble de lâouvrage ; nous nous centrerons sur une dĂ©marche de lâauteur qui rejoint quelques autres, celles de JĂŒrgen Moltmann et de Richard Rohr.
Dons et requĂȘtes de la vie
Dans son approche, Ă de nombreuses reprises, Bertrand Vergely appelle Ă la conscience de la vie dans tout ce quâelle requiert et tout ce quâelle entraine. Câest ainsi quâon dĂ©bouche sur une dĂ©marche spirituelle et sur la priĂšre.
Et, pour cela, on doit aussi se dĂ©marquer dâun monde dominĂ© par notre intellect prĂ©dateur et sa rationalitĂ© morbide ».
« Transformer son intelligence. Laisser passer le Vivant, lâUnique en soi. On y parvient par la mĂ©tanoĂŻa, la sur-intelligence. Quand on vit, il nây a pas que nous qui vivons. Il y a la Vie qui se vit en nous et qui nous veut vivant. Il y a quelque chose Ă la base de lâexistence. Un principe agissant, une force, un premier moteur, comme le dit Aristote, une lumiĂšre qui fait vivre. (p 220)⊠Quand nous rentrons en nous-mĂȘmes afin de savoir qui nous sommes, ce nâest pas un moi bavard que nous dĂ©couvrons, mais un moi profond portĂ© par la Vie avec un grand V. dâoĂč la justesse de Saint Augustin quand, parlant de Dieu, il a cette formule : « la vie de ma vie » (p 221).
RĂ©pondons-nous oui Ă la vie ? Vivons-nous vraiment ? Ou bien sommes-nous prisonniers de principes auxquels nous nous assujettissons ? La morale et la religion peuvent ainsi sâimposer comme un esclavage. Au contraire, « la morale et la religion sont en nous et non Ă lâextĂ©rieur⊠Câest ce que le Christ rappelle. Lâenfant, qui est la vie mĂȘme, est le modĂšle de la morale et de la religion. Ce que nâest pas le pharisien qui ne se laisse plus porter par la vie qui est en lui⊠» (p 236).
« La Vie. La Vie avec un grand V. Ce nâest pas un terme grandiloquent. Il y a en nous une prĂ©sence faisant Ă©cho Ă ce que nous avons de plus sensible, dâoĂč la justesse de parler de divine prĂ©sence.
Câest « une conscience profonde Ă la base de lâĂ©tonnante capacitĂ© que nous avons de demeurer le mĂȘme Ă travers le temps et que JankĂ©lĂ©vitch appelle lâipsĂ©itĂ© ». Câest « une conscience vivante avec laquelle rien nâest dĂ©sincarnĂ©, ni impersonnel, le moi Ă©tant liĂ© au monde comme le Je est liĂ© au Tu et le Tu au Je pour reprendre lâidĂ©e majeure qui guide la pensĂ©e de Martin Buber (p 237).
« Chaque fois quâun sujet se met Ă ĂȘtre le monde au lieu dâĂȘtre en face de lui, apparaĂźt une expĂ©rience lumineuse, Ă©tincelante, faisant tout exister et quelque chose de plus. Une libertĂ© supĂ©rieure, divine » (p 238).
Dieu vivant
On peut sâinterroger sur les raisons de croire en Dieu en terme de rĂ©ponse Ă une recherche de cause. « Quand la raison cherche Ă dĂ©montrer lâexistence de Dieu par la raison banale, elle ne convainc personne⊠Quand une cause a Ă©tĂ© dĂ©montrĂ©e rationnellement, nul besoin dây croire⊠» (p 225). La relation Ă Dieu est dâun autre ordre. Elle implique notre ĂȘtre profond. « Il faut exister pour comprendre quelque chose Ă lâexistence de Dieu. Quand on est dans la raison objective qui aborde le monde Ă distance, il est normal quâil nâexiste pas » (p 226)⊠Ainsi la foi implique et requiert une intensitĂ© de vie.
« Le monde occidental ne croit plus aujourdâhui que Dieu est la cause du monde. En revanche, quand Dieu est pensĂ© comme sur-existence, il en va autrement. Il se pourrait que nous ne soyons quâau dĂ©but de la vie de Dieu et que son temps ne soit nullement passĂ©. La preuve : quand on pense Dieu, on pense toujours celui-ci sur un mode thĂ©iste. Jamais ou presque sur un mode trinitaire. DâoĂč deux approches de Dieu pour le moins radicalement diffĂ©rentes. Posons Dieu en termes thĂ©istes. Celui-ci est un principe abstrait sous la forme dâune entitĂ© dans un ciel vide. Il est comme la raison objective. Unique, mais Ă quel prix ! A part lui, table rase⊠Posons Ă lâinverse Dieu en termes trinitaires. Dieu nâest plus Dieu, mais PĂšre, source ineffable de toute chose. Il nâest plus seul, mais Fils, câest Ă dire passage du non manifestĂ© au manifesté⊠Dans le visible et non dans lâinvisible. Dans le thĂ©isme, on a affaire Ă un Dieu, froid, glacial mĂȘme. Avec le Dieu trinitaire, on a affaire Ă une cascade de lumiĂšre, dâamour et de vie⊠(p 227-228).
Importance du passage. Des HĂ©breux au Christ, une continuitĂ©, un mĂȘme souffle : diffuser la vie et non la mort, et, par ce geste, glorifier le PĂšre, la source de vie, source ineffable. On est loin du Dieu qui ne fait quâexister, du Dieu cause. Le Dieu qui cause le monde ne le transforme pas. Le Dieu qui sur-existe le transforme. Il fait vivre en appelant lâhomme Ă la vie afin quâil sur-existe en devenant comme lui hyper-vivant » (p 229).
Dieu vivant, communion dâamour, puissance de vie
En lisant le livre de Bertrand Vergely sur la priĂšre, nous voyons de convergences avec le courant de la pensĂ©e thĂ©ologique que nous avons dĂ©couvert dans les ouvrages de JĂŒrgen Moltmann, puis dans le livre de Richard Rohr : « The Divine Dance » (4).
Dans les annĂ©es 1980, JĂŒrgen Moltmann a Ă©tĂ© le pionnier dâune nouvelle pensĂ©e trinitaire qui nous prĂ©sente un Dieu relationnel, un Dieu communion. Dans son livre le plus rĂ©cent : « The living God and the fullness of life » (5), il Ă©crit : « la foi chrĂ©tienne a elle-mĂȘme une structure trinitaire parce quâelle est une expĂ©rience trinitaire avec Dieu »⊠« Nous vivons en communion avec JĂ©sus, le Fils de Dieu et avec Dieu, le PĂšre de JĂ©sus-Christ, et avec Dieu, lâEsprit de vie⊠Ainsi, nous ne croyons pas seulement en Dieu. Nous vivons avec Dieu, câest Ă dire dans son histoire trinitaire avec nous » (p 60-62).
De mĂȘme, Robert Rohr nous parle de la rĂ©volution trinitaire comme lâĂ©mergence dâun nouveau paradigme spirituel. Et, comme Moltmann, pour exprimer Dieu trinitaire, il emprunte aux PĂšres grecs, lâimage de la « danse divine ». « Tout ce qui advient en Dieu, câest un flux, une relation, une parfaite communion entre trois, le cercle dâune danse dâamour ».
Et comme Bertrand Vergely nous appelle Ă rencontrer Dieu Ă travers lâexpĂ©rience, Ă travers le vivant, Richard Rohr raconte comment, dĂ©couvrant le plein sens de Dieu trinitaire, Ă travers un livre savant, il lâa ressenti comme une expĂ©rience intĂ©rieure. « La TrinitĂ© nâĂ©tait pas une croyance, mais une voie objective pour dĂ©crire ma propre expĂ©rience de la transcendance et ce que jâappelle le flux. La conviction venait de lâintĂ©rieur. Quelque chose rĂ©sonnait en moi ».
Le premier chapitre du livre de JĂŒrgen Moltmann : « LâEsprit qui donne la vie » (6) sâintitule : « ExpĂ©rience de la vie, expĂ©rience de Dieu ». Câest donner Ă lâexpĂ©rience une place primordiale. « LâexpĂ©rience de Dieu devient possible dans, avec et sous toute expĂ©rience quotidienne du monde dĂšs lors que Dieu est dans toute chose et que toute chose est en Dieu, et que, par consĂ©quent, Dieu lui-mĂȘme, Ă sa maniĂšre, fait « lâexpĂ©rience de toute chose ».
La pensĂ©e trinitaire donne toute sa place Ă la troisiĂšme composante divine, lâEsprit de Dieu, lâEsprit qui donne la vie. » (7) Lâagir de lâEsprit de Dieu qui donne la vie est universel et on peut le reconnaĂźtre dans tout ce qui sert la vie » (p 8). Il y a unitĂ© dans « lâagir de Dieu dans la crĂ©ation, le rĂ©demption et la sanctification de toutes choses » (p 27). « Les recherches conduisant Ă une « thĂ©ologie Ă©cologique », Ă une christologie Ă©cologique et Ă une redĂ©couverte du corps ont pour point de dĂ©part la comprĂ©hension hĂ©braĂŻque de lâEsprit de Dieu et prĂ©supposent lâidentitĂ© entre lâEsprit rĂ©dempteur du Christ et lâEsprit de Dieu qui crĂ©e et donne la vide ». Câest pourquoi lâexpĂ©rience de lâEsprit, qui donne vie, qui est faite dans la foi du cĆur et dans la communion de lâamour, conduit dâelle-mĂȘme au delĂ des frontiĂšres de lâEglise vers la redĂ©couverte de ce mĂȘme Esprit dans la nature, les plantes, les animaux et dans les Ă©cosystĂšmes de la terre » (p 28).
Richard Rohr nous parle Ă©galement du Saint Esprit comme « la relation dâamour entre le PĂšre et le Fils. Câest cette relation qui nous est gratuitement donnĂ©e. Ou mieux, nous sommes inclus dans cet amour » (p 196). Dans la crĂ©ation, lâEsprit engendre la diversitĂ© et, en mĂȘme temps, il est Celui qui relie et qui rassemble. Richard Rohr nous fait part dâun texte significatif de Howard Thurman, un inspirateur de Martin Luther King. « Nous sommes dans un monde vivant. La vie est vivante (alive) et nous aussi, comme expression de la vie, nous sommes vivant et portĂ©s par la vitalitĂ© caractĂ©ristique de la vie. Dieu est la source de la vitalitĂ©, de la vie et de toutes les choses vivantes » (p 189).
Lâunivers est relationnel. Il est habitĂ©. « Il est parcouru par le flux de lâamour divin qui passe en nous » (p 56). Câest un flux de vie. Dieu est la force de vie qui anime toute chose et nous invite Ă reconnaĂźtre sa prĂ©sence.
Tout au long de son Ćuvre, JĂŒrgen Moltmann a dĂ©veloppĂ© une thĂ©ologie de la vie fondĂ©e sur la rĂ©surrection et manifestĂ©e dans une approche trinitaire. Il lâexprime bien cette dĂ©marche dans le titre de son dernier livre : « Le Dieu vivant et la plĂ©nitude de vie (5). « Ce que je souhaite faire ici est de prĂ©senter une transcendance qui ne supprime, ni nâaliĂšne notre vie prĂ©sente, mais qui libĂšre et donne vie, une transcendance dont nous ne ressentions pas le besoin de nous dĂ©tourner, mais qui nous remplisse de la joie de vivre » (p X).
Richard Rohr nous apporte une vision enthousiaste et libĂ©ratrice de la prĂ©sence divine en un Dieu trinitaire. « Dieu nâest pas un ĂȘtre parmi dâautres, mais plutĂŽt lâEtre lui mĂȘme qui se rĂ©vĂšle⊠le Dieu dont JĂ©sus parle et sây inclut, est prĂ©sentĂ© comme un dialogue sans entrave, un flux inclusif et totalement positif, la roue dâun moulin Ă eau qui rĂ©pand un amour que rien ne peut arrĂȘter » (p 43).
Cette reconnaissance de la vie divine rejoint celle à laquelle nous appelle Bertrand Vergely dans son livre : « Prier, une philosophie ».
« Il y a en nous une prĂ©sence faisant Ă©cho Ă ce que nous avons de plus sensible et de plus profond, dâoĂč la justesse de parler dâune divine prĂ©sence ». « Laissons passer le vivant⊠Quand on vit, il nây a pas que ce que nous vivons. Il y a la Vie qui se vit en nous et qui nous veut vivant » (p 237 et 220).
J H
(1) « Une nouvelle maniĂšre dâĂȘtre et de connaĂźtre ». (Michel Serres. Petite Poucette) : https://vivreetesperer.com/?p=836
(2) JĂŒrgen Moltmann. Dieu dans la crĂ©ation. TraitĂ© Ă©cologique de la crĂ©ation. Cerf, 1988
(3) Bertrand Vergely. Prier, une philosophie. Carnetsnord, 2017
(4) Richard Rohr. With Mike Morrell. The Divine Dance. The Trinity and your transformation. SPCK, 2016. Mise en perspective sur ce blog : https://vivreetesperer.com/?p=2758
(5) JĂŒrgen Moltmann. The living God and the fullness of life. World Council of Churches, 2016 Mise en perspective sur ce blog : https://vivreetesperer.com/?p=2697 et https://vivreetesperer.com/?p=2413
(6) JĂŒrgen Moltmann. LâEsprit qui donne la vie. Une pneumatologie intĂ©grale. Cerf, 1999
(7) « Un Esprit sans frontiÚres » : https://vivreetesperer.com/?p=2751
Voir aussi : « LâĂ©merveillement est le fondement de lâexistence. Propos de Bertrand Vergely » : https://vivreetesperer.com/?p=1089
Odile Hassenforder. « La grĂące dâexister » : https://vivreetesperer.com/?p=50
Jean-Claude Schwab. « Accéder au fondement de son existence » : https://vivreetesperer.com/?p=1295
par jean | Jan 10, 2024 | Vision et sens |
« Awe and amazement »
Un autre regard
Sur son site : âCenter for action and contemplationâ, Richard Rohr nous entraine dans une sĂ©quence sur les bienfaits de lâadmiration et de lâĂ©merveillement dans la vie spirituelle. Cette sĂ©quence est intitulĂ©e : « awe and amazement » (1)
Le sens du terme de « awe » a Ă©voluĂ© dans le temps Ă partir dâun vocabulaire religieux oĂč la rĂ©vĂ©rence Ă©tait accompagnĂ©e par une forme de crainte. Aujourdâhui, ce terme Ă©voque admiration et Ă©merveillement. Depuis le dĂ©but de ce siĂšcle, le phĂ©nomĂšne correspondant est lâobjet dâune recherche. Aujourdâhui, la « awe » attire lâattention des chercheurs en psychologie. Le ressenti de transcendance, qui sâest inscrit dans une histoire religieuse, est reconnu aujourdâhui dans le champ plus vaste de la quotidiennetĂ©. Ainsi, Dacher Keltner, professeur de psychologie Ă lâUniversitĂ© de Berkeley, a Ă©crit un livre : « Awe. The new science of everyday wonder and how it can transform your lifeâ (Lâadmiration. La nouvelle science du merveilleux au quotidien et comment elle peut transformer votre vie » (2).
Vouloir ĂȘtre surpris
« Willing to be amazed »
Richard Rohr se rĂ©fĂšre Ă Abraham Joshua Heschel et il affirme que la « awe », lâadmiration, lâĂ©merveillement, lââĂ©blouissement sont des expĂ©riences spirituelles fondatrices. « Je crois que lâintuition religieuse fondatrice, premiĂšre, basique est un moment de « awe » », un moment dâadmiration et dâĂ©merveillement. Nous disons : « O Dieu, que câest beau ! ». Pourquoi Ă©voquons si souvent Dieu lorsque nous avons de tels moments ? Je pense que câest reconnaitre que câest un moment divin. Dâune certaine maniĂšre, nous avons conscience que câest trop bon, trop beau⊠quand cette « awe », lâadmiration Ă©blouie, sont absents de notre vie, nous bĂątissons notre religion sur des lois ou des rituels, essayant de fabriquer des moments de « awe ». Cela marche parfois⊠».
Richard Rohr met ensuite en valeur les bienfaits de lâadmiration et de lâĂ©merveillement. « Les gens dont la vie est ouverte Ă lâadmiration et lâĂ©merveillement ont une « plus grande chance de rencontrer le saint , le sacrĂ© (« holy ») que quelquâun qui va seulement Ă lâĂ©glise, mais ne vit pas dâune maniĂšre ouverte. Nous avons presque domestiquĂ© le sacrĂ© en le rendant si banal ». Richard Rohr marque sa crainte que cela se produise dans la maniĂšre dont nous ritualisons le culte. « Jour aprĂšs jour, je vois des gens venir Ă lâĂ©glise sans aucune ouverture Ă quelque chose de nouveau et de diffĂ©rent. Et si quelque chose de nouveau et de diffĂ©rent arrive, ils se replient dans leur vieille boite. Leur attitude semble ĂȘtre : « je ne serai pas impressionnĂ© par lâadmiration et lâĂ©merveillement ». Je ne pense pas que nous allions trĂšs loin avec cette rĂ©sistance au nouveau, au RĂ©el, au surprenant. Câest probablement pourquoi Dieu permet que nos plus belles relations commencent par un engouement pour une autre personne â et je nâentends pas seulement un engouement sexuel, mais une profonde admiration et considĂ©ration. Cela nous permet de prendre notre place comme apprenant et Ă©tudiant. Si nous ne faisons pas cela, il ne va rien arriver ».
Plus largement, Richard Rohr Ă©voque la pensĂ©e de lâĂ©crivain russe, Alexandre Soljhenitsyne. « Il Ă©crivait que le systĂšme occidental, dans son Ă©tat actuel dâĂ©puisement spirituel, ne paraissait pas attractif. Câest un jugement significatif. Lâesprit occidental refuse presque Ă ĂȘtre encore en Ă©merveillement. Il est seulement conscient de ce qui est mauvais et semble incapable de rejoindre ce qui est encore bon, vrai et beau. Le seul moyen de sortie se trouve dans une imagination nouvelle et une nouvelle cosmologie, suscitĂ©e par une expĂ©rience de Dieu positive. Finalement, lâĂ©ducation, la rĂ©solution de problĂšmes et une idĂ©ologie rigide sont toutes, en elles-mĂȘmes, inadĂ©quates pour crĂ©er une espĂ©rance et un sens cosmique. Seule « une grande religion » peut faire cela et câest probablement pourquoi JĂ©sus a passĂ© une si grande partie de son ministĂšre Ă essayer de rĂ©former la religion ».
Richard Rohr peut ensuite Ă©voquer ce quâapporte une religion saine. « Elle nous donne un sens fondamental de « awe », un Ă©merveillement Ă©veillant la transcendance⊠Elle rĂ©enchante un univers autrement vide. Elle Ă©veille chez les gens une rĂ©vĂ©rence universelle envers toutes choses. Câest seulement dans une telle rĂ©vĂ©rence que nous pouvons trouver confiance et cohĂ©rence. Câest seulement alors que le monde devient une maison « home » sure. Alors nous pouvons voir la rĂ©flexion de lâimage divine dans lâhumain, dans lâanimal, dans le monde naturel entier, qui est alors devenu intrinsĂšquement surnaturel ».
Nous sommes ce que nous voyons
« We are what we seeâ
Selon Richard Rohr, la contemplation approfondit notre capacitĂ© Ă nous Ă©tonner, Ă ĂȘtre surpris. « Les moments dâadmiration et dâĂ©merveillement (awe and wonder) sont les seuls fondements solides pour notre sentiment et notre voyage religieux ». Le rĂ©cit de lâExode noue en apporte un bon exemple : « Ce rĂ©cit commence avec lâhistoire dâun meurtrier (MoĂŻse) qui sâenfuit des reprĂ©sailles de la loi et rencontre « un buisson paradoxal qui brule sans ĂȘtre consumĂ© ». TouchĂ© par une crainte rĂ©vĂ©rentielle (awe), MoĂŻse enlĂšve ses chaussures et la terre en dessous de ses pieds devient une terre sacrĂ©e » (holy ground » (Exode 3.2-6). Parce quâil a rencontrĂ© « Celui qui est » (Being itself) (Exode 3.14). Ce rĂ©cit manifeste un modĂšle classique rĂ©pĂ©tĂ© sous des formes diffĂ©rentes dans des vies diffĂ©rentes et dans le vocabulaire de tous les mystiques du monde ».
Certes, il y a des obstacles. « Je dois reconnaitre que nous sommes gĂ©nĂ©ralement bloquĂ©s vis-Ă -vis dâune grand impression de « awe » comme nous le sommes vis-Ă -vis dâun grand amour ou dâune grande souffrance. La premiĂšre Ă©tape de la contemplation porte largement sur lâidentification et le relĂąchement de ces blocages en reconnaissant le rĂ©servoir dâattentes, de prĂ©suppositions, et de croyances dans lesquelles nous sommes dĂ©jĂ immergĂ©s. Si nous ne voyons pas ce quâil y a dans notre rĂ©servoir, nous entendrons toutes les choses nouvelles de la mĂȘme maniĂšre ancienne et rien de nouveau nâadviendra »⊠La contemplation remplit notre rĂ©servoir dâune eau pure et claire qui nous permet de rĂ©aliser des expĂ©riences en Ă©tant libĂ©rĂ©s de nos anciens schĂ©mas ».
De fait, ajoute Richard Rohr, nous ne nous rendons pas compte quâau moins partiellement, notre rĂ©action enthousiaste ou colĂ©rique , peureuse nâest pas entrainĂ©e uniquement par la personne ou la situation en face de nous. « Si la vue dâun beau ballon dans le ciel nous rend heureux, câest que nous sommes dĂ©jĂ prĂ©disposĂ©s au bonheur. Le ballon Ă air chaud nous fournit juste une occasion. Et presque nâimporte quoi dâautre aurait produit la mĂȘme impression. Comment nous voyons dĂ©terminera largement ce que nous voyons et si cela provoque en nous de la joie ou, au contraire, une attitude de repli Ă©motionnel. Sans nier quâil y ait une rĂ©alitĂ© extĂ©rieur objective, ce que nous sommes capable de voir dans le monde extĂ©rieur, et prĂ©disposĂ© en ce sens, est une rĂ©flexion en miroir de notre monde intĂ©rieur et Ă©tat de conscience sur le moment. La plupart du temps, nous ne voyons pas du tout et opĂ©rons sur le mode dâun contrĂŽle de croisiĂšre.
Il semble que nous, humains, sommes des miroirs Ă deux faces reflĂ©tant Ă la fois le monde intĂ©rieur et le monde extĂ©rieur. Nous nous projetons nous-mĂȘmes sur les choses extĂ©rieures et ces mĂȘmes choses nous renvoient au dĂ©ploiement de notre propre identitĂ©. La mise en miroir est la maniĂšre dont les contemplatifs voient de sujet Ă sujet plutĂŽt que de sujet Ă objet ».
Une « awe », émerveillement ébloui, qui connecte
« An awe that connects »
Richard Rohr fait appel Ă Judy Cannato qui met lâaccent sur la surprise, lâĂ©bahissement comme point de dĂ©part de la contemplation. « Dans son livre : « Le pleur silencieux », la thĂ©ologienne allemande Dorothee Sölle Ă©crit : « Je pense que chaque dĂ©couverte du monde nous plonge dans la jubilation ; une surprise radicale qui dĂ©chire le voile de la trivialitĂ© ». Quand le voile est dĂ©chirĂ© et que notre vision est claire, alors Ă©merge la reconnaissance que toute vie est connectĂ©e â une vĂ©ritĂ© qui nâest pas seulement rĂ©vĂ©lĂ©e par la science moderne, mais qui rĂ©sonne avec les mystiques anciens. Nous sommes tous un, connectĂ©s et rassemblĂ©s dans un Saint MystĂšre, au sujet duquel, dans toute son ineffabilitĂ©, nous ne pouvons demeurer indiffĂ©rents »
Or, dâaprĂšs Sölle, la surprise, lâĂ©bahissement est un point de dĂ©part. « Elle maintient quâune surprise radicale est le point de dĂ©part pour la contemplation. Souvent, nous pensons que la contemplation appartient au domaine du religieux, Ă un stade Ă©sotĂ©rique de priĂšre avancĂ©e que seuls les gens spirituellement douĂ©s possĂšdent. Ce nâest pas le cas. La nature de la contemplation telle que je la dĂ©cris ici est quâelle demeure Ă lâintĂ©rieur de chacun de nous.
Pour utiliser une parole familiĂšre, la contemplation consiste Ă avoir un long regard amoureux vis-Ă -vis du rĂ©el. La posture contemplative qui dĂ©coule dâune surprise radicale, dâun Ă©bahissement, nous attrape dans lâamour â lâAmour qui est le CrĂ©ateur de tout ce qui est, le Saint MystĂšre qui ne cesse de surprendre, qui ne cesse de prodiguer lâamour en nous, sur nous, autour de nous ».
Mais comment reconnaitre et nous approcher du « rĂ©el » ? Judy Cannnato nous rĂ©pond en ce sens. « La contemplation est un long regard dâamour sur ce qui est rĂ©el. Combien de fois ne sommes-nous pas trompĂ©s par ce qui imite le rĂ©el ? Vraiment nous vivons dans une culture qui affiche le faux et prospĂšre dans une fabrication scintillante. Nous sommes tellement bombardĂ©s par le superficiel et le trivial que nous pouvons perdre nos appuis et nous abandonner Ă un genre de vie qui nous vide de notre humanité⊠Quand nous nous engageons dans une pratique de surprise radicale (« radical amazement »), nous commençons Ă distinguer ce qui est authentique de ce qui est frelatĂ©.
Saisis par la conscience contemplative et enracinĂ©s dans lâamour, nous commençons Ă nous libĂ©rer de nos conditionnements culturels et Ă embrasser la vĂ©ritĂ© qui demeure au cĆur de toute rĂ©alitĂ© : nous sommes un ».
Ainsi la contemplation nâest pas rĂ©servĂ©e Ă une Ă©lite religieuse ou spirituelle, elle donne Ă voir Ă tous. « Ce qui devient plus apparent aujourdâhui, câest que nous devons devenir des contemplatifs, pas seulement dans la maniĂšre oĂč nous rĂ©flĂ©chissons ou prions, mais dans la maniĂšre oĂč nous vivons Ă©veillĂ©s, alertes, engagĂ©s, prĂȘts Ă rĂ©pondre aux gĂ©missements de la crĂ©ation ».
La dignité de toutes choses
« The dignity of all thingsâ
Le rabbin Abraham Joshua Heschel est connu pour son action prophĂ©tique et pour son engagement en faveur dâune surprise radicale. Le thĂ©ologien Bruce Epperly explique :
« Au cĆur de la vision mystique dâHeschel, il y a lâexpĂ©rience dâune surprise radicale. La merveille est essentielle Ă la fois pour la spiritualitĂ© et la thĂ©ologie. La « awe », Ă©merveillement Ă©bloui, donne le sens de la transcendance. Elle nous permet de percevoir les signes du divin dans le monde. La merveille mĂšne Ă la surprise radicale dans lâunivers de Dieu. CrĂ©Ă© Ă lâimage de Dieu, chacun de nous est surprenant. La merveille mĂšne Ă la spiritualitĂ© et Ă lâĂ©thique. Comme Heshel le dĂ©clare : « Simplement ĂȘtre est une bĂ©nĂ©diction. Simplement vivre est saint. Le moment est la merveille ».
Comment cette sensibilitĂ© affecte-t âelle notre vision du monde ? Elle fonde la vision du monde dâHeshel. « Le monde se prĂ©sente Ă moi de deux maniĂšres : comme une chose que je possĂšde ; comme un mystĂšre qui se prĂ©sente Ă moi. Ce que je possĂšde est une bagatelle ; ce qui se prĂ©sente Ă moi est sublime. Je prends soin de ne pas gaspiller ce que possĂšde ; je dois apprendre Ă ne pas manquer ce qui se prĂ©sente Ă moi.
Nous traitons ce qui est accessible à la surface du monde ; Nous devons également nous tenir en révérence (« awe ») vis-à -vis du mystÚre du monde »
Reprenons donc notre approche de la « awe », de lâĂ©merveillement Ă©bloui.
« La « awe » est plus quâune Ă©motion. Câest une maniĂšre de comprendre, une entrĂ©e dans un sens plus grand que nous. Le commencement de la « awe », câest reconnaitre la merveille, sâĂ©merveiller ». Et « le commencement de la sagesse est la « awe », cet Ă©merveillement Ă©bloui et rĂ©vĂ©renciel. « La « awe » est une intuition de la dignitĂ© de toutes choses. Câest rĂ©aliser que les choses ne sont pas seulement ce quâelles sont, mais quâelles se tiennent lĂ , quelquâen soit lâĂ©loignement, pour signifier quelque chose de suprĂȘme.
Lâ« awe » est un sens du mystĂšre au-delĂ de toute chose. Elle nous permet de sentir dans les petites choses le dĂ©but dâun sens infini, de sentir lâultime dans le commun et le simple ; de sentir le calme de lâĂ©ternel dans la prĂ©cipitation de ce qui passe. Nous ne pouvons pas comprendre cela par lâanalyse ; Nous en devenons conscient par la « awe ». VoilĂ aussi un Ă©clairage pour la foi : « la foi nâest pas une croyance, lâadhĂ©sion Ă une proposition. La foi est un attachement Ă la transcendance, au sens au-delĂ du mystĂšre⊠La « awe » prĂ©cĂšde la foi. Elle est Ă la racine de la foi⊠»
Câest dire combien la « awe » est fondamentale. « Si notre capacitĂ© de rĂ©vĂ©rence diminue, lâunivers devient pour nous un marchĂ©. Un retour Ă la rĂ©vĂ©rence est le premier prĂ©requis pour un rĂ©veil de la sagesse, pour la dĂ©couverte du monde comme une allusion Ă Dieu ».
La pratique spirituelle de la « awe ».
« The spiritual practice of aweâ
Comment pouvons-nous vivre dans un Ă©tat dâesprit dâĂ©merveillement porteur dâune pratique spirituelle ? La question est posĂ©e Ă Cole Arthur Riley, Ă©crivain et liturgiste. Il nous dĂ©crit « la « awe » comme une pratique spirituelle ». « Je pense que la « awe » est un exercice Ă la fois dans le faire et lâĂȘtre. Câest un muscle spirituel de lâhumanitĂ© que nous pouvons empĂȘcher de sâatrophier si nous lâexerçons habituellement. Je mâassois dans la clairiĂšre derriĂšre ma maison Ă©coutant le chant des hirondelles rustiques se mĂȘlant au bruit des voitures accĂ©lĂ©rant. Jâobserve le courant de lait dans mon thĂ© et les petites feuilles danser librement hors de leur enclos⊠Quand je parle de merveille, jâentends la pratique de contempler le beau. Contempler le majestueux â le sommet enneigĂ© des Himalayas, le soleil se couchant sur la mer â mais aussi les petits spectacles du quotidien⊠Plus que dans les grandes beautĂ©s de nos vies, la merveille rĂ©side dans notre prĂ©sence dâattention Ă lâordinaire. On peut dire que trouver la beautĂ© dans lâordinaire est un exercice plus profond que grimper dans les montagnes⊠Rencontrer le saint, le sacrĂ© dans lâordinaire, câest trouver Dieu dans le liminal, la marge dâoĂč nous pourrions inconsciemment lâexclure⊠»
Arthur Riley dĂ©crit comment lâĂ©merveillement dĂ©veloppe la capacitĂ© de nous aimer, dâaimer notre prochain, dâaimer lâĂ©tranger. « LâĂ©merveillement inclut la capacitĂ© dâĂȘtre en « awe », en Ă©merveillement vis-Ă -vis de nous-mĂȘme » Arthur Riley nous incite Ă ĂȘtre attentif Ă la vie quotidienne. « QuâĂ chaque seconde, nos organes et nos os nous soutiennent est un miracle. Quand nos os guĂ©rissent, quand nos blessures se cicatrisent, câest un appel Ă nous Ă©merveiller de nos corps â leur rĂ©gĂ©nĂ©ration, leur stabilitĂ© et leur fragilitĂ©. Cela fait grandir notre sentiment de dignitĂ©. Ătre capable de sâĂ©merveiller du visage de notre prochain, avec la mĂȘme « awe », le mĂȘme Ă©merveillement que nous avons pour le sommet des montagne ou la rĂ©flexion du soleil, câest une maniĂšre de voir qui nous empĂȘche de nous dĂ©truire les uns les autres ». LâĂ©merveillement, ce nâest pas nous dissoudre, mais nous sentir vivement dans notre connexion avec chaque crĂ©ature. « Dans un saint Ă©merveillement, nous faisons partie de lâhistoire ».
Le privilĂšge de la vie elle-mĂȘme
« The privilege of life itselfâ
Ici Richard Rohr sâest adressĂ© Ă Brian McLaren pour lequel lâĂ©merveillement, la « awe » sont essentiel pour rencontrer la crĂ©ation. « Les premiĂšres pages de la Bible et les meilleures rĂ©flexions des scientifiques actuels sont en plein accord. Au commencement, tout a commencĂ© quand lâespace et le temps, lâĂ©nergie et la matiĂšre, la gravitĂ© et la lumiĂšre sont apparus dans une soudaine expansion. A la lumiĂšre du rĂ©cit de la GenĂšse, nous dirions que la possibilitĂ© de lâunivers sâest Ă©panchĂ©e dans lâactualitĂ© comme Dieu, lâEsprit crĂ©ateur, prononçait lâinvitation premiĂšre, originale : Quâil en soit ainsi ! (« Let it be »). Et, en rĂ©ponse, quâest-ce-qui est arrivĂ© ? La lumiĂšre, le temps , lâespace, la matiĂšre, le mouvement, la mer, la pierre, le poisson, le moineau, vous, moi, nous rĂ©jouissant de ce don inexprimable, ce privilĂšge dâĂȘtre ici, dâĂȘtre en vie », Brian McLaren Ă©voque la beautĂ© quâon peut entrevoir dans la diversitĂ© des dons et des talents. Comme les autres auteurs prĂ©sents dans cette sĂ©quence, il exprime son admiration pour la crĂ©ation. « Est-ce que nous ne nous sentons pas comme des poĂštes qui essaient dâexprimer la beautĂ© et la merveille de cette crĂ©ation ? Est-ce que nous ne partageons pas une commune stupeur en envisageant notre voisinage cosmique et en nous Ă©veillant au fait que nous sommes rĂ©ellement lĂ , rĂ©ellement vivant, juste maintenant ? ». Brin McLaren nous entraine dans lâadmiration et lâĂ©merveillement vis-Ă -vis des merveilles de la montagne et de la mer jusquâà « regarder avec dĂ©lice un simple oiseau, un arbre, une feuille ou un ami et Ă sentir quâils murmurent au sujet du crĂ©ateur, de la source de tout ce que nous partageons ».
En exprimant cette admiration, cette « awe » vis-Ă -vis de toutes les merveilles quâon peut entrevoir, Brian McLaren, thĂ©ologien engagĂ©, ne perd pas de vue les maux de nos sociĂ©tĂ©s et la nĂ©cessitĂ© de nous y confronter (3). Mais, dans sa vision enthousiaste, il sâappuie sur un fondement biblique. « La GenĂšse » signifie : commencements. Elle parle Ă travers une poĂ©sie profonde, Ă plusieurs couches, et des histoires anciennes et sauvages. La poĂ©sie et les rĂ©cits de la GenĂšse rĂ©vĂšlent des vĂ©ritĂ©s profondes qui nous aident Ă ĂȘtre plus pleinement vivants aujourdâhui. Elles osent proclamer que lâunivers est lâexpression de Dieu lui-mĂȘme. La parole de Dieu agit. Cela signifie que toute chose, partout, est toujours sainte, spirituelle, ayant de la valeur, signifiante. Toute matiĂšre importe. La GenĂšse dĂ©crit la grande bontĂ© qui apparait Ă la suite dâun long processus de crĂ©ation. Cet ensemble harmonieux est si bon que le CrĂ©ateur prend un jour de congĂ©, juste pour sâen rĂ©jouir. Ce jour de repos en rĂ©jouissance nous dit que le but de lâexistence nâest pas lâargent ou le pouvoir ou la renommĂ©e, ou la sĂ©curitĂ© ou quoique ce soit moins que ceci : participer Ă la bontĂ©, Ă la beautĂ© et Ă la vitalitĂ© de la crĂ©ation.
Un autre regard
Les reprĂ©sentations du monde sont multiples en Ă©tant influencĂ©es par de nombreux facteurs et, tout particuliĂšrement par ce que nous entendons des Ă©vĂšnements. Cette sĂ©quence inspirĂ©e par Richard Rohr est intitulĂ©e : « awe and amazement » ; elle nous apprend Ă nous Ă©merveiller, tout Ă©blouis par les merveilles qui se prĂ©sentent Ă nous, Ă ciel ouvert, mais aussi au dĂ©part dissimulĂ©es, cachĂ©es Ă nos yeux parce que nous nây prĂȘtons pas attention. Ce mouvement dâĂ©merveillement exprimĂ© par le terme « awe », dont le sens sâest dĂ©placĂ© Ă travers lâhistoire de « crainte rĂ©vĂ©rentielle » dans un contexte religieux Ă un Ă©merveillement Ă©bloui accompagnĂ© par un sentiment dâouverture Ă la transcendance, doit ĂȘtre aujourdâhui pleinement reconnu. Par-delĂ des apparences souvent trompeuses ou lâassujettissement Ă de sombres situations, nous sommes appelĂ©s Ă reconnaitre dans la contemplation une RĂ©alitĂ© spirituelle, une prĂ©sence divine. Cet Ă©clairage, et parfois cette illumination peuvent nous surprendre. Cependant, ce sentiment dâadmiration, cette « awe », ne sont pas rĂ©servĂ©s Ă des moments privilĂ©giĂ©s. On peut les Ă©prouver dans le quotidien et mĂȘme en regardant de belles photos comme lâĂ©crit le rabbin Hara Person dans un texte final : « une part de beautĂ© » (« A slice of beauty »). Bref, au total, nous sommes conviĂ©s Ă un autre regard.
Sans expertise professionnelle de la traduction, rapporté par J H
- Awe and amazement. Avec la présentation et la référence des six textes constituant la séquence : https://cac.org/daily-meditations/awe-and-amazement-weekly-summary/
- Comment la manifestation de lâadmiration et de lâĂ©merveillement exprimĂ©e par le terme « awe » peut transformer nos vies : https://vivreetesperer.com/comment-la-reconnaissance-et-la-manifestation-de-ladmiration-et-de-lemerveillement-exprimees-par-le-terme-awe-peut-transformer-nos-vies/
- Reconnaitre aujourdâhui un mouvement Ă©mergent pour la justice dans une inspiration de long cours : https://vivreetesperer.com/reconnaitre-aujourdhui-un-mouvement-emergent-pour-la-justice-dans-une-inspiration-de-long-cours/
On pourra lire aussi :
La participation des expériences spirituelles à la conscience écologique : https://vivreetesperer.com/la-participation-des-experiences-spirituelles-a-la-conscience-ecologique/
Avoir de la gratitude :
https://vivreetesperer.com/avoir-de-la-gratitude/