Vivre en harmonie

Dans notre regard sur l’univers, nous percevons aujourd’hui l’importance primordiale des relations. Tout se tient. Comme l’écrit le théologien Jürgen Moltmann, « Rien dans le monde n’existe, ne vit et ne se meut par soi. Tout existe, vit et se meut dans l’autre, l’un dans l’autre, l’un avec l’autre, l’un pour l’autre » (p.25). L’Esprit divin est présent dans cette réalité. « En Dieu, nous avons la vie, le mouvement et l’être » (Actes 1 :28). L’Esprit saint suscite « une communauté de la création dans laquelle toutes les créatures communiquent chacune à sa manière entre elles et avec Dieu » (p.24). A l’encontre de toutes les forces contraires, le projet de Dieu est l’harmonie entre les êtres . « L’essence de la création dans l’Esprit est par conséquent la « collaboration » et les structures manifestent la présence de l’Esprit, dans la mesure où elles font connaître « l’accord général » (p.25). « Etre vivant signifie exister en relation avec les autres. Vivre, c’est la communication dans la communion… » (p.15).

Cette vision éclaire mon regard.  Elle me permet de percevoir l’œuvre de Dieu dans toute sa dimension. Elle indique la voie pour y participer. Elle m’encourage à y entrer.  Partageons nos découvertes.

JH

 

(1)         Moltmann (Jürgen). Dieu dans la création. Traité écologique de la création. Cerf, 1988  (cf citations). Voir le blog :  www.lespritquidonnelavie.com

 

Te changer toi peut tout changer

Te changer toi peut tout changer

Identifier et dépasser les mécanismes autobloquants

Selon Thomas d’Ansembourg

« Te changer toi peut tout changer » (1), c’est le titre d’un récent livre de Thomas d’Ansembourg, psychothérapeute et formateur, qui, à partir de sa propre évolution, en est venu à apporter des éclairages pertinents vis-à-vis des représentations qui entravent beaucoup de gens, si bien que nous avons fréquemment présenter ses diagnostics et ses approches sur ce site (2). Ecoutons comment l’auteur présente son message (3) : « J’ai la joie, depuis plus de trente ans, d’enseigner un processus de connaissance de soi permettant de mettre le meilleur de soi au service de la vie communautaire. Je constate énormément de difficultés à trouver du rythme et du sens qui nous conviennent. Beaucoup de personnes vivent à un rythme qui ne les arrange pas du tout, qui sont piégés dans une accélération, une impression de passer de choses à faire en choses à faire, à faire sans un mouvement de discernement et de recul, et cela amène beaucoup de brutalité dans nos rapports, mais également de dépendance, d’addiction, de mécanisme de compensation. Nous avons donc besoin d’apprendre à mieux nous connaitre pour éviter ces pièges-là ». C’est pourquoi Thomas d’Ansembourg a écrit ce livre : « Je souhaite par cet ouvrage contribuer à certaines prises de conscience. J’observe depuis plus de trente ans beaucoup de mécanismes dans lesquels nous sommes pris, piégés sans même le savoir. Cela fait partie d’une culture ambiante, donc on ne le voit pas. On ne peut pas sortir d’un piège lorsqu’on ne sait pas qu’on est pris dedans. Et donc, j’identifie dans ce livre cinq mécanismes que j’ai appelés autobloquants parce que quand on est piégé dedans, nous sommes comme autobloqués dans notre processus d’évolution personnelle, mais aussi collective alors que quand on connait le piège, quand on le comprend, on peut petit-à-petit travailler à le démanteler. J’invite à prendre conscience de ces pièges liés à la culture, comme je l’évoque, et ainsi nous donner l’occasion de nous en sortir, de pouvoir retrouver une vie qui ait avantage de sens, qui soit plus solidaire et surtout beaucoup plus joyeuse ». Alors, ce livre correspond à un besoin : « Nous pouvons le lire si nous sentons que notre vie est plate, qu’elle manque de sens, qu’elle tourne en rond, qu’elle se répète et que peut-être nous avons pris le pli de nous y résigner alors qu’au fond, nous aimerions une vie qui soit davantage savoureuse, qui ait du goût et du sens, du sens personnel et vivant, qui nous donne du goût pour nous lever le matin pour ce projet qu’on appelle la vie et d’y trouver notre place. Donc c’est une invitation à ne pas se résigner à une attitude un peu mortifère et à retrouver la joie d’être en vie et de collaborer au projet de la vie commune ».

Identifier et dépasser les mécanismes autobloquants

Nous n’avons pas toujours conscience des pressions sociales auxquelles nous sommes exposés et qui tendent à nous conduire à l’adoption de normes collectives qui ne sont pas nécessairement favorables. Nous adoptons une attitude conformiste. Mais cette attitude peut nous asservir. Thomas d’Ansembourg nous propose un exemple : « Le système scolaire conventionnel considère qu’être assis sans bouger durant toute la journée est normal ce qui est pourtant contre-nature et à contre-sens de l’élan de vie de tout être humain et particulièrement de l’enfant… il n’est pas étonnant qu’éduqués de la sorte à contresens, nous finissions par considérer que nous sentir bloqués chaque matin dans les mêmes embouteillages, puis assis devant des écrans à longueur d’année soit un mode de vie ‘normal’ »… L’habituel prend le pas sur le sensé, le « normal étouffe le vivant et l’ennui s’installe en mode de vie » (p 69). Il y a donc bien des « automatismes de pensée, croyances ou programmations », des habitudes qui peuvent compromettre la qualité de vie à laquelle nous aspirons, et ce non pas seulement au niveau personnel et interpersonnel, mais également sur le plan communautaire. Ces habitudes sont tellement intégrées dans nos cultures collectives… que la plupart du temps, nous ne le voyons pas. Elles sont invisibles, et nous ne doutons même pas qu’elles commandent nos pensées, engendrent nos humeurs, induisent nos comportements, orientent nos choix… Je les qualifie d’autobloquantes parce qu’elles s’activent inconsciemment d’une manière qui inhibe tant notre responsabilité que notre liberté de penser et d’agir, compromettant ainsi notre évolution individuelle et sociale » (p 70). Dans ce livre, Thomas d’Ansembourg nous aide à prendre conscience de ces habitudes, puis à les dépasser en nous proposant des alternatives. Il traite ainsi de cinq grandes empreintes culturelles :

  • La culture du malheur, du goût du drame et de l’attachement à la souffrance
  • La culture des rapports de force combatifs et de l’addiction à l’affrontement
  • Le culte de la méfiance – fermeture – contraction par rapport à la nouveauté et au changement
  • La culture de la séparation – division – binarité et du cloisonnement – rejet
  • La culture de la lutte contre le temps et de la course à tout bien ‘faire’ qui en résulte au détriment souvent de la qualité d’ ‘être’ (p 70).

Chacun des chapitres correspondants allient observations, constats, recours aux diverses approches des sciences humaines et les grandes orientations de pensée de l’auteur s’y déploient avec constance.

Cette lecture est à la fois accessible et dense. Elle se veut libératrice. Pour y appeler le lecteur, nous présentons un des chapitres : « Quatrième mécanisme autobloquant. La culture de la séparation-division »

La culture de la séparation-division 

La culture de séparation-division est issue d’une manière de penser. « La raison et l’esprit logique ont façonné l’habitude d’analyser, catégoriser, classer, synthétiser et ranger les choses dans des cases, ce qui a, bien sûr, permis des progrès considérables dans les sciences et les technologies, mais souvent au détriment d’une vision inclusive et systémique qui tiennent compte des interactions, effets retardés et effets rebonds » (p 205-206). De même, dans le sillage de la pensée cartésienne, « pendant deux siècles, la science dans une vision réductionniste est restée convaincue que « le tout correspond à la somme des parties et vice versa. Depuis la découverte de la complexité, au milieu du XXe siècle, la science s’ouvre au constat que ‘le tout est plus que les parties’ et qu’il y a donc des propriétés émergentes ou qualités nouvelles qui se font jour du fait des interactions et qui ne sont donc pas attribuables aux parties composantes » (p 206). L’auteur cite Edgar Morin, le promoteur de la pensée complexe. « La pensée complexe (du latin complexus qui signifie : tisser ensemble) a pour but de relier dans notre perception habituelle ce qui ne l’est pas » (p 207). L’auteur renvoie également à la vision de la mécanique quantique et à de nombreuses découvertes hors conventionnelles (p 208) (4).

L’auteur ajoute que l’approche de Descartes selon laquelle l’esprit serait séparé et distinct de la matière -, qui a formaté pendant deux siècles nos systèmes de pensée, se révèle inexacte. Or cette vision a contribué à ce que l’homme maltraite et gaspille la matière, et particulièrement la nature, considérée comme « une chose sans âme livrée à son pouvoir et à sa merci » (p 208).

La pensée logique occidentale a également contribué à privilégier un mode de pensée binaire (soit-soit) par rapport à un mode de pensée complémentaire non dualiste, inclusif (et ceci…et cela). Est binaire le fait de penser en termes qui s’opposent, qui divisent et appauvrissent le discernement, avec les multiples variantes de la dichotomie. Tandis que la pensée complémentaire s’exprime par des termes qui cohabitent, des formulations qui fédèrent et concilient » (p 217). L’auteur cite à nouveau Edgar Morin qui évoque sa confrontation avec la pensée binaire : « L’erreur de la pensée binaire qui ne voit que l’alternative (ou/ou) et se révèle incapable de combiner la conjonction (et/et) » (p 210). Thomas d’Ansembourg perçoit les effets néfastes de la pensée binaire dans la vie des gens. « Elle constitue, à mes yeux, une des causes majeures des tensions subtiles dans lesquelles nous nous entretenons sans même en avoir conscience et la violence souvent feutrée qui en découle… Nos vies divisées peuvent se révéler infernales » (p 211). L’auteur estime en avoir souffert lui-même avant de s’engager dans la pratique de la communication non violente où il a appris à côtoyer régulièrement l’énergie qui se dégage petit à petit du fait de formuler nos pensées de façon inclusive et complémentaire » (p 212). Comme psychothérapeute, cette pratique l’a aidé à accompagner beaucoup de personnes ‘vers la formulation conjuguée de ce vers quoi elles tendent’. « Ainsi je vois tous les jours des personnes se libérer de leurs ‘enfer-mements’ dès qu’elles dépassent la pensée binaire et retrouvent leur unité. Une énergie profonde et joyeusement créative nait de la consonance des polarités par ce travail d’exploration et d’ouverture de conscience. Celui-ci peut requérir un investissement de temps et d’attention, dont le ‘retour sur investissement’ se révèle systématiquement inestimable. Je suis porté par le rêve que le bénéfice citoyen de ce type de pratique soit de plus en plus connu et promu » (p 214).

En regard des incitations à la séparation que l’auteur décèle dans certaines croyances religieuses (p 215) ou bien ressent dans certaines pratiques sociales comme la forme dominante de scolarisation (p 216), c’est une pensée holistique qui est mise en avant avec une citation de Charles Eisenstein : « Si l’essence de la guerre est le réductionnisme – réduire l’univers à un objet, réduire la vie à une chose, réduire autrui à un ennemi, (autrement dit, si simplifier la complexité pour avoir quelque chose à combattre) – alors pour élaborer un récit de paix, le premier pilier fondateur devrait être la pensée holistique. Cette pensée-là comprend que chaque chose est intimement reliée à toutes les autres Que tout fait partie du tout. Qu’exister, c’est être en relation… Nous sommes tous inter-existants… En utilisant un terme bouddhiste, le fondement d’un récit de paix est ‘l’inter-être’ : un moi connecté dans un monde vivant et interdépendant, par opposition à un individu séparé dans un monde autre » (p 220).

Thomas d’Ansembourg s‘interroge sur les vecteurs de la culture de séparation. Il incrimine en particulier le rôle d’une école classique. : « La scolarité nous coupe de pans entiers de notre être. Elle privilégie en effet le savoir intellectuel, la logique, l’intelligence logico-mathématique… la qualité du faire… soit uniquement des activités mentales et néglige en premier lieu le corps… Qu’en est-il de toutes les autres pratiques favorisant notre incarnation, ici et maintenant, et nos intelligences kinesthésiques comme le chant, la danse et le théâtre, le tai-chi et le yoga, l’impro, la prise de parole et l’art oratoire, l’escalade et le tir à l’arc » (p 216). Il dénonce ‘le monopole de l’intelligence logico-mathématique, au détriment de multiples autres canaux d’intelligence’. « Selon différents chercheurs, nous disposons de dix à douze canaux d’intelligence… Les systèmes scolaires n’en privilégient souvent que deux : l’intelligence logico-mathématique et l’intelligence verbo-linguistique… Peu ou pas de notions et de formations pratiques sont proposées pour prendre soin de l’intelligence émotionnelle, de l’intelligence relationnelle, de l’intelligence corporelle et kinesthésique, de l’intelligence musicale et rythmique, de l’intelligence collective, de l’intelligence spirituelle » (p 222-223).

Dans sa pratique de psychothérapeute, Thomas d’Ansembourg peut constater les dégâts engendrés par la culture de séparation-division. Les personnes « témoignent qu’elles sont coupées de leur corps, ne le sentent que quand il fait mal, qu’elles sont coupées de leurs émotions, ne les ressentent que quand elles sont douloureuses, qu’elles sont coupées de leurs talents et doutent qu’elles puissent en avoir, qu’elles sont coupées de leurs intuitions… alors qu’elles aient souvent accumulé les diplômes académiques… » (p 223). L’auteur s’élève contre ce gâchis et prône une nouvelle approche éducative.

Thomas constate également les méfaits de l’individualisme. « Aujourd’hui, on constate tant d’angoisse et d’anxiété, particulièrement chez les jeunes, nourries par l’illusion, de la séparation, de la division et de l’éloignement, et donc par l’absence vertigineuse de conscience, pour chacun, d’être relié à une dimension plus grande qu’euxmêmes, d’être relié à tout le vivant. Ce n’est pas par leurs études, ni par leur emploi… encore moins par leur quête désespérante d’appréciation sur les réseaux qu’ils trouveront réponse à leurs questions. Mais par l’ouverture de conscience que permet un travail d’intériorité, ils peuvent se donner l’occasion de ressentir le tressaillement intime et la présence fidèle de la vie qui les traverse et les relie à tout » (p 231). Thomas d’Ansembourg constate le développement d’un égocentrisme : je-me-moi, le recul du : tu-te-toi, et il déplore le moindre appel au nous. « Je parle ici du nous tous, l’ensemble du vivant, humain et non humain, tous les passagers du vaisseau céleste. Je ne vise pas les nous autres qui opposent les uns aux autres, mécanisme de division tant répandu, perpétué par des tribus, des familles, les partis politiques, les idéologies et souvent les religions ». L’auteur nous présente au contraire un vrai nous. Ce ‘nous’ engendre un sentiment de profond bien-être intime, nourri de sécurité relationnelle, d’appartenance soutenante, de projet commun inspirant et donc de sens…Nos apprentissages successifs pourraient être orientés par le sens du nous, le nous qui nous relie à tout et au Tout, dans une conscience subtile et vaste de ce que signifie appartenir : ‘faire partie de, y avoir part’. Ainsi nous pourrions être aussi attentifs à notre développement moral qu’à notre développement intellectuel et professionnel » (p 228-229).

Thomas d’Ansembourg poursuit « en appelant nos sociétés déconnectées de la vie et nos esprits colonisés par la  raison et la technologie à se réenraciner dans la terre, ses rythmes et ses saisons, ouvrir sa conscience au foisonnement des interactions et connexions qui permettent, maintiennent et font croitre la vie, se reconnecter ainsi au souffle (de la racine latine ‘spir’) et aux cycles qui font que la vie inspire, respire, expire , et retrouver la sensation jubilatoire primordiale qui l’accompagne de se savoir vivant dans un monde vivant » (p 233).

Dans sa vision de l’humanité, Thomas d’Ansembourg invite naturellement à éviter la violence en la transformant en conflits. « Ce que je sais, c’est que la violence est la pire façon de régler les différends puisqu’elle entraine systématiquement la violence en retour, explosive ou larvée… Le philosophe Patrick Viver et nous invite précisément à transformer la violence en conflit : conflit parlé, discuté, argumenté, conflit mûri et métamorphosé en étape ou clé de croissance. Et pour ce faire, nous avons à lâcher la croyance, déjà évoquée, que l’homme serait un loup pour l’homme et que la violence et la guerre lui seraient indissociables » (p 236).

L’auteur évoque la thèse selon laquelle « l’apparition de la violence entre humains remonterait à l’époque de la sédentarisation, soit il y a un peu prés dix mille ans. « C’est dans ce creuset millénaire que s’est forgé notre système de pensée. Ce n’est que si nous pouvons prendre conscience qu’il a été forgé, justement, que nous pouvons voir naitre une certaine confiance dans le fait que ce système de pensée n’est peut-être pas une fatalité » (p 237).

En fin de ce chapitre, Thomas d’Ansembourg ouvre un horizon en évoquant les expériences qui traduisent un nouveau mode de pensée et un nouveau mode de vivre. Il nous présente une méditation en terme de prise de conscience autour de notre respiration, une respiration qui ‘est le signe de la vie en moi’, qui manifeste ‘un échange qui est la base de la vie’, qui est une expérience que nous partageons avec les autres êtres vivants, une source de ‘gratitude pour la fidélité du Souffle en nous, dans tous les sens de ce mot’. Et, « pour clore ce moment, dans cette attention plus éveillée à la vie en vous et autour de vous, étant peut-être plus conscient du tissage et du métissage entre tous les règnes, et du cousinage entre toutes les choses, je vous invite é fréquenter cette question-ci, parmi mille autres : De quoi suis-je séparé ? » (p 246-249). Thomas d’Ansembourg nous fait part de l’orientation qui se dégage du vécu de cette méditation. « J’anime cette méditation de présence à la vie en nous et autour de nous au début de chaque séminaire. Je ne compte plus les réactions émues des participants, combien partagent qu’ils n’ont jamais pensé à écouter leur corps d’une manière générale, ni le souffle et encore moins à lui témoigner de la gratitude. Qu’ils n’ont jamais pensé à se relier tant à la vie en eux qu’à la vie autour d‘eux. Et qu’ils sont parfois bouleversés de prendre la mesure de cette interconnexion entre les règnes (végétal, animal, humain) et l’appartenance à ce vaste projet qui nous dépasse et qu’on appelle la vie. Et qu’enfin, la croyance qu’ils sont seuls et séparés se dissout par la conscience que : je ne suis séparé de rien, si ce n’est par la pensée divisante et cloisonnante » (p 240).

Une vision nouvelle

Thomas d’Ansembourg nous a rapporté comment à partir d’un ressenti critique de sa vie, il en était venu à chercher une autre manière d’envisager la vie, trouvant un nouveau mode de pensée et de comportement dans la communication non violente, puis élargissant son champ de vision à travers des lectures et des recherches et une vaste expérience de psychothérapeute. Ce livre, ‘Te changer toi pour tout changer’, nous introduit ainsi dans une vision qui s’écarte des habitudes de pensée traditionnelles en nous appelant à des prises de conscience des mécanismes autobloquants auxquels nous sommes soumis. Nous avons rapporté ici sa réflexion sur l’un d‘entre eux : la culture de la séparation-division.

À cet égard, Thomas d’Ansemboug en a vu des traces dans l’éducation catholique pratiquante qu’il a reçue. (p 215). Cette remarque n’est pas infondée. La conception du péché originel a engendré crispation et peur pendant des siècles et encore aujourd’hui dans certains milieux religieux comme le montre Lytta Basset (5). Cependant, cette culture de la séparation est rejetée aujourd’hui par des théologiens comme ceux auxquels nous nous référons sur ce blog. C’est le cas de Jûrgen Moltmann qui envisage Dieu en terme d’une Communion Trinitaire à laquelle participe l’Esprit qui donne la vie (6). C’est un Esprit sans frontières. À la Pentecôte, des privilèges immémoriaux sont abolis. La barrière entre l’humanité et la nature s’efface. « Dieu est ‘Celui qui aime la vie’ et son Esprit est dans toutes les créatures. Cette doctrine de la Création qui part de l’Esprit Divin, inhabitant, est aussi en mesure de fournir des points de départ pour un dialogue avec les philosophies anciennes et nouvelles de la nature, non mécanistes, mais intégrales… Si on comprend le créateur, sa création et son but de façon trinitaire, alors le créateur habite par son Esprit dans l’ensemble de la création et dans chacune de ses créatures et il les maintient ensemble et en vie par la force de son Esprit » (7). Dans son livre, ‘La Danse divine’ (8), Richard Rohr nous parle aussi de la révolution trinitaire : « La révolution trinitaire, en cours révèle Dieu comme toujours avec nous dans toute notre vie et comme toujours impliqué. Elle redit la grâce comme inhérente à la création et non comme additif additionnel à quelques personnes qui méritent. Cette révolution a toujours été active comme le levain dans la pâte, mais aujourd’hui, on comprend mieux la théologie de Paul et celle des Pères orientaux à l’encontre des images punitives plus tardives de Dieu qui ont dominé l’Église occidentale… Dieu est celui que nous avons appelé Trinité, le ‘Flux’ (flow) qui passe à travers toute chose sans exception et cela depuis le début. Ainsi toute chose est sainte pour ceux qui ont appris à la voir ainsi. Toute impulsion vitale, toute force orientée vers le futur, toute pulsion d’amour, tout ce qui tend vers la vérité, tout émerveillement devant une expression de bonté, tout bond d‘élan vital, tout bout d’ambition pour l’humanité et la terre, est éternellement un flux du Dieu trinitaire ». Cette vision d’un Dieu relationnel est à l’exact opposé d’une culture de la division-séparation.

J H

    1. Thomas d’Ansembourg. Te changer toi peut tout changer. Harper Collins, 2026 ; Interview de l’auteur sur Métamorphoses : https://www.youtube.com/watch?v=q_U-M8o4AgQ
    2. Vivant dans un monde vivant : https://vivreetesperer.com/vivant-dans-un-monde-vivant/Face à la violence, apprendre la paix : https://vivreetesperer.com/face-a-la-violence-apprendre-la-paix/ Un citoyen pacifié devient un citoyen pacifiant : https://vivreetesperer.com/thomas-dansembourg-un-citoyen-pacifie-devient-un-citoyen-pacifiant/   femmes et hommes ; monde nouveau ; alliance nouvelle : https://vivreetesperer.com/femmes-et-hommes-monde-nouveau-alliance-nouvelle/   La paix ça s’apprend : https://www.youtube.com/watch?v=2rwhx8XyyYw  La joie : https://vivreetesperer.com/une-pratique-de-la-joie/   Une émotion à surmonter : la peur : https://vivreetesperer.com/une-emotion-a-surmonter-la-peur/
    3. Thomas d’Ansembourg présente son nouveau livre : https://www.facebook.com/HarperCollinsFrance/videos/934800215751184/
    4. Élucider le mystère de la conscience : https://vivreetesperer.com/elucider-le-mystere-de-la-conscience/
    5. Lytta Basset. Oser la bienveillance : https://vivreetesperer.com/bienveillance-humaine-bienveillance-divine-une-harmonie-qui-se-repand/
    6. Un Esprit sans frontières : https://vivreetesperer.com/un-esprit-sans-frontieres/
    7. Convergences écologiques : https://vivreetesperer.com/convergences-ecologiques-jean-bastaire-jurgen-moltmann-pape-francois-et-edgar-morin/
    8. La danse divine : https://vivreetesperer.com/la-danse-divine-the-divine-dance-par-richard-rohr/

Et si tout n’allait pas si mal !

 Le monde va beaucoup mieux que vous ne le croyez

selon Jacques Lecomte

 71mvkBrqYOLEn 2016, le ciel s’est assombri. Des évènements inquiétants ont ponctué l’actualité. Et, en ce début d’année 2017, nous sommes en attente d’un horizon.  Il y a bien des signes contradictoires, mais choisir la vie, c’est discerner le positif pour tracer notre chemin.

Il y a le temps court et il y a le temps long. Dans l’immédiat, tout s’enchevêtre. Dans la durée, des tendances apparaissent. Il est bon de pouvoir distinguer ces tendances.

Comme le montre Yann Algan, dans son livre : « La fabrique de la défiance » (1), on enregistre en France un manque de confiance bien plus élevé que dans beaucoup d‘autres pays. Dans le désarroi actuel, cela se traduit en pessimisme, en cynisme, en rejet. Alors, on peut remercier ceux qui regardent au delà et affrontent la morosité ambiante pour mettre en évidence des évolutions positives dans la durée. Ainsi, le livre publié tout récemment par Jacques Lecomte vient exposer une réalité à même de nous encourager : « Le monde va beaucoup mieux que vous ne le croyez » (2). Cet ouvrage vient à la suite d’une réflexion de fond que l’auteur a entreprise sur le potentiel de l’homme. Si les méfaits de l’histoire humaine sont affichés (3), l’homme n’est pas nécessairement voué au mal. Il montre aussi une aptitude à la bonté, des dispositions à l’altruisme, à l’empathie et à la générosité. Jacques Lecomte a pu ainsi écrire un livre sur « la bonté humaine » (4). Et, dans un autre ouvrage, à partir de l’analyse d’un grand nombre d’études, il met en évidence l’émergence d’attitudes et de pratiques nouvelles dans des « entreprises humanistes » où se développent un climat de travail plus collaboratif et plus convivial.

Dans une conférence rapportée en vidéo sur le thème : « Vers une société de la fraternité » (5), Jacques Lecomte, un des pionniers de la psychologie positive en France (6), présente sa démarche en commençant par nous raconter son parcours personnel. Brisé par le contexte familial de sa jeunesse, il en réchappé en rencontrant un environnement bienveillant et convivial. Il a vécu là une conversion chrétienne « qui a radicalement changé sa vie et où il a surtout compris que les forces de l’amour et de la bonté sont plus fortes que les forces de la violence et de la haine ». De cette expérience, il a compris que le meilleur peut sortir du pire et que le pire n’est pas une fatalité. A partir de là, Jacques Lecomte a développé un optimisme réaliste, un « optiréalisme ». C’est une disposition d’esprit qui permet de percevoir dans une situation, tout ce qu’elle porte de positif, en germe ou en activité, et, ainsi, de susciter une évolution favorable. Dans son livre : « Le monde va beaucoup mieux que vous ne croyez », Jacques Lecomte met en œuvre cette approche dans une évaluation de l’évolution du monde.

 

 

Le monde va mieux que nous le croyons

« Comment le monde pourrait-il aller mieux quand le chômage, la guerre, les attentats, le réchauffement climatique et tant d’autres mauvaises nouvelles font la une des médias ?… Pourtant les chiffres nous disent ceci : ces dernières décennies, sur l’ensemble du globe, la pauvreté, la faim, l’analphabétisme et les maladies ont fortement reculé comme jamais avantQuant à la violence, elle connaît, depuis plusieurs siècles, un inexorable déclin… En résumé, contrairement à une opinion largement répandue, l’humanité va mieux qu’il y a vingt ans, même s’il reste encore malheureusement de fortes zones sombres… Quant à la planète, elle est certes en moins bonne posture sur certains aspects, mais en meilleur état sur d’autres… «  (p 9-10). Chapitre après chapitre, l’auteur analyse la situation à partir des meilleures sources : « L’humanité vit mieux… Et en meilleure santé. Environnement : on avance… Jamais aussi peu de violence » (p 209-210).

Bref, l’auteur rompt avec la vision catastrophiste du monde qui nous influence bien souvent. Cette vision est suscitée par l’attrait de nombreux médias pour le sensationnel. Elle abonde là où manque la culture nécessaire pour trier les informations et distinguer ce qui relève du court terme et du moyen terme. Bien sur, nous souffrons personnellement de l’inquiétude qui nous atteint ainsi.

Certes, les responsables de l’information peuvent estimer qu’il est nécessaire d’alarmer pour sensibiliser. Mais cette attitude est bien souvent contre-productive. « Les prophètes de malheur nous démobilisent. Ils mènent souvent à des mesures politiques autoritaires » (p 15). « Fournir des informations catastrophistes sans présenter des moyens d’agir, pousse à l’immobilisme, voire au rejet des informations… » (p 31). La peur est mauvaise conseillère. « De nombreuses études montrent que les périodes d’anxiété sociale ont tendance à  accentuer le désir de soumission à l’autorité…  Le ressenti de menace est une cause d’autoritarisme au sein de la population. Ainsi, aux Etats-Unis, pendant les périodes menaçantes, les Eglises à tendance autoritaire bénéficient d’un afflux de conversions, alors que ce sont les Eglises non autoritaire  qui vivent ce phénomène pendant les périodes non menaçantes » ( p 43).

A l’inverse, il y a une manière de partager l’information à même de produire des effets positifs. Et il y a des faits significatifs qui font exemple. Ainsi, aujourd’hui, en apprenant que le trou d’ozone est en train des se refermer grâce à la mise en œuvre du protocole de Montréal (1987), nous voyons là « le premier succès majeur face à un problème environnemental mondial » (p 107), Manifestement, cette victoire suscite l’espoir et contribue à nous mobiliser dans la lutte contre le réchauffement climatique.

 

« Si nous voulons un monde meilleur, nous devons être conscient des progrès accomplis, et inspirer plutôt qu’accuser » (couverture). Ce livre est source d’encouragement. Il nous aide à réfléchir sur les modes de communication. Ainsi, l’ignorance des évolutions positives tient pour une part à une communication qui met en exergue les mauvaises nouvelles.

Cependant, ne doit pas aller plus loin dans l’analyse du catastrophisme. Comme le complotisme, cet état d’esprit n’est-il pas lié à une agressivité qui se déploie à la fois contre soi-même et contre les autres ? Et ne témoigne-t-il pas d’une absence d’espérance personnelle et collective ? Comme l’écrit le théologien Jürgen Moltmann, agir positivement dépend de notre degré d’espérance : « Nous devenons actif pour autant que nous espérions. Nous espérons pour autant que nous puissions entrevoir des possibilité futures. Nous entreprenons ce que nous pensons possible ». « Si une éthique de la crainte nous rend conscient des crises, une éthique de l’espérance perçoit les chances dans les crises ». Pour les chrétiens, « l’espérance est fondée sur la résurrection du Christ et s’ouvre à une vie à la lumière du nouveau monde suscité par Dieu » (7). Ainsi, quelque soit notre cheminement, notre comportement dépend de notre vision du monde. En ce sens, Jacques Lecomte ne se limite pas à nous offrir des données positives concernant la situation du monde à même de nous encourager, il conclut son livre par la vision d’ « une grande réconciliation ». « Une société plus fraternelle et conviviale est possible (5), dès lors que l’on y croit et que l’on s’engage à la faire advenir » (p 197).

 

J H

 

(1)            Algan (Yann), Cahuc (Pierre), Zybergerg (André). La fabrique de la défiance, Grasset, 2012. Sur ce blog : « Promouvoir la confiance dans une société de défiance » : https://vivreetesperer.com/?p=1306

(2)            Lecomte (Jacques). Le monde va beaucoup mieux que vous ne le croyez ! Les Arènes, 2017

(3)            « Une philosophie de l’histoire, par Michel Serres. Au sortir de massacres séculaires, vers un âge doux portant la vie contre la mort » : https://vivreetesperer.com/?p=1306

(4)            Lecomte (Jacques). La bonté humaine. Altruisme, empathie, générosité. Odile Jacob, 2012. Sur ce blog : « La bonté humaine, est-ce possible ? » : https://vivreetesperer.com/?p=674

(5)            Conférence de Jacques Lecomte : « Vers une société de la fraternité », à l’invitation,  le 8 juin 2016 du Pacte civique et de la Traversée. Vidéo sur You Tube : https://www.youtube.com/watch?v=KALjpMcwpWU&feature=youtu.be

(6)            http://www.psychologie-positive.net

(7)            Moltmann (Jürgen). Ethics of life. Fortress Press, 2012 (p 3-8)

 

Voir aussi :  « Quel avenir est possible pour le monde et pour la France? (Jean-Claude Guillebaud. Une autre vie est possible) » : https://vivreetesperer.com/?p=937

https://vivreetesperer.com/?p=942

https://vivreetesperer.com/?p=945

Partager les solutions. Propager les innovations. C’est changer le monde

Entretien entre Christian de Boisredon et Pierre Chevelle

Comme l’écrit Jürgen Moltmann, un théologien de l’espérance, « Pour agir, nous avons besoin de croire que notre action peut s’exercer avec profit. Nous devenons actifs pour autant que nous puisions entrevoir des possibilités futures. Nous entreprenons ce que nous pensons être possible » (1). Ainsi, nous pouvons nous demander quelles sont les incidences de l’information qui nous parvient constamment à travers les médias. Si l’accent est mis sur les mauvaises nouvelles, jugées plus spectaculaires, si le ton se fait constamment critique, il en résulte un pessimisme qui entraine le repli et la démobilisation . Si, au contraire, à travers l’analyse des évènements, l’énoncé des problèmes et des menaces s’accompagne d’une recherche de voies nouvelles et de la mise en évidence des initiatives et des innovations déjà en cours pour faire face, alors une mobilisation pourra s’opérer. C’est tout le mérite du journalisme des solutions de contribuer à cet état d’esprit. Ne pas délivrer l’information, comme si elle nous conduisait fatalement dans une impasse, mais rechercher les issues et mettre en évidence les solutions à travers les multiples initiatives, innovations et découvertes déjà en route. Aujourd’hui, il y a bien un courant d’action qui œuvre pour nous apporter une information à partir de laquelle nous puissions construire.

Christian de Boisredon fait partie des innovateurs qui ont introduit en France ce nouvel état d’esprit comme en témoignent ces quelques jalons dans son parcours (2). En 1998, à l’âge de 24 ans, avec deux amis, Christian entreprend un tour du monde, en Afrique, en Amérique latine, en Asie à la rencontre des gens « qui font avancer le monde ». A la suite de cette aventure,  il écrit un livre : « L’espérance autour du monde » (3) qui devient un best-seller et est traduit en plusieurs langues. « Ce projet a été le premier tour du monde de ce type et il a lancé la vogue des tours du monde engagés dans cet esprit ». Christian de Boisredon initie et fonde ensuite l’association : « Reporters d’espoir » qu’il préside et dirige jusqu’en 2007. En 2011, Christian fonde « Sparknews », une entreprise sociale qui a pour mission de partager les projets qui proposent des solutions innovantes aux problèmes de société. Sparknews travaille à l’échelle internationale en collaboration avec les grands journaux de référence des quatre continents. (4)

L’exemple de Christian est un exemple pour une jeune génération qui s’engage dans le même sens. Ainsi, Pierre Chevelle (5), diplômé de l’Ecole de commerce ESCP Europe, se consacre aujourd’hui à la promotion de l’innovation sociale et solidaire. Intervenant sur You Tube, conférencier, il est aussi l’auteur d’un livre : « Changer le monde en deux heures ». Une interview de Christian de Boisredon par Pierre Chevelle est donc particulièrement éclairante (6). C’est une  conversation entre deux innovateurs autour de l’information comme vecteur de changement.

Sparknews (6)

Il Inspire 120 MILLIONS de Personnes | Christian de Boisredon, Sparknews

Pierre Chevelle nous dit comment il a découvert l’entreprenariat social en travaillant à Sparknews, agence d’information fondée par Christian de Boisredon.

Mais quelles sont au juste les objectifs de Sparknews ? Christian répond en ce sens : « L’idée, c’est de repérer les plus beaux projets qui existent dans le monde entier, les faire connaître notamment avec les médias, les connecter avec les entreprises pour qu’ils travaillent ensemble et qu’ensemble nous changions le monde ». Pierre demande à Christian d’expliquer en quoi consistent les opérations que Sparknews réalise avec certains journaux. « On a convaincu 60 journaux dans le Monde, parmi les plus grands : Times, Die Welt, El Pais, Figaro. On leur a proposé d’écrire deux articles sur les plus beaux projets innovants qu’il y avait dans leur pays. Ensuite, on a tout mis en commun. Le même jour, ils ont publié des articles en provenance de tout le monde. Au total,  le lectorat de ces tous ces médias, ce sont 120 millions de lecteurs.

Quand les journaux ne parlent que des problèmes, les gens se disent : je suis au courant. Mais qu’est-ce que je peux faire avec cela ? et donc, c’est totalement déprimant. Notre idée, ce n’est pas d’annoncer de bonnes nouvelles. En regard des problèmes, c’est de parler aussi des solutions ».

 

Faire connaître les initiatives à impact positif

Pierre : « Peux-tu nous donner des exemples d’initiatives concrètes que vous avez relayées dans les médias ? ».

Christian : «  Par exemple, c’est une entreprise au Maroc : « Go Energyless », une entreprise sociale. Ils ont fabriqué une sorte de réfrigérateur pour les endroits où il n’y a pas d’électricité, un système de double pot où on met du sable entre les deux pots avec de l’eau, et, de fait, l’évaporation de l’eau fait refroidir la température à l’intérieur des pots. Ce qui permet de conserver beaucoup plus longtemps fruits et légumes, mais aussi l’insuline pour les diabétiques dans les endroits où il n’y a pas d’électricité, donc pas de frigidaires. Ce projet a été médiatisé dans tous les journaux lors de « l’impact journalism day » et ces entrepreneurs ont été contactés par quatre ou cinq pays. Ils sont en train de travailler ensemble pour répliquer le projet. L’impact des médias est vraiment colossal. Il peut être parfois négatif, mais il peut être aussi très positif. Il y a des informations qui peuvent changer notre vie. Ce peut être un petit article ou bien une page de livre de Pierre (« Changer le monde en deux heures »)

Christian rapporte d’autres exemples : « Quand j’avais quatorze ans, mon frère, avec un de ses amis, était au Chili . La semaine, il travaillait dans une banque, et, le week-end, il faisait du bénévolat. Il se demandait : « Qu’est-ce qu’on peut faire vraiment pour aider les gens dans les bidonvilles ? » C’était dans les années 80. Un jour, il tombe sur un article qui parle de Mohammed Yunus au Bangladesh qui avait inventé la première banque de microcrédit. Là bas, à l’époque, personne ne connaissait. C’était un des tous premiers articles. Ils se disent : « C’est génial. Une banque pour les pauvres. Si cela a marché là bas, il n’y a pas de raison que cela ne marche pas au Chili. Et donc, ils ont créé la première banque de microcrédit au Chili et, trente ans plus tard, cette banque a permis la création de près de  30000 micro entreprises. Cent mille personnes ont ainsi changer de vie. Un jour, je me suis dit : Ce qui est fou, c’est que si un  journaliste n’avait pas écrit l’article que mon frère et son copain ont lu, la vie de 100000 personnes n’aurait pas été changée.

Voici un autre exemple. Tristan Lecomte est celui qui a créé Alter eco. qui a vraiment démocratisé le commerce équitable en France, qui l’a introduit dans les grandes surfaces chez Monoprix. Tristan me racontait qu’auparavant il travaillait dans le marketing. Voilà. C’était passionnant. Mais cela ne lui suffisait pas. Et puis, un jour, sa sœur lui avait découpé un article qui parlait du commerce équitable à une époque où personne ne connaissait vraiment. Cet article, il ne l’avait vraiment pas lu. Il l’avait mis dans un coin, et puis, un an plus tard, en rangeant ses affaires, il est tombé dessus. Et il s’est dit : c’est cela que je veux faire et c’est comme cela qu’il a eu autant d’impact.

Avec nos opérations, on touche 120 millions de personnes, mais en plus, on donne envie aux médias de continuer, de parler plus souvent de ces sujets. Par exemple, le rédacteur du Tages Anzeiger, qui est le plus grand journal suisse, nous a dit : On a rarement un impact de retours  aussi positifs des lecteurs, et, du coup, la rédaction s’est dit :  Comment peut-on parler plus souvent de ces sujets ? Ils ont commencé par faire une chronique hebdo sur les solutions ».

Pierre : « J’avais parlé de vous dans mon premier livre : « Changer le monde en deux heures ». Comment les gens qui regardent cette vidéo peuvent-ils vous aider ? ».

Christian : « La meilleure façon de nous aider, c’est de nous signaler les projets innovants que vous connaissez. Je me souviens par exemple d’une personne qui nous avait envoyé une vidéo sur un projet absolument génial. C’est une école de langues au Brésil qui s’est rendu compte qu’il y avait beaucoup d’élèves qui ne pouvaient aller apprendre l’anglais aux Etats-Unis. Ils se sont rendu compte qu’aux Etats-Unis, il y avait des maisons de retraite où les vieux s’ennuyaient toute la journée. Donc, ils ont créé un système un peu comme Skype. Cela s’appelle : « Speaking exchange ». Ce sont des conversations qui se passent entre de jeunes brésiliens et des retraités américains. Cette vidéo est bouleversante parce que c’est plus d’humanité. Tout le monde est gagnant. Les jeunes apprennent l’anglais et les vieux ont du lien social et se sentent utiles. Nous avons médiatisé le projet : « Speaking exchange » dans plus de soixante journaux dans lesquels nous travaillons ».

Pierre : « La partie émergée de Sparknews, c’est votre site qui est un peu le You Tube des solutions. Si vous déprimez un peu, vous pouvez aller vous balader sur le site ». Christian : « Effectivement, sur le site, il y a plus de 3000 vidéos qui montrent qu’on peut trouver des solutions. Face à tous les problèmes, quelqu’un me disait que tous les dimanches, il regarde une vidéo avec ses enfants Pour lui, c’est une façon de leur monter autre chose que ce qu’ils voient tous les jours à la télé ».

 

Avec qui peut-on collaborer ?

Pierre : « Vous travaillez beaucoup avec Axa et Total.  Qu’est-ce qu’on peut répondre aux gens qui trouvent que cela pose un problème éthique ? Christian :  « Nous avons une autre stratégie. Si on les met sur les bancs des accusés en leur disant : « Vous êtes des méchants », finalement, ils n’ont aucun intérêt à évoluer, alors on leur dit : « Oui, vous faites partie des problèmes, mais on peut peut-être réfléchir ensemble comment vous pouvez faire partie des solutions ». On leur amène des innovations positives dans le domaine de l’énergie qui peuvent potentiellement être le « busines model » du domaine. On ne peut pas leur dire du jour au lendemain : vous allez arrêter le pétrole. Cela prend du temps de gérer cette transition. Après, si on constate qu’ils n’en ont rien à faire, on arrête de travailler avec eux, mais ce n’est pas du tout ce qui s’est passé ».

 

Entreprendre : Entreprenariat social et micro engagement

Pierre : « Et si on parlait de toi ? La moyenne d’âge des entrepreneurs sociaux est souvent assez jeune. Toi, tu as un peu plus d’expérience. Tu as fait un tour du monde. Tu as réalisé Reporters d’espoir, maintenant Sparknews et surement plein d’autres projets. Quel regard portes-tu sur la carrière d’entrepreneur social ? »

Christian : Je me souviens qu’à trente ans, au fond de moi, j’avais envie d’être entrepreneur social, mais je pensais que je n’étais pas capable de l’être.  Un jour, il y a quelqu’un qui m’a dit : « Mais, en fait, tu es un entrepreneur ». C’est quelqu’un qui avait dix ans de plus que moi, qui avait monté sa boite. En fait, c’est le plus grand compliment qu’on ait pu me faire parce que j’ai réalisé qu’on n’avait pas besoin d’être parfait pour être entrepreneur ».

Pierre : « Le micro engagement, qu’est-ce que cela évoque pour toi ? ». Christian : « Pierre, je trouve cela super que tu aies fait ce bouquin : « Changer le monde en deux heures », parce que je m’en souviens très bien : Quand j’avais 23-24 ans, il y avait des jeunes qui partaient une semaine,  un mois dans une association et des gens leur disaient : « C’est pour te donner bonne conscience. Cela ne sert à rien ». Quand j’ai fait le tour du monde, on s’est arrêté quelques jours dans un mouroir de Mère Térésa. En principe, n’importe qui  peut passer la porte des soeurs et aider pour une demie journée, pour quelques heures. Il y avait un homme qui venait d’arriver, que des gens venaient d’apporter parce qu’il n’arrivait plus à marcher, un indien rachitique visiblement en train de mourir. Et là, il y a un américain qui arrive, un touriste et qui dit : « Est- ce que je peux aider ? Une bonne sœur lui passe une bouteille d’huile et lui dit : « tu vas masser l’homme qui est là ». L’américain se met à le masser pendant une heure, deux heures. Au début de la matinée, cet homme était totalement terrorisé et au fur à mesure que le jeune américain prenait soin de lui, le regardait dans les yeux, il ne pouvait pas parler, mais il y avait une humanité. Ce vieil homme indien est mort au bout de deux heures. Il est vrai que ce jeune américain n’a passé que deux heures. C’est peu, mais c’est sans doute les deux heures les plus importantes de la vie de cet homme. Bien sûr, c’est un cas un peu extrême, mais je pense qu’on a toujours la tentation de se dire : cela ne sert à rien. Il faudrait que je donne ma vie. Il faudrait que je m’engage complètement et, du coup, on ne fait pas les petites choses qu’on pourrait faire ».

Pierre : « Aurais-tu des conseils à donner à des personnes, et notamment aux jeunes, comme il y en a plein sur You tube, qui ont envie d’agir, mais qui ne savent pas par où commencer ? »

Christian : « Partez de vos passions et regardez ce qui vous plait. Cela peut être le cheval, cela peut être les jeux vidéo, cela peut être n’importe quoi… et regardez ce qui se fait dans ces domaines. Par exemple, les jeux vidéos ont un impact social, sensibilisent. Partez de vos passions et partez de ce qui vous provoque, de ce qui vous choque parce que c’est cela qui vous donnera le moteur et l’énergie… »

 

Muhammad Yunus et le microcrédit

Pierre : « Quels sont les gens qui t’inspirent aujourd’hui ? »

Christian : « Celui qui m’a le plus inspiré, c’est Muhammad Yunus. Muhammad Yunus a été le premier grand entrepreneur social. Ce que je trouve incroyable, c’est qu’il n’était pas du tout destiné à cela. C’est simplement parce qu’un jour il s’est dit : j’enseigne des théories mathématiques économiques qui ne sont même plus capables de résoudre les problèmes  de la famine, et donc, avec ses étudiants, il est allé dans un village pour comprendre ce qui se passait et, c’est comme cela qu’il a compris le problème des pauvres et qu’en prêtant quelques dollars, il pouvait changer leur vie. Ensuite, il est allé voir les banquiers en disant : « Tiens, vous devriez le faire puisque c’est votre job ». et puis, comme ils n’ont pas compris ou ils n’ont pas voulu le faire, il l’a fait lui-même. Et, à chaque fois qu’il y avait un problème, il est arrivé à le contourner. Je me souviens par exemple qu’au Bangladesh, il y a les mollahs puisque c’est un pays musulman. Ils lui disaient : « Vous n’avez pas le droit de prêter aux femmes ». il leur dit : « Je vais vous raconter l’histoire d’une femme entrepreneur ». Donc, il leur raconte l’histoire de cette femme entrepreneur. En fait, cette femme, c’était une des femmes de Mahomet… Donc, cela prouve bien que, si Mohammed l’a épousé, c’était très bien qu’elle soit une femme entrepreneur ».

 

Changer le monde 

Pierre : « Tu penses qu’on peut changer le monde ? »

Christian :  « Oui, je suis convaincu qu’on peut changer le monde.

Je suis croyant, donc je ne peux pas croire que Dieu se soit amusé de nous mettre dans un monde où les clés étaient pipées d’emblée. Après, on peut croire ce que l’on veut, mais je ne peux pas croire dans un monde où il n’y a pas des clés pour qu’on y arrive. C’est sûr que c’est compliqué, mais, en fait, il suffit parfois de changer quelques paramètres et cela change tellement de choses  qu’on peut vraiment inverser la tendance. C’est se rappeler que rien n’est impossible . Cela ne veut pas dire qu’on peut tout réussir, mais, en tout cas, c’est possible qu’on réussisse. Quand je suis sorti de l’Ecole, l’entreprenariat social, cela n’existait pas . Les formations supérieures autour de l’entreprenariat social n’existaient pas. Quand j’ai fait mon tour du monde de l’espérance en 1998, j’avais 24 ans. On a trouvé des projets super, mais ces projets étaient des projets ridicules par rapport à ce qu’on trouve aujourd’hui. Non seulement il y en avait beaucoup moins, mais ils étaient dix mille fois moins innovants. Aujourd’hui, comme le dit Olivier Kayser, le laboratoire d’innovations positives est rempli. Maintenant, il faut créer des usines pour changer d’échelle ».

Pierre : «  Pour toi, changer le monde, cela veut dire quoi ? »

Christian : Cela veut dire que tout le monde puisse être heureux. Cela ne veut pas dire forcément être riche, mais que tout le monde puisse être heureux ».

Dans cette mutation profonde dans laquelle l’humanité est engagée depuis plusieurs décennies, vague après vague, nous sommes nombreux à participer à ce mouvement pour un changement positif. A cet égard, cette conversation entre Christian de Boisredon et Pierre Chevelle nous paraît exemplaire, car elle met en évidence une même orientation entre deux personnes  dont le positionnement varie quelque peu selon l’âge. Et le questionnement de Pierre Chevelle est particulièrement précieux parce qu’il traduit également les aspirations et les attentes d’une jeune génération.

Christian de Boisredon, à travers de multiples exemples, corrobore notre conviction que les représentations ont un rôle majeur et que c’est à travers des représentations positives que les comportement peuvent évoluer favorablement et contribuer à un changement social pour une vie meilleure. Et, en tout cela, nous avons besoin d’une vision animée par l’espérance (1). Ainsi Christian de Boisredon a-t-il intitulé « l’espérance autour du monde », le livre qui rapporte son projet pionnier. Aujourd’hui encore, c’est le même esprit qui nous anime. Dans la tourmente, gardons cette boussole.

 

J H

 

(1)            « Agir et espérer. Espérer et agir.  Selon Jürgen Moltmann » https://vivreetesperer.com/?p=2720

(2)             Présentation de Christian de Boisredon sur Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Christian_de_Boisredon  Témoignage de Christian de Boisredon à TED x Saint Sauveur Square (You Tube) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Christian_de_Boisredon

(3)            Christian de Boisredon.Nicolas de Faugeroux. Loïc de Rosando. L’espérance autour du monde. Préface de Dominique Lapierre. Presses de la renaissance, 2000

(4)            Sparknews « Pour construire un monde meilleur, commencer par le raconter autrement  et valoriser les initiatives à impact positif pour retrouver la confiance et donner envie d’agir » : https://www.sparknews.com

(5)            Le site de Pierre Chevelle : Changer le monde en deux heures : https://www.en2heures.fr

(6)            Interview de Christian de  Boisredon par Pierre Chevelle : « il inspire 120 millions de personnes. Christian de Boisredon. Sparknews. » Sur You tube : https://www.youtube.com/watch?v=9F9d6VS6EoU

 

Au fil des années, Vivre et espérer participe  à la mise en valeur des projets innovants et des initiatives à impact positif. Quelques exemples en rappel :

 

« Vers une économie symbiotique » : https://vivreetesperer.com/?p=2165

« Le film : Demain » : https://vivreetesperer.com/?p=2422

« Vers un nouveau climat de travail dans des entreprises humanistes et conviviales. Un parcours de recherche avec Jacques Lecomte » : https://vivreetesperer.com/?p=2318

« Le monde va beaucoup mieux que vous ne le croyez, selon Jacques Lecomte » : https://vivreetesperer.com/?p=2604

« Alexandre Gérard : chef d’entreprise, pionnier d’une »entreprise libérée » : https://vivreetesperer.com/?p=2746

« Pour une éducation nouvelle, vague après vague . L’expérimentation de Céline Alvarez dans une classe maternelle de Gennevilliers » : https://vivreetesperer.com/?p=2497

« Sugata Mitra : Un avenir pédagogique prometteur à partir d’une expérience d’auto apprentissage d’enfants indiens en contact avec un ordinateur » : https://vivreetesperer.com/?p=2165

« Médiation animale » : https://vivreetesperer.com/?p=2785

« Pourquoi et comment innover face au changement accéléré du monde » : https://vivreetesperer.com/?p=2624

« Cultiver la terre en harmonie acec la nature. La permaculture : une vision holistique du monde » : https://vivreetesperer.com/?p=2405

« Les plantes médicinales au cœur d’une nouvelle approche médicale : phytothérapie clinique intégrative et médecine endobiogénique » : https://vivreetesperer.com/?p=2687

« Génération Y : une nouvelle vague pour une nouvelle manière de vivre » : https://vivreetesperer.com/?p=2652

Avant toute chose, la vie est bonne !

https://images-na.ssl-images-amazon.com/images/I/51auQ7srgSL._SX195_.jpgSi tu vis, c’est beau que tu existes !

L’émerveillement est le fondement de l’existence.

Propos de Bertrand Vergely

Dans son livre : « Retour à l’émerveillement » (1), Bertrand Vergely ouvre notre regard et notre horizon : « Qui s’émerveille n’est pas indifférent. Il est ouvert au monde, à l’humanité, à l’existence. Il rend possible un lien à ceux-ci » (p 9). Invité par le réseau Picpus (2) dans le cadre d’une séance : « Lire aux Eclats », dans une courte intervention enregistrée en vidéo, Bertrand Vergely revient sur cet ouvrage (3) . Et, en termes passionnés, il nous communique sa vision de la vie. C’est une vision qui rompt avec le marasme ambiant, une invitation à la vie et l’espérance (4).

Ainsi, en quelques mots, nous retrace-t-il son parcours. Venant d’une enfance heureuse et éclairée, il s’est trouvé ensuite confronté à « un monde en colère, malheureux, triste, révolté ».  (Dans mon enfance et ma première jeunesse), j’ai vécu dans un monde qui était marqué par la joie de vivre, par une mère formidable. J’ai grandi dans la beauté de l’église orthodoxe. J’ai eu le sentiment incroyable de la beauté de la vie… »

Et ensuite, ce fut un choc : « J’ai débarqué avec effroi dans un monde qui ignorait tout de la beauté de la vie, dans un monde très en colère contre l’existence. J’ai vu des gens tellement fâchés à l’égard de l’existence qu’ils étaient totalement fâchés avec Dieu… J’ai été sidéré par le nihilisme, le désespoir de notre époque ». Dans cette colère, Bertrand Vergely perçoit aussi une recherche de sens : « Qu’est ce que nous faisons sur terre ? Pourquoi est-ce que nous sommes là ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Est-ce que l’homme a une identité ? Est-ce qu’il est porteur de quelque chose ?

Et, comme philosophe, il entre en mouvement pour y répondre. « Il faut absolument dire à ce monde que la vie vaut la peine d’être vécue. J’ai revisité la tradition philosophique. J’ai essayé  d’expliquer pourquoi il fallait absolument revenir aux fondamentaux de l’existence. J’ai essayé de dire une chose que Platon a très bien expliqué au livre 6 de « La République », c’est que l’émerveillement est le fondement de l’existence. En termes métaphysiques, Platon a exprimé une vérité qui est une vérité religieuse. L’essence du monde, c’est la beauté. C’est cela qui tient le monde en équilibre ».

Pourquoi Dieu a-t-il créé le monde ? Parce que c’est beau ! Si tu vis, c’est beau que tu existes ! Pourquoi fait-on des enfants ? Parce que c’est beau ! Nous venons de la beauté. L’émerveillement devant la beauté, c’est ce qui donne du sens au monde ».

Alors, dans un milieu marqué  par le pessimisme, Bertrand Vergely interpelle ses interlocuteurs. « Tu vas avoir une vie à construire. Tu vas avoir des enfants à élever. Qu’est ce que tu vas leur dire ?: « Tu viens de rien. Tu vas vers rien. Tu es porteur de rien » ou bien : « Tout est foutu, mais il faut y aller quand même ». Et, en regard, il proclame : « Moi, je dis une chose. Tu viens de choses extraordinaires. Tu vas vers des choses extraordinaires. Tu es porteur de choses tout à fait extraordinaires ».

Bien sûr, dans la vie, il y a des difficultés à traverser, des épreuves à affronter.  Mais, « avant toute chose, la vie est bonne ! Avant toute chose, il est magnifique que nous soyons là ! Ensuite, on peut discuter parce qu’il arrive quantité de choses dans l’existence. Et, à un moment, tout n’est pas merveilleux, tout n’est pas magnifique ! » . Alors, pour faire face, « il convient de retrouver nos racines ». « Il est très important de retrouver les sources de notre existence » (5). « Nous sommes dans un monde qui a perdu la connaissance de lui-même ». A certains moments, « nous avons été émerveillés par la vie ». « Nous avons en nous une part d’émerveillement ». « Si nous luttons contre le mal qui existe à l’intérieur du monde, c’est parce que, quelque part, nous avons en nous ce souvenir de l’émerveillement ». Saint Augustin a dit : « Si tu ne te souvenais pas de ton bonheur, tu ne te souviendrais pas de toi même ».

Bertrand Vergely nous invite à revisiter « la magnifique tradition biblique, évangélique où Dieu crée le monde ». «  D’abord, il y a un Dieu. On ne vient pas de rien. On vient d’une volonté qui veut que le monde soit et d’un Dieu qui se réjouit que le monde soit ». Il y a « quelque chose de magnifique qui veut que la joie se perpétue ». « Vivre, c’est célébrer l’existence ! ».

Ce sont là des propos percutants. On aime entendre ce parler direct dans la bouche d’un  philosophe, auteur de nombreux livres concernant la  philosophie. Celle-ci n’est plus seulement une affaire d’intellectuels ou de spécialistes, elle est aujourd’hui de plus en plus en prise avec les questions de la vie quotidienne. Et Bertrand Vergely poursuit également une réflexion sur le bonheur (6). Les propos que nous venons d’entendre nous invitent à revisiter son livre : « Retour à l’émerveillement ».  Bertrand Vergely nous appelle à entrer dans une dynamique de vie (7). « Avant toute chose, la vie est belle ! Il est magnifique que nous soyons là ! La vie vaut la peine d’être vécue ! ».

J H

 

(1)            Vergely (Bertrand). Retour à l’émerveillement. Albin Michel, 2010 (Essais clés). Voir sur ce blog : « Emerveillement. Un regard nouveau » : https://vivreetesperer.com/?p=17 Bertrand Vergely est l’auteur de nombreux livres. Il expose sa pensée à travers une interview dans un livre récent : « Regards sur notre monde ». Entretiens d’Anne Christine Fournier avec Rémy Brague, Jean-Luc Marion, Edgar Morin, Eric de Rosny, Bertrand Vergely. (Mame, 2012)

(2)            « Réseau Picpus, mouvement picpusien des jeunes, est né à l’intuition de religieux de la  Congrégation des Sacrés-Cœurs de Picpus qui ont souhaité offrir à des étudiants et jeunes professionnels un espace d’enrichissement mutuel à partir de leurs attentes. Ainsi, à partir d’un panel d’entrées possibles (artistiques, culturelles, spirituelles) s’ouvre l’occasion d’une appropriation personnelle de la foi ». Ce réseau est très actif sur internet en y présentant de nombreuses vidéos : gospel, rencontre avec des personnalités…. http://www.reseau-picpus.com/

(3)            Vidéo : Echange et débat avec Bertrand Vergely dans le cadre de la séance : « Lire aux Eclats » du dimanche 11 décembre 2011 à partir de son livre sur l’émerveillement. Mise en ligne le 18 février 2012 :

 

(4)            Sur un autre plan, cette révolte contre la pessimisme ambiant et cette dynamique de vie se trouvent dans le récent livre de Jean-Claude Guillebaud : « Une autre vie est possible ». Mise en perspective sur ce blog : « Quel avenir pour la France et pour le monde » : https://vivreetesperer.com/?p=937

(5)            Dans un article précédent : « La vie est un cadeau », nous rapportons l’expérience d’Odile Hassenforder qui, face à une dure épreuve de santé, a continué à recevoir la vie comme un cadeau en puisant à la source : un Dieu bon, puissance de vie : https://vivreetesperer.com/?p=1085.

(6)            Vergely (Bertrand). Petite philosophie du bonheur. Milan, 2012

(7)            Dans la même perspective, nous trouvons une inspiration dans la pensée de Jürgen Moltmann qui nous fait entrer dans une théologie de l’espérance qui met en évidence une puissance de vie.  L’Esprit de Dieu est « l’Esprit qui donne la vie » . Voir le blog : « L’Esprit qui donne la vie » : http://www.lespritquidonnelavie.com « Le Dieu vivant appelle toujours à la vie, que nous vivions ou que nous mourions. Sa proximité vivifie toujours et partout ». Moltmann (Jürgen). De commencements en recommencements Une dynamique d’espérance. Empreinte, 2012. Présentation sur ce blog : « Une dynamique de vie et d’espérance » : https://vivreetesperer.com/?p=572